A. M., CCXLII
degrés pour monter aux écoles ?» si ces avancées apportaient « difformités à la rue », ils prendraient l'espace qui leur est nécessaire sur toute la longueur du bâtiment ; justement la rue est large et quelques « embouchures de caves » ne permettent pas l'accès de ce côté. On ordonne une enquête : M1 d'Arguinghout, lieutenant du grand bailli, noble homme, Antoine de Berghe maveur de l'an visitent les lieux et, sur leur rapport, le magistrat fait droit à la requête des Pères1. Les 80.000 briques n'ont pas suffi ; vainement on a cherché à s'en procurer dans la ville- : la municipalité ne pourrait-elle en fournir 18 ou 20.000 au prix quelle jugera raisonnable ; moyennant quoi la société priera Dieu pour les échevins : le magistrat toujours bienveillant consent à les laisser prendre à la briqueterie municipale au prix de 60 patars le mille3.
Déjà la construction était achevée4, on venait de la couvrir de belles tuiles neuves, chacun admirait le nouveau bâtiment ; l'ensemble qui avait coûté environ 12.000 livres en partie empruntées, paraissait à tous digne d'une ville où le commerce attirait de nombreux étrangers. Le 15 décembre un ouragan vint compromettre les nouvelles écoles ; les toitures neuves sont enlevées ; la gelée ne permet pas d'employer le mortier ; il faut pour attendre le printemps se contenter d'une couverture en paille. Ce nouvel accident excite la générosité inépuisable des donateurs : l'abbé de Saint- Vaast envoie 100 florins ; le comte de Ruminghem fait don de quelques arbres. Les Pères profitent de ces généreuses dispositions pour embellir le nouveau bâtiment ; on décide de le surélever de deux pieds, et quand les ouvriers ont enlevé la toiture provisoire on résout même de donner trois pieds à ce relèvement.
Cependant les ressources des Jésuites s'épuisaient ; les dons n'avaient pu suffire à toutes les dépenses5 ; pour bâtir ils avaient dû emprunter ; 200 florins0 ajoutés par les échevins aux 400 qu'ils avaient donnés l'année précédente" étaient insuffisants, les Jésuites avaient été obligés de quêter en ville
1 26 septembre, A. M., D.M., M, f° 44. i A. M., CCXLII, 1590.
3 A. M., DM., M, f° 65, 24 juillet.
5 En 1588 et 1590, ils avaient acheté 3 maisons dans la rue de la Luresse et Jeanne Trottin leur en avait donné une autre devant leur chapelle. — Plus tard eu 1015 et 1616 ils acquerront deux maisons rue du Filet. — A.D., Car. des J.
0 A. M., D.M., M, f" 94, 1591 et I)., IN décembre 1591. 7 A.M., D.M., M, f» 60, 14 mars 1590.
pour l'achèvement des nouvelles écoles. En 1591' en même temps qu'ils demandaient aux échevins « de leur, accorder quelque peu sur la rue afin de tirer de droit fil et ligne le mur qu'ils voulaient commencer pour la fermeture de leurs écoles », ils imploraient leur générosité et leur demandaient « s'ils ne jugeraient pas expédient de faire encore une fois un pourchas parmy les paroisses de la ville ». Le magistrat, peut-être lassé des prières des Jésuites, ne répondit pas sur ce dernier point.
Enfin le 25 mai 1592*, les nouvelles classes sont inaugurées solennellement par une de ces pompeuses cérémonies dont les Pères avaient le secret. L'Evêque de Saint-Omer, Jacques de Vernois, descend processionnellement de la cathédrale, entouré des diacres et des sous-diacres; dans la grande salle des Actes, aux sons de l'orgue, des hautbois et des cornets d'Allemagne, il célèbre la messe pontificale avant d'aller bénir le bâtiment neuf. Après la cérémonie une table somptueuse est dressée au réfectoire, grâce aux dons princiers des amis de la société. Au dessert déjeunes écoliers déclament une églogue de circonstance dans laquelle ils célèbrent les vastes dimensions des classes, la magnificence du plan, en même temps qu'ils réfutent les calomnies de certains sur la nouvelle construction. A peine sont-ils retirés qu'Amphion paraît une lyre à la main ; il invite les rochers à sauter et à danser, et voici qu'au son de sa voix douce et suave, des quartiers de roche que l'on croyait placés dans la salle à seule fin de l'orner, se mettent en branle à l'étonnement des convives; des écolieis cachés sous ces pierres de carton peint s'étaient tenus immobiles pendant tout le festin, attendant le signal convenu ! Après une demi heure de repos accordée aux assistants fatigués d'un long repas, la grande salle s'ouvre de nouveau ; et devant les notables de la ville accourus en foule, se déroule Mercuriocharites, une courte pièce, œuvre du régent d'humanités dont chacun se plaît à louer l'élégance et la finesse. On distribue des devises peintes à la main en l'honneur de ceux qui ont le plus mérité du collège et de la Compagnie. Enfin le préfet des études se lève, et, dans un grand discours, il acquitte en phrases soigneusement cadencées la dette de reconnaissance de la société envers tous ses bienfaiteurs.
Le nouveau bâtiment avait demandé bien des peines; mais les Pères l'avaient voulu aussi solide que les règles de leur société ; il leur survécut à Saint-Omer ; les Doctrinaires
1 A. M., CCXLII, 62 et D.M., M, f» 79. » D.
le trouvèrent intact; la révolution ne parvint pas à l'ébranler; et la pioche des ouvriers devait avoir peine à le déraciner lorsqu'en 1893, on le remplaça par le bâtiment actuel.
Les régents, plus au large dans leur ancienne maison, purent s'installer dans les chambres qu'on y avait établies1. Le recteur prit pour lui la salle de l'infirmerie2 au centre de la maison ; il pouvait ainsi se rendre plus facilement au parloir et surveiller aisément la porterie. Les années suivantes furent consacrées à quelques menus arrangements, murs pour enclore la cour du collège, porche entre la porterie et la chapelle3, marches pour accéder au réfectoire, à la bibliothèque et au promenoir4, aménagements nouveaux à la petite maison située contre le jardin qu'occupent les sœurs de l'évêque Six5, création d'une infirmerie pour laquelle Mme d'Eblinghem envoie trois chênes et Mr de Guermonval 40.000 briques6.
Les Pères étaient à peine sortis des embarras de leurs nouvelles constructions que déjà ils formaient de vastes projets.
Leur influence en ville s'étendait de jour en jour : pénitents et pénitentes se pressaient à leurs confessionnaux. Les indulgences accordées à la chapelle de la Vierge attiraient en foule les communiants7 ; pendant les pestes et les calamités publiques c'était chez eux que venaient prier la plupart des membres de la noblesse et du tiers. Il ne fallait pas, par l'exiguité de locaux incapables de les contenir, décourager l'ardeur des fidèles; au contraire, on devait profiter de la vogue croissante de la compagnie pour attirer à elle la ville entière ; la création d'une nouvelle église semblait donc s'imposer. L'évêque et l'abbé de Saint-Bertin étaient favorables au projet, les ressources ne pouvaient manquer ; toujours ardents pour la cause de Dieu et de la société, les Jésuites étaient prêts à tous les sacrifices ; la Providence ne les abandonnerait pas quand ils travaillaient pour la religion. Malheureusement la rivalité des deux prélats, le peu d'empressement du magistrat à seconder les vues de la Compagnie, le malheur des temps vinrent retarder pendant quelques années la nouvelle entreprise des Pères.
Dès 1607 l'évêque Blasaeus8, dans un sermon, souhaitait
1 D., février 1593.
1 D., février 1595.
3 D., 7 juin 1598.
4 D., 2 juin 1599.
5 D., 14 niai 1601.
0 1)., 4 septembre 1601.
7 D., 21 novembre 1586 et 1587.
* H., Ms 808. - 29 avril 1607, et D.
l'agrandissement de la chapelle ou la création d'une nouvelle église et de fait, le 29 avril, en la fête de l'Annonciation de la Vierge, « il afflua chez les Jésuites tant de peuple, hommes et femmes, pour aller à la confesse et communion qu'un Père n'étant suffisant pour donner la communion aux communians, il en fallut avoir deux donnants la communion en même heure, ce qui fut chose fort nouvelle ». L'évéque, en priant chacun de vouloir contribuer à l'agrandissement de la chapelle, promettait que de sa part il ferait son possible. Mais le nouvel abbé de Saint-Bertin, Nicolas Mainfroy ne voyait pas la nécessité de cette entreprise. Pour vaincre ses hésitations et non a par échappée de dépit et de jalousie1 » Blasaeus, « homme ménager et d'espargne » offrit au P. Crombeck de faire construire la nouvelle chapelle « seul, à ses frais et dépens, sans mander aucune assistance », à condition de prendre le titre de fondateur. Les moines tenaient trop à ce titre, ils ne voulurent pas l'abandonner pour quelques milliers d'écus. Aussi, lorsqu'après l'hiver rigoureux de 1608 qui amena en la ville grande disette et rareté d'argent, les finances du couvent commencèrent à se rétablir a fut grand bruit 2 que les ; pères Jésuites ayant désir faire bâtir une nouvelle église pour la commodité du grand peuple y affluant signament aux ! jours de quelques indulgences ou autres prières, en sorte que I beaucoup ne pouvoient entrer, ou bien y estant estoient fort \ incommodés et pressés ». Les bourgeois s'interrogeaient | curieusement sur le nouveau projet : les Pères allaient-ils I boucher la rue qui allait vers la porte du Brûle le long de la maison du vicomte de Fruges ? l'église serait-elle rallongée ? ou bien achèteraient-ils quelques maisons sur la rue Saint- Bertin comme celle des moines de Licques et celle de la veuve de Mr de Brune pour bâtir leur église dans un autre sens, le chœur tourné vers le midi ? Et l'on s'extasiait sur les dépenses, car les Pères «. ne voulaient manquer de bon devoir pour les ouvrages et beautés des bâtiments ». On parlait de quelque dévotieux Mécenas pour leur fournir les deniers, outre les aumônes de leurs bons amis et dévotes personnes ; quelques-uns mieux informés laissaient entendre que les Jésuites n'avaient pas voulu accepter les conditions du magistrat.
Le magistrat, en effet, commençait à s'inquiéter du développementpris par la compagnie ; les jésuites avaient obtenu l'exemption
1 Ms 808, H., 21 février 1621.
2 Ms 808, H., juillet 1610. — A.B., f« 8, G^ C, X, 3, 23.
d'octroi pour troismuids de vin1; leurs maisons étaientdéchargées d'impôts- : leurs locataires ne payaient pas pour le guet et les sentinelles ; vainement les échevins avaient essayé de la force pour les y contraindre3. Aussi avaient-ils mis des conditions aux nouvelles entreprises de la compagnie4 : ils l'autorisaient à acheter l'héritage des religieux deLicques etautres immeubles nécessaires à charge de ne plus acquérir de biens-fonds dans la ville et de ne pas garder ceux qui leur seraient donnés ou légués. La clause parut dangereuse pour la société ; comptant sur le temps pour ramener Messieurs de la ville à plus de modération, les Jésuites interrompirent les négociations engagées. Elles devaient être reprises en 1614 par Guillaume Lœmel le nouvel abbé de Saint-Bertin. Son zèle pour la société était tel qu'en 1619 5, des moines l'accusèrent de dissiper les biens du monastère, et sans la prudence du provincial qui envoya à Bruxelles son fidèle conseiller Dom Le Borgne pour défendre l'abbé calomnié, la cour aurait désigné un coadjuteur chargé de régler seul l'administration des biens temporels de la Compagnie. Pendant les quatre années qui venaient de s'écouler, les Pères avaient réfléchi et leur projet s'était modifié. Bâtir le long0 de la rue Saint-Bertin offrait de grandes incommodités « pour la trop grande voisinance de la paroisse de Saint-Denis : le bruit des cloches de laquelle paroisse leur eut oté le moyen d'ouyr les confessions, point principal de leur vocation ». Ils se proposaient donc de tirer une nouvelle église avec la sacristie depuis le grand portail de leur chapelle jusqu'au milieu du jardin du vicomte de Fruges, ou plus avant s'il étaitnécessaire ; l'entrée en serait rue duFilet ; on laisserait devant le portailune place suffisante pour permettre à un carrosse de tourner ; on comptaitêtreautorisé à fermer la rue delaLuresse qui traversait le collège depuis le Vieil Brusle jusqu'à leurs petites maisons ; en échange on établirait de ces petites maisons jusqu'à la rue du Filet, le long de la nouvelle église une ruelle de largeur compétente pour y passer à pied et à cheval ; on se proposait même d'élargir la rue du Kilet , qui était de grand accès pour arriver au marché, de quelques dix pieds du côté est, en reculant les nouvelles maisons qu'on y construirait.
3 D., 7 décembre 1694. — Les hommes de loi saisirent un tapis qu'ils durent rendre.
5 D., 27 juin 1619.
6 A.M., P, 19 mars 1615. B. de Saint- Orner. Ms SOS, IL, lévrier 1615.
Justement le vicomte de Fruges était des mieux disposés pour la Société. Le 6 octobre 16141, le collège achetait pour 5.400 florins la maison du vicomte située près du bâtiment des classes ; le 29 Mr de Fruges faisait don du jardin qu'il s'était d'abord réservé ' ; en même temps, dom Lœmel prenait sur lui de charger le P. Juin d'acheter aussi tout le côté de la rue du Filet le long de ce jardin 3. De nouveau les Jésuites se heurtèrent aux prétentions des échevins auxquels, dès le commencement de février, ils avaient communiqué leur projet. Le 10, le magistrat en corps venait visiter le jardin et la maison du vicomte de Fruges ; une semaine plus tard, après de nombreuses discussions, les élus de l'année précédente faisaient connaître aux Pères leurs conditions pour l'autorisation qu'ils avaient demandée. Elles semblèrent inacceptables. La ville réclamait sur la vente le droit d'issue 4 qui était du huitième denier"1 ; le fils aîné du comte de Fruges, le sieur d'Escordes obtint modération de ce droit qui fut d'abord réduit à 300 florins ; puis reprenant la maison qui venait d'être vendue, il en fit don aux Pères 6 ; la diplomatie de la Compagnie avait habilement joué les échevins qui ne purent toucher les impôts qu'ils espéraient. Mais les représentations des Jésuites ne purent éluder toutes les conditions imposées" ; avant que de boucher la rue de la Luresse devant le portail de leur chapelle, ils devaient faire élargir à leurs dépens celle du Filet a pour y passer deux chariots » ; la ruelle de dix pieds de large, pour y passer à pied et à cheval, serait bordée de maisons sujettes au guet et à la garde sur lesquelles la ville aurait juridiction ; libre aux Pères, si bon leur semblait, de planter bornes et grés pour interdire le passage de la ruelle aux lourds chariots ; les terrains inutilisés pour la nouvelle construction devaient être rebâtis et remis en mains laïques. Ainsi le magistrat espérait éviter l'empiétement de la société sur ses droits et se réserver des ressources utiles aux
1 D.,Ms 808. A.B.,f« 70. A.D.,Car. des J.
2 D.,Ms 808.A.B.,f" 70. A. D., Car. des J.
3 D.,Ms 808.A.B.,f« 70. A. D., Car. des J. — 26 janvier 1615, achat par demi Lœmel de la maison au coin de la place du Filet touchant à celle du vicomte de Fruges pour 1.400 florins. Cf., A.B., f" 70. A. M., D.M.,0, t»' 80-81.
4 Cette faveur d'une réduction du droit d'issue, la ville n'avait pas hésité à le faire autrefois ; en 1605, les PP. J. du Bois et de l'Espine voulant faire de leur « petit bien temporel œuvres pieuses, les avoient donnés aux pauvres estudians frequentans les escholes des Jésuites à Mons, le magistrat quietta la moitié du droict d'issue ». CM.
6 Acte du 23 février 1615.
7 A. M., D.M., P, 1615, fo» 42-44-45.
finances de la ville. Enfin les échevins exigeaient toutes lettres d'autorisation et de ratification nécessaires. C'était chose aisée ; le 28 avril, Albert et Isabelle répondaient favorablement à la supplique des Pères1 ; le 19 juillet, l'approbation du plan de l'église revenait de Rome en même temps que celle du contrat passé avec la ville-. Les échevins cependant ne se contentèrent pas des lettres d'approbation du vicaire général Ferdinand Albérus ; toujours soupçonneux et craignant quelque ruse secrète, ils exigèrent du général de la Compagnie une autorisation dans laquelle toutes les clauses du traité seraient reprises point par point3. Malgré leur légitime défiance, les élus de l'an ne purent cependant refuser l'autorisation de travailler aux fondations*. Déjà les premières pierres encombraient les vastes jardins du vicomte de Fruges5, déjà les ouvriers creusaient les premières tranchées. Le jour solennel de la pose de la première pierre approchait0 ; ceux du magistrat voulurent manifester leur mauvaise humeur, s'excusant, pour certaines considérations, lorsque le P. Bonvoisin alla leur porter en halle échevinale l'invitation du recteur à assister à l'action qui se devait faire le samedi suivant pour la pose de quelques pierres aux fondements de la nouvelle église" ; pour le grand bailli, de soi-disant affaires du roi le retenaient ailleurs8 ; peut-être ne voulait-il pas susciter un débat de préséance. Par une délicate attention, l'Evêque avait chargé Dom Lœmel de présider à la cérémonie « afin, dit le Diaiïum, de provoquer de sa part de nouvelles libéralités ». Après la première pierre posée par l'Abbé, le prieur du dit Saint-Berlin, Dom Charles Durselle, mit la seconde pierre; le chapitre à son tour posa la sienne. Celte consécration inaugurait officiellement la nouvelle construction.
Le magistrat avait enfin compris l'inutilité de la résistance; mieux valait pour lui se gagner les faveurs d'une société soutenue par Bruxelles et par Rome. La remise de l'approbation du général de l'ordre9 fut un prétexte pour renouer avec la compagnie les relations interrompues. Des lois les échevins, par leur générosité, cherchent à effacer les fâcheuses
1 A.M., D.M., P, fo 51.
a D., 19 juillet 1015.
<D., 28 juillet 1G15.
5 Ms 808, II.
0 Ce fut le 1er août.
7 A. M., D.M., P, 1'» 01, 29 juillet 1015.
« D., 1015, Ms 808, H., août 1015.
impressions qui avaient marqué le début de l'entreprise : ils autorisent les Pères à faire transporter sur le rempart les terres qui proviennent des fondations', ils leur permettent de tirer de la carrière de la ville six verges de pierre blanche2 ; pour les aider à bâtir leur église, ils donnent 600 florins en 16163, et chacune des années suivantes est marquée par un nouveau don en argent4 ; en 1027 ils accordent même six quartiers de la pâture de Zuynart pour en extraire les briques nécessaires5. Quelques mauvaises langues s'élevaient bien encore contre le projet et l'on en pouvait trouver jusque dans les murs de Saint-Bertin6 ; l'affluence du peuple aux prières des quarante heures vint bientôt leur prouver l'insuffisance de la première chapelle.
Les Pères voulaient faire grand et beau, la pierre leur paraissait plus décorative : le P. Général Vitelleschi leur enjoignit de se contenter de briques et de réserver la pierre blanche pour l'encadrement des fenêtres et l'ornementation des piliers". Jusqu'à la mort de dom Lœmel les travaux sont poussés activement ; au défaut du provincial le P. Harisson traite avec des mariniers pour le transport des pierres* : des chalands chargés de blocs taillés pour le portail quittent Namur ; à travers la Hollande ils remontent lentement la Meuse ; trois transbordements demandent bien des peines et du temps : heureusement les convois parviennent en Flandre par Dordrecht et Gravelines avant la fin des dénonciations hollandaises11. Bientôt, Bidart 1 architecte arrive avec les ouvriers nécessaires : le F. Quirin et le F. Guillaume Heren maçons ramènent de Valenciennes d'autres frères experts en l'art de disposer les briques et les pierres10. Le recteur et le procureur sollicitent de M' de Croix des chênes pour la nouvelle église11; les conseillers des finances à Bruxelles autorisent les PP. Joli '- et Gombaut à prendre dans la forêt
i A. M., D.M., P, 1616, fo 8.
« A. M., P, fo» 171-200-231; 1617, 300 fl.; 1619, 200 fl.; Q, fos 29-62-98-146- 200-221 de 1621 dons de 200 ou 250 fl. chaque année.
5 A. M., D.M., R, 1627. 5 nouveaux dons jusqu'en 1626.
G D., 27 juin 1619.
" D., 21 décembre 1619.
8 1)., 27 mars 1620.
9 D., juillet et octobre 1620.
10 D., fin mai 1620.
11 D., 18 juillet 1621
12 II mourut le 17 octobre 1657, supérieur à Watten, aimé de l'évêque et de l'abbé, s'employa activement à l'achèvement de l'église (D).
de Nieppe tout le bois utile pour les poutres1. M1 de Vierx ancien gouverneur de Maëstrich lègue aux Jésuites 1500 florins pour la nouvelle église-, doni Lœmel t'ait remise au collège d'une dette de 8500 florins3 pour prix d'une messe de chaque Jésuite prêtre, d'un chapelet de ceux qui ne le sont pas : le généreux abbé donne 3000 florins d'argent comptant, bientôt suivi d'un autre présent de même valeur; sur les recettes de M. Bonvoisin, il permet de toucher 2000 florins*. Tout cet argent ne suffit pas cependant et les Pères, peut-être poussés par l'évèque Paid Boudot, présentent une requête au magistrat « pour avoir congé de taire un pourchas dans la ville, faubourg du Haut-Pont et Lvsle, aux lins de recouvrer quelque moyen par forme d'aumônes et employer aux ouvrages commencés"' ».
Le 28 février et le 1er mars, quatorze pères, deux à deux, précédés d'un appariteur chargé de prévenir chaque habitant de l'approche des quêteurs, vont par les maisons accompagnés d'un du magistrat1', recherchant une abondante bénédiction des habitants. Chacun s'efforce de leur donner, qui des d'Alders, qui des pièces d'or, autres plus ou moins selon leur dévotion. Le Corps du Chapitre donne 400 florins à condition de ne mendier aux maisons des chanoines ni habitués Monseigneur le Révérendissime fait une libérale aumône comme le Magistrat. Les filles de Sainte-Agnès et de Sainte-Ursule se montrent généreuses; autres qui n'avaient d'argent en leur eoiïïe donnent un billet signé de Leurs mains et promettent de «. leur donner en saison7)).
Et sur le soir de ces deux jours, les Pères joyeux remontent vers le collège portant pierres et briques de leur église sonnantes en leur ceinture, tandis (pie, soucieux en sa cellule, l'abbé de Saint-Berlin fondateur d'icelle église ne se contente pas de ce pourchas comme préjudiciable à sou honneur. Les travaux peuvent continuer et même, à son passage à Saint- Omer, un an plus lard, le provincial Ploreni de Montmorency parle d'un projet de reconstruction du collège entier, et cependant les substruclions ne s'élèvent encore qu'à hauteur du pavé ; les pierres du portail qui ont été numérotées dans la
1 I)., 23 juillet 1623.
- I)., 21 septembre 1619.
1)., 8 novembre 1619 et 11 avril 1620. 4 I)., 13 août et 18 novembre 1621.
• A. M., D.M., P, f- 6; Q, I" 16, synopsis socielalis Jesu, p. 295. ,; d'Audenfort, Liot, Poulain, Le Borgne, Dubois, Coels et Amoral de Lattre.
7 Ms 808, H., 21 lévrier 162!.
Carrière, gisent encore dans le jardin dévasté1 ; l'hiver impose chaque année un chômage forcé; la mort subite de l)om Lœmel suspend même les travaux-.
Mais l'œuvre commencée devait être finie : «. ad majora », l'énergique devise des Jésuites était dans tous les esprits : rien ne pouvait les arrêter. Infatigables, les Pères parcourent souvent en vain, les pays voisins à la recherche de beaux arbres ; le P. Gosivin n'en trouve pas à Montreuil3, une visite à Hondscholte ne donne pas de meilleurs résultats* ; mais l'amiral de Montmorency envoie vingt de ses plus beaux chênes"1, et le recteur intéresse au succès de l'œuvre Mademoiselle de Montmorency0. D'autres comme Madame d listrun préfèrent donner aux Jésuites plutôt que de leur prêter un capital dont ils craignentde n'être jamais remboursés7. Le successeur de dom Lœmel se montre aussi généreux que lui8 et déclare son intention de donner tout ce qui sera nécessaire pour bâtir l'église et même pour reconstruire le collège'1. Le 5 octobre 162(i tout le gros œuvre est enfin terminé10 et les murs dominent de leur masse l'étroite ruelle où piétons et cavaliers se glissent parmi les grés qu'y ont fait planter les Pères.
Fidèle à sa promesse, l'abbé de Saint-Bertin se consacre tout entier au soin de la nouvelle construction et dépense pour elle 39.300 florins en trois ans". Bientôt les beaux chênes de la forêt «de Nieppe et 280 arbres de Montreuil pour lesquels Mademoiselle Quarré a légué 1300 florins l~ sont devenus de belles poutres qui s'enchevêtrent au sommet des murs13. Déjà travaillent les couvreurs : l'un d'eux, Jacques Sabort, faute d'avoir solidement lié deux échelles, se fracasse sur le pavé neuf de la rue du Filet et meurt le soir bien confessé et admi-
1 D., 19 avril 1621.
2 D., 18 février 1623. — Frappé d'une attaque d'apoplexie.
3 1)., fin mars 1623.
4 D., 10 décembre 1625.
6 D., 6 novembre 1625.
7 D ., 18 avril 1624, — donne 300 florins.
10 D., après un arrêt, les frères Husse, Blecque et Thierry s'étaient occupés sans résultat de l'achèvement de l'église.
" D., 1634. — juin 1631, donne 40U0 fl. -- 1633, 9965 fl. — juin 1634, promet le plomb pour la couverture des deux tours. — 1632, 5077 fl. — 7 mars 1634, 6000 fl. pour les fenêtres.
12 D., juin 1631.
^ I)., toiture commencée février 1628, charpente terminée 5 février 1629.
nistré1. M. de Lannoy passe contrat pour les tuiles blanches nécessaires à la confection des voûtes : Henri Lenoir reçoit 1000 florins pour la grande voûte sans compter la dépense en chaux et en appareil pour soutenir la construction-.
L'abbé de Saint-Bertin traite avec tous3 ; on sent chez lui la hâte de terminer enfin un édifice depuis longtemps commencé. Bientôt s'élève une tour du coté des classes4, et sa compagne grandit à côté de son aînée5; les petites voûtes terminées résonnent au bruit des paveurs qui enfoncent dans le mortier les dalles, les carreaux de pierre0, tandis que délicatement les verrières s'enchâssent dans leur cadre de pierre et de plomb" ; à 16 pieds au dessous du sol s'enfoncent les premières assises de la sacristie8 ; d'épaisses couches de plomb couvrent les terrasses des campaniles. Tout allait être prêt : sur Tordre de l'abbé, couvreurs, verriers, charpentiers et paveurs posent leurs outils'1 : la sacristie inachevée élève vers le ciel ses murs vides d'ouvriers, les plombs des fenêtres attendent en vain les vitres artistement coupées ; l'église devenait un magasin d'approvisionnement10.
De nouveau deux pouvoirs rivaux se trouvaient en présence et aucun n'entendait céder le pas. L'abbé de Saint-Berlin n'avait-il pas assez dépensé pour être payé de ses peines ; et ne lui appartenait-il pas entre tous de consacrer la chapelle qu'il avait construite à ses frais ? L'évêque était maître tout puissant sur un édifice situé dans les limites de son patronat, et ne prétendait pas abandonner ses droits. L'entêtement des deux adversaires était égal : la question était sérieuse et toute la finesse diplomatique des Jésuites n'y pouvait trouver de solution. En février 163411 le Père recteur, après avoir consulté à Douai le Provincial de son ordre, était allé trouver L'abbé de Saint- Vaast pour obtenir de lui quelques éclaircissements sur le point en litige. Le 13 juin12, après avoir visité les classes, le
1 D., 4 octobre 1630.
» D., juin 1631.
3 D., 1632. — Pour les voûtes.
4 D., 12 mars 1629. — Le F. Théry commence a bâtir la tour qui regarde le bâtiment des classes.
7 D., 1636. — L'une est donnée par Gaspard de Balinghem greffier de la ville.
8 D., 7 mars 1635, continuée plus tard 11 août 1636.— Le pourtour du chœur servait de sacristie provisoire.
9 D., juin 1634.
10 D., 1er août 1635.
nouveau recteur Lambert Lobbet se rendit à Saint-Bertin et sollicita vivement l'Abbé de lui donner pouvoir de traiter avec le vicaire capitulaire ou le chapitre pour la consécration de la nouvelle église ; la conversation fut longue ; le prélat retint le recteur à souper jusqu'à 10 heures du soir, tous deux s'entretinrent gravement du conflit : le chapitre devenait menaçant et le 5 juin l'official était parti pour Bruxelles avec une mission secrète qui ne laissait pas d'inquiéter les moines. Le 13 rien n'était décidé, et Gillocq, dont les inquiétudes grandissaient de jour en jour, était résolu à n'agir que d'après les décisions de son conseil. Lobbet multiplie ses démarches ; avec la souplesse d'un casuiste habile à débrouiller les plus obscurs cas de conscience, il fait des propositions qui ménageront la susceptibilité de dom Gillocq et lui donneront liberté de traiter avec le Chapitre ; on passera sous silence le nom de l'Abbé, ce qui laissera supposer que toutes les négociations se sont engagées à son insu ; le droit qu'il a de consacrer l'église ne sera donc pas mis en question et l'Abbé se réservera d'intervenir si l'arrangement ne lui plaît pas. Pour cette mission on emploiera des Pères instruits et discrets qui tiendront Saint-Bertin au courant de toutes les démarches ; par prudence, le P. Hughelot, suspect au Chapitre d'être trop intime avec les moines, sera écarté. Enfin on attendra pour entamer les négociations que la construction soit entièrement achevée et que les gens de la ville commencent à s'étonner du retard de la consécration.
Ainsi les Jésuites étaient sûrs de voir terminer leur œuvre ; ils étaient certains que l'Abbé ne les priverait pas des ressources dont ils avaient encore besoin. Tout ce beau plan croula. Au moment où le recteur allait aborder les vicaires capitulaires, l'Abbé fut confidentiellement informé que la cour de Bruxelles lui interdisait la consécration avant qu'il ait justifié son privilège1. Aussitôt il donne l'ordre de cesser les travaux; les chanoines s'inquiètent, ils accourent à Saint-Bertin, soupçonnant que l'Abbé pourrait les mettre en présence du fait accompli et consacrer l'église sans l'autorisation de personne ; pareille chose s'était déjà vue ; et les protestations de dom Gillocq qui déclare son désir d'une solution pacifique et allègue l'autorisation donnée au recteur de traiter avec le chapitre, ne les rassurent qu'à demi. Lobbet va de l'un à l'autre, montrant à chacun le préjudice que cette querelle cause au collège ; pour obliger les Pères, les vicaires capitulaires consentiraient à l'ouverture de l'Eglise qu'on se contenterait de bé-
1 La notifiation officielle de cet arrêt de surséance parvint à Saint- Omer en juin 1634.
niret dans laquelle on établirait des autels portatifs. Cependant chacun élabore soigneusement de longs mémoires latins1; l'official Antoine de Noyelles pour défendre ses droits2, l'Abbé de Saint-Bertin pour soutenir la légitimité de ses privilèges, le recteur pour essayer d'accorder les adversaires3.
Sur ces entrefaites arrive à Sainl-Omer le nouvel évêque Christophe de France; à la faveur de ce changement le recteur espère quelque solution du conflit : il va trouver sa Grandeur que l'archevêque de Cambrai et l'évêque d'Arras ont éclairé sur la situation ; mais Ma1' de France ne veut pas désavouer ses vicaires: vainement on remet une supplique aux échevins; après avoir consenti à laisser l'Abbé user de son privilège, ils reviennent à leur première prétention et dom Gillocq furieux refuse de venir au collège recevoir l'hommage du cierge : c'est par le portail de la nouvelle église qu'il y veut entrer4.
Les Jésuites, appuyés par l'archevêque de Cambrai et l'évêque d'Arras, essaient vainement de fléchir Christophe de France : celui-ci reste inébranlable. Les échos de la querelle font presque oublier aux bourgeois les bruits de guerre qui circulent déjà: on s'inquiète davantage des moines et des chanoines que des capitaines qui font battre tambour pour lever leurs compagnies. En dépit de la peste qui ravage la ville on continue à s'entretenir de la question.
Dom Gillocq a transmis à l'évêque la réponse de la cour à sa défense, et l'irritation de Monseigneur s'en est accrue5. Cependant l'église inachevée attend toujours celui qui la consacrera ; pendant de longues années encore, le procès devait rester pendant''' et la persistance du même obstacle devait toujours empêcher la consécration.
Mais la veille de saint Ignace", quand tout était déjà prêt pour la cérémonie dans l'ancienne chapelle, tout-à-coup l'Abbé mande vers midi le recteur; il le prie de mettre dans la nouvelle église un autel portatif et de s'en servir le lendemain. On se hâte ; pendant la soirée on transporte les confessionnaux, l'église se pare comme par enchantement
1 Voir Archives du royaume de Belgique. Fonds jésuitique. - D., août 1634.
3 D., 1" octobre 1634.
4 I)., 4e dimanche d'août 1634.
r' 1)., 14 mai 1636.
6 D., mars 1637, l'abbé soutient toujours son procès contre les chapitre V.A. de la pr. G.B., pièce 8!), Douai août 1639. Argumenta ad dissolvendasquorundamdubitationesde privilegio abbatis circa consecrationem Ecclesiarium.
1 1)., 1636 et G<* C, X, 3, f° 32.
d'ornements de fête. Et le Lendemain, au milieu d'une foule énorme qui applaudit à l'inauguration, parmi la pompe des chants liturgiques, (loin Gillocq célèbre pontificalement la première messe. Le sermon du P. Louis Brouart fut dénoncé à l'évêque comme injurieux pour lui et pour son chapitre; mais, grâce à Dieu et à la prudence des Pères, le texte en avait été conservé ; il disculpa l'accusé et confondit les calomniateurs4.
Mais les Français sont aux portes de la ville et ravagent le pays d'alentour. Le 30 juin- le boulet d'une grosse pièce traverse le toit du bâtiment des classes et renverse le haut de la cheminée de la cuisine. Les maisons des Jésuites, rue du Filet, ne sont pas épargnées. Un projectile tombe dans le jardin pendant un sermon, un autre sur la chapelle de la Vierge, un troisième sur celle de S1 Ignace et de S1 François Xavier. L'escalier de la tribune est fracassé et les verrières de l'église ont particulièrement à souffrir. Les années suivantes sont employées à réparer les dégâts : l'argent est rare, les troupes françaises et espagnoles pillent les environs, la dyssenterie dépeuple la ville ; moins brillante, la situation du collège ne permet pas d'entreprendre de nouvelles constructions : dans l'église on doit se contenter de trois autels de bois imitant le marbre, œuvre de l'ébéniste Brouart et du peintre Ignace de Godt, tous deux frères de la Société3, on hésite à terminer les chapelles des bas-côtés que masquent encore des cloisons provisoires4. Pour comble de malheur, le feu prend au collège le 27 novembre 1640 et quatre frères réussissent à grand peine à l'éteindre5. Aussi se contente-t-on jusqu'au second siège de
1 Plus Lard l'intérieur de l'église fut luxueusement orné par les dons de pieuses personnes. V.D., août 16ô3, don par Mn« Anne Brunet d'un tableau du mariage de la Vierge. — Décembre 1653, tableau de sainte Barbe. — Janvier 1654, don par Marguerite Tachon d'un tableau de sainte Catherine. — 23 juillet 1654, exposition de nouvelles toiles, dons du marquis de Trazegnies et du baron du Val (Mort de la Vierge, Assomption, saint Joseph, l'Ange Gardien, saint Orner, saint Berlin, saint Boeh). — Nouveaux dons, en 1615, de M11" de Blendeeques, en 1656, de Mounier et de dom Gérard de Bare. A cette époque, le F. Jacques Nicolas termine le douzième tableau placé dans l'église; plus tard 1657, il déploie toutes les ressources de son art et sa connaissance de la perspective pour décorer la chapelle de Notre-Dame de la Paix pour laquelle on multiplie les dons. — 1666, 4 candélabres d'argent, collier d'or, bassin en marbre multicolore et bénitier du même marbre en forme de bateau. — En 1670, ce sont : un reliquaire, don de M"" du Cygne. — 4 confessionnaux, certains payés par les pénitents des Pères.
4 D., février 1655.
Saint-Omer qui endommage de nouveau les bâtiments1 de quelques réparations ou constructions sans importance : on maçonne une porte de l'infirmerie pour construire le porche de la porterie2 ; au dessus du bâtiment des classes on termine un petit campanile3, et une nouvelle cloche remplace l'ancienne au son rauque et fêlé. On répare, rue du Filet, un mur qui s'est écroulé sur une longueur de 55 pieds, ébranlant toutes les maisons voisines; la Providence a permis que cet effondrement ne se produisit pas à l'heure où les écoliers se rendent à la messe, il eût causé la mort de plusieurs centaines d'enfants*. La communauté s'installe dans un nouveau bâtiment5 que les dons d'une pieuse personne permettent d'orner d'un promenoir couvert ; les anciennes chambres dont on enlève les cloisons se transforment en bibliothèque et en salle de récréation 6.
Une question cependant occupe les Jésuites durant cette période ; la fermeture accordée en 1615 par le magistrat n'avait pu encore être réalisée, les clauses du contrat n'ayant jamais été exécutées. C'est à obtenir cette clôture que les Jésuites employèrent toutes les ressources de leur diplomatie. Dès 1654 ils renouvellent leurs anciennes demandes au magistrat7; la voûte exigée par le Provincial et accordée par le magistrat8 présente de telles difficultés d'exécution qu'il a fallu y renoncer9 ; mais le passage dans la rue est incommode et des instructions de Douai interdisent de franchir la place publique de cinq heures du soir à cinq heures du matin. Avec leur ordinaire ténacité les Jésuites poursuivent activement les négociations engagées ; le Provincial rédige10 pour le magistrat un long mémoire sur la question, et promet formellement de remplir les conditions imposées autrefois. Enfin le 11 décembre 1665 les échevins font droit à la requête des Pères. Aussitôt les travaux commencent : des ouvriers repavent aux frais de la ville la rue du Filet et la place devant l'église
1 D., 1677. — 4 boulets tombent sur l'église, un sur le grenier audessus de la bibliothèque, un près de la couturerie, d'autres dans le jardin.
2 D., 21 juillet 1650.
3 D., 30 septembre 1652.
4 D., juin 1659.
5 D., août 1659.
6 D., septembre 1666.
7 A. M., D.M., AA, f«« 246-249.
8 A. M., D.M , T, 1636, fo 67.
9 D., 8 janvier 1663.
jusqu'à concurrence de 90 verges" ; pour lui donner 10 pieds de plus, les maisons de la rue du Filet sont démolies; bientôt de nouvelles les remplacent, et le lundi de Pâques 1666 tout se trouve en état pour fermer la rue de la Luresse2.
Mais déjà la ville s'agite, on croirait une émeute, les nouveaux élus se plaignent que toutes les conditions du traité ne sont pas remplies ; les gens du baillage qui n'ont pas été consultés réclament contre cet abus de pouvoir. A la tête des opposants on remarque la violence d'un ancien protégé du P. Adrianus, Willeman et du procureur général Mercier.
Pour leur imposer silence, le duc de Bournonville et le comte de Saint-Venant doivent intervenir. Malgré l'appui du gouverneur militaire, les Jésuites sont contraints d'acheter deux nouvelles maisons et le magistrat réclame la convenance. La question est portée à la cour de Bruxelles et, sans le comte de Bournonville qui s'interpose et Mlle Guilleman qui prend à sa charge tous les frais, l'affaire eût échoué.
Enfin la clôture était terminée ; en deux jours une nouvelle porterie était élevée, un mur joignait les classes au bâtiment de la Communauté. Les Jésuites étaient chez eux ; définitivement leur collège était clos de toutes parts ; et, l'émotion calmée, chacun s'étonna <c que les Pères aient pu bâtir autant et si vite à une époque où l'argent était fort rare ».
La prise de Saint-Omer et l'occupation française ne changèrent pas la situation des Jésuites. Le confesseur de Louis XIV était un membre de la Compagnie ; le P. Lachaise présenta le recteur au roi qui répondit aimablement à ses souhaits de bienvenue et se déclara disposé à lui être utile en tout ce qu'il pouvait désirer3. Après quelques aménagements de peu d'importance, démolition du vieux réfectoire et de la cuisine, installation de ces services dans ce qu'on appelait la vieille grande salle4, construction d'une maison en face de l'église5, et de deux autres contre le bâtiment des classes sur un terrain jusqu'alors négligé, réparation du mur de la cour des classes que l'on fortifia de distance en distance par des éperons de fer6, réparation des tours de la chapelle dont le vent avait arraché les couvertures de plomb7, les Jésuites entreprennent de nouveau un grand travail. Perpendiculairement au bâtiment
1 A. M., D.M., EE, fo 10, 1665 et D.
2 D., avril 1666.
3 D., 30 avril 1677.
6 D., avril 1715.
7 19 avril 1735.
des classes, ils se proposent d'établir une autre construction ; habilement ils font pression par le ministre sur le magistrat pour obtenir de la ville un concours de 10.000 livres ; le 20 avril 1747 ' Mnr de Valbelle bénit la première pierre que le gros Bailli, député du Magistrat de Coupigny, de Valbelle vient consolider selon la coutume. Chacun constate avec étonnement l'absence de l'Abbé de Saint-Bertin ; cependant les froissements qui ont jadis refroidi les rapports des deux maisons sont oubliés depuis longtemps. Mais l'Abbé n'a pas voulu prêter son concours financier ; prendre place au troisième rang après l'évêque et le magistrat répugne à sa fierté ; très habilement les Jésuites ont choisi pour la cérémonie l'époque où Charles Gherboode est à Paris comme député extraordinaire des Etats d'Artois. Grâce aux échevins qui répondent généreusement aux requêtes du recteur2, la nouvelle construction s'élève rapidement : en X>jy les voûtes épaisses, encore debout aujourd'hui, sont achevées ; en 1751 une longue terrasse court le long du bâtiment ; en 1753 les corridors des deux étages sont plancheiés et on commence à l'habiter3 ; au plafond de quelques salles, au milieu de la rampe de l'escalier, aux deux extrémités de la muraille brille triomphant le chronogramme de la société4 ; au centre de l'atlique, face au jardin dont elle domine les arbres, une immense croix resplendit dans la blancheur des pierres neuves.
Ce fut la dernière entreprise des Jésuites. Sentaient-ils déjà que forage grondait à Paris ? Avaient-ils prévu qu'un jour toutes leurs maisons passeraient en des mains étrangères? Ou bien les coffres de la Compagnie étaient-ils vides de ces beaux écus qu'ils avaient pendant près de deux siècles mués en pierres, briques et charpentes?
Tous ces solides bâtiments avaient coûté cher à édifier ; toutes ces vastes constructions étaient d'un dispendieux entretien5, et souvent les Pères s'étaient trouvés dans de
1 D.., (te Valbelle cependant est janséniste et paraît peu favorable i\ la Compagnie ; il n'assiste pas aux cérémonies du collège. Quand il donne les prix en 1741, il se plaint qu'ils ne répondent pas a sa munificence. Peut-êlre les Jésuites veulent-ils se concilier la faveur du prélat en sollicitant sa bénédiction pour la nouvelle construction.
2 Donnent 10.000 livres et plus tard 750 pour des réparations. A. M., D.M., OO, fos 240 et 250; 1)., 1" lévrier 174S; 24 janvier 1749.
4 II existe encore dans le même elat qu'en 1700, moins une croix au centre de l'attique et deux chronogrammes aux extrémités. V. classe de neuvième et rampe de l'escalier.
5 A.D., C, 138-208. V. Compte-rendu de Roussel delà Tour, août 1047. Entrelien et réparation du collège, de la chapelle, des 15 maisons de ville et des fermes, évalues année commune : 4000 livres.
pénibles embarras. D'une fastueuse libéralité pour la gloire de la société, les Jésuites étaient économes pour eux, et le régime de la maison était austère. Parmi ces bâtiments dont chacun admirait les vastes proportions, à côté de cette église pleine d'oeuvres d'art, derrière cette sacristie dont les armoires étincelaient de l'éclat des vases précieux, dont les tiroirs regorgaient d'ornements luxueux, les Jésuites vivaient pauvrement ; les 800 fagots1, les razières de blé2, envoyés par Monseigneur, les provisions de bière, de pain et de beurre fournies à l'origine par les moines de Saint-Bertin3 ; le porcelet et la feuillette de vin4, dons annuels de l'Abbé, le dîner que parfois quelque généreux Mécène faisait porter au collège étaient reçus avec reconnaissance5 Sans doute pendant les sièges de la ville, les Pères ne manquèrent jamais du nécessaire, et leur prévoyance sut toujours entasser dans les greniers du collège les razières de blé et les provisions de suif6 qui devaient les mettre à l'abri du besoin7 et même leur permettre d'entretenir des soldats blessés ; sans doute, dès que par les rues de la ville résonnaient les tambours des capitaines battant pour la levée de leur compagnie, de Watten ou de Salperwick, des frères amenaient au collège bœufs gras et moutons*. Mais la guerre, qui pendant de longues années désole le pays d'alentour met en grand péril la situation financière de la Compagnie. En 1640 la livre de mouton se paie de 5 à 5 sols 1/2, le veau et le bœuf valent de 3 à 3 sols 1/2°. La razière de blé que l'on paie en temps ordinaire de 4 à (i florins, coûte 12, 13 ou même 14 florins. Aussi par ordre du Provincial on ne sert de vin à la table commune qu'une fois par mois, le jour de la communion générale; on mange du pain noir! Le procureur ne sait comment nourrir les quarante habitants du collège10, car les revenus de la maison n'existent pour ainsi dire plus.
Les énergiques protestations du P. Recteur ont préservé le collège du logement des gens de guerre qui sont répandus dans toutes les maisons de la ville ; mais beaucoup, même
1 D., juillet 1571.
2 D., 25 novembre 1625.
3 D., novembre 1579.
4 D., 19 avril 1652-1664-1670.
5 D., 9 septembre 1651, le comte de Bassigny envoie un tonneau de vin et un dîner. — 28 juin 1659, le marquis de Lisbourg.
6 D., septembre 1587.
7 D., 16 juillet 1638.
9 Eté 1640.
10 20 octobre 1641.
parmi les échevins murmurent et réclament bien haut légalité pour tous1 . Les Etats d'Artois assemblés à Saint-Berlin n'ont rien pu pour soulager la détresse financière que le Recteur s'est empressé de leur signaler-. Pour comble de malheur, les richesses de l'église ne sont pas à l'abri des voleurs de profession, rôdeurs de nuit et soldats en maraude, qui nuitamment cherchent à franchir les murs3. Aussi par mesure de sûreté et en même temps pour s'assurer quelques ressources indispensables, on obtient du Provincial l'autorisation de transporter à Lille presque toute l'argenterie de la sacristie ; on en engage une partie1, on en vend même pour nourrir la communauté. Car les emprunts grèvent de lourds intérêts le budget de la maison5 ; et l'on n'est pas sans quelques inquiétudes sur la manière dont on s'acquittera de toutes ces charges. Les fournisseurs chez lesquels on est réduit à acheter à crédit, exigent de forts acomptes0. Les terres de Cohem, d'Ecque, de Tattinghem, de Saubruick se louent à très bas prix. Les fermiers, incertains de la récolte, craignant de voir le fruit de leurs peines moissonné par quelque parti de cavaliers, ne veulent plus labourer; il faut leur donner les semences et leur promettre que la récolte sera partagée par moitié". Les Pères cependant ne se laissent pas abattre. En mai8, le Recteur se rend à Tournai chez M"e Marguerite Boyaval, qui a autrefois promis au collège une rente de 250 florins et qui plus tard a donné le capital de cette somme à charge de lui servir une rente viagère ; en raison de la détresse des Pères, elle consent à supprimer celte clause du contrat.
Un mois9 plus lard le P. Martin Couvreur est à Eblinghem chez M. de Cohem pour le prier de renoncer pour un temps à l'usufruit de 50 mesures de terre à Tattinghemet à Blendecques, ce qui lui est généreusement octroyé. A la congrégation de la province de Lille il propose de se faire rembourser le capital d'une somme de 150 livres de rentes10. Toutes ces mesures restent impuissantes contre les nouvelles
1 D., novembre 1640.
s D., 20 lévrier 1641.
:i D., 23 mai 1640; 24 avril 1641.
4 D., novembre 1640 ; 20 octobre 1641 ; X., 19 décembre 1648, la sœur d'un Père avance 400 llorins et reçoit en gage l'argenterie qu'on allait vendre.
5 D., octobre 1646, 15.000 llorins de dettes à la procure de la province.
6 D., mai 1642.
7 D., 4 mars 1642.
8 D., 16 mai 1642.
9 D., juin 1642.
,0 D., mai 1642
pertes que la guerre cause au collège ; l'occupation de Walten lui enlève quelques-uns de ses revenus; la prise de Gravelines ne le frappe pas moins cruellement : « mais, ajoute fièrement le Diarium, ces pertes furent compensées par le grand renom que s'acquirent les Pères en se conduisant en héros1 ».
Par raison d'économie le nombre des régents est réduit à deux ; l'année suivante, il ne reste plus que celui de syntaxe. Pour se procurer quelque argent, on vend le plomb qui provient de l'ancienne chapelle ; les charpentes se transforment en bois à brûler8. Et cependant de Douai arrivent de terribles circulaires3 ; au nom de l'obéissance, le Provincial exige le remboursement de toutes les sommes dues à la province ; l'ordre doit être exécuté avant deux mois. Passé ce délai, les Pères cesseront de prendre du vin, sauf celui que l'on accorde aux hôtes, régents et infirmes et ce, jusqu'à ce que toutes les dettes soient payées. Mais la Providence semble avoir pitié de la détresse des Pères. Elle paraît les aider dans la lutte qu ils soutiennent courageusement contre le malheur des temps. Jamais les dons n'ont afflué si nombreux dans le coffre du procureur; la mort frappe ceux dont les testaments rapporteront à la Compagnie; ce sont 1000 florins de Marie Marquais4, 400 florins de Marie Titelouze5, sans compter les legs moins importants de Mme de Hautegresse 6, de M1 de Blendecque", de l'archidiacre d'Albin s. de Marie du Puitz9. Pétronille Colins, fille du président des Etats d'Artois, lègue 1000 florins aux Jésuites11', et Marie Brandt, surnommée la Caupe, leur en laisse autant11. D'autres n'attendent pas la mort pour accourir au secours des Jésuites ; l'abbé de Chocques envoie 400 florins '-, et le doyen de Longueval fait une aumône de 100 florins13. Sans doute la province réclame, pour se payer d'un emprunt contracté en 1658, les terres abandonnées par les héritiers de
"2D., 16 juin 1647. — Le chapitre achètera pour 137 florins 1713 livres de plomb.
! D.,28 mai 1651.
5 D., 1er novembre 1651.
6 D., 1"- décembre 1651, 30 florins.
7 D., 13 septembre 1653, 40 florins.
8 D., 25 septembre 1653, 150 florins.
9 D., 1er mars 1654, 32 mesures de terre à Blendecques. i° D., 2 juin 1659.
11 D., 7 janvier 1659.
12 D., 21 juin 1650.
13 D., 8 janvier 1652.
M1 de Croix en échange d'une rente de 800 florins'. Mais le marquis de Lisbourg, député de la noblesse, fait rembourser aux Pères 3000 florins dus par les Etats2. Dans la Compagnie même le Très Haut suscite des Jésuites fortunés qui font au collège de riches présents ; c'est l'époque où le P. Prat3, depuis vingt-six ans dans la société « donne, cède et transporte par don entre vifs, absolu et irrévocable, pour la bonne affection qu'il porte à la Compagnie et autres causes à ce le mouvant », tous les biens qu'il tient de ses parents, ce qui représente pour le collège un revenu annuel de 400 florins ; c'est le temps où le P. de Balinghem dispose, en faveur de la maison, de son patrimoine * et donne au recteur5 150 florins sur la chatellenie de Cassel et 100 florins sur la ville de Saint-Omer.
Enfin, à la joie de tous, la paix est signée ; pour les Jésuites, elle est aussi ruineuse que la guerre : le traité des Pyrénées livre à la France tout l'Artois, à l'exception de Saint-Omer et d'Aire ; dans cette cession les plénipotentiaires ont oublié de régler la question de la dette des Etats6. Un trait de plume fait perdre au collège non seulement un capital considérable mais aussi de nombreux arrérages qui n'ont jamais été payés et 3.000 florins de rente. De plus la ville ne paye plus d'intérêts à ses créanciers, et de ce fait les Pères se trouvent privés d'une autre partie de leurs revenus.
Dans celle détresse, ils conservent leur sang-froid et usent de tous les appuis qu'ils possèdent pour rentrer dans leur dû7. Enfin8 le roi autorise la ville à vendre des biens communaux pour désintéresser ses créanciers ; mais ceux-ci doivent se contenter des deux tiers de leur capital. La charge est onéreuse mais comment l'éviter ? Paul Bogard achète donc pour le collège un lot de 2.000 florins qui représente à peu près les deux tiers de l'argent dû au collège. Les Etals d'Artois étaient autorisés à faire la même opération, mais le pouvaient-ils et la société n'allait-elle pas perdre tout le capital qu'elle avait placé ? La Providence veillait. Après quelques aimées d'angoisses, lentement les Etats se décident à payer le premier puis le deuxième quart de leurs dettes ".
2 D., 28 juin 1659.
3 A.D., 17 juillet 1050; 12 février 1051.
4 D., 2 juin 1659.
5 1)., 7 janvier 1059.
B D., 18 mars 1050.
8 D., novembre 1662.
Déjà les Pères oubliaient les appréhensions passées lorsque de Douai leur parvint une nouvelle qui ravivait leurs craintes1 : le Provincial les avertissait d'une confiscation possible de tous les biens du collège situés en France.
Pour les Jésuites, un danger connu était plus qu'à demi évité : en quelques jours, toutes les propriétés menacées étaient passées au collège de Douai ; une procuration en forme permettait de les gérer et d'en rester légitimes propriétaires.
Cependant le dénuement du collège continue à être grand: de nouveau la guerre menace ; de nouveau les capitaines font sonner pour leurs compagnies ; il faut se procurer quelques ressources. Le comte de Saint-Venant2, toujours bienveillant pour la société, consent à avancer sur le Trésor des Etats 100 écus d'or à prendre sur la créance des Jésuites wallons, et son influence obtient de la Cour des Comptes la ratification de cette mesure.
Après le siège de 1677, la situation reste très obérée. Louis XIV sans doute a déclaré sa bienveillance pour la société3: dans un voyage il a daigné se rendre au collège et admirer la chapelle*, mais il n'a pas défendu la communauté de la confiscation des titres de rente prononcée par les Etats d'Artois5.
Pourtant moins d'un siècle plus tard, l'inventaire dressé au moment du départ des Jésuites relève, sans compter tous les biens de campagne et de ville, quarante-quatre titres de rente d'un revenu annuel de 3.569 livres 7 deniers0. Comment s'était-il constitué, ce patrimoine du collège ? Comment s'étaitil conservé en dépit des dangers qui l'avaient compromis, malgré les réductions qui l'avaient amoindri ?
Le premier, Gérard d'Haméricourt avait contribué à l'enrichissement de la société. Les 900 florins de rente qu'il avait assurés aux Jésuites lui ayant paru insuffisants, dès 1577 « du consentement de sa communauté, il les avait gratifiés d'une somme de 4000 florins pour les faire valoir à l'augmentation des revenus de leur collège" ». Peu après, dans le mois suivant de février, il y ajoutait du même consentement du chapitre de Saint-Berlin un don de 2000 florins « pour les
1 D., juillet 1669.
2 D., 17 janvier 1670.
3 D., 30 avril 1617.
4 D., juillet 1680.
5 D., juillet 1680.
6 A.N., Cart. 249.
mêmes fins et augmentation du dit collège des Jésuites1» . Son exemple fut suivi par ses successeurs au siège épiscopal de Saint-Omer et à la direction de l'abbaye. Evêques et abbés multiplient leurs dons, plus ou moins généreux suivant leurs ressources ou leurs dispositions particulières pour la Société de Jésus.
Jean Six recommande plus d'une fois le collège à l'abbé de Saint-Bertin* ; ayant appris que la fondation première était insuffisante depuis l'adjonction d'un séminaire pour les jeunes étudiants de la Compagnie, appliqués à l'étude spéciale des belles lettres, il prend à cœur l'union au collège du prieuré de Cohem que le titulaire était disposé à abandonner; il s'emploie auprès du Pape ; le nonce lui donne une promesse formelle à son passage dans la ville et, quelques mois après sa mort, Sixte V confirme3 par écrit cette union, sans même se préoccuper du consentement de l'abbé de Molesme.
Cette nouvelle acquisition devait être pour les Jésuites une source de conflits incessants, et d'innombrables procès. Le prieur refuse de laisser prendre, lui vivant, possession de l'abbaye et le P. Crombecq doit recourir aux services d'un huissier4. Les négociations pour assigner la portion du curé sur les biens du prieuré sont longues5, et ce n'est qu'en 1604 qu'à la faveur d'un défaut de procédure, les Jésuites obtiennent jouissance de leur bien0. Dès lors les difficultés se multiplient : le curé, le bailli et les notables présentent à l'évêque un mémoire dans lequel ils se plaignent que le collège ne remplit pas ses obligations". «. Sauf 37 livres 10 florins pour la cire de l'église*, il ne doit rien », répond sèchement Sa Grandeur.
L'homme d'affaires du vicomte de Fruges vexe sans cesse les Pères à propos de prétendus droits sur le prieuré : une démarche du recteur et du procureur leur vaut une décla-
1 Ann. B., 368. — Le collège des Jésuites daii son œuvre préférée. Avant de mourir il donna aux Pères son portrait, régla tous les détails de sa sépulture dans leur chapelle, sans oublier L'inscription à graver sur sa pierre tombale : cui pax in ssecula sseculorum dit l'auteur du Diarium.
2 D., 18 février 158G.
3 D., 21 novembre 158G.
5 D., 20 avril 1001, 21 mesures 3/4 de terre et une maison avec un jardin de 2 mesures.
6 D., 1604. A. M., CCXLII.3 et 4. 16 février 1604, sentence du Conseil d'Artois adjugeant aux Jésuites la continuation de la jouissance du prieuré de Notre-Dame de Cohem.
7 D., novembre 1622.
8 Roussel de la Tour.
ration écrite qui affirme l'immunité absolue du collège1. Le Chanoine Guillin se présente au collège pour réclamer une contribution due par Cohem pour le séminaire épiscopal de Douai-. Mais les Pères, dont la bibliothèque contient des ouvrages de jurisprudence3, connaissent leurs droits et prouvent pièces en main que Cohem a été sécularisé par Clément VIII. En 1699 un noble conteste au collège le droit seigneurial de faire danser sur le domaine du prieuré4. En 1718, les procès continuent encore et le recteur Ignace Deslions donne au magistrat acte de la délibération prise par lui « d'intervenir à sa réquisition au procès qu'il a au grand conseil du roy contre un religieux de la Congrégation de Saint-Maur prétendant le prieuré de Cohem5 ». Les 925 livres, les 20 razières de blé et autres redevances en avoines, chapons, poules, etc., que rapportait annuellement cette seigneurie, coûtaient aux pères bien des tracas, sans compter les 250 livres qu'ils payaient à l'abbaye de Molesme et la cire qu'ils fournissaient à l'église de Cohem. En même temps que de ce prieuré, les Jésuites étaient devenus possesseurs de celui de Renty que le prieur de Saint-Saulve de Montreuil, Dom Juan Leonis, avait résigné par devant témoins, en présence du provincial et du recteur, après avoir obtenu les bulles apostoliques et le placet de la Cour6. A côté des dons presque officiels des fondateurs et des protecteurs du collège, à côté des libérales munificences des abbés de Saint-Bertin et des évêques de Saint-Omer, les Jésuites trouvaient dans le sein même de leur Compagnie d'importantes ressources pour les soutenir dans leurs entreprises. Pauvres eux-mêmes, les Pères voulaient la société riche ; et lorsque le ciel les avait comblés des biens de la fortune auxquels ils avaient solennellement renoncé, ils en faisaient profiter un ordre qui n'avait pas fait le vœu de pauvreté. Sans parler des Pères Robert Pra et de Balinghem dont les générosités étaient venues à point pour tirer le collège d'une dangereuse situation 7, le P. Jean du Bois avait appliqué au collège de Saint-Omer un don de 50 florins 8. Par acte passé devant notaires royaux, après
1 D., octobre 1622.
2 D., 9 juillet 1623.
3 A. M., voir inventaire de 1763.
4 D., 24 juin 1699.
5 A. M., D.M., LL, f« 206, CCXLII, 4, cf., A.D., toutes les pièces du procès.
6 D., 21 août 1587, cf., octobre 1655.
7 V. supra.
8 D., décembre 1604.
avoir pris conseil d'hommes de loi, le Père Mallebrancq, dont le Magistrat devait accueillir si favorablement l'Histoire des Morins *, avait fait la Compagnie propriétaire « de tous les biens qu'il tenait de ses parents : fief de la Balanche à Eperlecques, préz à Salperwick, terres labourables à Mentques, au terroir de Dohem, ez environs de Remilly et Cléty - », rentes sur le domaine du roi 3. Mallebrancq trouva des imitateurs ; à condition d'avoir 3600 florins à distribuer à son gré, le P. Joly dès son arrivée donne au collège ses 400 florins de rente annuelle 4. Des terres et un manoir à Eperlecques, des propriétés à Arques, à Renescure, une maison à Saint-Omer viennent de Gilles Delattre 5 ; François Gontran donne des près à Ecques 6 ; Nicolas Francqueville des fiefs à Saint-Georges et à Zutkerque " ; Charles Franqueville un manoir à Moulle 8 ; Georges André cinq quartiers à Wisques "'. Gérard Liot assigne au collège 700 florins, héritage de ses parents 10. Des frères, des sœurs, partagent parfois l'admiration d'un parent pour la société n, parfois aussi ils contestent la légitimité de certains dons et s'efforcent égoïstement de garder la presque totalité de l'héritage paternel !2.
Ce patrimoine, en grande partie constitué par des biens venant des Jésuites eux-mêmes, ne tarda pas à s'accroitre de tout ce que lui apportèrent de riches bienfaiteurs. Quelques familles, les de Noyelle, les de Croix13 se firent en quelque sorte les soutiens du collège. Pour beaucoup, c'était s'acquitter de dettes de reconnaissance : les maisons du Curé de Pihem et du Doyen d'Hesdin récompensaient des services rendus par les Jésuites14 ; pour d'autres, c'était s'assurer une part dans les
I A. M., D.M., V. f° GO, le Magistrat pour le 1"" volume donne 24 cannes de vin à 41 sols la canne — 20 avril 1639, Y, f° 230, A. A., fB 230, contribue pour 200 11. à L'impression du 3a volume.
» D.,'29 avril 1604. - 14 février 1615. — 7 mai 1013.
3 Compte-rendu de Roussel de la Tour.
* D., octobre 1616, A D , C.
h 1)., octobre 1616. — Septembre 1625, A.D., C.
6 A.D., C, 24 septembre 1616.
7 A.D., C, donation, 1 1 avril 1624. — 17 novembre 1627. — 21 juillet 1635.
8 D., 26 septembre 1630.
9 V. Compte-rendu de Roussel de la Tour.
10 1)., 15 juin 1624.
II 1)., 1627, le frère du P. Léger donne 400 il. — 1634, la nièce du P. Mesque fait une aumône de 30 11.
IS D., 24 mai 1635-1663, le frère du novice Ch. Legrain réduit la somme de 200 11. donnée par celui-ci ; cf. difficultés de même nature pour le P. Mallebrancq.
13 D., 15 octobre 1621, maison à Iiondscbodt.— 1623, 50 11. de renie.— Juillet 1625, 200 11. de rente.
mérites de la Compagnie ou une place dans sa chapelle. Riches en biens spirituels, les Pères distribuaient leurs trésors entre ceux qui les aidaient de leurs biens temporels. De Rome quelque beau parchemin, couvert d'une élégante écriture latine, scellé aux armes de la Compagnie, signé du Général et contresigné du secrétaire de l'Ordre vous admettaient « pour la constante faveur que vous aviez témoignée à la Société à partager les mérites de ses prières et de ses bonnes œuvres1. » Et dans leur testament, les généreux donateurs n'oubliaient pas les Pères qui leur avaient adouci les feux du Purgatoire et par avance avaient suppléé auprès du Très-Haut à l'insuffisance de leurs mérites personnels. Les Gros de Flandre, de Jean Lecocq, comte de Bourbourg2, de Louis Progus3 et de Me d'Escourt4, les Carolus d'Anne Vlaminck5, de Jeanne de Guilleman6, de M1 de Lannoy, maire de Gravelines7, les florins de Mlle de Mortet8, de Mlle de Renty9, les
1 « IHS. Claudius Acquaviva Societatis Jesu Prœpositus generalis. Illustri admodum Domino Francisco de Hallewin Domino de Merkem ; serenissimo archiducum commissario per Flandriam et Illustri admodum Domina; Mariae de Merode ejus conjugi salutem in Domino sempiternam, facit admodum Illustrium Dominationum vestrarum virtus ac pietas et in nostram hanc Societatem benevolentia requirunt ut quidquid a nobis mutui obsequii in Domino referri possit, id eis jure debitum esse existimemus. Quamobrem cùm nostrum hune illustres admodum DD. vestras animum, nullis aliis rébus quam Spiritualibus obsequiis declarare valeamus, pro ea auctoritate quam nobis Dominus licet indignis in hac nostra societate concessit. Ulo admodum DD. vestras omnium et singulorum sacrificiorum, orationum, jejuniorum et reliquorum denique bonorum operum ac piarum tum animas tum corporis exercitationum qwoe per Dei gratiam in universa hac minima Societate fiunt, participes facimus eorumque plenam communicalionem ex toto cordis affectu in Christo Jesu imperlimur, in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Insuper Deum et Patrem Domini noslii Jesu Christi obsecramus ut concessionem hanc de cœlo ratam et firmam habere dignetur ac de inexhausto ejusdem delectissimi Filii sui meritorum thesauro, nostram ipse inopiam supplens, 111. admodum D. vestras, omni gratia ac benedictione in hac vita cumulet, ac deinde seternœ tandem gloriae corona renumeret.
Dalum Roma; decimà Aprilis MDCVIII. Claudius Aquaviva. Bern. de Angelis.
(Archives du Royaume, Bruxelles. Fonds Jésuitique.)
8 D., juillet 1607, — 72 fl. de rente et 2 petites bibliothèques.
3 Juillet 1621, 100 fl. de rente.
4 Juillet 1621, 3000 fl.
5 7 octobre 1636, 20.000 fl.
0 Avril 1663, 8.500 fl.
7 5 avril 1638, 25 fl. de rente.
8 17 février 1676, 40 mesures de terre.
9 19 avril 1699, 300 fl. de rente.
titres de rente de Jeanne Six1, d'Anne Hervast2, et d'Adrienne Gazet3 s'accumulaient dans la chambre du procureur ou servaient à publier au loin la gloire de la Compagnie et à répandre sa bienfaisante influence.
Pour beaucoup aussi, il semblait doux de dormir de 1 éternel sommeil sous les voûtes d'une chapelle où ils avaient entendu tant de belles harmonies, tant d'émouvantes paroles, sorties de la bouche d'un Père dont ils appréciaient le confessionnal. Pour jouir d'un tel honneur, les bourses s'ouvraient larges ; pour reposer sous les dalles de l'église des Jésuites, les plus ladres devenaient généreux. A l'origine, seuls les Pères et les bienfaiteurs insignes du collège avaient leurs places dans les caveaux de la chapelle ; Gérard d'Haméricourt, solennellement enterré dans l'église dont il avait posé la première pierre, avait été, lors du transport dans la nouvelle église4 de tous les corps inhumer dans l'ancienne, trouvé ce sans corruption, en chair et en os, revêtu de ses habits pontificaux » dans son cercueil de plomb ; on l'avait placé dans le chœur bien au milieu, contre le banc de communion tandis que tous les autres ossements, même l'épaule d'un jeune homme, trouvée intacte avec un scapulaire de la Vierge, avaient été rassemblés dans un caveau commun. Le P. Jean Croix, Gapanus, Martin de Campen avaient occupé les premiers caveaux5 ; Nicolas de la Tour0, Legrain", J.-B. Vendelin8, avaient pris place à côté de leurs frères ; Lambert Lobbet, Jacques Neufville, Brassines et Michel Desmaretz, rapidement enterrés dans le jardin pendant une épidémie de peste, avaient été transportés dans l'enceinte sacrée9 ; par une touchante attention, dom Gaspard Philippe, jadis chambrier de Gérard d'Haméricourt, reposait aux pieds de son abbé10 et le P. Jean Sauvage de Lillers était couché devant le confessionnal qu'il avait longtemps occupé11.
Très vite cependant, la mode aidant1*, les laïcs sollicitèrent l'honneur de la sépulture des Pères; très vite certaines familles,
< A.N., C, 249, 1125 livres.
2 A.N., C, 249, 75 livres de rente.
3 A.N., C, 249, 420 livres.
* D., janvier 1667 et G'1 C, IX, 1667, épitaphe, p. 433.
5 D., 22 décembre 1579 ; 6 avril 1573 et 1577.
6 D., 31 octobre 1612.
7 D., 24 mai 1635.
8 D., 21 décembre 1643.
9 D., 3 février 1651.
10 D., 29 novembre 1585.
11 D., 10 mars 1641.
15 Plus tard M1 de Blendecques obtint même de faire bénir dans la
les de Noyelle \ les de Croix2 eurent dans l'église un tombeau de famille où reposaient tous les leurs. Très vite les femmes demandèrent les mêmes droits et, par dispense, une sainte fille, Marie Pardo, fut inhumée dans la chapelle3. Mais seul, le Général pouvait octroyer ce privilège : il le faisait parfois dans des termes naïfs et mystiques * : « Votre piété et vertu, écrivait le P. Vitellesius à damoiselle Marguerite Boyavalle, ensemble votre affection et bienveillance vers notre Compagnie (qui nous ont été suffisamment exposées par le P. Jean Crombecius, recteur de notre collège de Saint-Omer) m'ont esmeu et incliné à apostiller votre requeste, qui était de povoir jouir du privilège de sépulture en l'église dudit collège, comme quelquefois nous accordons aux amis bienfaiteurs. Nous donc, auquel cette puissance est réservée par les canons de la dite Compagnie, pour les raisons que dessus, nous accordons et intérimons bénignement vostre requeste, si comme vous jouistes en nostre dicte église journellement avec nous de la Viande des Anges, en la réception des saines sacramens, ayez aussy avec nous le repos, durant la nuict de la mort, jusques à ce que nous ressuscitions tous à une vie immortelle, pour y vivre ensemble à jamais, ce que vous élargit par sa divine grâce et miséricorde le Père et le Fils et le S1 Esprit. »
Cette mode fut pour les Pères une nouvelle source de profits : pour obtenir pareille faveur, il fallait, sa vie durant, s'être montré bien intentionné pour la Compagnie, et en mourant on pensait à ceux de qui l'on allait recevoir une éternelle hospitalité ; 100 5, 200 6, 800" florins de rente payaient généreusement la sépulture accordée : le baron d'Obigny, gros bailli de Saint-Omer8, Jeanne Castelain, femme de M1 de Cour-
chapelle le mariage de son fils aîné Mr de Hallines avec Mlle de Longastre, mais la cérémonie eut lieu à 3 heures du matin. D., 1648.
1 D., juin 1672, caveau de famille devant l'autel de saint Ignace.
2 D., 19 mars 1598, Me de Croix, place laissée pour son mari et sa sœur Eléonore. 1630 Guilaine de Croix, caveau auprès de la chaire.
3 D., 1583, plus tard 3 octobre 1588, lettres de dispense pour les sœurs de l'évêque Six.
4 A.Prov.G.B.,pièce 92,6 décembre 1605,cf. pièce8;— id., pour Robert Tayler, docteur en droit, 22 juillet 1575;— pièce 12, à Antoine de Grenet, 10 avril 1607 ; — pièce 13, à François de Halewin, sire de Merk et son épouse Isabeau et François Quarré, 26 décembre 1618; — pièce 18 à Marie Guillet, 13 novembre 1646.
5 D., 30 septembre 1628, Catherine de Mons.
6 D., 21 octobre 1636, Marquise de Lisbourg et sa petite-fille ramenées de Bruxelles.
7 D., 21 décembre 1637, Jacques de Noyelle, marquis de Lisbourg.
8 D., 1633, 700 fl.
celles1, Catherine Davre2, Catherine de Balinghem3, Eléonore de Houchin*, veuve du sieur de Nieurlet, Elizabeth Driez5, léguaient aux Pères avec leur dépouille mortelle quelque partie de leur fortune.
D'autres aussi, moins égoïstes, pensent au bien spirituel que peut faire l'éloquente parole des Jésuites ; par avance ils les dédommagent des missions qu'ils feront dans la ville et les environs ° ; ou bien, confiants dans la prudence de la Société, ils lui abandonnent leur fortune à charge de leur servir une rente viagère ou de subvenir à l'entretien et au logement des leurs 7; par ces conventions régulièrement authentiquées par les notaires du roi, approuvées par les supérieurs de l'ordre et le recteur du collège, les Jésuites se trouvent les banquiers de quelques pieuses familles jusqu'au jour où, dégagés par la mort des intéressés, ils deviennent légitimes propriétaires d'une fortune qu'ils ont sagement administrée.
Ainsi, malgré les frais multiples de vastes constructions, malgré les périls de guerres et de paix ruineuses, le patrimoine du collège demeurait entier, entretenu par les héritages des membres de la Société, grossi des dons de certains que leur piété ou leur vanité attachaient à la Compagnie Ces richesses, que le Père procureur conservait précieusement dans une chambre dont il avait seul la clé 8, les Jésuites devaient les répandre libéralement pour instruire la jeunesse et propager non seulement dans la ville, mais aussi dans tout le pays d'alentour l'amour du roi et les doctrines orthodoxes de la religion catholique 9.
1 D., 2 septembre 1638, 800 fl. réduits à 100 écus par le mari.
2 D., 4 février 1639, 400 fl.
3 D., 28 décembre 1662, 900 il.
4 D., 7 avril 1663, 100 fl. — enterrée a droite de la chapelle de N. D. de la Paix.
5 D., 17 juillet 1671, 300 n.
6 A. M., 4 février 1672, don de 6000 livres à charge de mission par Ricouard prêtre.
7 V. par exemple, 4 février 1721, (ion de 1710 livres à charge de donner à la demoiselle Teneur.sa vie durante, 90 livres tous les ans. Sur un fonds de 6000 livres a charge de payer 60 livres à Catherine Monbargne sa vie durante. — D.,1627,Me de Franquevile donne son bien au collège à charge dune rente annuelle de 100 il. à sa sœur— D.,16 mai 1642, id. pour M"e Boyaval.
9 Dans un factum fait pour Messire De la Rochefoucault, abbé commendataire de Molesmes et pour boni François Duclerq, religieux de saint Maur, prieur de Notre Dame de Cohen, appelant comme d'abus contre les Pérès Jésuites du Collège de Saint-Omer, Ml' Cochin exposa la thèse bénédictine à peu près en ces termes « à la faveur des divisions
entre les Couronnes de France et d'Espagne, profitant que l'abbaye et le prieuré d'un des plus beaux bénéfices de l'abbaye) fussent sous deux dominations différentes, les Jésuites de Saint-Omer demandèrent à Sixte V l'union de ce bénéfice à leur collège et obtinrent le 31 juillet 1586 une Bulle en forme gracieuse. De son propre mouvement et sans aucune connaissance de cause, le Pape leur accordait le bénéfice nonobstant l'opposition de l'Evêque du lieu ou de l'Abbé propriétaire. Celte Bulle n'ayant point été publiée, les Jésuites en obtinrent une autre le 1er mai 1604 leur donnant un nouveau délai de quatre mois pour la publication et ordonnant que l'union seroit exécutée. Ce qui fut fait. Le 23 mai 1715 c'est-à-dire 109 ans après, l'abbé de Molesmes, mettant à son tour à profit les événement politiques, demanda à rentrer en possession ; les Bulles données en forme gracieuse n'étant point reçues en France, il en appela comme d'abus, sélevant en outre contre le défaut de formalités observées, et contre ce qui avait été fait à l'insu du légitime possesseur, l'abbé de Molesmes son prédécesseur. » Pour se défendre les Jésuites invoquèrent l'argument de prescription et la disparition du titre, mais Dom Duclercq obtint de Borne une expédition de la Bulle de 1604 et il fallut composer. (Bibliothèque d'Amiens.)
Ancienne porte dans la cour de la chapelle du Collège des Jésuites à Saint-Omer.