‹ Les origines du lycée de Saint-OmerChapitre 12 sur 38 · MO · texte numérisé non relu

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par Martin Couvreur, cxcile la jalousie du clergé. Pour les premières, les universités de Louvain et de Douai prétendent en conserver le monopole et formulent leurs plaintes à Bruxelles1. Mais Paul Boudot lient aux Jésuites; il déclare que s'il le Tant, il ira en cour plaider à genoux une cause qu'il t'ait sienne, et il obtient le maintien des leçons de théologie. Contre le second, les curés protestent à maintes reprises. L'évêque," qui assiste parfois à la leçon dominicale, a bien dit qu'il désirerait que tous les ordinands fussent aussi capables que les enfants du catéchisme de résoudre les difficultés de la foi ; mais celte protection officielle ne peut empêcher les critiques de se faire chaque jour plus âpres. Peut-être dépités de n'avoir jamais réussi, peut-être par espoir de taire mieux que les Pères, les curés, quelques années plus tard, se plaignent de l'ignorance des enfants-; le curé de Sainte-Aldegonde donne des preuves frappantes de leur manque d'instruction : quoi d'étonnant d'ailleurs ? six à sept cents personnes fréquentent la leçon dominicale : où les trois ou quatre mille enfants qui restent, apprennent-ils leur religion ? la halle échevinale est insuffisante pour les contenir tous. Il faut donc revenir aux anciens usages; mais, par condescendance pour les Jésuites qui se sont dévoués à celte œuvre, les curés proposent à Christophe de France de créer dans les églises quatre catéchismes pour les six paroisses; trois Pères suffiront pour les faire; à une heure, la leçon se donnera à Sainle-Aldegonde ; à trois heures, à Saint-Denis; à Sainte-Marguerile on réunira les enfants du Nard; le Haut-Pont sera fréquenté par les Flamands. Le lecteur refusa, prétextant la fatigue pour ses Pères de donner deux leçons dans une seule après-midi ; c'était ce que voulaient les curés qui offrirent aussitôt de se charger des catéchismes. Mais l'évêque était favorable à la Société; tout resta en état, et les curés n'insistèrent pas3.

Les évoques en effet furent presque tous favorables à la Compagnie * ; d'autre part, en dépit de quelques nuages qui vinrent parfois troubler la cordialité des relations"', les abbés

1 D., lOjanvicr 1021.

2 Bibl. de Sainl-Oiner. Ms 828, f" 13"). Commentazias parochorum archipresNteralns audomarensis, cf., Bled, Ev. de Saint-Omer, II, 1645.

3 Cf., u:i conflit semblable, commencement de 1669, V. 1).

4 V. sur les rapports entre le collège et les évêques, l'excellent ouvrage de M' Bled: Les évêques de Saint-Omer, t. 1 et II. cf. D., l«r janvier 159:5, 31 janvier 1627, 30 avril 1612.

5 Sous dom Gillocq, par exemple, cf. janvier 1652, janvier 1663. Dans le D., les Pères se plaignent que dom Gerboode ait suspendu les générosités traditionnelles de ses prédécesseurs a leur égard.

de Saint-Bertiii par leur efficace protection montrèrent presque toujours que leur nom de fondateurs n'était pas un vain titre *. Le magistrat, toujours prudent, soutint une Société qu'il savait puissante à la cour; et l'intérêt des finances de la cité put seul le décider à rejeter parfois les humbles requêtes des Pères '-. Grâce à cet appui constant des pouvoirs civils 3 et religieux, grâce à l'habileté avec laquelle ils avaient su se gagner les esprits et les cœurs des habitants, les Jésuites ne tardèrent pas à jouir dans la ville d'un crédit exceptionnel. Soutiens des archiducs et plus tard des rois de France, appuis du pape et de l'orthodoxie, ils comptèrent parmi les personnages les plus influents de la cité. Faut-il quelque habile diplomate pour une négociation difficile4 ? c'est un Père Jésuite que l'on choisit. Une émeute éclate-t-elle à Estaires dans les troupes allemandes? deux Jésuites qui parlent l'allemand partent et calment les mutins. Le camp de Thérouanne est-il privé de prêtres pour enseigner la religion ? deux Pères vont catéchiser les reîtres allemands. On songe à établir à Sainl-Omer un cours de philosophie. Séculiers et réguliers se disputent la préférence. Seule la Compagnie, sûre de sa force, se tient en dehors des intrigues et des démarches. C'est elle cependant que réclament éehevins et évêque ; pour elle Sa Grandeur offre de réunir en ville tous les séminaristes et de les envover au collège; pour elle, les notables sont prêts à supporter les frais de l'établissement; mais la prudence et la crainte des difficultés que pourraient soulever l'université de Douai et l'intendant du roi de France décident les Pères à décliner les offres de tous5. Les Ursulines qui s'établissent à Saint-Omer

1 Ils tenaient à ce titre, et l'un d'eux, en 1G63, se plaignit que le Général de la Compagnie ne lui écrivit point de lettre de l'an ainsi qu'il avait été t'ait pour Gérard d'Haméricourt. Le provincial repondit qu'il y avait eu raison de le faire pour le fondateur, mais qu'il eut clé oiseux de continuer la démarche à perpétuité. (D.)

Par contre, en 1676, le Provincial proposait à l'abbé cl à l'abbaye de leur accorder, outre le litre de fondateurs, celui de protecteurs du collège : ce qu'acceptait avec empressement François Boucault, déclarant vouloir l'être non seulement de nom. mais de l'ait. (D.)

2 Y. ch. II, le rôle du magistrat dans la construction des bâtiments.

3 Cependant l'infante, venue à Saint-Omer le 6 novembre 1625, refusa l'invitation de venir aux vêpres au collège; on s'était préparé à faire représenter Judith en son honneur : elle n'y vint pas, mais elle accepta d'assister à la clôture des quarante heures célébrées pour l'heureuse délivrance de la reine d'Espagne. Une distribution de vin ayant été laite à toutes les communautés de la ville, le collège en l'ut excepté.

4 V. par exemple 3 janvier 1650 ; G mars 1651 au mont llulin ; août 1655, etc.

se font recommander aux Jésuites par l'évéque1. Le duc de Bournonville ne connaît pas d'autre église que celle des Pères2; c'est là qu'il fait ses Pâques3; c'est là que se confessent officiers et soldats4, là que communient la plupart des notables 5. Le Révérendissime lui-même ne veut d'autre directeur de conscience qu'un membre de la Compagnie0; Paul Boudot, Christophe Morlet, Christophe de France ouvrent leur âme en confession à des Jésuites; Martin Couvreur7 accompagne l'évéque dans ses tournées pastorales ; il est son missionnaire, son catéchiste, son avant-coureur dans les paroisses où il dispose les populations à recevoir Sa Grandeur, où il examine ceux qui se présentent à la confirmation, et quand le Provincial veut l'emmener comme « socius »,le prélat sollicite son retour à Saint-Omer. C'est aux Jésuites que Paul Boudot confie ses regrets d'être nommé à l'évéché d'Arras; chez les Jésuites que Pierre Paunet est surpris par le mal qui doit l'emporter ; Christophe Morlet est assisté à ses derniers moments par le P. Martin Couvreur; Christophe de France veut, lors de son entrée, que les Jésuites aient deux places au banquet public, tandis que les autres ordres n'en ont qu'une ; pendant le siège de Saint-Omer, contraint par les boulets français de quitter son palais, il se retire au collège ; embarrassé pour l'élection d'un coadjuteur à l'Abbé de Saint-Berlin, il demande l'avis du Père recteur8. Aussi, dans toutes les circonstances solennelles, ce sont des Pères que l'on entend ; après la procession pour la délivrance de Saint-Omer, le sermon est donné par un prêtre de la Société; le panégyrique de saint Benoît prononcé à Saint-Berlin9, les oraisons funèbres de Guillaume Lcemel, de Jean Delières, abbé de Saint-Berlin et de Chocques, de Charles Camp gouverneur d'Artois, de Benoît Desplanques de Béthune, tout est confié à des Jésuites10. Un personnage de marque ne voudrait pas passer par Saint-Omer sans aller rendre visite au collège. Les gouverneurs d'Artois, M1' de Rassengieu, le marquis de Varembon" viennent y recevoir les compliments des écoliers et y manifester leur sympathie pour la Société;

1 D.,28 septembre 1626.

2 D., 16 mars 1666.

5 D., Pâques 1666.

6 A.M., D.M., HII.

7 Cf. D., 26 septembre 1633 et passim.

8 D., 28 avril 1650.

10 Gd C., 1624; 26 avril 1656; 16 avril 1674; 20 octobre 1705. " D., 21 mars 1574; 1« avril 1593.

Mr de Trazegnies1 s'y invite même à dîner et envoie des provisions. Vandeville, le conseiller aulique2, visite la maison des Jésuites, et à son départ, cinq Pères sont admis à faire route avec lui ; malheureusement, le P. Nicolas de la Cour tombe dans une embuscade d'Ecossais qui le retiennent prisonnier à Menin. Le cardinal Albertus3, salué au nom de la ville par quatre petits écoliers « dont l'un avait pris la personne de Mercure pour célébrer dans un discours de la longueur d'un Miserere les succès de ce nouveau Pallas1 », vient quelques jours plus tard « ouïr les vêpres aux Pères Jésuites où ne peut assister que la noblesse, car les huis et portes de l'église, de la maison et des écoles sont fermées, ayant gardes dehors et dedans les portes ». Dom Rodericq Calderon5 ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne, le sire de Vendezi, comte d'Estaires, général des finances0, Francesco de Mellos7, général en chef de l'armée catholique, arbitre de la paix et de la guerre, entendent la messe au collège.

Tous témoignent à la Compagnie la haute estime dans laquelle ils la tiennent; tous comprennent qu'à Saint-Omer les Pères sont plus puissants que le Magistrat8, plus écoutés que l'évêque, plus obéis que le gouverneur militaire. Tous savent qu'ils ont la ville sous leur influence et que nul ne pourrait leur résister longtemps. Aussi chacun tient à manifester son dévouement à la Compagnie, et Msr de Yalbelle, malgré ses tendances jansénistes, ne peut se dispenser de donner les prix aux écoles et de bénir le nouveau bâtiment commencé par les Pères'1. Bientôt cependant l'édifice élevé par le dévouement et l'activité des Jésuites allait s'effondrer; le « coup de foudre ,0 » parti de Paris allait briser la Société; et tous les appuis qu'elle s'était ménagés furent impuissants à la soutenir dans sa chute.

1 I)., 31 juillet 1640.

2 D., 6 janvier 1582.

3 Ms808 et D., 2 juin 1596.

* I)., 27 mai 1596.

» Ms 808 et D., 13 septembre 1612.

6 Ms 808, 9 juin 1613.

7 D., fin 1641.

8 V. par exemple: En 1675 la ville a obtenu un octroi nouveau sur la bière pour faire construire des casernes. Les Pères refusent de payer la taxe de 18 sols par sac d'orge. Le fermier veut faire saisir le grain au moulin : on utilise les vieilles meules du collège. Le Magistrat défend les moulins privés et autorise à les briser. Les Jésuites continuent à se servir du leur et personne n'ose aller contre leur volonté; après deux ans de résistance, ils ont le dernier mot et le 16 septembre 1678, le conseil d'Artois rend une sentence en leur laveur.

9 D., août 1735-1741 ; 20 avril 1747.

10 Lettre de Mr de Caucby au Magistral, 9 août 1762.

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