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LA PÉRIODE DE TRANSITION

(1762 — 28 Décembre 1764)

I. Symptômes de résistance aux Jésuites dans le collège et dans la ville. — II. Le procès des Jésuites : 1. Embarras du Magistrat dans le conflit de juridiction entre le Parlement et la cour d'Artois; les nouveaux professeurs sont installés. 2. Nouvel embarras du Magistrat dans le conflit de juridiction pour l'inventaire des biens ; les inventaires, paiement des nouveaux professeurs. — III. La constitution du bureau d'administration : lutte du Magistrat contre l'évoque, les officiers du baillage et Saint-Berlin ; le bureau constitué suivant les termes de l'édit de février 1763.

La prospérité des Jésuites, accrue par le génie actif de la Société, avait soulevé contre eux des jalousies et des haines violentes. Universitaires, Jansénistes et Parlementaires s'étaient ligués et avaient trouvé dans le parti des philosophes un secours utile contre la Compagnie ; de concert, tous les écrivains du xvme siècle avaient travaillé à créer un vaste mouvement d'opinion hostile à la Société de Jésus. En vain les Jésuites avaient triomphé de leurs adversaires sous le cardinal Fleury ; en vain, profitant de l'affaire de l'abbé de Prades, ils avaient essayé de s'approprier les matériaux de l'Encyclopédie ; d'Alemhert et Diderot avaient pu continuer leur œuvre ; Voltaire « écrasait l'infâme » dans toutes ses lettres et criblait de ses épigrammes les « renards » dont il souhaitait la suppression. Les bruits de la lutte parvinrent à Saint-Omer ; M'.i>- de Valbelle « prétait attention, malgré les intrigues, les fourberies, les déclamations des Jésuites pour allumer le feu de la division, à ne leur donner aucune part dans les affaires et dans l'administration de son diocèse - » ; esprit très libéral, il possédait

1 V. de Lauwereyns de Uoosendaele : Le procès des Jésuites a Saint- ! Orner, 1880.

Nouvelles ecclésiastiques, A., 5C, p. 47. f

dans sa bibliothèque tous les volumes de l'Encyclopédie '. En dépit de leur indolence habituelle, les bourgeois de la ville écoutaient dune oreille intéressée les attaques contre les Jésuites. Les écoliers du collège eux-mêmes sentaient le vent d'indépendance et de liberté qui souillait de Paris ; et les Pères, malgré leur discipline de fer, se heurtèrent à des résistances dont ils eurent peine à triompher.

En 175 l2 quelques élèves de rhétorique se mettent en lêtej de protester contre l'usage plusieurs fois séculaire de parler! latin dans les classes; ils refusent de prendre part aux$ exercices publics de la fin de l'année. Ils ne pouvaient, isolés! et faibles, songer à faire plier la rigidité des règles jésuitiques: les promoteurs du mouvement furent chassés du collège, et tout rentra dans le calme. Cependant la manifestation était j significative, et l'on peut supposer que les plaintes de Rollin 3 contre le joug du latin3 avaient pénétré jusque dans les classes du collège wallon. L'année suivante4, des humanistes ne peuvent s'accommoder à la discipline; ils prétendent ne plus faire de grec, et leur audace va jusqu'à porter la main sur leur régent. Une punition exemplaire, suivie de quelques expulsions que ne purent empêcher les prières de l'abbé de Saint-Berlin et de certains notables de la ville, rétablit le calme pour quelques années. Mais l'orage grondait sourdement ; les idées n'osaient pas encore se traduire en actes, cependant un travail lent se faisait; on discutait des méthodes pédagogiques admises sans murmures depuis deux siècles; on critiquait un règlement auquel on avait toujours obéi. | Bientôt le mécontentement se manifesta ouvertement et la è discipline eut à subir au collège de terribles assauts. En octobre 1758 5 ce sont les rhétoriciens qui troublent la tranquillité des classes. Pendant le chant des vêpres et des litanies, J ils avaient coutume de monter à la tribune ; comme leur I conduite n'y était pas toujours irréprochable pour mettre fin 1 à cet abus et couper court « à diverses irrévérences et à H d'autres faits plus graves », le P. Recteur décida qu'à l'avenir 9 on choisirait dans toutes les classes les élèves les plus |l capables de bien chanter. C'était une atteinte aux privilèges | de la rhétorique; c'était un attentat contre des habitudes que \ l'usage avait consacrées. Les rhétoriciens jurèrent de défendre I

1 Y. à la Bibl. de Saint-Omer l'édition de l'Encyclopédie aux armes de Valbelle.

3 Traité des Etudes.

leurs droits. Un dimanche, les écoliers entrent à la chapelle d'un air plus belliqueux; les rhétoriciens se dirigent vers les escaliers; en dépit du recteur, du préfet et du régent, ils montent à l'assaut de la tribune; ils s'en emparent; ils s'y enferment; ils abusent de leur victoire, car, dit le Diarium ce alors de nouvelles irrévérences se commirent ». Le scandale fut grand; néanmoins, comme les mutins donnèrent des signes de repentir et que les Pères crurent par la clémence les amener à plus de respect, après leur avoir imposé une pénitence, on voulut bien tout oublier. Forts de l'impunité, les rhétoriciens recommencent quelques semaines plus tard. A l'instigation de l'un d'eux, ils demandent du renfort aux humanistes, ils recrutent des alliés parmi leurs jeunes camarades, et la révolte éclate à l'occasion de la lecture du règlement. Les régents impuissants ne peuvent calmer l'effervescence qui grandit d'instant en instant; au milieu des cris et du tumulte, les élèves décrochent dans les classes les tableaux où les règles se trouvent affichées; et pour manifester leur indépendance, ils les brisent. L'affaire était sérieuse, il fallut sévir; les principaux meneurs furent chassés.

Jusqu'alors ces tentatives de révolte n'avaient eu lieu que dans l'intérieur du collège; elles n'en avaient pas encore franchi les portes. Vers le même temps1, la ville à son tour s'inquiéta du régime intérieur de la maison ; quelques humanistes avant été condamnés pour une faute dont ils s avouaient coupables, à recevoir des coups de férule, un notable prit le parti des écoliers; ce ce brouillon », sans doute pour causer du désordre, peut-être aussi heureux de manifester son hostilité contre lesPères, se mil à crier par toute la ville qu'il était honteux pour des jeunes gens de se soumettre à une pareille humiliation; non content de l'effet de ses discours, il s'adressa au Magistrat pour obtenir la répression d'un procédé aussi barbare. Les échevins allaient-ils arracher la férule des mains des Jésuites ? Ils ne le tentèrent même pas et le public finit par imposer silence au disciple de Jean- Jacques. Mais le seul fait qu'une pareille démarche avait pu être tentée était à lui seul un symptôme inquiétant. Le respect qu'on avait pour la Société diminuait; on osait discuter ses règlements; bientôt on allait condamner ses statuts5.

Sans doute les Jésuites comptaient encore de puissants soutiens à Saint-Omer. De Monllouet. le nouvel evéque a leur était totalement livré d ; <.<. ignoré de tout le monde, excepté

s V. Dibl. de Saint-Omer. Vindicise Loyolidum.

des Jésuites, il leur avait abandonné le gouvernement de son diocèse1». N'avait-il pas été jusqu'à détendre de recevoir au Séminaire épiscopal quiconque n'aurait pas justifié d'une année entière de rhétorique faite au collège wallon*. Son ordonnance3 n'était-elle pas une défense des Jésuites contre les préventions de certains membres du clergé : « Nous, évêque de Saint-Omer, disait de Montlouet, donnons ici avis aux étudiants en rhétorique dans le collège de Saint-Omer, que, pour obvier à l'habitude que l'on prend de franchir celte classe pour prémalurer les prolégomènes de philosophie, pour lesquels les vacances intermédiaires suffiraient si on voulait bien les y employer, nous exigeons désormais pour la réception aux ordres un certificat des professeurs de rhétorique, pour justifier qu'on en aura pris les leçons sans interruption et jusqu'à la fin de l'année scolaire, avis qui doit servir à ceux mêmes qui ne se sentiront pas de vocation actuelle pour l'état ecclésiastique, et cela soit parce que Dieu la leur peut donner, soit parce que cette science peut leur être utile pour l'avenir. » 11 était difficile de marquer plus nettement l'estime dans laquelle il tenait l'enseignement des Jésuites; il était difficile de mieux indiquer la volonté de n'avoir dans son diocèse que des prêtres marqués au sceau de la Compagnie. Cependant tous les appuis furent impuissants lorsque, après la faillite du P. Lavallette, souffla de Paris le grand vent de vengeance et de destruction.

Le 6 août 1761, par arrêt du Parlement de Paris, « défense provisoire était faite aux soi-disant Jésuites de tenir des écoles et collèges, et à tous sujets du roi d'y étudier comme aussi de fréquenter leurs missions et leurs congrégations, de s'agréger et affilier à leur société ». « Vingt-quatre ouvrages composés par des Jésuites devaient être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la haute justice comme séditieux, destructifs de tous principes de la morale chrétienne, enseignant une doctrine monstrueuse et abominable, non seulement contre la sûreté de la vie des citoyens, mais même contre celle des personnes sacrées des souverains4 ». Orner Joly de Fleury, procureur-général du roi au Parlement de Paris, expédiait au Magistrat de Saint-Omer quatre exemplaires imprimés de ces arrêts et l'invitait à avoir pour agréable de s'y conformer. Rien ne semblait plus facile, et les échevius dociles se préparaient à obtempérer à ces ordres, lorsqu'ils reçurent de la

1 Nouvelles ecclésiastiques, A, — 5G.

3 13 lévrier 17G0.

4 L'arrêt du 31 août tout en prescrivant une nouvelle enquête maintenait l'exécution de celui du G août.

Cour d'Artois défense d'exécuter les arrêts du Parlement. Le 4 février en séance solennelle, toutes chambres assemblées, le Conseil d'Artois, sans prétendre d'ailleurs contester au Parlement ni son autorité, ni le droit de juridiction dans toute rétendue des baillages et sénéchaussées de son ressort, tout en reconnaissant le bien fondé des arrêts portés par lui, s'opposait cependant à leur enregistrement et interdisait aux officiers municipaux des villes d'Artois de les exécuter. La Cour d'Artois, souveraine en matière criminelle, ne pouvait abandonner son droit, sans compromettre gravement les privilèges des peuples de la province ; de plus, l'intention du roi n'était-elle pas que les cours suspendissent tout examen de la question jusqu'à ce qu'il leur eût fait connaître par lui-même ses volontés'? Ne devait-on pas respecter les ordres de Louis XV? Le Parlement s'était trop hâté; il avait par ses ordres directement envoyés aux municipalités froissé la susceptibilité pointilleuse des Etats qui ne voulaient pas se faire son complice dans sa lutte contre la royauté. Et le conseil, sûr de l'appui du gouvernement, heureux de faire sa cour au roi, décida d'écrire au chancelier et au duc de Choiseul pour leur envoyer copie de sa délibération.

La situation était embarrassante pour le Magistrat de Saint-Omer : exécuter les arrêts du Parlement, c'était mécontenter le Conseil d'Artois dont les ordres étaient formels; surseoir à leur exécution, c'était irriter le Parlement. Peu soucieux de s'attirer les reproches de l'une ou de l'autre cour, ennemis des conflits, les échevins essayèrent de négocier avec les Etats de la province. Joly de Fleury exigeait une prompte obéissance : a Tout enseignement1, écrivait-il à l'intendant de la province, doit cesser au premer avril prochain. » On était le 20 février; en un mois, il fallait trouver les professeurs nécessaires. De son bureau, dans sa hâte d'en finir avec les Jésuites, le procureur-général du roi se rendait peu compte des difficultés. «.Le 10 mars au plus tard, ajoutait Joly de Fleury, tous les mémoires que vous êtes tenus de m'envoyer aux termes de l'arrêt du G août, devront m'étre communiqués. » Les échevins, malgré leur bonne volonté, trouvaient le délai bien court.

Cependant l'interdiction du Conseil d'Artois les empêchait d'agir. S'ils pouvaient au moins fléchir l'intolérance des Etals! Sans perdre de temps (Joly de Fleury était pressé), ils adressèrent la lettre du procureur général aux Etals d'Artois en leur demandant avis-. La réponse leur prouva qu'ils n'avaient rien

s 24 février.

à espérer; le Conseil restait inflexible: ce Vous ne pouvez, disait la lettre1, adhérer à ee que le Parlement vous prescrit, sans préjudiciel' aux usages et privilèges de noire province: tous les édits, déclarations et arrêts y doivent être envoyés par le secrétaire d'Etat du département ou par M1 le procureur du parlement de l'exprès commandement duroy,elee n'est qu'autant qu'ils ont été vérifiés et enregistrés au Conseil supérieur d'Artois qu'ils peuvent y avoir lieu. Les arrêts du Parlement ont bien été envoyés à cette compagnie, mais elle n'a pas cru devoir les enregistrer par ce que. cet envoi n'avait point été fait par ordre du roi; ainsi ils ne peuvent avoir d'exécution dans notre province. » Et pour rassurer la timidité tremblante du Magistrat, les députés citaient une lettre du chancelier qui eonvena.it de l'irrégularité de l'envoi, et qui faisait prévoir un ordre du roi qui prochainement réglerait l'affaire des Jésuites. Pour convaincre ses craintives hésitations, ils faisaient prévoir les funestes conséquences d'un pareil précédent : « Mandez à M1 le président du Parlement, concluaient-ils, que vous ne pouvez adhérer à ses ordres. Vous êtes membres des Etals, vous devez par conséquent concourir au maintien de ses privilèges. » San? doute, les députés n'eurent pas confiance dans la fermeté des échevins, car deux jours plus tard-, Bataille, procureur-général du roi au Conseil d'Artois, leur interdisait par ordre de répondre à la lettre de Joly de Fleury.

Les échevins, se sentant trop faibles dans leur lutte contre deux cours puissantes, voulurent s'assurer l'appui de leurs collègues des autres villes, et régler leur conduite sur la leur : ils proposèrent donc aux Magistrats d'Arras, d'Aire, d'Hesdin et de Béthune de s'assembler le 5 mars à Saint-Omer pour se concerter sur la conduite à tenir dans l'affaire3. Mais une pareille assemblée ne pouvait avoir lieu sans l'autorisation de l'intendant4, et précisément il était absent. Arras d'ailleurs ne connaissait pas l'arrêt du G août et se souciait peu de s'engager, à la suite de Saint-Omer, dans une affaire embarrassante. Tout au moins fallait-il s'excuser auprès de Messieurs du Parlement ; malgré la défense de Bataille, le Magistrat de Saint-Omer le fit avec une platitude qu'il crut adroite 5 ; il sentait comme il le devait l'obéissance qui est due à tout ee qui émane de l'autorité de la Cour ; il ne croyait pas y manquer par les représentations qu'il prenait la liberté de faire, que

1 A. M., 25 février.

2 27 lévrier.

3 A. M., au Magistrat d'Arras.

4 Réponse du Magistrat d'Arras.

6 A. M., 7 mais.

l'arrêt n'avait point été enregistré an Conseil d'Artois et ne lui avait pas été envoyé de la manière usitée jusqu'alors; il suppliait le Parlement de lever l'obstacle qui empêchait l'effet de sa parfaite soumission. Devant l'humilité des échevius, l'intransigeance du procureur-général grandit : bien naïfs étaient les officiers de Saint-Omer de s'imaginer qu'une attitude soumise pouvait désarmer les exigences du Parlement. La réponse de Joly de Fleury1 les convainquit de leur erreur : dès le len- j demain de la signification du nouvel arrêt, les officiers muninicipaux devaient s'assembler « à l'effet de procéder au choix tï de tels sujets séculiers ou ecclésiastiques ou laïcs capables en I tel nombre qu'ils jugeraient nécessaire, autres que les soi- f disant Jésuites, pour pourvoir à l'instruction de la jeunesse et \ au gouvernement du collège de Saint-Omer ». Dans deux ; mois au plus tard, les échevius devaient envoyer leurs délibérations sur « les concordats par eux faits, ensemble les titres, pièces, concernant l'établissement du revenu dudit collège, qu'ils pourront avoir en leur possession ou qu'ils pourront se procurer ». Le nouveau régime était applicable dès le premier avril ; les officiers du baillage devaient mettre les professeurs en possession de tous les lieux nécessaires pour la tenue du collège. Très habilement le Parlement mettait aux prises deux pouvoirs rivaux; la mauvaise volonté des échevius était durement punie; le Parlement attribuait aux gens du baillage le droit d'installer dans un collège municipal des professeurs choisis par les officiers municipaux -. Le coup était rude pour le Magistrat : sa résistance aux arrêts, sou obéissance à la cour d'Artois allaient-elles lui faire perdre ses privilèges ? Le baillage allait-il profiter de son embarras? Avec plus de fermeté et de décision, il aurait peut-être évité cette défaite qui pendant de longues années allait être pour lui la source de conflits ininterrompus.

Pendant quelques jours, les échevius se livrèrent en silence à leur mélancolie; chacun dut faire de tristes réflexions: le Parlement ne semblait pas disposé à céder, et sa mauvaise humeur se traduisait par un affaiblissement des pouvoirs de l'échevinage ; le Conseil d'Artois paraissait moins terrible ; ses menaces ne s'étaient pas encore traduites par des actes; ne valait-il pas mieux capituler devant les exigences de Paris ') Mais où trouver les a sujets séculiers ou ecclésiastiques ou laïcs, autres que les soi-disant Jésuites », capables d'instruire la jeunesse de Saint-Omer? Il fallait pourvoir d'urgence au

1 13 mars.

5 A. M., D.M., 20 mors 17G2.

vide énorme que les Jésuites allaient laisser dans l'éducation et le Magistrat déclarait que « faute de sujets, il ne lui était pas possible de remplacer ceux qui enseignaient au collège1 )>.

Encore voulait-on taire preuve de bonne volonté et tenter quelque démarche. Le 21 mars, à 10 heures2 du malin, niayeur et échevins s'assemblèrent tristement en halle échcvinale. Seul l'évéque pouvait les tirer de leur cruel embarras, mais de Monllouet le voudrait-il ? On le savait grand partisan des Jésuites, et sans doute il refuserait les clercs nécessaires pour les remplacer. Aussi est-ce sans enthousiasme que Messire Louis Joseph de Laurelan, mayeur de l'an, seigneur de Cauchy, et le fils de Cuvelier, procureur-syndic du roi à l'hôtel de ville, prirent la route de Bilques pour aller trouver Sa Grandeur. En chemin, ils se demandaient anxieusement comment ils convaincraient l'évéque: quels mots pourraient le décider à « avoir pour agréable que ces Messieurs de la ville choisissent des sujets capables d'enseigner les humanités parmi les ecclésiastiques de son séminaire? t> L'accueil fut tout différent de celui qu'on redoutait ; Monseigneur sentait les Jésuites perdus ; il n'avait plus rien à en attendre ; il ne fit pas d'objections, et le lendemain les deux commissaires rapportaient à leurs collègues une promesse formelle. Grande fut la joie de tous. Sans tarder, on fit à de Montlouet de très humbles remerciements3 de ce qu'il voulait bien permettre de choisir dans son clergé les prêtres les plus propres à remplacer les Jésuites dans l'instruction de la jeunesse. Mais le Magistrat comptait sans les Etats qui n'avaient pas désarmé.

Au milieu de l'allégresse générale, le procureur du roi, syndic au siège de l'hôtel de ville, déposa sur le bureau un arrêt du Conseil d'Artois4 qui faisait « inhibition et défense aux substituts du procureur du roi et pareillement aux officiers municipaux d'obtempérer à l'arrêt du Parlement du 13 ». En même temps5 le Conseil ordonnait l'impression et l'affichage de sa décision, à charge au substitut du procureur du roi d'y tenir la main. La consternation fut profonde : le mieux était peut-être de « surseoir à l'enregistrement » et de consulter les échevins d'Arras sur la conduite à tenir. Aussitôt, on leur dépêche un exprès0 : « qu'ils fassent à ceux de Saint-Omer la grâce de leur mander quel parti ils

' Le Magistrat à Joly de Fleury, 21 mars.

3 A. M., DM., 22 mars.

4 Arrêt du 20 mars.

5 A. M., D.M., 26 mars.

6 22 mars.

prendront ; ne les imiteront-ils pas ? n'adresseront-ils pas comme eux une requête pour protester contre l'introduction des officiers du baillage dans les affaires de l'hôtel de ville ! » Et, s'en remettant au temps sur le parti à prendre dans « cette espèce de crise » puisqu'il y a « ce semble1 » conflit de juridiction entre les deux cours supérieures, le Magistrat informe Joly de Fleury de ses inquiétudes et le supplie de faire cesser toutes les difficultés-.

Enfin le 5 avril3, le Conseil d'Artois désarma et rendit un arrêt qui, provisoirement du moins, mettait fin aux embarras du Magistrat : les termes de l'arrêt du Parlement y étaient textuellement repris ; par provision et en attendant l'examen de leur doctrine, les Jésuites cessaient d'enseigner le 14 avril ; les officiers municipaux étaient commis au soin de mettre les nouveaux professeurs en possession du collège. Ce dernier article était bien fait pour flatter les échevins : leur requête avait été accueillie et le Conseil maintenait leurs droits en face des prétentions du baillage. Aussi prirent-ils en hâte toutes les mesures convenables pour exécuter un ordre qui les remplissait de joie. Dès le lendemain de la réception de l'arrêt, comme le demandaient les Etats, le Magistrat s'assemblait à l'hôtel de ville, nommait les nouveaux professeurs et décidait la rédaction « d'un règlement à l'occasion de la substitution des régens d'humanités en la ville de Saint- Omer et la cessation de l'enseignement de la jeunesse en ladite ville cy-devant donné par les Jésuites1 ». Trois jours plus tard, les 23 articles de ce règlement étaient lus aux nouveaux régents et acceptés par eux. Les cinq professeurs recevaient par an 1000 livres d'appointements payables de trois en trois mois par le trésorier de la ville5; pour faire face à celte dépense, 6.000 livres étaient réservées sur les revenus des Jésuites, l'excédent devant être employé soit en gratifications, soit en menus accessoires utiles à l'éducation de la jeunesse6. Parmi les professeurs, le Magistrat choisissait un préfet ou principal des classes auquel il était payé 200 livres d'augmentation chaque année. Deux articles étaient consacrés aux fonctions du portier nommé par la ville" : pour sonner la cloche, pour balayer tous les jours les classes et

1 A. M., chronologie.

* A. M., 27 mars.

4 A. M., D.M., 7 et 10 avril.

5 Art. 1-2-G.

6 Art. 5.

' Art. S-9.

« enlever les ordures » de la cour, il recevait 150 livres. Les autres articles réglaient les heures des classes et des exercices religieux1, les compositions et les exercices publics-, les congés et les vacances3. Le règlement prévoyait les absences, mort et maladie des régents4. Dans son ensemble, il manifestait nettement la toute-puissance des officiers municipaux qui se réservaient de modifier à leur gré les dispositions prises et affirmaient leur droit de révoquer régents, principal et portier. Le même jour, trois commissaires, le juré au conseil Jean François Annocque et les échevins de l'an, François-Adrien Froidure et Henry Gosse étaient désignés pour présider à l'installation des professeurs.

Cependant il fallait se hâter, car une opposition se marquait déjà5; sans perdre de temps, M1 de Lathieuloy, lieutenant général du baillage, avait été solliciter le premier président des Etals pour demander que « l'installation à faire fut faite par les officiers du baillage » ; Duval, religieux de Saint-Berlin qui l'accompagnait avait présenté les propositions de l'abbaye : les moines ornaient de se charger de l'instruction de la jeunesse à condition que les biens donnés aux Jésuites par Gérard d'Haméricourt leur seraient remis. Le président, objectant la décision du 5 avril, avait renvoyé les deux solliciteurs aux échevins de Saint-Omer. Mais, en dépit des assurances de Cuvelier, le Magistrat n'était pas fort rassuré et son impatience était grande d'atteindre sans encombres le 15 avril. Tout se passa merveilleusement.

Le 14 avril, les Jésuites avaient quitté leurs élèves pour ne plus les revoir; le 15, à huit heures du malin, tous les écoliers étaient réunis dans leurs classes respectives0. Les trois commissaires, accompagnés de Pierre Jacques Gaillon, avocat et greffier principal du siège de l'hôtel en la ville, pénétrèrent solennellement dans la classe de rhétorique. Après avoir donné lecture de l'arrêt du Conseil supérieur d'Artois et de la délibération du Magistrat, ils enjoignirent aux écoliers de reconnaître pour leur professeur Me Jean-Baptiste-François Hennebert7, prêtre, maître-ès-arts et gradué en théologie de la Faculté de

1 Art. 9-10-11-12-13.

2 Art. 15-23.

3 Art. 15.

4 Art. 17-18-19.

5 Lettre de Cuvelier, 13 avril.

6 A. M., procès-verbal d'installation, 15 avril.

7 V. la longue notice biographique que lui a consacrée IL Piers, p. 109 et pour son rôle pendant la Révolution les nos des 19 mai, 2 juin, 16 juillet 1907 de « l'Apôtre de Notre-Dame des Miracles ».

Paris. A l'avenir tous lui devaient obéissance et respect comme à leur régent légitime; tous étaient tenus de se trouver à la rentrée des classes qui se ferait le lundi 19 à sept heures du matin. Et après avoir installé Me Hennebert dans sa chaire, sous les regards curieux des écoliers, les magistrats se retirèrent gravement pour passer dans la classe de poésie, accompagnés du nouveau régent Me Jacques-Joseph Huchette. Avec le même cérémonial, ils parcoururent les différentes classes, laissant en syntaxe Me Guillaume-Louis-Joseph Piers, prêtre, en grammaire Me Roussel, prêtre, en figure Mu Antoine- Robert Marga, diacre. Enfin on pouvait respirer après les grosses émotions des derniers mois. Les Jésuites étaient remplacés; les nouveaux professeurs faisaient régulièrement leurs classes; l'échevinage avait maintenu contre le baillage l'intégrité de ses droits.

Nul n'avait protesté. Seuls1 François-Dominique Fertel, Henry-François de Boubers et Jean Huguet, tous marchands libraires avaient timidement exposé que quelques régents avaient ordonné à leurs élèves d'acheter d'autres auteurs classiques que ceux qu'on enseignait ci-avant au temps des Jésuites ; ce changement leur causait un dommage notable dans leur commerce ; plusieurs des anciens livres leur restaient à vendre et, ne sachant si les nouveaux régents continueraient d'enseigner, ils n'osaient en tirer d'autres de leurs correspondants ; ainsi, ils étaient exposés à une double perte, forcés qu'ils étaient de répondre journellement aux écoliers qu'ils n'avaient pas les auteurs qu'ils leur demandaient ; ils suppliaient donc humblement les échevins, pour pouvoir continuer avec assurance leur commerce, de fixer et d'arrêter la liste des livres et auteurs qui devraient s'enseigner.

Hélas la tranquillité de Messieurs du Magistrat fut vite troublée : parlementaires et députés d'Artois n'avaient signé qu'une courte trêve ; bientôt les hostilités allaient reprendre plus violentes que par le passé ; les ordres contradictoires des deux cours allaient mettre les échevins dans l'impossibilité d'agir sans mécontenter l'une ou l'autre ; des deux côtés les plus terribles menaces allaient épouvanter le Magistrat atterré ; les exigences des créanciers du P. Lavalelte allaient créer de nouvelles difficultés qui compromettront un moment le sort du Collège.

Pour pourvoir aux appointements des nouveaux maîtres, le Parlement autorisait les officiers municipaux à distraire des

1 A.D., Supplique des libraires, avril 17C2.

revenus des Jésuites les sommes nécessaires1. L'arrêt du 23 avril permettait aux frères Lyoncy et au Syndicat des créanciers de la Société de faire ce telles oppositions qu'ils aviseraient pour la sûreté de leurs droits ». Comment le Magistrat pouvait-il s'emparer de revenus sur lesquels il y avait opposition ? Contradiction étrange que ne pouvait résoudre la perspicacité des échevins. Le même arrêt ordonnait aux officiers municipaux de faire dresser sans délai un état exact et détaillé de tous les biens mobiliers et immobiliers appartenant à la Compagnie de Jésus ; dans le cas de refus d'ouvrir les portes, coffres, armoires ou autre chose fermant à clé, la cour autorisait l'huissier porteur de l'arrêt à requérir les services d'un serrurier ou d'un maréchal ; les biens devaient être saisis, arrêtés et mis sous la main du roi et de justice ; des gardiens devaient y être établis. Une fois de plus, le Parlement s'attribuait un droit que revendiquait la Cour d'Artois. La réponse des Etats ne se fit pas attendre. L'arrêt du Parlement était du 25 avril ; le 30 2, le Conseil d'Artois faisait défense aux officiers municipaux de Saint-Omer de mettre à exécution la décision de la Cour de Paris ; seul, un ordre du Conseil pouvait autoriser les inventaires. Dès lors ce fut une bataille à coups d'ordonnances. Criblé d'arrêts contradictoires, le Magistrat ne sait auquel entendre. Les ripostes se croisent, vives et rapides ; le 5 mai, le Parlement ordonne à tous ceux qui détiennent effets, titres ou papiers appartenant aux Jésuites d'en faire déclaration au greffe de la cour ; le 13, le Conseil défend d'exécuter cet ordre. Plus brutal, le Parlement enjoint aux officiers municipaux d'obtempérer à ses ordonnances « à peine d'en répondre en leur propre et privé nom 3 » ; il fait défense « aux officiers du Conseil d'Artois de se qualifier Cour supérieure y>. Les échevins, rendus responsables, s'exposaient à des poursuites. Le Parlement employait la violence ; la résistance était dangereuse ; il n'y avait qu'à s'incliner. C'est ce que firent courageusement les officiers municipaux 4. Tous les arrêts du Parlement furent lus, publiés, registres, affichés et exécutés. Deux échevins 5 et un séquestre G furent désignés à

1 Arrêt du 23 avril, communiqué au Magistrat le 29.

s Communiqué le 4 mai au Magistrat.

3 19 mai.

* A.M., D.M., 28 mai.

5 Jean-François Annocque et Me François-Adrien Froidure.

6 Jacques Dufour, greffier de la Chambre des Orphelins, qui prêta serment et donna caution. Bientôt atteint d'une violente maladie qui l'empêchait d'exercer ses fonctions, il donna sa démission (4 septembre) et fut remplacé par François Duvivier, bourgeois de la ville. A. M., D.M.

cet effet. Le Magistrat ne garda que le droit de se plaindre. Les députés d'Artois connaissaient leur force ; ils furent moins patients ; leur avocat prononça ' contre les prétentions du Parlement un réquisitoire aussi violent qu'éloquent : il maintenait la souveraineté du Conseil en matière criminelle ; or, l'affaire des Jésuites ne rentrait-elle pas dans cette catégorie ? Et, s'appuyant sur une longue série d'arrêts, sur les déclarations de Louis XIV, de Philippe II, de Charles-Quint, de Philippe le Beau, de Maximilien d'Autriche, du pape Sixte IV, des ducs de Bourgogne, des Valois et des Capétiens ; remontant jusqu'à Tacite et à César, parlant du droit national et local de la province, il affirmait l'impossibilité de soustraire les frères de la Société de Jésus à la juridiction de la Cour. Echauffés par cette harangue, les députés firent défense aux officiers municipaux d'exécuter les arrêts du Parlement « à peine d'en répondre en leur propre et privé nom ». La menace avait réussi au Parlement ; pris entre deux feux d'ordonnances, les échevins ne pouvaient plus éviter les coups. Ils essayèrent cependant de rester amis de tout le monde. Après avoir obtempéré aux ordres du Parlement, ils résolurent de donner au Conseil provincial des gages de leur bonne volonté ; ils décidèrent donc 2 « de surseoir à l'exécution de l'arrêt du Parlement jusqu'à ce qu'il ait été statué sur ledit conflit ». En même temps, ils adressaient à Orner Joly de Fleury une lettre où, protestant de leur bonne volonté, ils lui montraient la fâcheuse position dans laquelle ils se débattaient inutilement 3. « Il serait fâcheux, disaient-ils, dans une pareille conjoncture, d'être exposés à des peines qu'il ne nous est pas possible d'éviter, soit d'un côté, soit de l'autre, et jamais l'obéissance des juges inférieurs n'a été mise à une semblable épreuve. Les sentiments d'équité et de justice, Monseigneur, dont vous êtes animé, nous ôtent tous sujets de craindre d'être les victimes d'une contestation mue entre des juges qui nous sont supérieurs. Aussi nous réclamons avec confiance votre protection. Nous joignons au surplus à cette lettre la preuve que nous avons exécuté les intentions du Parlement autant qu'il a dépendu de nous, en passant le concordat avec les nouveaux professeurs, concordat par eux accepté, et en conséquence duquel ils sont en possession des écoles d'humanités publiques depuis le 15 avril dernier. » Dans cet état de crise, le Magistrat agissait avec la plus grande circonspection 4 pour se mettre

1 Séance du 2G mai.

5 A. M., D.M., 4 juin.

8 A. M., CM., 4 juin.

4 A M. de Caumarlin, 11 juillet.

à l'abri des reproches de la cour victorieuse ; il évitait de prendre parti par crainte de se ranger du côté du vaincu ; il se contentait de supplier lus deux juridictions de lever les difficultés ; pour ne rien risquer, il jugeait prudent de demeurer dans l'inaction ; ne voulant pas prévenir par une précipitation nuisible la décision du roi, il imitait la réserve des autres villes de l'Artois ; il lui semblait qu'on ne pouvait lui imputer qu'une inaction forcée, s'il attendait sans impatience la décision suprême qui seule devait le guider dans de pareilles circonstances ; et dans l'état violent où les choses étaient portées, il espérait en voir bientôt quelque dénouement.

Mais le Conseil du Roi persistait à demeurer « toutes bouches fermées1 ». Le procureur-général du parlement n'avait même pas répondu à la lettre des échevins. Le Conseil d'Artois maintenait ses inhibitions et ses défenses, et la réserve prudente, l'inaction forcée n'étaient plus possibles au milieu de juillet ; il fallait subvenir à la subsistance des Jésuites dont les biens étaient sous séquestre ; il fallait payer les nouveaux régents : le premier trimestre était écoulé, et les professeurs, presque tous sans ressources, ne pouvaient attendre le règlement de la question. Une décision s'imposait : devait-on au plus grand préjudice des habitants fermer le collège et supprimera Saint-Omer l'enseignement des humanités ? fallait-il faire sur les fonds de l'Hôtel de ville les avances nécessaires?

Les échevins, n'osant se décider, voulurent avoir l'avis d'un homme éclairé. Ils s'adressèrent donc à l'intendant pour le prier de & leur tracer la ligne de conduite qu'ils devaient tenir dans la circonstance2 ». M1 de Caumartin ne put que confesser un embarras qu'il partageait avec toutes les villes de la province. Queferez-vous, Messieurs, demandaient anxieusement les officiers d'Aire3 ? Cette affaire est si importante qu'il serait à propos que les villes intéressées s'assemblassent à Arras peur s'y concerter sur les démarches à faire, mandaient les échevins de Béthune, espérant trouver dans cette ville des personnes instruites de l'état de l'affaire4. Seul, le Magistrat d'Hesdin5, plus hardi, avait obéi au Parlement sans se soucier des arrêts du Conseil d'Artois. Une réunion aurait été utile sans doute; mais le Magistrat de Saint-Omer ne la désirait pasc; de plus il fallait l'autorisation de l'intendant. Probable-

1 Lettre de De Cauchy, août.

2 H juillet.

3 17 juillet.

4 Au Magistrat d'Aire, 19 juillet.

5 Lettre à Mr de Caumartin 14 juillet.

6 23 juillet.

ment les officiers d'Aire finirent par triompher de l'apathie de ceux de Saint-Omer et obtinrent la permission de M1 de Caumartin, car ils convoquèrent le 2 août les magistrats de Béthune et de Saint-Omer «pour conférer entre les trois villes et voir le parti qu'il y aurait à prendre dans l'affaire des Jésuites l ». Nous ignorons les résolutions auxquelles s'arrêtèrent les trois timides cités et nulle part on ne trouve trace de l'assemblée d'Aire2. Le 3 août un arrêt du Parlement enjoignait aux officiers municipaux de Saint-Omer de continuer de procéder à l'exécution des différents arrêts de la cour. Le 6 août, l'institut des Jésuites « était foudroyé t> par un réquisitoire violent du procureur-général du roi, consacré par un arrêt du Parlement ; les Jésuites d'Artois étaient compris dans la même proscription. Craignant la timidité des magistrats, confiant dans le conflit qui divisait les deux tribunaux supérieurs, les Pères Dubrulle, Delautel et de YVallers, recteurs des collèges de Saint-Omer, d'Aire et de Béthune, s'adressèrent au Conseil provincial3; ils alléguaient les lettres patentes de Philippe II, confirmées par Louis XIV ; ils suppliaient les députés « d'ordonner que leur innocence, leur doctrine et leur conduite devaient leur assurer un état fixe et immuable». Un libelle très violent fut répandu dans la province4. Démarches et invectives furent inutiles; le Conseil d'Artois jugea que « l'exception invoquée par les Jésuites wallons de Saint- Omer ne parraissait pas bien claire,.... que d'ailleurs, lors même que les lettres de confirmation auraient été enregistrées, comme l'abus ne se couvre jamais, il suffisait qu'il eût été aperçu une fois pour rendre les lettres et leur enregistrement sans effet». Les prédictions de Mrde Cauchy5 s'étaient réalisées à la lettre; comme une opposition plus prolongée à l'exécution des arrêts du Parlement pouvait avoir un dénouement fâcheux, le Conseil provincial, effrayé par les menaces de la cour de Paris se soumettait enfin; le 12 août, pour donner au roi de nouvelles preuves de sa modération, il déclarait ne pas user de son droit de faire défense d'exécuter les arrêts du Parlement, et se contenter « de faire itératives remontrances à Sa Majesté sur l'atteinte portée aux privilèges de la Province ».

Le lendemain, les officiers municipaux de Saint-Omer étaient

» 30 juillet.

8 Cependant le 31 juillet les échevins députèrent à Aire Cuvelier « pour le lundi 2 août conférer avec les échevins d'Aire et de Béthune sur le parti a prendre ». A. M., D.M.

3 Mémoire.

* Mes doutes sur la mort des Jésuites.

5 Au Magistrat, août.

avises de la décision qui les mettait à l'aise1. Enfin toutes les difficultés étaient levées : le Magistral n'avait plus à craindre, en exécutant les arrêts du parlement, d'attirer sur la ville les rigueurs du Conseil d'Artois. Aussi est-ce avec joie que les échevins annonçaient la nouvelle à leurs collègues de Béthune ; aussi est-ce en grande hâte qu'ils se couronnaient aux ordres reçus.

En diligence2, le sergent à verge Sacleu alla remettre à Dupont huissier une sommation de la ville; dans les vingtquatre heures, à peine de se rendre responsable en son propre et privé nom de l'exécution des arrêts et de tous dépens, dommages et intérêts résultant de son retardement, il devait signifier aux Jésuites les décisions du parlement. En diligence3, l'huissier Dupont, immatriculé au Conseil d'Artois signifia et délivra copie de l'acte du 3 août aux religieux, supérieur et recteur des Jésuites wallons, parlant au frère portier. Dans sa hâte, il requit comme témoins deux journaliers de la ville, Antoine Duhotoy et Antoine-Christophe Noblet.

Un seul jour avait suffi pour la signification de l'arrêt ; l'exécution se heurta à de multiples difficultés : Jésuites, représentant des frères Lyoncy, officiers du baillage se liguèrent pour entraver la bonne volonté du Magistrat et retarder les inventaires ordonnés.

Le 16 août à neuf heures du matin4, les deux commissaires « désignés à effet de procéder à l'exécution des arrêts du parlement », Jean-Joseph Jacque et François- Adrien Froidure, avocats et échevins de Saint-Omer, sonnaient à la porte du collège wallon ; le frère portier était requis d'appeler le père recteur, qui conduisit les deux commissaires dans une chambre basse, ayant vue sur le jardin et leur dit « qu'il était prêt de souffrir les opérations qu'ils entendaient faire ». A cet instant apparaît un nouveau personnage : c'est un huissier à cheval au Châtelet de Paris, Pierre Guenet; au nom de François Aubin, cavalier de robe courte, il déclare avoir été établi en garnison réelle au collège pour s'opposer au nom des frères Lyoncy à la remise des clés; seul, Baudet, huissier des créanciers, a le droit de les exiger. Vainement les commissaires protestent; vainement ils donnent lecture de l'arrêt du 3 août et font remarquer qu'il est postérieur à celui dont se prévaut Guenet. L'huissier du Châtelet et François Aubin qui

1 Au magistrat de Béthune, 13 août.

s 14 août.

3 A. M., procès-verbal.

* A.N., Carton 249.

a eu le temps d'arriver, protestent de leur respect pour les ordres de la cour, mais maintiennent leur opposition. Jacque et Froidure requièrent alors le père recteur de leur faire ouverture de la chambre où « sont reposants les titres et les papiers ». Malheureusement le père procureur, qui en a la clé est absent « à cause de sa mère décédée à Douay, à ce qu'on croit, étant à l'extrémité quand ledit procureur est parti de Saint-Omer ». L'inventaire ne pouvait se faire; les deux commissaires se contentèrent donc d'apposer sur la chambre des titres le scel aux armes de la ville, et après avoir promis à Guenet de ne pas lever les scellés sans l'appeler, après s'être fait remettre un état exact de toutes les personnes habitant au collège1, Jacque et Froidure se retirèrent pour envoyer au parlement l'acte d'opposition auquel ils s'étaient heurtés, laissant la garde des scellés à Louis Raymond, sergent à masse de l'hôtel de ville.

Le procureur et ses clés ne revinrent à Saint-Omer que le 21 août. Ce jour-là2, les commissaires reprirent leur besogne ; après examen de leur état, les sceaux furent levés, sans qu'il fut même nécessaire de faire venir l'huissier du Châtelet; les titres, inventoriés rapidement, furent tous transportés au greffe de l'hôtel de ville ; le recteur jura en la forme ordinaire, « manu pectori apposita » qu'il ne connaissait pas d'autres pièces, qu'il n'en cachait ni n'en recelait aucune. Le 27 août, en l'absence du recteur, du procureur et de Guenet, Jacque et Froidure commencèrent l'examen des pièces; sans se laisser arrêter par l'intervention de Baudet, ils continuèrent leur travail de dépouillement ; chaque liasse, chaque registre fut minutieusement étudié; chaque titre de propriété ou de rente fut analysé en détail. Le travail, fort pénible, se poursuivit malin et soir pendant de longs jours ; vingt-sept cahiers, quatre cent cinquante-trois feuilles constatent encore aujourd'hui le travail des commissaires; biens de ville, biens de campagne, rentes et origine de ces rentes, fermiers, locataires, tout y est soigneusement spécifié et permet d'établir un état exact des revenus de la Société à cette époque.

1 l°Neuf profès des quatre vœux : le P. Dubrulle, le P. Charles Trennier, le P. Lengage, le P. Van den Broucke, le P. Ride, le P. Jacque Pool, le P. Joseph de Cléty, le P. Scohyer; 2° Un coadjulcur spirituel: le P. Joseph Lefebvre; 39 Trois coadjutcurs temporels formés : le frère Thomas Marchai, le frère Martin Fatré, le frère Pierre Sichel; 4° Un proies des premiers vœux : le P. Michel Feurcyscn; 5° Un coadjuteur temporel n'ayant fait que les premiers vœux de noviciat : le frère Jean- Baptiste de YVerpc.

2 A.N., Carton 249.

En même temps Levasseur de Lathieuloy1, conseiller du roi, lieutenant général du baillage de Saint-Omer, Defrance de Hélican, conseiller du roi au même baillage, Me Joseph Petit de Cocquel procureur du roi, accompagnés de Nicolas- Joseph Lanose, greffier du baillage, se transportaient au Collège et invitaient Joseph Lengage, jésuite, gardien établi aux vases sacrés, linge et ornements des chapelles intérieures et extérieures à leur représenter le mobilier pour en faire le récolement, en présence de Leclercq, curé de Saint-Denis. Tout fut décrit : chasubles de laine et de velours, avec leurs étoles et leurs manipules, chapes et dalmatiques de satin et de damas, antipones et coussins de missel, nappes de toile, aubes et surplis de batiste, chandeliers d'étain ou de cuivre, missels reliés en veau et enveloppés de panne rouge, encensoirs, calices, lunules et ciboires. Rien n'échappa à la perquisition, que les objets précieux déjà soustraits par les Jésuites. Les commissaires notent l'état lamentable d'un vieux tabernacle de bois sculpté, la mauvaise dentelle d'argent d'un devant d'autel, et l'or faux d'une dalmatique verte, les bouquets de fleurs artificielles et leurs pots de faïence. Par arrêt du Parlement2, l'argenterie devait être portée « es hôtels de monnoye les plus proches pour y être convertie en argent comptant». Le procès-verbal de saisie, fait jadis par l'huissier Baudet, n'indiquait aucune pièce d'argenterie dans l'église du collège 3. Les pièces, saisies dans la chapelle de sodalité et démontées par Legaigner orfèvre4 pour être pesées, étaient presque toutes réclamées par les congréganistes. Yaneechout, parlant pour les sodalistes, représentait que tous ces objets n'avaient jamais appartenu aux Jésuites, mais aux congréganistes qui les avaient fait faire à leurs dépens ; il s'opposait donc à ce que l'on procédât à leur enlèvement. Noble homme Louis-Joseph-Cornil des Lyons, écuyer, seigneur de Noircarmes, réclamait au nom des congréganistes mariés une image de la Vierge ; l'inscription du piédestal justifiait ses prétentions5. Sur l'avis de Leclercq, le transport à l'hôtel des

' A.D., 23 août. — D'après un arrêt du parlement du 13 août, le curé delà paroisse Saint-Denis avait été chargé de veiller et pourvoir à tout ce qui concerne la décence des vases sacrés et chapelles intérieures et extérieures. Un premier inventaire avait été dressé le 26 avril par Annocque dans la chapelle de sodalité, en présence de représentants des différentes congrégations.

2 31 août.

3 20 et 21 septembre.

4 Pour ce travail et pour remonter les pièces, il reçut 12 livres.

5 Hœc imago pia munificentia sodalium Congregationis Beatee Marias Yirginis Annuncialre, crecta Audomari 1629, nunc in majorem et augus-

monnaies fut considéré comme inutile ; le curé de Saint- Denis estimait que tout ce qui était repris devait être laissé pour la décence de la chapelle ; à la vérité on pourrait ôter quelques petits cœurs d'argent attachés à la représentation du cœur de Jésus et quelques autres images, mais il ne jugeait pas à propos de le faire, attendu la modicité de leur valeur ; pour les ornements et les linges, rien, selon lui, ne devait être enlevé, tous ces effets étant vieux et de petite valeur. On préféra donc user de la réserve qui permettait aux officiers municipaux de retenir les pièces qu'ils estimeraient convenir aux églises de leur ville. Les échevins demandèrent aux curés s'ils s'en voulaient rendre acquéreurs1 ; ceux de Sainte-Marguerite, de Saint-Jean-Baptiste refusèrent l'offre2. Reval, curé de Sainte-Aldegonde était amateur d'un christ dont le pied était enrichi de reliques5. Pour le curé de Saint-Denis1, son église paroissiale ayant été écrasée en 1703 par la chute des cloches, il n'avait pu jusqu'alors se procurer des ornements précieux ; il priait le Magistrat de l'autoriser à retirer des mains du séquestre les pièces d'argenterie qu'il détenait. L'autorisation donnée5, l'estimation faite par deux orfèvres0, Leclercq devint propriétaire de ce qu'il désirait.

Plus tard, la bibliothèque des Jésuites était inventoriée de la même manière7 ; après avoir réservé pour être brûlés les ouvrages condamnés par le parlement, les autres livres8, traités de casuistique, vies de saints et de pères de la Compagnie, classiques latins, dictionnaires incomplets et mutilés par un long usage, livres espagnols, flamands ou grecs, bibles en caractères gothiques, tout fut réparti par lots pour être vendu aux enchères.

Les inventaires terminés, il restait, pour se conformer aux arrêts du parlement, à mettre les Jésuites en demeure a de vuider toutes leurs maisons, collèges, noviciats, résidences,

tiorcm formam restiluta est hocanno 1670, quam in rem impensi p ri mu m centum iloreni quos reverendus Dominus Frauciscus du Chambge, juris utriusque licencialus et Ecclesia? Calhedralis Audomarensis Canonicus nobilis graduatus dono dédit in fundationcm psalmi de Profuudis. Reliqui deindc sumptus a crcteris sodalilms subministrati.

1 A. M., 3 octobre.

- A. M., 3 octobre.

3 4 octobre.

4 2 octobre.

i A. M., 15 ot 10 octobre.

0 Legaijmeur et Lefebvre, en tout 27(52 livres, 13 sols, 11 deniers, A. M., D.M., 21 lévrier 1703.

7 A.M., D.M., 2 juillet 1761.

8 V. A. M., l'inventaire et le prix de vente de chaque loi.

maisons ou autres établissements ». Or cette évacuation ne pouvait se faire qu'à une condition ; c'est que l'économe séquestre paierait les sommes fixées par les arrêts précédents1 ; et le 28 août l'économe séquestre n'avait pu encore procéder à la vente des biens. Comme la situation menaçait de se prolonger par les oppositions fuites par Baudet, la cour fit envoyer par Bronod le jeune, séquestre à Paris, 12.000 livres à l'huissier Rose d'Arras, pour être employées au paiement des Jésuites. Le 18 octobre, les officiers municipaux recevaient les sommes nécessaires pour cet usage.

Aussitôt, elles étaient remises aux intéressés; le 19, Sacleu, sergent à verge, se présentait dès huit heures du matin au collège wallon, porteur d'une sommation de Cuvelier, procureur-syndic du roi2 : conformément aux arrêts du Parlement, les Jésuites recevaient l'ordre de sortir de leur collège. A deux heures et demie de l'après-midi, le lieutenant mayeur Joseph Devissery et l'échevin Jacques-Antoine Toussaint, commissaires désignés par le Magistrat, se présentaient à leur tour au collège avec le procureur syndic3. Au nom des officiers municipaux, ils prenaient possession du terrain, de l'église, des bâtiments, appendances et dépendances, et établissaient à leur garde et conservation Martin Evin, bourgeois de Saint- Omer4. Aussitôt après la vente des objets saisis, Bricaut, gardien des créanciers, devait lui remettre toutes les clés « aux peines de droit ».

Les Jésuites s'étaient soumis ; les officiers du baillage tentèrent une tardive opposition. Le 23 octobre, un sergent à cheval remettait au greffe de l'hôtel de ville une sommation du baillage5 : Petit du Cocquel donnait ordre aux mayeur et échevins de se rendre le 25 au collège pour prendre possession avec le lieutenant, le procureur et le greffier du baillage des territoire, bâtiments et meubles meublants dudit collège. Pour toute réponse, l'échevinage fit signifier au baillage par Sacleu, huissier à verge0, que, la prise de possession devant se faire

1 6 et 13 août ; en plus chaque Jésuite pouvait emporter le lit garni, les tables, chaises, bureaux, livres à son usage, comme aussi du linge, jusqu'à concurrence de une douzaine et demie de chemises, une douzaine et demie d'autre linge, trois paires de drap et une douzaine de serviettes.

8 A. M., procès-verbal.

3 A. M., procès-verbal.

4 A. M., plus tard, il fut accusé ainsi que Coutad et Aubin de souffrir que toutes sortes de personnes entrent dans les propriétés des Jésuites, et défense leur fut faite de tolérer pareille chose, 29 novembre 1762.

6 25 octobre.

immédiatement après la sortie des Jésuites, les échevins s'étaient, dès le 19, transportés au collège, que procès-verbal avait été dressé de la prise de possession et envoyé au procureurgénéral du parlement, de sorte qu'il ne pouvait plus être question de prendre possession nouvelle.

Une dernière difficulté restait à lever : les nouveaux professeurs qui continuaient régulièrement leurs classes n'étaient pas payés depuis neuf mois. On craignait que l'enseignement ne cessât si « on ne satisfaisait pas les régents de leurs appointements, la plupart étant peu accommodés des biens de la fortune1 ». Les rentes et les fermages que les mayeur et échevins étaient autorisés à percevoir- avaient été saisis par l'huissier Baudet à la requête des frères Lyoncy et consors, et l'économe séquestre, ne recevant aucun denier, ne pouvait satisfaire aux appointements des nouveaux professeurs. Duvivier s'en plaignit à Roussel de la Tour3. Comme la réponse de Paris tardait, le Magistrat résolut de passer outre4 ; mais il se heurta au procureur du baillage, armé d'un édit du roi favorable aux prétentions des créanciers. On écrivit alors5 à Mr de Cauchy, député des Etats à la cour de Paris, en le priant de remettre une requête à Terray, rapporteur de toutes les affaires concernant les Jésuites. Un mois plus tard0, « les économes des collèges pouvaient payer les professeurs avec les revenus ».

Enfin la longue affaire des Jésuites semblait terminée. Cependant le Magistrat n'était pas encore sorti d'embarras. La constitution du bureau d'administration, la question de la direction du collège amena de nouvelles difficultés. Les dépouilles de la Compagnie étaient une proie tentante sur laquelle chacun se croyait quelque droit. Tous voulurent s'en emparer : moines de Saint-Bertin, officiers du baillage, évêque de Saint-Omer, échevins de la ville se livrèrent autour du collège à une lutte acharnée qui se prolongea pendant deux années entières.

La ville espérait avoir seule la haute main sur l'administration. Elle se heurta à un premier adversaire, le syndicat des

1 Cependant le registre des délibérations (A. M.) constate le 23 octobre le paiement de 250 livres à chacun des quatre anciens régents pour trois mois échus le 15 juillet.

1 Arrêt du parlement du 28 août.

* A. M., 27 novembre.

4 17 décembre.

'- A. M., 1 i janvier 17(3:5.

0 Arrêt du 4 février. Lettre de Roussel de La Tour a de Cauchy, 23 février.

créanciers du P. Lavalette. Installes dans les bâliments des Jésuites, n'ayant abandonné bien malgré eux que les locaux nécessaires aux classes, ils ne voulaient pas permettre aux échevins de prendre possession des chambres utiles au logement des professeurs. Sous prétexte que les livres de la bibliothèque et les ornements de la chapelle n'avaient pas encore été vendus, les gardiens établis par les frères Lyoncy demeuraient pour veiller à leur conservation et détenaient terrain et bâtiments1. Les professeurs ne pouvaient même obtenir deux les clés de leurs chambres. M1 de Cauchy, député extraordinaire des Etats, fut chargé de soutenir auprès du parlement les droits de la ville- : les bâtiments qui servaient au logement des Jésuites faisaient partie, comme les classes, du collège wallon; ils formaient avec elles un tout inséparable construit pour l'enseignement; n'était-il pas arbitraire de vouloir les diviser3 ? L'objection des frères Lyoncy était aisée à réfuter. Les nouveaux professeurs, auxquels on ne pouvait refuser un logement gratuit, ne pourraient-ils être établis gardiens responsables des vases sacrés, linge, ornements et bibliothèque * ? Ce serait éviter des frais de garde devenus inutiles et frustratoires. Après une conférence de quatre heures avec Roussel de La Tour, de Cauchy finit par obtenir que sur les biens des Jésuites « on prélèverait le nécessaire pour loger les professeurs5 ».

Cependant l'édit de février avait déçu les espérances du Magistrat ; après le rôle que le parlement lui avait confié dans l'affaire des Jésuites, il pouvait espérer mieux. L'article VI en effet ordonnait que « dans les villes où il n'y avait ni parlement ni conseil supérieur, le bureau serait composé de l'archevêque ou de l'évêque qui y présiderait, du premier officier de la justice royale ou seigneuriale du lieu, de celui qui y était chargé du ministère public, de deux officiers municipaux, de deux notables du lieu choisis par le bureau et du principal du Collège ». Il allait donc falloir partager l'autorité avec des adversaires dont on avait triomphé ; on allait devoir dans un collège municipal admettre des officiers du baillage et des membres de l'ordinaire. Que faisait le roi des privilèges des échevins ? Sans hésiter, le Magistrat, avec une hardiesse qu'on était loin d'attendre de lui, engagea la lutte contre les pouvoirs rivaux qui le menaçaient. L'attaque fut d'abord

1 A. M., Magistrat au parlement.

2 Le Magistrat à de Cauchy, 14 janvier 1763.

3 A. M., Mémoire du Magistrat.

4 Le 23 janvier 1765, Piers, régent de rhétorique était chargé de la garde de tous les effets de la chapelle dont Evin recevait décharge. (A. M. reg.)

5 Lettre de de Cauchy, 18 janvier 1763.

dirigée contre l'évêque ou « la personne ecclésiastique ï> qui pouvait le représenter. Le 17 février1, ceux d'Arras mandaient à ceux de Saint-Omer : ce la composition du bureau donne à l'ordinaire une administration dans les collèges qu'il n'a jamais eue ». Seuls et sans le concours du clergé, les officiers municipaux avaient toujours eu la régie des établissements municipaux. L'usage de la province était de ne pas admettre le concours des ecclésiastiques dans l'administration des hôpitaux, collèges, fabriques et fondations pieuses. Les décrets du concile de Trente et du synode de Cambrai, qui avaient donné une administration à l'ordinaire, n'avaient été reçus en Artois qu'après des représentations et des modifications faites par les conseils de Malines et d'Artois ; des lettres patentes de Philippe III et de Philippe IV protégeaient les droits des officiers de justice ; le concours des deux puissances dans une même administration devait fournir matière à bien des contestations. L'atteinte portée au privilège du Magistrat était considérée comme une punition imméritée et comme une espèce de dégradation. Saint-Omer adressa dans ce sens des instructions à de Cauchy, député du Tiers-Etat auprès du roi 2 ; les échevins demandaient des lettres interprétatives de l'édit et confirmatives des privilèges des villes, et d'accord avec ceux d'Arras, ils résolurent3 de faire faire « par une bonne plume de Paris » un mémoire sur la composition du bureau du Collège. Les officiers du baillage se sentaient menacés ; le Magistrat en effet trouvait contraire aux droits des villes et même de la province de les faire participer à des affaires municipales. Un mémoire pour les officiers des baillages contre les officiers municipaux des villes fut rédigé à la hâte1, et présenté au roi par l'évêque de Saint-Omer et le marquis de Creny5. Dans leurs démarches contraires à celle de Cauchy, les députés extraordinaires du clergé et de la noblesse s'opposaient au nom des Etats à la prétention des échevins ; ils s'autorisaient dans leur mission, non de l'assemblée générale de la province, qui était séparée longtemps avant la naissance du conflit, mais d'une lettre qu'ils avaient reçue des députés généraux et ordinaires nommés pour régir et administrer les affaires d'une assemblée à l'autre. Cette lettre de l'évêque d'Arras et du comte de Marie liait les mains de Cauchy député du Tiers.

"2 V. compte-rendu de Roussel de La Tour, 21 juillet 17G4.

3 A. M., 19 et 21 mars.

* AD., C, 138, 58 et 67, 13 avril.

b V. compte-rendu de Houssel de La Tour.

L'Assemblée de Béllmne lui rendit son pouvoir ; des députés de tous les échevinages y prirent une résolution commune qui approuvait tous les actes de Cauchy et l'autorisait à continuer toutes les démarches nécessaires pour obtenir de la bonté du roi la conservation du privilège des officiers municipaux « d'être les seuls administrateurs des collèges ».

Dès lors, la mêlée devient générale : de nouveaux combattants viennent s'unir d'intérêts avec les ecclésiastiques et joindre une nouvelle contestation à la première. Voyant la lutte engagée, les officiers du baillage, furieux d'avoir été évincés dans l'affaire des Jésuites, pressentant les dangers d'une défaite de l'ordinaire, croient l'occasion favorable de renouveler avec succès leurs prétentions. Ils s'assemblent à Arras et, bien qu'ils n'aient pas de caisse où puiser à leur gré pour subvenir à de longues et coûteuses députa lions, ils désignent pour leur député M. de Lathieuloy, lieutenant-général de Saint-Omer l. Ils le chargent de se rendre à Paris, de demander communication des mémoires que les officiers municipaux ont envoyés tant au duc de Choiseul et au conseil du roi qu'à la cour et d'intriguer auprès des députés des Etats. C'est alors une pluie de requêtes, de lettres et de mémoires. Membres du Parlement, ministres et conseillers d'Etat, personnages influents à Paris sont inondés de demandes, d'observations, de réponses : mémoire pour les officiers du baillage contre les officiers municipaux des villes 2, observations poulies baillages 3, observations sur le mémoire intitulé pour les villes de l'Artois concernant l'administration des collèges *, lettre au duc de Choiseul pour les baillages 5, requête au roi des officiers des baillages royaux °, notes sur les faussetés et les erreurs répandues dans le libelle imprimé sous les noms du Tiers-Etat et des Echevins d'Artois contre les Etats, les Evêques et les Baillages de la même province 7, toutes ces pièces, ensevelies aujourd'hui dans la poussière des archives, témoignent de l'ardeur de la lutte. Lois et décrets de jurisprudence, placard de Charles-Quint, décisions du Concile de Trente, du Synode de Cambrai et de Malines, lettres patentes de la duchesse de Parme sont analysés, discutés ; chaque

parti croit y trouver la justification de ses prétentions ; règlements pour l'administration des hôpitaux, délibérations des magistrats, comptes généraux des receveurs sont cités ; chacun pense y découvrir des arguments pour la thèse qu'il soutient. Si les baillages participent à l'administration des collèges, ils acquerront un nouveau territoire de justice, disent les échevins de Saint-Omer. Le premier officier des baillages présidera le premier officier de l'hôtel de ville, son égal, dans un territoire qui lui est étranger ; le procureur-syndic des villes sera donc exclu de l'administration des collèges pour faire place à un étranger ; un pareil établissement ne détruira-t-il pas l'harmonie des juridictions ? ne fera-t-il pas naître plus de rivalité que d'émulation ? Les officiers du baillage répondent : avec des échevins nommés seulement pour un an, quel esprit de suite peut-on trouver dans l'administration des collèges ? D'ailleurs l'édit de février, enregistré au Parlement, ne doit-il pas être appliqué ' ? L'évêque de Saint-Omer objecte que l'administration du collège n'est qu'une suite de son titre de fondateur, puisque ce fut Gérard d'Haméricourt, évêque de cette ville, qui le fonda, le dota, lui donna une église, une maison et des écoles 2.

Gérard d'Haméricourt était évêque de Saint-Omer sans doute, mais n'était-ce pas comme abbé de Saint-Bertin qu'il avait établi les Jésuites ? L'abbaye, au milieu de la confusion, crut le moment propice pour se faire attribuer la direction du collège 3. Elle aussi avait des titres sérieux à faire valoir. L'hommage annuel d'un cierge constatait que les moines avaient toujours été considérés par les Jésuites comme les fondateurs du collège ; comme tels, ils avaient droit de participer à son administration, et, à l'appui de leur thèse, les | moines alléguaient la ville de Lyon et l'arrêt du roi du I 29 avril 1763 4. Les associer à la direction du collège, c'était les engager à continuer leurs bienfaits; ils étaient riches, il le feraient volontiers, et ce serait mauvaise politique de les écarter.

Contre la coalition de tous les pouvoirs, le Magistrat tient bon; à toutes les attaques il riposte; à tous les textes il oppose d'autres textes; à toutes les interprétations, il répond par

1 A. M., Mémoire pour l'administration des collèges ; observations sur l'édit de février 1763.

2 Compte-rendu de Roussel de La Tour.

3 Mémoire pour l'abbaye de Saint-Berlin contre les mayeur et échevins. A.D., C, 137-243-244.

4 A.D., C, 137-22'*, d'après le compte-rendu de Laverdy.

d'autres interprétations favorables à sa cause. En Artois, dit-il, toutes les administrations sont laïques Sans doute Gérard d'Haméricourt peut être considéré comme le fondateur du collège wallon1; mais ce qu'il lui a donné ne va pas au tiers de ce qu'il a reçu des échevins; et dans un long mémoire il rappelle toutes ses générosités; il prouve, pièces en main, que c'est lui qui a, des deniers de la ville, fait faire tous les embellissements, toutes les réparations, toutes les constructions nouvelles, que c'est lui qui chaque année présidait aux pièces de théâtre et fournissait les prix qui se distribuaient. De tous ces titres il conclut que c'est à lui et à lui seul que doit appartenir la direction d'un collège dont il a été pendant deux siècles le principal bienfaiteur.

Cependant le collège souffrait de cet état d'incertitude. Chaque délibération amenait des conflits entre les diverses juridictions rivales; évêque, officiers du baillage, échevins prétendaient être seuls exécuteurs de chaque arrêt. Le parlement se détermina à remédier au mal autant qu'il était possible : après s'être fait informer de l'état des contestations, des diverses prétentions et moyens des parties, il les renvoya devers le roi2 et ordonna le 5 septembre que par provision, les officiers municipaux auraient l'administration du collège.

Il fallait obtenir que le provisoire devint définitif3. A ce but devaient tendre les efforts du Magistrat de Saint-Omer. Aussi se hâte-t-il d'informer les échevins d'Arras de ses intentions4. Le parlement lui semble favorable; il se hâte de lui prouver sa bonne volonté; il l'informe que pour maintenir un esprit de suite dans la direction, sur les sept membres du bureau, quatre seront permanents5; il flatte Roussel de La Tour, multiplie les marques de déférence et de confiance à son égard, le prie de vouloir bien accorder sa protection au nouveau bureau, l'assure que les officiers qui le composent travaillent sans relâche à remplir les tableaux concernant les personnes et les biens des Jésuites que le parlement a deman-

1 A. M., Mémoire abrégé et relevé des titres trouvés chez les Jésuites wallons de Saint-Omer servant à prouver que feu M' d'Haméricourt peut bien être considéré comme leur premier fondateur mais...

2 A. M., Arrêts des 30 août et jours suivants.

3 A. M., à Roussel de La Tour, 20 juin 1764.

4 A M., 10 septembre.

5 A. M., 21 septembre, Joseph de Lauretan chevalier mayeur; deux conseillers pensionnaires, le procureur du roi syndic, de Waussie écuyer, de Vissery, de Bonvoisin avocat, de Fremantel bourgeois notable.

dés1; il le supplie de l'aider dans le choix d'un principal2. La demande était imprudente, et dans la mare où, depuis un an, coassaient les grenouilles, le parlement faillit envoyer une grue pour rétablir brutalement l'ordre et le calme. Prudemment, de Cauchy avait conseillé aux échevins de faire des propositions pour la place de principal. Le bureau n'avait-il aucun candidat à Saint-Omer ? C'est possible ; en tout cas, il crut la démarche inutile et s'en remit au choix du rapporteur au parlement. Roussel de La Tour songea à envoyer quelque membre de l'Université. C'est ce qui inquiète le Magistrat3; il craint qu'un universitaire ne soit trop soutenu par son corps ; il a peur de ne plus avoir l'autorité nécessaire ; il prouve même que, sans un pensionnat, la nomination d'un principal deviendrait inutile ; car il serait sans fonctions. La grue ne descendit pas dans la mare ; à Saint-Omer, on trouva quelqu'un pour obéir passivement aux échevins.

Mais évêque et officiers du baillage n'avaient pas perdu courage. Le provisoire n'était pas encore définitif; la lutte continuait : les lettres succédaient aux mémoires, les requêtes aux lettres, les observations aux requêtes. Ces contestations furent agitées dans les Etats de la Province 4. Clergé et noblesse se plaignirent de ce que les officiers municipaux « contre les dispositions de l'édit, avaient de leur autorité établi des bureaux d'administration ». Le corps du Tiers Etat se déclarait « formellement opposant à cette résolution5 ». Et comme l'usage voulait qu'une délibération ne pût être arrêtée qu'autant qu'il n'y avait pas opposition formelle d'un des trois ordres, la difficulté ne pouvait être résolue. Et mémoires, requêtes, lettres et observations continuèrent à se croiser et à encombrer la table de tout ce qui pouvait avoir quelque influence à Paris, pendant que le bureau provisoire continuait à diriger le collège pour la plus grande gloire et la plus grande joie des officiers municipaux0; un mémoire des évêques et des baillages n'avait pu renverser la solidité de leur argumentation.

Enfin, profitant du renouvellement des échevins, Louis XV, devant lequel les parties avaient été renvoyées, ordonna par

1 A. M., à de Cauchy, 1er octobre 17G3.

2 A.D., C.138, 64 et" 137-2-10-246-248. Mémoire pour les Etats, les évêques et les baillages.

3 A. M., à de Cauchy, 1er octobre 1763.

4 A.D., C, 138, 64 et 137-240-216-248. Mémoire pour les Etats, les évêques et les baillages.

5 Compte-rendu de Roussel de la Tour.

e A.D., C, 138-210, 24 juillet 1764.

un édit du 24 octobre 1761 l'application de 1 edit de février1. Les nouveaux échevins, fatigués de la lutte, acceptèrent leur défaite; l'affaire était finie, déclaraient les Etats d'Artois; chacun se flattait d'une bonne administration obtenue par la coopération des évéques, des officiers du baillage et de l'échevinage. Mais le parlement veillait ; il venait de trouver une nouvelle occasion de manifester son opposion contre Louis XV '• il n'avait garde de la laisser échapper. Il refusa d'enregistrer l'édit royal2, alléguant qu'il était contradictoire avec une décision précédente ; le roi avait trouvé que l'administration des collèges d'Artois devait être purement municipale ; les nouvelles lettres patentes confiaient cette administration à l'ordinaire et aux baitlages. Aussi promulgue-t-il le 29 janvier 1765 3 « un règlement pour les collèges qui ne dépendent pas des universités, rendu applicable par un autre arrêt de la cour du 7 mai 1764, à l'exception toutefois des dispositions concernant le choix des personnes qui doivent composer le conseil d'administration, et qui continueront à être régis en exécution des arrêts du 30 août et du 5 septembre 1763». Ce ne fut que le 18 octobre 1765 que le roi termina l'affaire en donnant gain de cause aux évéques et aux officiers des baillages.

Ces arrêts successifs donnèrent lieu à quelques difficultés dans l'organisation du bureau. Lorsque les officiers municipaux eurent connaissance que le roi avait décidé en son conseil l'exécution de l'édit de février 1763, suivant la lettre écrite le 23 octobre 1764 par le duc de Choiseul, ils cessèrent de siéger. Un autre bureau fut organisé ; mais la décision du parlement occasionna le retardement de la formation du nouveau bureau ; la considération du bien-être du collège, la proximité de la rentrée des classes « qui ne pouvait être différée sans un préjudice notable », la crainte que le parlement qui venait d'entrer en vacances ne put prendre de détermination, tous ces motifs poussèrent les échevins à demander au roi le droit d'organiser un bureau provisoire jusqu'à ce que ses volontés fussent connues dans une forme légale*. Les administrateurs du collège de Saint-Omer n'imitèrent donc pas certains de leurs collègues de l'Artois ; ils ne suspendirent pas leurs séances en prétexant soit la nécessité d'obéir au parlement, soit l'impossibilité d'aller contre les ordres du roi.

La séance du 28 décembre 1764 peut être considérée

5 7 mai 1765 et lettre de Joly de Fleury, 10 mai.

3 A.D., et A. M.

* A. M., D.M., 14 septembre 1765.

j comme l'acte qui inaugure le régime nouveau. Ce jour là1,

(à dix heures du matin, les nouveaux administrateurs s'assemblent solennellement dans une des salles du collège. — Monseigneur l'illustrissime et révérendissime François-Joseph de Montlouet, évèque de Saint-Omer, préside au centre de la table ; autour de lui prennent place dans Tordre même indiqué par Ledit de février les autres membres du bureau : c'est Dominique J.-J. de Lencquesaing, écuyer, seigneur de la Pre)r, grand bailli de la ville et baillage de Saint-Omer; c'est Antoine J. Pelet, écuyer, lieutenant mayeur en exercice; L.-J. Levasseur de Lathieulov, conseiller du roi et son lieutenant vénérai et civil au baillage de Saint-Omer ; Louis-Joseph Petit de Cocquel, procureur du roi au baillage de Saint-Omer; Me Leleu, échevin en exercice2. Le grand bailli et le lieutenant général se prétendant tous deux « premier officier de justice royale », on convint que de Lencquesaing et de Lathieuloy remettraient chacun un mémoire dans lequel ils feraient valoir leurs droits respectifs et que, jusqu'à ce que la difficulté eût été tranchée, ils assisteraient tous deux aux assemblées, leurs deux voix ne comptant que pour une seule 3. Les administrateurs procédèrent ensuite à la nomination de deux notables : à l'unanimité ils désignèrent Me François Merlin, avocat au Conseil d'Artois et Me Antoine Bruno Derycke, licencié en médecine4. Informés de leur nomination et mandés en hâte, ils ne tardèrent pas à venir prendre place autour de la table du bureau.

Pour le plan et la suite des éludes, pour la police intérieure du collège, un principal était jugé nécessaire. Les admi- ; nistrateurs engagèrent donc JRjqmer, prêtre chanoine de l'église "i cathédrale, bachelier en théologie èT"professeur septénaire de * l'Université de Paris à accepter ce poste important. Très sensible à la confiance que lui témoignait le bureau, Riquier représenta que ses offices de chanoine, les embarras de la grande recette du chapitre dont il était chargé, son nouvel établissement dans une maison, à laquelle il était attaché, ne lui permettaient pas de s'engager à demeure a un pareil emploi, de fixer son habitation au collège, de prendre le soin du

1 A. M., registre.

5 La nomination de Pelet et de Leleu fut confirmée le même jour par les mayeur et échevins.

3 Le conflit se prolongea. Le 30 décembre 1705, de Lencquesaing ayant convoqué le bureau, de Lathieuloy protesta. Protestations et contre-protestations se multiplient et en janvier, la discussion continue encore entre les deux entêtés. V. A. M., rcg.

4 Jean-François Delamer fut nommé secrétaire du bureau. A. M., reg.

pensionnat qu'on y pourrait établir. Cependant, si on jugeait ses services utiles à l'instruction et au bon ordre de l'établissement, en attendant que l'on pût trouver quelqu'un propre à remplir la principalilé, il consentait à l'accepter et à en faire les fonctions gratuitement pendant le cours de l'année scolastique. Dans leur joie d'être débarrassés d'un gros souei, les administrateurs ne lui ménagèrent pas les remerciements; les I appointements de celui qui faisait jusqu'alors fonctions de | principal furent supprimés, et le bureau désigna pour veiller I avec Riquier à la police intérieure un de ses membres, un notable de la ville, Derycke.

Une nouvelle période s'ouvrait pour le collège de Saint- Omer. Aux Jésuites succédaient des prêtres séculiers; à la fermeté de direction, à l'immutabilité de métbode succédaient une administration partagée entre des pouvoirs rivaux, un enseignement moins fermé aux sollicitations de l'extérieur.

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