LES PRÊTRES SÉCULIERS
(28 Décembre 1764 — 27 Août 1778)
I. La suppression des collèges d'Aire et d'Hesdin. La création d'un pensionnat amène des modifications dans le personnel, dans les bâtiments ; état économique du Collège. — II. L'instruction ; réaction contre les méthodes des Jésuites ; souci de se tenir au courant des idées du siècle. — III. Manque de subordination ; absence d'une autorité ferme ; indiscipline chez tous, élèves et professeurs ; manque d'autorité du principal, du bureau ; éléments qui se jalousent, changement fréquent des membres. — Seuls les évèques auraient pu sauver le régime des prêtres séculiers; ils ne le voulurent pas ; rétablissement des collèges d'Aire et d'Hesdin ; on se tourne vers les congrégations.
Deux bonheurs simultanés assurèrent dans les années l suivantes la prospérité du collège de Saint-Omer : la suppression des collèges d'Aire et d'Hesdin, la création d'un pensionnat contribuèrent à augmenter sa population et amenèrent de "■ sensibles améliorations dans l'ancienne maison des Jésuites. L'enseignement, plus ouvert à toutes les réformes du siècle, s'efforça d'éviter ce que l'on avait reproché aux méthodes des Jésuites et donna, malgré l'inexpérience de certains professeurs, 1 des résultats satisfaisants. Malheureusement l'insubordination 1 des maîtres et des écoliers, le manque d'unité dans la direction » et dans l'administration, les rivalités jalouses entre les mem- l bres du bureau, les régents et le principal furent des ferments I de ruine qui amenèrent bientôt l'abandon du système que l'on venait d'inaugurer.
Les collèges de Jésuites, créés dans la province d'Artois pour des raisons peut-être étrangères à l'enseignement, avaient paru trop nombreux à Roussel de la Tour. En vain les deux villes d'Aire et d'Hesdin avaient multiplié les démarches, avaient accumulé les mémoires et les requêtes1. Depuis longtemps, en dépit de leurs efforts, la suppression de leurs collèges était arrêtée : les trois maisons de Saint-Omer, d'Aire
et d'Hesdin ne pouvaient subsister dans l'état où l'on voulait mettre les collèges du royaume ; la nécessité de donner aux professeurs des trailements suffisants, le manque de sujets capables de remplir ces postes confirma le rapporteur dans sa décision : on démontra donc habilement que l'avantage des habitants et le bien du pays exigeaient la suppression de deux établissements d'instruction. Par ses revenus et ses bâtiments, le collège de Saint-Omer était en état de remplir les vues du gouvernement pour rendre l'éducation et l'instruction plus parfaites dans la province d'Artois; il fut donc conservé1. Aire et Hesdin ne gardaient qu'une simple école ou pédagogie pour l'enseignement des trois basses classes, composée au plus de trois maîtres 2. Mais quarante bourses ou places gratuites | étaient établies à Saint-Omer pour les familles les plus nom- ;j breuses et les enfants les moins riches des deux villes lésées3.;! Moyennant une pension annuelle de 300 livres pour chacun, I vingt enfants d'Hesdin et autant d'Aire devaient être logés, nourris, élevés et instruits au collège wallon. Ces boursiers, indépendamment des autres enfants que les villes pourraient envoyer, formaient un noyau de pensionnaires pour Saint-Omer. De plus, aussitôt après l'enregistrement et la publication de l'édit royal, tous les biens et revenus dont jouissaient les maisons d'Aire et d'Hesdin étaient unis et incorporés à perpétuité aux biens et revenus du collège de Saint-Omer, pour être régis et administrés par les administrateurs de ce collège*. C'était là un sensible accroissement de fortune ; et comme en même temps le collège était autorisé à jouir de tous les biens et revenus qui y avaient été attachés jusqu'alors, même de ceux du prieuré de Cohem5, les ressources de la maison, tant en terres qu'en rentes^ étaient considérables. Le 1er août 1769, le bureau autorisait le principal Delys à aller à Aire et à Hesdin prendre possession des collèges de ces villes, et à se faire accompagner, si bon lui semblait, du secrétaire du bureau0. Le 19 octobre, devant les notaires royaux, on procédait au recollement des titres et des papiers7; seuls, les bâtiments du collège et l'église qui en faisait partie demeu-
1 Edit du roi portant confirmation du collège wallon de Saint-Omer et suppression de ceux d'Aire et d'Hesdin, donné à Versailles au mois de septembre 1768, registre au Parlement le 18 mars 1769.
8 Art. XV et XVII.
3 Art. XVI, XVII, XVIII, XIX et XX.
* Art. XIV.
* Art. X.
6 A. M., reg.
raient la propriété des villes' ; tout le reste prenait avec le principal la route de Saint-Omer et trouvait place dans les vastes casiers qui garnissaient la salle du bureau2. L'année suivante, les bibliothèques des deux collèges venaient grossir celle des Jésuites wallons 3, ou plutôt recouverts de peau?! nouvelle, redorés et remis à neuf, ces livres servaient presque tous à la distribution des prix4, et évitaient au bureau les frais annuels de cette cérémonie.
Le même édit royal autorisait la ville de Saint-Omer à établir un pensionnat dans le collège"'. Ce projet, depuis longtemps" caressé "paP'TSujnimsI'ration municipale, s'était heurté pendant bien des années à de multiples difficultés ; pour la réalisation de ce vœu, pendant cinq ans, le Magistrat n'avait épargné ni dépenses, ni démarches. Déjà Ledit de février 1763 parlait d'une manière très vague de la possibilité d'un pensionnat'5: sans attendre l'invitation royale, les échevins avaient demandé tous Jes bâtiments du collège wallon pour y installer un établissement de cette nature7. Mais c'était f là une nouveauté inconnue des Jésuites qui n'avaient jamais/] eu que des externes ; c'était, comme le remarquait de Cauchy, une sorïè de nouvelle acquisition: de puissants motifs d'utilité publique et une démonstration que le pensionnat serait fréquenté pouvaient seuls déterminer le parlement à accueillir la demande. Malgré leur apparence un peu gauche, les échevins avaient l'esprit fertile; ils trouvèrent les arguments frappants, les puissants motifs d'utilité publique réclamés par le député du Tiers et capables de convaincre messieurs du parlement. Ils en composèrent un beau mémoire et l'adressèrent à Paris8: les classes à Saint-Omer étaient beaucoup plus nombreuses que dans toutes les autres ville de la province, et même que dans la plupart de celles de la France ; un pensionnat aurait donc chance d'y prospérer ; les bâtiments des Jésuites, par leur disposition, semblaient avoir été construits pour un pareil établissement : « l'existence d'un seul escalier
- D'après l'édit de février 1763, art. VIII.
3 A. M., registre, 23 juillet 1771.
4 A. M., registre, 19 juin 1772.— Plus tard, au moment du rétablissement du collège d'Hesdin, le sieur Prévost réclama au nom de la ville les livres de la bibliothèque ; on lui répondit qu'il n'en restait plus un seul et malgré ses réclamations, le député ne put rien obtenir et pour cause. — (Registre, 30 septembre 1777.)
5 Art. IX.
u Art. XXIV.
7 De Caucby au Magistrat, 18 janvier 1703. A. M.
» A. M., 11 lévrier 1703.
jen était une preuve évidente » (!!) Enfin, et c'est l'argument |ue les échevins réservaient pour la fin, Saint-Omer était la (dernière ville du royaume où l'on parlât français ; elle était [plus de moitié entourée par la Flandre, dont les enfants viendraient en foule pour apprendre le français et recevoir une éducation française. La raison était forte: augmenter le nombre des sujets du roi parlant français, contribuer à l'extension de la langue nationale semblait un puissant motif d'intérêt public capable de triompher de toutes les objections. Les officiers municipaux pouvaient être fiers de l'avoir trouvé. Messieurs du parlement restèrent sceptiques ; ils parurent porter peu d'intérêt à la langue française ; on la parlait à la cour de Prusse et de Russie, on l'écrivait en Italie et en Angleterre, que pouvaient ajouter à sa gloire quelques paysans flamands qui l'estropieraient et la dénatureraient par la lourdeur de leur accent?
Cependant l'indifférence des parlementaires ne rebuta pas l'ardeur du Magistrat. Sur le conseil de Caucby *, dans l'espérance d'obtenir plus facilement le pensionnat qu'ils rêvaient, les échevins donnèrent à Roussel de la Tour de nombreuses marques de leur déférence : ils le prièrent même de les aider dans le choix d'un principal et lui communiquèrent les conditions du traité qui serait signé avec lui. La réponse tardait; les officiers municipaux tentèrent de la provoquer: en 1701 en effet, leurs propositions se précisent ; répondant à une demande d'éclaircissements de Roussel de la Tour, ils mandent au rapporteur de l'affaire des Jésuites2 : « pour le pensionnat qu'on pourrait établir dans le collège, toutes les chambres vacantes pourraient être employées à cette destination, au nombre de vingt-quatre, non compris celles du principal et des régents. On pourrait en pratiquer au-dessus du réfectoire, du parloir et dans le vieux quartier cinquante-sept, ce qui ferait en tout quatre-vingt-une chambres ». Et, pour appuyer ses affirmations, le Magistrat joint un « état détaillé des places actuellement habitables et de celles qu'on pourrait rendre habitables, le tout pour y loger des pensionnaires3 ». Comme les frais d'aménagement risquaient d'être assez considérables, et que les ressources de la ville n'étaient pas illimitées, on proposait de faire les réparations utiles au fur et à mesure que le nombre des pensionnaires s'augmenterait ; le soin et la
1 A. M., de Caucby au Magistrat, 25 septembre 1763. — Le bureau à de Cauchy, lei octobre.
2 A.D., à Roussel de la Tour, 20 juin 1764.
prudence des administrateurs suffiraient à veiller à une égale répartition de ces dépenses. Les membres du bureau rivalisent de zèle avec les échevins : en 1767, ils manifestent à leur tour leur désir de mettre promptement à exécution le projet d'établir un pensionnat, a attendu le grand avantage qui en résulterait pour les habitants x> ; ils autorisent le principal à faire dresser un état estimatif des changements à faire dans certaines places du collège, et à vendre certains meubles actuellement inutiles pour se procurer les ressources nécessaires à ces changements '.
Le projet de suppression des collèges d'Aire et d'Hesdin, la création possible de boursiers à Saint-Omer vint bouleverser tous ces projets2 : les chambres qui avaient été faites « à l'effet d'y placer des pensionnaires » pouvaient devenir nécessaires pour le logement des boursiers ; aussi les membres du bureau, craignant qu'on ne put leur objecter l'insuffisance des locaux, se hâtent de désigner les sieurs Crépin et Cardevacque pour étudier la question. Quelques mois plus tard, le vœu du Magistrat se réalisait : pour la première fois le collège allait recevoir des pensionnaires. C'était là une nouveauté qui pouvait contribuer au développement de la maison dont elle augmentait l'importance ; c'était là une innovation qui allait nécessiter quelques modifications dans le personnel et dans les locaux.
Dès 1769, les comptes du collège notent les pensions parmi les chapitres des recettes3. Cependant les débuts du pensionnat furent modestes. C'était une institution nouvelle : il fallait quelque temps aux habitants des campagnes pour s'y accoutumer. La première année, cinq chambres seulement furent occupées4 ; en 1770 le chiffre des pensionnaires payant chacun 300 livres5 monte à dix-sept'*1, et chacune des années suivantes constate une nouvelle augmentation. Dunkerque la première avait envoyé des élèves à Saint-Omer ; bientôt son| exemple fut suivi par les autres cités de la région" : non seulement les villages voisins, Raequinghem, Aire, Blaringhem, Guînes, Ardres, Cassel, mais des villes plus éloignées, Lillers, Desvres, Boulogne et Calais contribuent à peupler le pensionnat ; il vient des élèves de plus loin encore, et les listes du
1 A. M., registre, G octobre 1767.
2 A. M., registre 16 décembre 17G8.
4 A.D., Compte de 1769.
' A. M., registre, 21 janvier 1774, plus 40 livres pour blancbissagc, perruquier, fournitures de papier et d'encre. 0 A.D., compte de 1770.
7 A.D., comptes de 170U-1770 1771-1772-1773-1775.
temps indiquent des Américains, un Lillois, un Àmiénois et un Bruxellois ; à Saint-Omer même, malgré les facilités de l'externat, des parents internent leurs enfants, preuve certaine que chacun s'habitue au nouveau régime dont il reconnaît les*.avantages. Ce fut particulièrement dans la riche bourgeoisie,! moins attachée aux antiques traditions, que le pensionnat fu I en faveur ; quelques élèves cependant, mais en petit nombre | comme le comte de Saint-Pierre de Bruxelles, de Saint-Amouf I d'Ardres, appartiennent certainement à la noblesse.
Les conséquences de la nouvelle institution ne tardèrent pas à se faire sentir dans l'organisation même du collège. Pour veiller sur les pensionnaires, il fallut créer des préfets, ou maîtres de quartier. D'abord au nombre de deux ', ils étaient quatre en 1772 2; en 1775 le chiffre était retombé à trois3. Chacun touchait annuellement 200 livres d'honoraires, sans compter la pension et le chauffage ; chargés de surveiller les études, | ils recueillaient tous les devoirs et les faisaient parvenir aux f régents par l'intermédiaire du principal4. Ces fonctions peu ■ rétribuées devaient manquer d'agrément avec des élèves turbulents; aussi ne furent-elles considérées que comme un moyen d'arriver à mieux ; aussi voyons-nous les titulaires de ces postes ne les occuper souvent que pendant une seule année.
Tous les détails « concernant le pensionnat et autres objets y relatifs » rendaient singulièrement compliquée la besogne du principal. Les administrateurs du bureau ne tenaient pas, malgré leur zèle, à s'occuper d'un pareil travail. Pour décharger le principal de tous ces soins d'économie, pour lui permettre de se consacrer entièrement aux études et à la discipline, ils décidèrent d'établir un économe qui rendrait compte au bureau de toutes les dépenses de la maison5. En attendant, un des membres, de Cardevacque fut chargé de prendre des mesures pour procurer au collège tout ce qui était nécessaire pour le pensionnat, rétablissement et l'entretien des boursiers. Le 24 décembre 1768, Lorthioy, prêtre sacristain de l'église Saint-Sépulcre, était nommé à l'unanimité économe du collège0 ; on lui proposait de s'occuper de la recette des rentes et des maisons appartenant à l'établissement, de prendre soin de la sacristie, comme aussi de résider au collège, aux hono-
1 Dupuis le Jeune et Fournier 1769.
2 Merlin, Bomy, Bouches et Legras.
3 Larlésien, Bacot et Aclocq.
4 A. M., règlement provisionnel, art. XVI. — 24 décembre 1768. & A. M., registre, 16 décembre 1763.
s A. M., registre.
raires pour le tout de 600 livres, outre le logement et la pension, et sauf augmentation dès qu'on le pourrait. Nous ignorons quels motifs purent empêcher Lorlhioy d'accepter aussitôt la proposition qu'on lui faisait ; ce ne fut en effet que six mois plus tard qu'il consentit à se charger des fonctions qu'on lui avait offertes1. Comme ses attributions n'avaient pas été nettement déterminées, il était résulté de cette incertitude beaucoup d'inconvénients ; chacun avait voulu empiéter sur les pouvoirs du nouveau fonctionnaire ; les membres du , bureau, qui trop facilement se croyaient aptes à tout, et qui maladroitement cherchaient souvent à affirmer leur pouvoir, avaient sans doute froissé la susceptibilité de Lorlhioy. Pour remédier à cet état de choses, on rédigea- un règlement qui fixait les attributions de chacun. L'administration économique appartenait à l'économe seul, sans le concours d'aucune autre autorité, sous la surveillance néanmoins du principal qui pouvait le dénoncer au bureau 3. Tous les domestiques, nommés par lui, étaient révocables par lui comme par le principal, avec recours au bureau dans le cas de conflit 4. Deux fois par mois, à l'improviste, un administrateur venait s'assurer de la qualité de la nourriture, de la propreté de la cuisine et du réfectoire, et chacun était libre de lui adresser ses plaintes5. Tous les ans l'économe présentait au bureau un état détaillé des recettes et des dépenses 6. Tout y est minutieusement noté, depuis le revenu des prieurés de Cohem, des collèges d'Aire et d'Hesdin, jusqu'aux « minuties de chaque mois », lessive, morue et chandelles, depuis les dépenses en viande, beurre, bière et pain jusqu'aux couronnes de Heurs ou de laurier payées à la femme Cabaret ou à la veuve Cernet. Les 9 livres données à des charretiers pour avoir conduit à la Prée, au château du grand bailli, les premiers de chaque classe, les 36 livres payées à Martin, le « correcteur », les 12 livres dépensées pour le balayage des rues le long des classes et de l'église figurent au chapitre des charges à coté des grosses réparations et des traitements des professeurs. Par ces comptes, nous savons ce que louchaient le jardinier François Averloit" et les deux domestiques Hubert Delroitte
1 A. M., registre, 8 juin lTlii).
'-' A. M., registre, 21 janvier 1771.
3 Art. I.
i Art. II.
5 Art. V.
ti A.D., comptes de 1770 -1775.
7 20 livres,
et François Caillez1, ce que recevaient Catherine Matissart, la première cuisinière2, Jacqueline Duherlin la seconde servante et Marie-Anne Leleu3; à en juger parles salaires de chacun, les services n'étaient pas estimés au même tarif, et de tous les domestiques, la cuisinière était tenue en plus grande considération. Nous voyons dans ces mêmes pièces comment un chirurgien, un médecin, et un apothicaire, son acolyte ohligé, étaient attachés au collège.
La présence d'internes avait rendu nécessaires ces divers' services. Il fallait saigner et purger des écoliers qui ne pouvaient plus recevoir ces soins dans leurs familles ; c'était peutêtre à la chaleur du sang qui bouillonnait dans leurs veines, aux humeurs peccantes qui troublaient leurs digestions qu'on devait attribuer leur turbulence et leur esprit d'indiscipline. Prévost, digne successeur de M. Fleurant, Dericq et Descamps, émules des Purgon et des Diafoirus sont restés fidèles aux antiques traditions de la Faculté. La « decoctio laxans » est la potion la plus commune dans les mémoires du premier4. Descamps de son côté saigne copieusement; avant d'être fixé sur la nature du mal, il décharge les veines du malade de quelques pintes de sang ; il sera toujours temps après ce préambule de porter sur son affection quelque savant diagnostic. De janvier à octobre 5, Lecler, Venvervicque, Cadar, Duval major, Cloupe, Rollin, Delion, Bernait, Bouar, Carpentier, Griffon, Alelte, Bucal, Merlin paient 7 livres 6 sols le coup de lancette du maître en chirurgie qui souvent réitère, triple ou quadruple. « Entraq » à la partie supérieure du col ou au gros doigt de pied, « ulser d au menton, « absé » au col sont les seules maladies qu'il a à soigner, et chacune de ses visites lui rapporte 6 patars. En effet, l'abonnement au médecin et au chirurgien, proposé en 1769, ne semble pas avoir été réalisé. A la même époque, le bureau avait décidé la construction d'une infirmerie dans un local près de la cuisine qui servait de bûcher0; les crédits manquèrent-ils pour cet aménagement ? Nous devons le supposer, car en 1771 il n'y avait pas encore d'infirmerie organisée, et la sœur Emmanuel, religieuse de
1 80 et 72 livres.
2 100 livres.
3 72 et 60 livres.
* A.D., Mémoire des médicamens livrés à Messieurs les écoliers du collège fiançais.
5 A.D., Mémoire de devoir de cheragi rendu dans la maison de ces Messieurs du collège français.
« A. M., registre, 23 juin 1769.
Saint-Louis, recevait 26 livres 5 sols pour avoir été pendant quarante-deux jours garde-malade de Nicole Coursole*.
Les dépenses d'aménagement pour le nouveau pensionnat furent en effet considérables, et les membres du bureau paraissent avoir activement travaillé à l'embellissement du local que leur avaient légué, bien malgré eux, les Jésuites wallons.
Dès 17G9, c'est une place commune qu'il faut faire construire pour servir de dortoir aux pensionnaires2. Un maçon Liber soumet un plan que le bureau adopte et fait exécuter par économie. Plus tard, ce sont les chambres des pensionnaires qu'il faut faire numéroter3. Les préfets des études n'ont comme mobilier que leur lit : on arrête de leur donner une table, on pose dans leurs chambres un porte-manteau et des rayons de planches4. Une pareille installation nous semble bien modeste aujourd'hui ; c'est cependant à contre-cœur que le bureau se résout à de pareilles dépenses. Dans la salle d'étude, il faut des poêles pour le chauffage, il faut des tables et des bancs 5, nouveaux frais qui se montent à 166 livres 14 sols. Puis, c'est la construction d'un bûcher « dans la bassecour, contre la muraille du jardin, en face de la porte-cochère qui donne sur la rue », que le bureau accorde à la demande de l'économe0. Les parents des pensionnaires venaient les voir; on avait même dû pour faciliter ces visites changer les congés de chaque semaine et les fixer au mercredi et au samedi, jours de marché déjà à cette époque7 ; comme les règlements interdisaient aux femmes l'entrée du collège, comme d'autre part on ne pouvait priver des mères du plaisir de voir leurs enfants et de leur apporter quelques provisions nécessaires, d'Inglebert et Lorthioy sont chargés de procéder à l'installation d'un parloir «. pour recevoir les personne du sexe8 » ; cette salle est aménagée auprès du logement d l'économe. Le principal s'était aperçu que des latrines dans l'intérieur du collège étaient peut-être indispensables9 ; on s'étonne même qu'on ait mis tant d'années à s'en apercevoir, et que Riquier ail dû présenter des motifs valables et recourir à toute son éloquence pour convaincre Messieurs du bureau ;
1 A.D., compte de 1771.
2 A. M., registre des del., 29 avril 17(59.
3 A. M., registre des del., 2 mars 1770.
4 A. M., registre des del., 2 mars 1770.
5 A. M., registre des del., 29 avril 1709. 0 A. M., registre, 23 juillet 1771.
7 A. M., registre, 7 janvier 1772.
s A. M., registre, 28 janvier 1774.
p A.M., registre, 17 juin 17GG.
celte construction d'ailleurs, gênante pour tous, est transportée en quelques années dans des endroits très divers ; d'abord dans l'intérieur du bâtiment, elle est reléguée ensuite à l'extérieur, près de la sacristie, pour être rétablie enfin à sa place primitive1.
Comme on le voit, les administrateurs ne négligent rien pour rendre confortable et même agréable aux écoliers le séjour du collège wallon2. Le même souci de la propreté et du bien-être leur dicte un certain nombre d'autres améliorations. Pour communiquer du bâtiment des classes à celui du collège, on établit un chemin de briques3. On décore les à-côté des chapelles de lambris, le chœur est orné de stalles en bois1, et un organiste, Lalloyaux, reçoit annuellement 20 livres5 pour faire vibrer sous ses doigts agiles les tuyaux de l'orgue de Mons qui orne la tribune. Les archives moisissaient dans une salle basse où se tenaient les séances du bureau: le principal est autorisé0 à les transporter dans une chambre haute donnant au midi, sur la place du Séminaire7. Les administrateurs, abandonnant leur premier local, s'installent dans le grand salon du second étage qu'occupait Delys8. Plus tard même, on le meuble luxueusement11; des serrures d'Angleterre, montées en cuivre et à double clé, brillent aux portes; la grande table à quatre tiroirs est couverte d'un tapis bleu ; douze chaises, garnies de damas, sont symétriquement rangées contre les murs ; les deux cheminées ornées de devantures en camaïeu sont garnies de trumeaux à cadres dorés; aux fenêtres pendent de grands rideaux de satin bleu et des rideaux de vitrage damassés, sortant des fabriques de Courtray. Autour de la pièce courent des rayons de chêne, où, dans un ordre parfait, sont rangées les archives du collège. C'est dans ce décor somptueux que se déroulent les séances souvent orageuses du bureau d'administration.
Le même souci de l'ordre se marque dans toute la direction économique de la maison. Dès 1766, on avait fait
1 A. M., registre des del., 6 avril 1770.
2 De son côlé la ville avait fait repaver la rue qui conduisait de la rue du Filet ou des Jésuites, au parloir du collège le long de l'église. A.M., D.M.,9 août 1769.
3 A. M., registre, 5 mai 1767.
4 A. M., registre, 27 mars 1776.
5 A.D., compte de 1770.
0 Autorisation nécessaire d'après les termes de l'édit du roi.
7 A. M., registre, 21 décembre 1769.
8 A. M., registre, 21 décembre 1769 et 6 avril 1770. 0 A M., registre, 26 février 1776.
démolir certains bâtiments hors d'usage, dont l'utilité était fort contestable, mais dont la réparation ou l'entretien aurait coûté fort cher. Sur le rapport de Christophe Mayo, maître-maçon, et de Théodore Chipait, géomètre-arpenteur juré ',on avait décidé d'abattre2 un bâtiment servant « de retraite, qui à cause de sa grande caducité menaçait une ruine prochaine f ; en face, un autre rez-de-chaussée, à usage d'ouvroir, n'étant susceptible d'aucune réparation, est condamné à son tour ; les matériaux de démolition sont vendus et rapportent 1200 livres au collège. Les chaudières, les bacs de la brasserie ne peuvent plus servir ; on les vend, et l'on ne conserve que le bâtiment, pour en faire une grange. Le Magistrat demande 9 livres 15 sols pour la cloche posée dans le « torillon » des classes ; le bureau ne l'a pas demandée ; on la restitue à la ville, et l'on exige du receveur syndic le prix qu'elle a coûtés. Tout ce qui n'est pas nécessaire au collège est soigneusement loué ; un bail de neuf ans est passé avec un maître savonniLM-, Billeau, pour une maison située à côté de la grande porte de la cour, en face du séminaire4 ; un négociant, Lorlhioy occupe les deux caves au-dessous des classes à raison de 12 livres par mois5 ; la veuve Bereau, pour 27 livres par an, a la jouissance de la cave sous le réfectoire ; les jardins qui tiennent au collège sont loués à Vanechout et au médecin Cagniez. On songe môme à mettre en adjudication la location de la maison de campagne de Salperwick0, et en attendant, on veille à l'entretien de la pépinière qui s'y trouve". Lorsqu'un arrêt du parlement met le collège en possession de tous les biens des Jésuites8, comme on veut les administrer sagement et ne rien perdre des revenus, le bureau choisit un bourgeois de la ville, J.-F. Hubert Senlecq, comme receveur du collège 9, et pour exciter son zèle à faire rentrer les fermages, il lui accorde un salaire d'un sol par livre. Cette bonne entente des intérêts matériels de la maison va même quelquefois trop loin et risque d'attirer au bureau de fâcheuses affaires avec le principal ou les villes voisines.
1 A.D., expertise du 1 mars 1766.
2 A. M., registre des del., 18 lévrier et 18 mars 1766.
3 A. M., registre des del., 5 janvier et 6 octobre lTiiT.
4 A. M., registre des del., 6 mai 1766.
5 A.D., compte de 1769.
0 A. M., registre des del., 10 mars 1767.
7 A. M., registre des del., 5 mai 1767.
8 A. M., registre des del., 18 mars 17li'.).
9 A. M., registre des del., 14 mais 1769 ; de Cauncville est subdelégue dans la même fonction pour les biens du collège d'Hesdin,21 décembre 1760.
Le principal doit réclamer pour obtenir remboursement de certains frais accessoires nécessités par ses fonctions, qui grèvent son budget. En 1772 *, Hiecq représente en effet que l'augmentation des pensionnaires lui attire de fréquentes visites de leurs parents et lui occasionne des frais indispensables de réception et d'honnêteté, et, qu'étant chargé du paiement de la pension dans le collège, et de plusieurs autres objets de dépense relatifs à son état, il lui reste trop peu de ce qui lui est attribué par les édits pour subvenir à ces charges. 11 doit se mettre en frais d'éloquence, montrer que toutes ces dépenses n'ont pour but que le bien et l'avantage du pensionnat, pour obtenir 400 livres des membres du bureau. L'année suivante -, c'est l'économe qui se plaint que la fourniture des lits, des draps, des serviettes et des couverts de table à l'usage des pensionnaires et des boursiers, que les frais de médecin, chirurgien, apothicaire sont onéreux pour le collège. Les administrateurs frappés de la justesse de ces plaintes, décident qu'à l'avenir chaque boursier ou chaque pensionnaire sera tenu de se procurer à ses dépens un lit, deux paires de draps, six serviettes et un couvert de table ; le collège ne fournira ces objets que moyennant 6 livres par mois. Quant aux frais de maladie, ils seront à la charge des familles. Le bureau avait oublié le contrat qui l'engageait avec Aire et Hesdin ; un mois plus tard 3, des députés de ces deux villes sont introduits dans la salle des séances ; violemment, ils protestent contre la mesure prise ; ils allèguent l'article xvi de l'édit de septembre 1768 : c'est au collège, disent-ils, à payer les faux frais. Les membres du bureau, un peu penauds, doivent renoncer à leur ingénieuse invention jusqu'au moment où la cour aura statué sur l'interprétation de l'article discuté.
Et cependant, en dépit de tous leurs efforts, les administrateurs ne peuvent parvenir à remettre en état les bâtiments des Jésuites. Ceux-ci, sous la menace d'une expulsion prochaine, avaient-ils négligé de les entretenir régulièrement? Tandis qu'ils étaient sous la garde des huissiers des frères Lioncy, avaient-ils eu à souffrir, et les personnes étrangères, que trop facilement on laissait pénétrer dans le collège, avaient-elles complété l'œuvre des siècles? Quoi qu'il en soit, les plaintes du bureau sont fréquentes : les classes sont dans un état pitoyable ; la salle d'exercices ne vaut guère mieux4 ; il faut, aussi
1 A. M., registre, 10 avril 1772.
2 A.M., registre, 13 août 1773.
* A.M., registre, 4 octobre 1773.
4 A. M., registre, 17 novembre 1775.
économiquement que possible, se décider à faire les réparations urgentes. La chapelle surtout est un gros souci. En 1769 la voûte de la grande nef s'est lézardée ; par les fentes tombent parfois de grosses pierres, qui peuvent occasionner de graves accidents1 ; l'économie même exige une réparation dont on charge un Carme déchaussé, le frère Cornil. Pins tard, ce sont les plantes et les mauvaises herbes qui envahissent le frontispice et qu'il faut faire déraciner2; puis, ce sont des réparations plus importantes dont on établit un devis estimatif, et que l'on adjuge à Joseph Mayo, maître-maçon3 ; on y dépense plusieurs milliers de francs, et on a l'idée étrange, qui prouve chez les bourgeois de l'époque un singulier manque de goût, de faire peindre en gros rouge le frontispice de l'église, en indiquant en blanc de céruse les joints des briques et en petit gris les croisées de la façade1. Le mobilier de la chapelle n'est pas en meilleur état, et le trésor sur lequel veille le sacristain a bien peu de valeur ; malgré les soins que lui donnent les aiguilles des religieuses Conceptionnistes5, il n'y a point de linge décent pour les célébrants ; tout, encensoir, ornements, remontrance, sent la misère (i ; un seul ciboire peut encore contenir sûrement les hosties ; et ce sont de nouvelles dépenses pour acquérir chasubles, linge, encensoir d'argent, ciboire; ce sont de nouvelles dépenses pour faire nettoyer les tableaux, pour remettre en état les peintures et les décorations intérieures, pour regarnir le tabernacle de plaques d'argent".
Ces détails donnent l'impression que le bureau fait des efforts constants pour maintenir le collège dans un état convenable ; on sent que, tout en se montrant ménager des revenus de la maison, il ne veut pas qu'on puisse faire à son désavantage une comparaison avec le temps où les Jésuites la dirigeaient. Ce même souci de lutter avec les Jésuites, ou plutôt de substituer à leurs anciennes méthodes des méthodes plus nouvelles, se manifeste nettement dans l'éducation et dans l'instruction. On sent chez les prêtres de l'inexpérience souvent, mais aussi un ardent désir d'appliquer le système de l'Université de Paris. Sans doute, le niveau des études littéraires et particulièrement des études latines baisse avec le dé-
1 A. M., registre, 5 décembre 17G9.
2 A. M., registre, 29 avril 1774.
3 A.M., registre 15, 21 et 24 juillet 1775.
4 A. M., registre, 25 juin 177(5.
5 A. M., registre, 17 juin 1766. — Elles reçoivent pour ce travail 47 livres par an.
8 A. M., registre, 17 novembre 1775.
7 A. M., registre, 5 lévrier 1773.
part des Jésuites ; l'évêque n'avait pas songé à préparer dans son clergé un personnel enseignant capable de les remplacer; les jeunes prêtres, à peine sortis du séminaire, manquaient de connaissances et d'expérience pour leurs nouvelles fonctions, et l'on avait dû renoncer à découvrir dans tout le diocèse des professeurs de physique et de logique. Mais il est * intéressant de voir l'essai que firent les nouveaux régents de nouveaux procédés d'éducation et d'instruction.
Successeurs des Jésuites, sans avoir hérité des idées de la Société, s'inspirant des règles de l'Université de Paris plus que de la Ratio Studiorum, les prêtres séculiers changent tous les livres en usage chez leurs prédécesseurs. Cette révolution vaut au Magistrat une humble supplique des libraires de la cité, qui ne trouvent plus l'emploi des volumes qu'ils ont en magasin d. Tous les auteurs latins, annotés parles Pères de la Compagnie, sont proscrits dans les classes. Le Pédagogue chrétien du P. Philippe d'Oultreman n'aide plus dans leurs méditations les écoliers de 1769 ; l'Ecolier chrétien ou Traité des devoirs d'un jeune homme qui veut sanctifier ses classes par Mr Collet, docteur en théologie, est devenu obligatoire pour tous-, et François Boubers, imprimeur attitré du Collège a reçu l'ordre d'en tirer mille exemplaires qu'il vendra 18 sols au lieu de 35 3; pour couvrir des débours que sa fortune personnelle lui interdit, le bureau lui fait même les avances nécessaires ; les feuilles imprimées sont déposées au Collège, où les vient prendre le libraire, suivant les besoins du moment. Comme par le passé, les pratiques du culte sont rigoureusement observées : chaque matin, après la classe, les élèves sont conduits à la chapelle pour assistera la messe4; la confession mensuelle est obligatoire ; chacun doit rapporter à son régent un billet qui constate l'obéissance à cette règle5 ; les écoliers sont même exhortés à participer le plus souvent possible « au banquet sacré » ; régents et sous-principal doivent prendre garde à ceux qui s'en éloigneraient pendant trop longtemps6.
Mais il ne suffit plus de former les écoliers à la connaissance et à la pratique de la religion ; il faut aussi leur metlre devant les yeux ce que l'on doit au roi et aux dépositaires de
» A.D., leltre d'avril 1762.
2 A. M., règlement provisionnel de discipline, 24 décembre 1768. Art. V.
3 A. M., registre, 28 janvier 1774.
4 A. M., règlement provisionnel, art. 3; règlement de 1773, art. 9.
5 A. M., règl. provis., art. 6.
6 A. M., règl., 1773, art. 12.
son autorité1. Le collège, maîtres et élèves, dépend de l'évêque : ce ne sont donc plus les mérites de la Société de Jésus qu'il faut célébrer, mais les statuts synodaux du diocèse et les ordonnances des évêques2; pour toutes ces raisons, il est de toute nécessité d'avoir un nouveau livre de piété. Une autre preuve du dédain des prêtres séculiers pour ce qu'avaient admiré les Jésuites nous est fournie en 1772, lorsque le principal décide de faire faire au réfectoire une lecture pour l'instruction des élèves3 : dans la riche bibliothèque des Jésuites, qui garnit encore une des salles du collège, parmi ces gros in-folio qui ont fait pendant deux siècles les délices des Pères, parmi ces livres encore « marqués d'oreilles et qui sont d'or », Delys ne trouve pas un seul ouvrage qui convienne, et le bureau doit autoriser l'acquisition pour 40 livres des vingt premiers volumes de l'Histoire de France de l'abbé Vely et de ses continuateurs. Dès lors, on avait de quoi assaisonner un certain nombre de repas, sans exciter l'imagination des écoliers. Même changement dans le choix des livres de prix pour lesquels on dépense chaque année de 80 à 200 livres, et dont les listes, arrêtées de concert par le principal et le sous-principal, sont parvenues jusqu'à nous4. Les œuvres des adversaires de la Société y figurent en place d'honneur : la Logique de Port-Royal y voisine avec les Pensées de Pascal. En même temps, si les livres de piété ou d'édification n'ont pas complètement disparu, si l'on relève encore le Catéchisme historique de Fleury, la Pratique de la confession de saint François de Sales et le Traité de l'existence de Dieu de Fénelon, sans compter des Entretiens avec Jésus, de Sages Entretiens, des Pensées chrétiennes, on sent l'intention de tenir les écoliers au courant de la littérature contemporaine; les ouvrages latins se font de plus en plus rares; par contre, les nouveautés du siècle, même celles qui auraient pu paraître dangereuses, s'étalent orgueilleusement dans leur reliure encore fraîche, sous l'or encore brillant de leurs tranches; le Traité des études de Rollin, l'Histoire de France du président Ilénault, le Magasin des adolescents de Mme de Beaumont, les Guivres de M11"' Deshoullières, la Religion de Louis Racine se rencontrent à côté des Oraisons funèbres de Fléchier et de Bourdaloue, à côté du Discours sur l'histoire universelle et de l'Histoire des Variations de Bossuet, à côté des Pensées de La Rochefoucauld
1 Règl. prov., art. 2.
2 Règl. prov., art. 3.
3 A. M., registre, 13 novembre 1772.
4 A.D., listes des prix, 1766, 1767, 17GS, 1773, 1771.
et des Poésies de Boileau. Les ouvrages d'histoire jouissent d'une faveur marquée avec les Causes de la grandeur et décadence des Romains, les Révolutions de Portugal de Vertot, le Tableau de l'Histoire de France de le Ragois, l'Histoire des Révolutions de Suède, l'Histoire de Jules César, l'Histoire des Révolutions romaines. Très tolérants, les prêtres séculiers ne bannissent même pas les œuvres de leurs ennemis, lorsqu'elles leur paraissent intéressantes ou belles : la Henriade de Voltaire, l'Essai sur l'entendement humain de Locke, les Œuvres choisies de Rousseau nourriront l'esprit des écoliers pénétrés des plus saines doctrines de l'Eglise.
Le même désir de se tenir au courant des idées du temps, la même opposition à ce que faisaient les Jésuites se traduit encore dans les exercices littéraires qui ont lieu chaque année dans le courant du mois d'août et pour lesquels des programmes et des billets d'invitation, imprimés chez Boubers, sont distribués dans toute la ville !. Les représentations des Jésuites avaient été l'objet de violentes attaques 2 : les Nouvelles ecclésiastiques s'étaient souvent moquées des pièces et des ballets que les Pères donnaient dans leurs maisons ; l'évêque d'Arras avait condamné toutes les tragédies de collège dans un mandement auquel se gardèrent d'obéir les Pères de la Société. Moins hardis, désireux d'éviter tout reproche, et peut-être aussi heureux de manifester leur indépendance à l'égard de ceux qu'ils remplaçaient, les prêtres séculiers, dès leur entrée en fonctions, avaient substitué aux représentations théâtrales des exercices littéraires, dirigés par les régents et approuvés par le principal. A en juger par les programmes que nous en avons conservés, il ne devait rien y être dit ni inséré, selon les termes du règlement 3, « de contraire à la religion, aux bonnes mœurs, aux maximes du royaume ou qui put offenser quelqu'un ». Le spectacle était austère et moral, et les habitants de Saint- Orner devaient être bien patients ou bien sevrés de divertissements pour occuper en foule les chaises que fournissait gratis le portier du collège4. En 1771, l'exercice littéraire est un dialogue historique et moral sur l'histoire des patriarches Abraham, Isaac et Jacob 5. Après un « léger éloge de l'histoire sainte », M. Defrance montre que la religion et la
1 A.M., registre, 1768.
2 Cf., de Hauteclocque.Les Représentations dramatiques avant 1789, dans l'Artois. Bib. Nat., 8°, Y. f. 452.
3 A.M., regl. prov., art. 33.
4 A. M., registre, 5 janvier 1767.
5 Bib. de Saint-Omer. Mélanges, Saint-Omer, I, 12.
morale doivent être le but de l'histoire, et que les livres saints nous ramènent à Dieu. A ce préambule du genre grave, comme auraient dit les rhétoriques du temps, succédait un dialogue du genre ennuyeux : divers interlocuteurs, affublés de noms grecs, Pamphile, Philodoxe, Aminte, Cléogène, Mesolire et Théophile étudiaient la vie d'Abraham ; leurs savantes dissertations sur la politesse d'Abraham avec Loth, leurs non moins savantes réfutations de la grossièreté et du manque de culture des patriarches, étaient interrompues par un poème sur le sacrifice d'Abraham, déclamé par Mésolire. Puis, pour réveiller les assistants, on les invitait à prendre part à l'exercice en interrogeant les élèves sur les soixante-deux figures du Nouveau Testament ; on les priait seulement de bien vouloir suivre à peu près l'abrégé de la Bible de Royaumont. Pour terminer gaiement une pareille fête, Philante et Théologue s'entretenaient doctement de la manière d'étudier chrétiennement ; ils développaient de belles pensées très morales sans doute, mais bien sérieuses pour un pareil jour : l'étude, disaient-ils, est une occupation sérieuse dont dépend souvent notre salut ; le temps que nous y consacrons est un présent de Dieu qui nous en demandera compte ; il est utile de lire avec beaucoup de précautions, car dans tout, nous rencontrons des pièges contre la religion. C'était un sermon supplémentaire, ajouté à ceux que Messieurs et Dames pouvaient entendre dans une des nombreuses paroisses de la ville ; c'était le dernier et le plus austère pensum de l'année.
Ce genre de divertissement parut-il trop sévère ? Les régents voulurent-ils prouver à leurs concitoyens qu'ils se tenaient au courant des idées modernes et des découvertes de la science ? Ce qui est certain, c'est que les années suivantes le genre se transforma. Buffon, à l'apogée de sa gloire, venait de faire paraître l'histoire des quadrupèdes et travaillait à celle des oiseaux ; l'histoire naturelle était à la mode ; c'est sur cette science que roula l'exercice public du 21 août 1773 '. Mais, comme il ne fallait pas perdre de vue le grand intérêt de la religion ni paraître admirer sans réserves un ouvrage dans lequel la Sorbonne avait relevé des propositions condamnables, Pamphile, Aristarque, Philomose, Philodoxe et autres grecs du collège français prouvaient l'existence et la grandeur de Dieu par l'instinct des animaux ; ruses des animaux pour se procurer les aliments nécessaires, instinct des animaux pour se guérir de leurs maladies, pour se défendre
1 Bibl. de Saint-Omer. Mélanges, Saint-Oraer, I, 16.
et pour élever leurs petits servaient successivement à glorifier le Seigneur : les régents, auteurs du dialogue, n'avaient eu garde d'omettre l'oiseau d'Hérodote qui va chercher sa nourriture entre les dents du crocodile, la discipline militaire des grues et les campements des oies du Mont Taurus. L'hippopotame, le hérisson, le cancre de mer étaient décrits pour l'instruction des Audomarois qui ignoraient ces animaux étranges, et une ode sur le même sujet terminait l'exercice. En 17741, ce sont encore les idées du siècle qui dictent aux prêtres le choix du sujet: Patrophile, également distingué par ses vertus chrétiennes et son amour pour la France, épuisé par le travail, couvert de blessures et chargé d'années, sent sa fin prochaine ; à son lit de mort après avoir, bien longuement pour un moribond, félicité sa patrie sur la gloire et les beaux jours que lui prépare un jeune monarque, il veut léguer son bien par parts inégales à un militaire, à un savant, à un cultivateur et à un commerçant. Les services rendus par chacun à son pays décideront de l'importance du legs qu'il recevra, et dans la chambre du mourant, s'engage un débat sur les mérites respectifs de chacun ; chacun plaide sa cause, et nous ne sommes pas peu surpris de retrouver dans la bouche des écoliers du collège les théories des ploutocrates et des physiocrates, les discussions de Quesnay et de Gournay, de Turgot et du marquis de Mirabeau.
D'une manière semblable, dans la rédaction de leur plan d'études, les nouveaux professeurs s'inspirent nettement des vues de Port-Royal, reprises par Rollin et par l'Université de Paris. Sans doute, ils ne se laissent pas entraîner à proscrire le latin, comme le réclamaient quelques intransigeants du siècle. C'est toujours en latin que se font les classes, en latin que se donnent les notes, en latin que se rédige le palmarès ; on compose encore en «. latina amplificatio », en « stricla oralio))-, mais les prêtres séculiers cherchent à faciliter l'étude de cette langue ; c'est en français qu'on l'apprend dans les classes de cinquième et de sixième ; et les jeunes écoliers ont tous en mains les « principes de langue latine mis dans un ordre plus clair » ; un cours élémentaire, « septima convictorum schola », a même été créé pour préparer les enfants à l'étude du latin. L'explication des auteurs constitue le fond de l'enseignement, et la répartition des classiques dans les différentes classes n'est pas sensiblement différente de ce
1 Cf., de Hauteclocque, op. cit.
2 Bibl. de Saint-Omer. Mélanges, Saint-Omer, II, 35. Palmarès pour 1708 et liste des livres pour l'année suivante.
qu'elle est restée aujourd'hui ; après l'étude du Selectie e Xovo Testamento et d'Eutrope, les élèves eu quatrième expliquent! Phèdre, Justin et les Tristes d'Ovide ; à la troisième sont; réservées les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile ; l'Enéide,j les Caliliuaires et les autres discours de Cicéron, la premier et la seconde décade de Tite-Live, les œuvres d'Horac apparaissent au programme de la seconde et de la rhétorique. Le français n'est pas négligé, comme on avait pu le reprocher aux Pères de la Société de Jésus : les prêtres séculiers cherchent à lutter « contre le vice radical de l'éducation actuelle dans les collèges, contre l'ignorance de la langue française par principes1 ». De la sixième à la rhétorique, les écoliers étudient la grammaire française ou l'abrégé defv grammaire française de de Wailly ; la grammaire latine elle— M ] même contient quelques aperçus très justes de grammaire* comparée ; la version, utile à la connaissance du français, est en honneur dans toutes les classes ; les rhétoriciens composent en amplification française2. Enfin le règlement3 invite les régents à employer un quart d'heure chaque classe à faire la lecture d'un bon ouvrage français sur l'histoire sainte ou profane ; en rhétorique, en seconde et en troisième, le professeur doit dicter chaque jour un morceau de bonne poésie française, que les écoliers sont obligés d'apprendre, et qui est déclamé par un ou plusieurs élèves à un jour désigné. Il ne suffit pas en effet de développer la mémoire des enfants, il faut encore qu'ils fassent preuve d'intelligence, et le prix de récitation n'est plus donné à celui qui a le mieux retenu un texte, mais à celui qui par son débit a prouvé qu'il a compris ce qu'il récite : aussi désigne-t-on cette récompense sous le nom de « prsemium mémorise et inlelligentke l d.
L'abrégé de géographie de Nicole de la Croix figure dans les listes de livres de la seconde à la quatrième, et prouve par sa présence la place faite à celte science par les nouveaux professeurs. En même temps, le règlement indique un prix d'histoire pour les examens de l'année. Malheureusement, le manque de sujets capables d'enseigner les sciences n'avait pas permis d'établir cette branche dans le programme d'études. Très hospitaliers pour tous ceux que leurs connaissances rendaient aptes à contribuer au développement de l'instruction, les membres du bureau n'avaient pas hésité à accueillir la pé-
1 Nicolas Adam.
5 A. M., règl. prov., ait. 32.
3 Règl. prov., art. 25.
4 V. palmarès, Bibl. de Saint-Omcr.
lition du sieur Hermaut, professeur de l'Académie de dessin de Saint-Omer1. Se trouvant extrêmement resserré dans le logement qu'il occupait en ville, il désirait trouver un emplacement plus spacieux et avait jeté les yeux sur une des salles du collège; pour témoigner sa reconnaissance de l'hospitalité qu'il y recevrait, il s'engageait à donner aux boursiers les lundi, mardi, jeudi et samedi de chaque semaine une heure de leçon gratuite ; il laissait le bureau libre de fixer la rétribution que lui paieraient les pensionnaires désireux de connaître cet art. Les administrateurs, voulant favoriser la culture intellectuelle et artistique de leurs concitoyens, accordèrent à Ilermant la permission qu'il sollicitait, à charge par lui de veiller spécialement aux progrès des pensionnaires et des boursiers, et d'en rendre compte tous les mois au principal. Sans doute, l'instruction reçue à Saint-Omer n'était pas plus mauvaise que dans les autres villes de la province, car, si l'on en croit un mémoire des administrateurs, peut-être trop élogieux2, « les progrès des élèves répondaient à l'assiduité des professeurs ; ces élèves, à la sortie des classes de Saint-Omer, obtenaient fréquemment les premiers prix dans les classes supérieures de l'Université de Douai, où passait une grande partie des écoliers des provinces Belgiques » ; des attestations des maîtres de l'Université étaient même jointes à la pétition du bureau « pour le maintien des instituteurs actuels ».
Les principes d'éducation, inaugurés dans les divers règlements que nous possédons sont eux aussi à l'éloge des prêtres séculiers ; ils prouvent chez eux une recherche intelligente des meilleurs moyens de former le cœur de l'enfant ; ils montrent un effort pour tenter des procédés nouveaux. Les régents ont remarqué que, chez la plupart des eufants, la mémoire est aussi infidèle que prompte et facile ; pour la rendre plus tenace3, ils s'avisent le samedi malin de faire une récapitulation de toutes les leçons et de toutes les explications de la semaine ; pour permettre aux écoliers de préparer cette «. répétition », ils suppriment même les devoirs du vendredi soir. Sans doute les châtiments corporels subsistent encore à côté des retenues, mais professeurs et régents doivent veiller à ce que les punitions soient proportionnées aux fautes, qu'elles ne soient infligées que progressivement4;
1 A. M., registre, 10 juillet 1770 et D.M., 1771.
2 A. M., registre, 21 mars 1777 et 11 avril 1777.
3 A. M., règlement particulier d'étude et de discipline, 19 novembre 1773, art. 13.
4 Règl. prov., art. 8.
ils doivent prendre soin d'éviter également une indulgence aveugle qui pardonne tout et une inflexibilité trop austère qui pourrait rebuter. Aucune faute ne restera impunie, et la peine ne sera levée que par celui qui l'aura infligée1. Développer l'intelligence n'est pas tout ; dans L'enfant il y a un homme qui plus tard doit vivre en société : il faut donc dans l'écolier former le citoyen capable de paraître honorablement parmi ses semblables ; il faut développer en lui certaines qualités d'élégance qui plus tard feront de lui un homme du inonde.
Les prêtres n'oublient pas celte partie de leur tâche. Les écoliers, dit le règlement de 1773, éviteront et l'affectation et la négligence dans leurs habillements2; comme la modestie et la politesse conviennent particulièrement à la jeunesse, ils ne se laisseront jamais aller aux huées, aux cris immodérés, aux invectives, aux querelles, aux voies de fait; au contraire, ils se traiteront entre eux avec des égards réciproques3, ils salueront toutes les personnes respectables par leur âge ou par leur état4. Les parents sont considérés comme les collaborateurs d-es régents, et lorsqu'un externe a été consigné chez lui un jour de congé, c'est au père que les professeurs confient le soin de surveiller si la punition est faite ; c'est de lui qu'ils attendent un certificat5. Enfin les prêtres séculiers imaginent l'éducation mutuelle : les élèves de chaque classe désignent celui de leurs camarades qui a mérité le prix de piété 6 : « prsemium pietatis communi discipulorum judicio meritus et consecutus est N... d dit le palmarès. Des écoliers choisis parmi les plus sages sont désignés pour surveiller leurs condisciples ; à chaque table de l'étude, plusieurs « censeurs » sont chargés de marquer sur une cédule qu'ils remettent au préfet les absents et les pétulants de leur district" ; le soir, à la sortie du collège, surtout pendant l'hiver, ils prennent note de ceux qui, retournant chez eux, font dans les rues des cris immodérés, des indécences et autres actions contraires au bon ordre, et chaque matin, lois de l'entrée en classe, ils en font un rapport au sous-principal8.
Toutes ces théories, inspirées de principes excellents, étaient très belles; la réalité fut moins satisfaisante, a L'état d'anarchie est celui du collège de Sainl-Omer », dit un texte
1 Règlement du 19 novembre 1773, ait. 6. J Règl. du 19 novembre 1773, art. -1.
3 Règl. du 19 novembre 1773, art. S.
4 A. M., règl. de 1773, art. (i.
5 A. M., règl. de 1773, art. 7.
8 Règl. provis., art. 32.
7 Règl. provis., art. 15 et règl., 1773, art. 3.
8 A. M., règl. provis., art. 20.
de l'époque1. Depuis le président du bureau d'administration jusqu'au dernier élève de la classe des rudiments, chacun veut être libre. Un esprit d'indépendance et de liberté, précurseur d'une révolution prochaine, souffle sur tous au collège; tous violent la discipline, tous refusent l'obéissance. Et le bureau lui-même, dans sa défense des prêtres séculiers, est obligé de reconnaître l'insubordination qui désole la maison2 : « il est vrai que, quant à la conduite particulière des instituteurs les uns envers les autres, et quant aux rapports d'union qui devraient subsister entre eux, l'administration du collège n'est pas sans objet de plaintes. » C'est ce que constataient déjà les administrateurs ; c'est le fléau dont se plaignait amèrement l'évêque : en 1774 3, après lecture faite dune lettre de Monseigneur, les membres du bureau avaient déjà délibéré « d'employer tous les moyens possibles pour conserver la subordination entre tous les membres du collège, et de maintenir l'autorité de chacun des maîtres, pour que les pensionnaires et boursiers se rendent exacts à l'obéissance auquel M1' le principal veillera à ce qu'aucun ne s'en écarte, conjointement avec M1' de Vyssery, qui veut bien prêter ses soins et employer toutes les voies nécessaires à cet effet ». Bureau, principal, sous-principal, règlements, lettres de Monseigneur, tout fut inutile pour rétablir Tordre. La dure férule des Jésuites, la rigueur de leur discipline, les exigences de la vie monastique auraient peut-être pu triompher de l'insubordination générale. L'autorité manquait dans la nouvelle organisation ; chacun s'y croyait le droit de commander, personne ne voulait obéir.
Les termes mêmes des règlements de discipline, l'insistance avec laquelle trois fois par an ils sont rappelés à tous v, prouve l'insubordination des écoliers de -l'époque, et nous permet de nous figurer ce qu'était vers 1770 le collège de Saint-Omer. Le matin, à sept heures et demie en été, à sept heures trois quarts de la Toussaint à la Purification 5, lorsque sonne le premier coup de cloche, les élèves se rassemblent sur la place de l'Etat ; les attroupements, les cris sont interdits, mais le tumulte doit être grand ; c'est le moment où les renvoyés du collège viennent refaire connaissance avec leurs anciens camarades G ; c'est l'heure où l'on fait des échanges interdits par le règlement, où
* A.D., C, 137, 321 et 138, 33. Mémoire des Elals d'Arlois à sa Majesté.
2 A. M., Mémoire du bureau, 11 avril 1777.
3 A. M., reg. des del., 15 avril 1774.
4 En octobre, en janvier et après Pâques, cf., 2 décembre 1775, lecture du règlement.
s Règl. prov., art. 12 e Règl., 1773, art. 14.
l'on se livre avec la joie du plaisir défendu aux jeux de hasard !. Le ton des conversations s'élève vite ; des mots vifs sont échangés; parfois même on en vient aux coups2. Aussi, les écoliers ne doivent-ils avoir sur eux aucun instrument dangereux, ni couteau, ni ciseaux, ni canif3. Craignait-on la « pétulance de leur humeur », avait-on peur pour le mobilier de la maison ? Les deux hypothèses restent vraisemblables. Au second coup de cloche, tous les élèves doivent être rentrés; tous ont joui de leurs dernières minutes de liberté, et, lorsque tinte la cloche, ce sont des cris, des bousculades, des chûtes qui marquent d'une manière pittoresque mais peu décente l'entrée en élude; les retardataires cherchent à éviter les censeurs, en passant par une autre porte que celle du perron 4, et, lorsqu'ils sont signalés, lorsqu'ils voient leur nom couché sur la terrible cédule, ils ne se privent pas d'invectiver les représentants de l'autorité, qu'ils sont loin de considérer respectueusement comme revêtus de l'autorité des régents 5. Encore heureux quand, se rendant en classe de dessin, ils ne cassent pas quelque vitre ou ne font pas quelque dommage. Le principal, instruit par l'expérience, n'a-t-il pas été jusqu'à ordonner la fermeture de la porte qui conduit à la salle de dessin c un instant après le moment indiqué pour l'ouverture du cours y>, et n'a-t-il pas fallu une délibération du bureau pour le faire revenir sur celle sage précaution u ?
Dans la salle d'étude des externes doit régner le plus rigoureux silence, assuré par le préfet des études, contrôlé par le principal, le sous-principal et les régents". La besogne est sans doute malaisée, à en juger par le nombre de personnes qui s'y emploient. Chacun se tenait-il avec modestie à sa place, chacun repassait-il ses leçons en silence ? Certains textes nous permettent d'en douter. Enfin, un tintement prolongé annonce l'arrivée des régents ; revêtus de la « robe académique8 », ils pénètrent dans leurs classes ; du haut de leur chaire, ils tâchent par leur éloquence cicéronienne de retenir l'attention fugitive de leurs disciples. Mais bien peu de chose suffit à les distraire ; n'avail-il pas fallu changer remplacement du marché aux porcs ? les grognements de ces animaux gênaient les écoliers
* Règl., 1773, art. 15.
2 Règl., 1773, art. 8.
3 Règl , 1773, art. 4.
4 Règl., 177:5, ail. 1.
•> Règl., 177.Î, ait. 3.
11 A. M., registre, 14 juin 177G.
' Règl. prov., art. 14.
3 Règl. prov., ait. 11.
pendant les compositions du vendredi soir1. Lorsque l'ennui devient trop grand, on prétexte le besoin de sortir, et certains professeurs trop complaisants laissent plusieurs de leurs élèves s'absenter en même temps-. D'ailleurs, dans ces classes nombreuses, on peut facilement se créer de doux passe-temps ; chacun, d'après le règlement, n'apporte que son écritoire, le porte-feuille ou le sac qui contient tous les devoirs corrigés et dictés ainsi que les livres nécessaires :!. Mais que de mauvais livres lus pendant les explications latines, que d'ouvrages interdits que l'on se passe de main en main derrière le dos complaisant des camarades des premiers bancs. La licence, favorisée par la faiblesse des régents, était devenue telle qu'on avait été contraint d'édicter, contre ceux qui, connaissant de pareils ouvrages « es mains de leurs condisciples » n'en avertissaient pas leurs supérieurs, des peines aussi sévères que contre les délinquants4.
A dix heures, on se rend deux à deux, en silence, à la chapelle5 ; le règlement l'exige, mais est-il appliqué ? Souvent les élèves de seconde veulent prendre le pas sur leurs camarades de rhétorique ; il en résulte une grande confusion, et il a fallu établir un ordre de préséance pour l'entrée à l'église. L'obligation d'avoir en mains le livre de piété intitulé l'Ecolier chrétien, les recommandations sur la nécessité de se prémunir pour n'avoir aucun besoin de sortir pendant l'office, les pénitences imposées à ceux qui manqueraient à ce précepte, les dispositions sur l'ordre dans lequel chacun doit se lever, fléchir le genou au milieu de l'église et se retirer ne sont pas moins caractéristiques de l'inattention apportée par les écoliers et du tumulte qui accompagne tous les mouvements. A onze heures du matin, à quatre heures et demie ou à cinq heures le soir, suivant les saisons, les externes devaient être rentrés chez eux pour étudier leurs leçons et faire leurs devoirs0. Nul ne devait errer dans les rues après huit heures en hiver et neuf heures en été. Mais, à la faveur de l'obscurité, il était facile d'échapper aux censeurs : c'était le moment propice « pour les cris immodérés, les indécences et autres actions contraires au bon ordre " » ; peut-être ne se baignaiton pas, peut-être évitait-on, comme le prescrivait le règlement,
1 A. M., reg. des del., 17 janvier 1774.
2 Règl., 1773, art. 5.
3 Règl., 1773, art. 4
4 Règl., 1773, art. 14.
5 Règl., 1773, art. 9.
u Règl., 1773, art. 10.
7 Règl. prow, art. 20.
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de s'exposer à se noyer, mais les cabarets et les lieux adjacents, les spectacles et les bals offraient trop d'attraits pour être désertés par les écoliers du collège1. Les menaces les plus terribles étaient suspendues sur la tête des délinquants ; mais il était facile de trouver en ville quelque puissant protecteur.
L'exemple de Dournel était encore dans toutes les mémoires. Boursier d'Aire, il avait quitté le collège sans permission, et le bureau avait décidé son exclusion -. Les échevins de sa ville avaient su montrer aux administrateurs qu'ils n'avaient qu'à obéir ; le ton de leur lettre à Messieurs du bureau laissait entendre qu'ils se croyaient le droit de parler en maîtres : « Nous avons, disaient-ils, fait appeler la mère du jeune Dournel ; elle nous a fait connaître que l'absence de son fils était une étourderie de sa part, dont il était au repentir et ne demandait pas mieux que de pouvoir rentrer au collège. Il est vrai qu'un écart de cette nature mérite quelques reproches envers le sujet ; mais nous ne nous attendions pas qu'il y ait lieu à une exclusion sans retour, vu le certificat da sieur Hiecq du 8 mai dernier. Nous espérons bien que vous voudrez nous donner une prompte réponse. » De pareils faits se reproduisaient fréquemment, puisque le bureau avait été contraint de décider « qu'on ne recevrait jamais aucun boursier d'Aire et d'Hesdin renvoyé ou enfui du collège, et cela, telles instances qui puissent en être faites par telles personnes que ce soit ».
Abandonnés par l'autorité supérieure, comment les malheureux préfets d'études auraient-ils pu se faire obéir par leurs turbulents élèves ? Il ne suffisait pas de déterminer sur le papier leurs fonctions et leurs pouvoirs3 ; encore aurait-il fallu les armer contre de « pétulants » écoliers qui n'ignoraient rien tant que l'obéissance et le respect. Coupranl v pendant deux années avait été la victime des externes. D'abord chez lui, plus tard au collège, il avait été chargé par le bureau de « veiller aux devoirs scolastiqucs des externes ». L'évêque en effet avait jugé à propos de réunir les écoliers dans des études publiques, afin que des maîtres particuliers pussent répondre de leur conduite et qu'ils s'acquittassent de leurs devoirs. Une délibération du bureau, consacrant celte
' Règl., 1773, art. 11.
2 A. M., lettre des échevins d'Aire, 10 juillet 1772. :t V. les divers règlements.
4 A.D., deux suppliques tic Couprant à MMrs les administrateurs du bureau.
mesure, avait élé transmise à Couprant par le principal. Il avait donc fait construire les tables et les bancs nécessaires ; il avait fait établir deux poêles et trente-cinq pièces de buise ; il avait acheté vingt-quatre chandeliers de bois, garnis de « baubêches » pour éclairer une vaste pièce. C'est lui qui devait fournir bois et chandelle ; avec un zèle et une assiduité, qu'il constate lui-même, il s'était donné tout entier à ses élèves ; il leur avait sacrifié tout son temps. Les soixantequinze ingrats qu'il surveillait avaient fracassé son mobilier et brisé les vitres de sa maison. Les parents s'étaient faits les complices de leurs fils : lorsque Couprant a voulu être payé des dégâts causés chez lui, lorsqu'il a voulu exiger des écoliers aisés les vingt sols par mois fixés par le règlement, les élèves «. ont commencé à défiler les uns après les autres ». Vainement le malheureux a adressé ses plaintes réitérées au principal, au sous-principal, aux professeurs ; chacun lui a fait de belles promesses, mais s'est désintéressé de ses réclamations. Dans l'espoir d'un meilleur résultat, on a installé Couprant et sa ménagerie dans une salle du collège ; le bureau a fixé pour chaque externe une taxe de vingt-quatre sols pour le balayage des classes et de la salle d'étude, sans compter trente-six sols pour ceux « qui seraient dans le cas de se rendre à l'étude1 t>. Généreusement le principal a abandonné à Couprant le produit de ces deux taxes, à charge pour lui de faire balayer les salles et de fournir la chandelle et le feu nécessaire pendant l'hiver ; le préfet d'études aurait été très satisfait de cette rétribution si Delys, qui l'avait nommé, avait porté ses soins à lui faciliter les moyens de la percevoir. Mais quelques écoliers seuls ont consenti à la payer; Couprant n'a pu rentrer dans les débours qu'il a faits. Aussi mulliplie-t-il les humbles requêtes à MMrs les administrateurs : il « se retire vers eux », il les supplie de le dédommager de toutes ses dépenses ; il les fait juges de sa triste position : dépourvu des biens de la fortune, chargé d'une famille nombreuse, il a négligé d'autres moyens de pourvoir à sa subsistance ; serait-il le seul qui, après s'être dévoué à l'enseignement public, demeurerait sans récompense, et son zèle serait-il devenu la triste cause d'un échec à sa fortune ? Non, il présume trop de la justice des membres du bureau ; il a trop de confiance dans l'ardeur dont ils brûlent pour tout ce qui a rapport à l'avancement des sciences. Ces pensées lui font espérer que les administrateurs lui viendront en aide ; « quoi faisant, il ne cessera de leur en témoigner sa recon-
1 Règl. prov., art. 38.
naissance et de continuer à rendre au public ses services avec le zèle le plus aident ». Quelques mois plus tard, le bureau se décidait à lui payer 166 livres 14 sols sur les 170 livres 4 sols qu'il réclamait dans son mémoire1. Deux ans après, Couprant était autorisé à recevoir de Senlecq, le receveur, la somme de 300 livres « tant pour tout ce qu'il pouvait prétendre pour avoir été employé en qualité de préfet d'études pendant près de deux années, soit chez lui, soit dans la salle du collège, que pour avoir par lui fourni feu, lumière et autres choses pendant les deux années"2 ». On lui payait ses vitres brisées et son mobilier fracassé, on l'indemnisait de ses peines ; on ne lui donnait pas plus d'autorité sur ses élèves.
Comme leurs écoliers, professeurs et régenls voulaient être libres et parvenaient à l'être, tant était faible la main qui les dirigeait, a Que l'on entende un professeur quelconque raisonner sur son état, dit un mémoire du bureau 3, on verra qu'il se considère comme jouissant d'une étendue de liberté dont il y a peu d'exemples; le bureau, à son égard, a tout fait en le nommant; il n'a plus de lois particulières à lui donner; à peine même pourra-t-il, dans des cas graves et qui ne pourront être que très rares, procéder à sa destitution; mais dans ce cas là même, ce professeur ne regardera que comme une vaine tentative la démarche du bureau ; il se flattera que le parlement lui offrira de prompts secours et lui procurera un rétablissement d'autant plus humiliant pour l'administration qu'elle verra sa procédure prescrite et son décret réformé. Telles sont les idées qui ont séduit la plupart des esprits ; elles ont introduit une espèce de licence funeste dans le collège, et elles y ont presque anéanti l'impression salutaire de l'autorité. » Beaucoup en effet ne recherchent une place au collège que pour y attendre dans l'aisance le moment où quelque protecteur leur obtiendra une cure ou quelque autre bénéfice*. Le régent demande alors à être introduit dans l'assemblée des administrateurs et il déclare tout tranquillement à Messieurs du bureau qu'il fait « sa démission » du poste qu'il occupe, ('/est ainsi qu'agit Iluchette, professeur de seconde5; il a été nommé à la cure de Moulle; il abandonne ses élèves sans s'inquiéter de ce qu'ils deviendront; il laisse aux administrateurs le soin
1 A. M., registre des dél., 29 avril 17C9.
5 A. M., registre des dél., 13 août 1771.
3 A. M., registre des dél., 11 avril 1777.
* A.D., C, m, 321 et 138, 33, Mémoire des Elats d'Artois a sa Majesté.
5 A. M., registre, 28 avril 1775 ; il est remplacé par Dupuis l'aîné.
de lui trouver un remplaçant. Par bonheur, les candidats ue manquent pas, car les places sont bonnes : avec un peu d'habileté, on parvient à accroître ses ressources ; avec quelque ingéniosité, on y vit dans une douce tranquillité, et, si le bénéfice attendu ne vient pas, les administrateurs ne font pas difficulté pour se charger de votre entretien, même lorsqu'on a cessé d'être en état de rendre service au collège.
Principal, sous-principal et professeurs prennent leurs repas en commun1. Mais il est facile de faire transporter, de la cuisine dans les chambres, différentes viandes accommodées ; on profite de cette licence pour traiter des invités aux frais du collège. Par malheur, Messieurs du bureau ont eu connaissance de la chose, et, trouvant que c'était là pour la maison une occasion de dépenses et de surcharges, ils ont fait « défense à tous les domestiques et autres personnes d'aider à aucun transport de mets dans les chambres particulières, sans la permission expresse du principal"2)). L'abus cessa-t-il complètement ? En 1774, le règlement économique devait reprendre l'interdiction ; en 1776, une nouvelle délibération3 ordonnait aux régents de faire venir leurs vivres de l'extérieur et à leurs frais, lorsqu'ils voudraient recevoir quelque étranger dans leur chambre. Ces décisions nombreuses semblent indiquer que l'habitude si bonne pour la bourse des régents n'était jamais tombée complètement dans l'oubli. En même temps que de se nourrir, ceux-ci s'étaient occupés de se meubler confortablement, et sans hésiter, les professeurs, peut-être imités par les préfets d'études et les domestiques, s'étaient livrés à un pillage en règle du mobilier du collège. Les matelas, les traversins, les oreillers trouvés sans emploi s'étaient accumulés dans les chambres des régents. Pour le bon ordre, il avait fallu spécifier ce qui revenait à chacun4 ; à l'avenir, chaque préfet n'avait plus que deux matelas, deux traversins, deux couvertures et une paire de draps ; chaque pensionnaire recevait, comme les domestiques, un matelas, un traversin, deux couvertures et une paire de draps. Et, comme on n'avait dans les habitants du collège qu'une confiance fort limitée, le surplus « devait être distrait des lits par
1 A. M., registre, 5 janvier 1769. — Pension à payer par les professeurs : le principal et son domestique 500 livres, les régents 400 livres. Le 8 novembre 1769 la pension alimentaire de chacun est fixée à 325 livres seulement. — Cf., règlement économique, 21 janvier 1774, art. III.
2 A. M., registre, 3 juillet 1772.
3 A. M., registre, 21 juin 1776. Le principal et, en son absence, le sous-principal qui reçoit les parents est excepté de cette règle.
4 A. M., registre des dél., 26 janvier 1776.
l'économe, et mis par lui dans une place de réserve fermant à clef ».
Les régents, pendant leurs heures de liberté, allaient goûter dans la propriété de Salperwick les plaisirs de la campagne ; le règlement économique dut faire défense à tous « de se rendre à la maison de campagne sans l'agrément du bureau ' ». Les intérêts matériels sont donc ceux que les habitants du collège oublient le moins : Dupuis trouve fort agréable de toucher en même temps le traitement de professeur de seconde et celui de sous-principal et le bureau, jugeant qu'il y a incompatibilité entre les deux emplois, est obligé de le mettre en demeure d'opter -. Pour installer une salle des délibérations, les administrateurs, ont dû prendre un salon dans l'appartement du principal ; Hiecq n'entend pas être lésé, et il ne cesse ses plaintes que lorsque le bureau l'a autorisé à mettre la main sur deux pièces du côté de l'escalier 3, occupées autrefois par Piers. L'obligation où il est de traiter les familles qui lui rendent visite l'inquiète : sans cesse il renouvelle ses demandes de crédit pour frais d'hospitalité v et l'on sent chez lui la préoccupation constante de pouvoir vivre dans l'aisance avec le domestique qui le sert 5. Delys n'oublie pas non plus ses intérêts, et, au moment où les Doctrinaires prennent la direction du collège, il réclame tardivement 680 livres 8 sols 17 deniers qui lui restaient dus lors de son départ G.
Legaigneur, régent de sixième, prétexte la santé de son père pour ne plus vivre au collège7 ; nommé en cinquième8, il représente bientôt que ses infirmités l'empêchent de continuer ses fonctions9 ; il prie donc les administrateurs de bien vouloir récompenser ses services, et le bureau lui accorde une pension annuelle de 400 livres jusqu'à ce qu'il soit pourvu de quelque bénéfice ecclésiastique10. Fauconnier, professeur de quatrième
1 A. M., registre des dél.,. 21 janvier 1774. i A. M., registre des dél., 21 juin 1776.
3 A. M., registre des dél., G avril 1770.
4 A. M., registre des dél., 10 avril 1772: on lui alloue 400 livres supprimées par le règlement économique, 21 janvier 1774. — Nouvelle mesure, 21 juin 177G.
5 A. M., registre des dél., 21 janvier 1771.
6 A. M., registre des dél., 3 septembre 1777.
7 A. M., registre des dél., 28 février 1770.
8 A. M., registre des dél., 6 novembre 1770, où il remplace Fauconnier nommé en quatrième par suite de la démission de Marga ; il est lui-même remplacé en sixième par Josepb Lansiarre, diacre du diocèse d Arias.
9 7 août et 16 octobre 1772. Lansiarre monte en cinquième et Bucaille, préfet des humanistes au séminaire épiscopal, le remplace.
10 4 novembre 1774 ,un vicariat à Canipagnc-lc/.-Wardrecque
est absent depuis sept mois ; après avoir patienté longtemps, on dépêche chez lui deux médecins1, pour savoir si son mal est incurable ou si l'on peut espérer une guérison prochaine ; l'impuissance où il est de faire sa classe lui vaut une pension2, jusqu'au jour où il reçoit un canonicat à Bordeaux3. Marga, son prédécesseur, s'étant aperçu que sa poitrine avait peine à fournir à une besogne aussi fatigante que celle de l'enseignement, avait prié* les administrateurs « d'accepter sa démission, et de vouloir bien l'honorer de leur protection et de leurs faveurs, en lui accordant quelque gratification, lorsque leur prudente économie les aurait mis à môme de pouvoir distribuer leurs largesses «.Quelques semaines plus tard, un canonicat à la cathédrale le consolait de la maladie incurable dont il se sentait atteint5.
Contraints de vivre en commun, sans avoir fait vœu d'obéissance, les professeurs se jalousaient les uns les autres, et n'avaient pas entre eux les « rapports d'union ° » qu'on aurait pu souhaiter. Des conflits naissent sans cesse : dès l'origine, il a fallu établir un ordre de préséance entre les régents7, et déterminer qui entrerait le premier à la chapelle pour la messe des écoliers. Chacun maintient ses droits et les fait valoir auprès du bureau : une année, il n'y a pas d'élève de cinquième qui fasse sa première communion ; Fauconnier trouve étrange 8 l'article douze du concordat qui désigne le régent de cinquième pour mettre les élèves en état de faire leur première communion : sans doute il proteste que la besogne de faire le catéchisme pendant un petit temps n'est pas onéreuse ; sans doute il ne veut pas qu'on le soupçonne de mauvaise humeur ; il n'en réclame pas moins pour être débarrassé de cette charge ; il nen allègue pas moins que, d'après l'esprit du règlement, c'est à son collègue de sixième que revient cette fonction, puisqu'il connaît mieux que lui les qualités et les défauts des élèves de la classe de sixième. Ce n'est là qu'un fait entre mille ; de pareilles contestations étaient journalières au collège.
Une autorité ferme aurait pu maintenir la paix : malheureusement l'autorité n'existait pas ; sous-principal, principal,
1 A. M., registre des dél., 30 juillet 1773.
2 A. M., registre des dél., 28 janvier et 21 octobre 1774; on fit cependant quelques difficultés pour accepter la démission qu'il offrait.
3 A. M., registre des dél., 26 avril 1776.
4 Lettre du 17 août 1770 ; A.D , et registre, 6 novembre 1770.
5 Et qui tarda à l'emporter ; il ne mourut qu'en 1785 (!). b AD., Mémoire du 11 avril 1777.
7 A. M., régi, prov., art. 22 et 23.
8 AD., Lettre à MM. les administrateurs.
bureau d'administration étaient également impuissants contre des professeurs qui n'avaient pour eux qu'une considération superficielle, qu'un respect de convention. Aucun n'avait fait vœu d'obéissance, et le principal ne ressemblait que de bien loin au prieur d'un couvent. Gaudin, le premier sous-principal1 avait dépossédé d'une partie de ses fonctions et de quelques centaines de livres de son traitement Piers 2, le professeur de rhétorique, qui, jusqu'en 1767, avait rempli cet emploi. C'était pour lui un fâcheux début : il fut mal accueilli dans le collège ; on refusa d'admettre son autorité ; et à plusieurs reprises, les administrateurs durent déterminer ses pouvoirs. Déjà le règlement provisionnel de 1768 lui reconnaissait, sous les ordres du principal, une inspection générale sur tout le collège3 ; au premier coup de la messe, il se rendait dans la classe du régent désigné pour la célébrer, et faisait faire une lecture, tandis que le professeur allait se préparer à la sacristie. La décision du bureau ne suffit sans doute pas, car deux ans plus tard, de Maupeou, chancelier, déterminait à son tour la situation de ce fonctionnaire 4 : suppléant du principal en toute occasion, il jouissait en son absence de tous ses droits et de toutes ses prérogatives. A Saint-Omer, il jouit surtout du manque d'autorité de celui qu'il remplaçait.
Pendant toute cette période en effet, les principaux semblent avoir été peu considérés. Pris entre les exigences du bureau, qui souvent affaiblissait leur pouvoir, et les prétentions des régents qui leur témoignaient peu d'égards, ils se trouvaient dans une situation singulièrement difficile. Les plus sages se retiraient bientôt : se succédant dans les premières années avec une extrême rapidité, aucun ne laissa au collège de trace bien durable. Dès le 15 septembre 1762, Hennebert était nommé chanoine d'Hesdin5;ce bénéfice, qui exigeait
1 A. M., registre des dél., 6 octobre 1707.
2 Guillaume-Louis Joseph Piers, né à Audruicq en 1722, exerça cinq ans le ministère dans la paroisse Sainte-Marguerite, puis enseigna vingthuit ans durant la rhétorique au collège. En ÎTM, il émigra en Hollande où il fut suivi par de nombreux ecclésiastiques, ses anciens élèves. Il mourut à Rotterdam en 1791. Au registre des déclarations de bénéfices et pensions de 1790, il est mentionné en ces termes : « professeur entérite de rhétorique du collège fiançais, jouit d'une pension de 900 livres sur les biens du collège, dont 400 accordées par lettres-patentes du roy et 500 par une délibération du Chapitre général des piètres de la Doctrine chrétienne, plus une pension de MO livres, accordée par M. de Bruyère Calabrc, évèque de Saint-Omer, sur les biens des Jésuites de Wattcn, tout cela accordé par forme de récompenses et de retraite ».
3 Art. 7.
4 A. M., registre des dél., 8 février 1770.
s A. M., Lettre du iMagislrat de Saint-Omer,
résidence, l'empêchait de continuer ses fondions au collège. On lui désigna donc un successeur, et pour les cinq mois écoulés, on lui donna mandat d'une somme de 500 livres sur Duvivier, économe séquestre des biens des Jésuites. Au bout d'un an, Riquier songe à abandonner une place qu'il n'a acceptée qu'à contre-cœur1 ; il expose donc au bureau qu'il n'a voulu que se conformer aux intentions de Monseigneur, et marquer aux administrateurs combien il était sensible aux preuves d'estime et de confiance dont ils avaient bien voulu l'honorer; mais son âge, ses offices de chanoine, les occupations que lui donnait la grande recette de son chapitre ne lui permettaient plus de se charger de la principauté; il priait donc instamment et requérait les administrateurs de l'en décharger et de vouloir bien accepter sa démission. On le remercia poliment, mais on dut reconnaître la force des raisons qu'il venait d'exposer et lui chercher un successeur. Delys, prêtre du diocèse d'Arras, licencié-ès-lois civiles et canoniques, protonotaire apostolique, avocat au parlement et au conseil d'Artois, membre de l'Académie des Arcades de Rome et de la Société littéraire d'Arras, avait assez de titres pour faire un bon principal2 : sa vertu, ses talents, sa prudence, son expérience et ses capacités lui assureraient peut-être le respect de ses subordonnés. Trois ans plus tard, il venait à son tour déposer sa démission sur le bureau de ces Messieurs3 : les absences qu'il était dans le cas de faire, ses affaires personnelles l'empêchaient de continuer plus longtemps les fonctions de principal avec tout le zèle et l'attention que demandait cette place. De nouveau les administrateurs faisaient tous leurs remerciements pour les soins qu'ils lui avaient reconnus; de nouveau ils regrettaient les occupations qui le forçaient à se retirer ; de nouveau ils cherchaient un principal. Hubert Hiecq4, prêtre chantre de l'église Saint-Sépulcre, directeur de la maison des Apôtres, succéda à~ Delys ; ce n'avait pas été sans peine que les administrateurs étaient parvenus à le décider; ils avaient dû
1 A. M., registre des dél., 26 septembre 1766.
2 A. M., registre des dél., 3 décembre 1766.
3 A. M., registre des del., 4 novembre 1769.
4 Devenu plus tard curé de Longuenesse, il y exerça le ministère jusqu'à la Révolution ; à l'heure du serment, il refusa de jurer, il préféra l'exil à ce qu'il considérait comme une apostasie. Réfugié en Angleterre au château de Lulworlh, il y mourut en 1800. Sur sa tombe, on grava l'épitaphe suivante : « Hic situs est D. Hiecq, curio Longuenesire Morinorum, ob fidem catholicam ab solo patrio extortus. Hune Thomas Weld pietatis causa victu dorao sociavit. Idem locum sepulturœ dédit inter suos sacerdoti inlegerrimo peregi e defuncto III nonas Januarji anno MDCCG.
lui représenter que, sur la demande de Delys, ils avaient détaché des fonctions de principal toutes celles qui concernaient l'économie et la tenue du pensionnat, pour laisser ainsi le principal tout entier aux soins de l'éducation et aux progrès de l'enseignement. Hiecq ne manquait pas de connaissances; il le prouva plus tard lorsqu'il occupa la chaire de rhétorique1. Il fut tenace et ne se laissa pas décourager comme ses prédécesseurs; mais pas plus qu'eux, il ne parvint à obtenir le respect de ses subordonnés; pas plus qu'eux, il ne connut les joies d'une autorité indiscutée.
Restait, il est vrai, le bureau d'administration, créé par les édits du roi et les arrêts du parlement. Ses attributions étaient très étendues, et son pouvoir aurait pu être très grand- : il nommait et révoquait professeurs, régents et principal ; il arrêtait les congés3 et les vacances, préparait les règlements généraux de discipline intérieure, fixait le traitement des professeurs, s'occupait de la régie des biens et des revenus du collège, vérifiait les comptes de l'économe, ordonnait les réparations et les constructions nouvelles, réglait les baux à ferme et à loyer, les emprunts, les acquisitions et les ventes de biens. Véritable tribunal, il prononçait l'exclusion des élèves indisciplinés, et tranchait les difficultés qui pouvaient s'élever entre le principal, les professeurs et les régents. En un mot, on l'avait constitué comme le maître suprême du collège.
Malheureusement de graves vices dans sa composition et son organisation rendaient son influence presque nulle. Sans doute il se réunissait fréquemment, et le registre des délibérations constate que tous les mois, les administrateurs tenaient séance ; ces réunions étaient encore trop espacées : chargés d'attributions qui par mille endroits touchaient à ce
1 Pendant la période des Doctrinaires.
2 Cf., Sicard. Les Etudes classiques avant la Révolution, Pcrrin et C'°, 1887. — Correspondant, 10 novembre 1879, article de Ch. Jourdain. — Elic Méric, Le Clergé sous l'ancien régime, Lecoffre, 1890.
3 Règl. prov., art. 34: il n'y aura d'autres congés que le mardi et le jeudi après-midi, à moins qu'il n'y ait une fêle dans la semaine auquel cas il n'y aurait qu'un seul jour de congé. Les classes vaqueront de la veille de Noël au lendemain de l'an, depuis le mercredi saint jusqu'au lundi de Pâques, les trois jours gras, la semaine de la Pentecôte, le jour de saint François de Sales, patron des écoliers, le jour des morts. A cause des jours de marché, on laisse libres le mercredi et le samedi après-midi. — 24 janvier 1772, congé toute la journée du mercredi au lieu de l'après-dîner seulement. — 28 janvier 1771, retour pour les congés au mardi et au jeudi, plus la matinée du premier jeudi du mois. — 4 mars 1774, nouvelles dispositions pour les vacances,
qu'il y a de plus intime dans la vie d'un collège, les administrateurs auraient dû siéger en permanence. Puisqu'ils se substituaient au principal, qu'ils avaient dépouillé d'une partie de son autorité, ils auraient dû, comme lui, être toujours présents pour prévenir les conflits possibles, ou du moins pour les empêcher de prendre avec le temps une acuité dangereuse. Le bureau s'était rendu compte de cette nécessite, lorsqu'il avait désigné un de ses membres, le chanoine de Vissery, pour veiller de concert avec le principal à tout ce qui concernait la police intérieure du collège1.
Notables et échevins font preuve du zèle le plus ardent, mais la bonne volonté ne suffit pas toujours ; il est vrai que tous font à l'envi étalage de prétentions pédagogiques, mais un avocat, un médecin, un négociant étaient-ils bien préparés par leurs occupations actuelles et leurs études antérieures à diriger un collège ? De plus, les puissances rivales, ordinaire, baillage, échevinage, qui composent le bureau, se jalousent : chacun veut faire triompher les idées de son parti et les intérêts particuliers l'emportent parfois sur l'autorité des règlements. En 1775, à l'occasion de l'installation du nouvel évèque, les vacances sont avancées de quelques jours2. Le 3 août3, nouvelle modification : le chevalier de La Motte, lieutenant du roi, envie la victoire de l'ordinaire ; il veut que sa nomination trouble l'ordre des études comme l'entrée à Saint-Omer de Mur de Puységur, et, à sa demande, on décide de fixer au 16 août la distribution des prix. L'année suivante, Saint-Omer possède un nouveau lieutenant au baillage ; on ne peut faire moins que de célébrer sa venue en avançant de nouveau la date des vacances v. Le principal, jaloux du jour de congé dont les administrateurs peuvent disposer à leur gré, veut de son côté jouir des mêmes prérogatives 5. Ces divisions, ces rivalités énervent et minent une autorité déjà mal établie.
Encore, si quelque esprit de suite avait dirigé le bureau dans son administration ? Mais cette unité de direction étaitelle possible dans une assemblée qui, en grande partie, se renouvelait tous les ans ? Les notables et les députés de l'échevinage ne restent guère en fonctions plus d'une année. Comme le Magistrat choisit les représentants des notables parmi les
1 A. M., registre des dél., 24 janvier 1772.
2 A. M., registre des dél., 21 juillet 1775.
3 A. M., registre des dél., 3 août 1775.
4 A. M., registre des dél., 2 août 1776.
5 Régi, prov., art. 34.
personnes les plus considérées de la ville, ces administrateurs ne tardent pas à devenir échevins, et il faut sans cesse procéder à leur remplacement1 ; heureux pour le collège lorsqu'ils rentrent au bureau comme représentants du Magistrat. Certains purent ainsi avoir quelque influence durable : de Cardevacque-, Crépin 3, tantôt comme notables, tantôt comme échevins siègent presque régulièrement dans le conseil d'administration. Mais quelle autorité pouvaient avoir les Pelet4, les Gaillon5, les Dourlen, les Muchembled0, les Masse Delafresnoy", les Decque7, les d'Inglebert " qui ne font que passer et abandonnent leur poste avant même d'avoir eu le temps de connaître à fond l'organisation du collège.
Seul, l'évoque pouvait maintenir l'unité de direction désirable : président du bureau, il pouvait le dominer. Mais les séances étaient fréquentes; d'autres occupations le retenaient; il était difficile d'assujétir un prélat à pareille besogne; aussi l'édit du roi l'avait-il autorisé à se choisir un remplaçant8. De Montlouet9 usa bien vite de la permission royale, et dès 17G5, il désignait pour le suppléer un des chanoines de sa cathédrale, Nicolas-Etienne Fossé10. Louis de Gouzié, son successeur11, ne parut pas plus souvent au bureau : il remit ses pouvoirs au président de son séminaire épiscopal, au chanoine Réant ,2. Ma1' de Puységur 13 ne fut pas plus jaloux de la présidence qu'on lui offrait; jamais il n'honora le bureau de sa présence, et le chanoine de Vissery, désigné par le chapitre pendant la vacance épiscopale ll, conlinua à représenter avec beaucoup de zèle, mais sans autorité suffisante, l'ordinaire parmi les administrateurs du collège ,5. Seul Joachim- François de Gouzié llJ avait compris la puissance que lui
1 Par exemple: Dourlen, 6 novembre 1770; Crépin, 13 novembre 1772.
2 27 déeembre 1765; 16 décembre 1766 ; 1768; 6 novembre 1770 ; 24 novembre 177.3; 14 janvier 1774.
3 1768 ; G novembre 1771.
4 28 décembre 1764.
5 Du 3 novembre au 16 décembre 176G.
0 Du 13 novembre 1772 au 14 janvier 1771.
7 14 janvier 1774.
8 Edit de février 17G3, art. G.
10 A. M., registre des dél., 14 janvier 1761.
" A. M., registre, 8 octobre 17GG.
14 A. M., registre, 7 juillet 1775.
15 A. M., registre, 21 juillet 1775.
donnait la présidence du bureau et l'influence qu'il pouvait avoir sur la direction de la maison : régulièrement, pendant quelques années, il présida toutes les séances ; régulièrement il fut le promoteur de toutes les décisions prises à cette époque. Le succès ne couronna-t-il pas ses louables efforts? Le prélat se découragea-t-il? En novembre 17711, il investissait de tous ses pouvoirs le chanoine de Vissery.
C'était là cependant qu'était le salut. Les administrateurs, oubliant leur jalousie le reconnaissaient dans un mémoire -. « Les instituteurs actuels, disaient-ils, sont tous des ecclésiastiques que l'esprit de leur état et le devoir qu'il impose rappellent continuellement à la soumission envers leur évêque; il serait convenable et très avantageux de solliciter une décision du roi qui remettrait à Monseigneur l'Evêque de Saint- Omer le pouvoir de nommer et de destituer, selon sa prudence les instituteurs du collège et qui l'établirait le juge immédiat de leur conduite. » Mais déjà il était trop tard ; une requête au roi osait prétendre que « le gouvernement était dégoûté à juste titre des instituteurs séculiers ». Un mémoire des Etats d'Artois 3 signalait sans précautions oratoires l'état d'anarebie des collèges de la province et demandait un prompt remède. La suppression des collèges d'Aire et d'Hesdin paraissait une faute aux députés ; les résultats avaient été mauvais; une partie très peuplée de la province était dépourvue de toute ressource pour l'instruction ; les bourses ne pouvaient donner satisfaction qu'à une faible minorité, et beaucoup de parents, trop pauvres pour envoyer leurs enfants à Saint-Omer ou à Arras avaient dû renoncer pour les leurs aux bienfaits d'une instruction que l'on avait voulu répandre et développer. Le roi entendit les plaintes des Etats et se rendit à leurs raisons. Par des lettres patentes de juin 1777 *, Louis XVI reconnaissait que les vues du feu roi, son très honoré seigneur et aïeul, utiles pour la plupart des provinces de son royaume, ne pouvaient procurer le même avantage en Artois, et que la multiplication des instituteurs y était préférable à la conservation des bourses actuellement existantes. Ces motifs le déterminaient à accorder le rétablissement des collèges d'Aire et d'Hesdin 5; à partir du 1er octobre, les quarante bourses étaient supprimées au collège
1 A. M., registre des dél.
2 A. M., registre des dél., 11 avril 1777.
3 A.D., C, 137, 321 et 138, 33.
4 A.D., C, 138, 45 et 183; données à Versailles au mois de juin 1777, enregistrées au Conseil d'Artois le 28 juillet 1777.
& Art. 2.
de Saint-Omer • ; tous les biens des deux collèges retournaient |. aux villes ; et les archives, tirées des casiers qui les abritaient soigneusement, reprenaient la route d'Aire et d'Hesdin. Le même édit consacrait la ruine du régime inauguré après le départ des Jésuites 8 : le roi marquait aux maîtres actuels la satisfaction qu'il avait de leurs services ; mais il leur enjoignait de cesser leurs fonctions à la rentrée des classes;
Les prêtres séculiers n'avaient pas donné ce que l'on attendait d'eux; l'Eglise, par l'indifférence des évêques et la négligence des régents, n'avait pu maintenir la discipline des Jésuites. Après un essai infructueux, on se tournait de nouveau vers les congrégations.
1 Art. 1.
* Art. 3.
Ex-libris du Collège français de Saint-Omer
LES DOCTIIINAIIIES