‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 23 sur 99 · N° XIX · texte numérisé non relu

N° XIX

Paris, le 3 juin 1831

.-1 M. le chevalier d'Abrahanison, aide de camp du roi de Danemark".

(Extrait)

... Je m'occupe de former au département de géographie de la Bibliothèque du Roi une collection ethnographique. C'est, vous le savez, une des sections de ce département, mais encore au berceau. Quel moyen y aurait-il de l'enrichir en objets provenant des régions boréales ? Intéressez, je vous prie, la Société royale des Antiquaires, dont j'ai l'honneur de faire partie, à ce projet scientifique. Aujourd'hui, dans l'état actuel de la science, on devrait absolument modifier son nom et l'appeler l'Ethnographie ou la Géo-ethnographie, car les lieux et les hommes sont inséparables. La Société ne peut s'intéresser aux découvertes géographiques, sans avoiren vue ses relations futures avec les contrées inconnues ou mal explorées, et, par conséquent, sans chercher à bien connaître les mœurs et les usages des peuplades. Tous les renseignemens que vous pourrez me procurer, en attendant

1) Jomard demandait des objets d'ethnograptiie indienne, fiafinesque répond en offrant de procurer une collection valant de 2 à 3,000 francs. Jomard fait savoir le 24 décembre 1834, que le Conservatoire de la Bibliothèque royale n"a pas pu réaliser la somme et accepte l'oiïre faite par Rafinesque dans une lettre qui ne nous a pas été conservée, d'envoyer un catalogue détaillé de ses illustrations ethnographiques sur les peuples des deux Amériques, de ses cartes rares et anciennes non comprises dans les illustrations, des « bonnes cartes qui se publient journellement)), des estampes de sites pittoresques et dessins manuscrits sur ce continent, des objets d'antiquités, usages, cultes, costumes, et enfin des livres rares « toujours sur l'Amérique )>.

2) Le chevalier d'Abrahamson s'occupait principalement de pédagogie. 11 s'était attaché à propager en Danemark les méthodes d'enseignement mutuel; ses relations avec Joaiard s'expliquent par ce côté commun de leurs préoccupations scientifiques. l^'^- "•)

mieux, sur les objets de cette nature rassemblés dans les royaumes du nord, seront reçus par moi avec une vive reconnaissance. Une collecliou ethnog^raphique doit renfermer tout ce qui tient aux usages, aux habitudes des tribus, les instrumens employés dans les arts et les sig'nes extérieurs des croyances, etc. Il n^est pas d'outil si grossier qui ne puisse être curieux, en le rapprochant des instrumens et ustensiles analogues des autres nations. Il serait trop long dans une lettre de développer une matière aussi intéressante : c'est ce que j'ai fait dans plusieurs écrits pour déterminer le gouvernement à réaliser enfin une entreprise qui attend l'exécution depuis plus de trois années

JOMARD

NoXX

A M. Toulouza?i [de Marseille)

(Extrait*)

Paris, 10 octobre 1831.

...Je suis bien aise. Monsieur, que vous m'ayez fourni cette occasion de vous entretenir d'un objet qui n'est pas sans rapport avec celui de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. On s'occupe de former en ce moment à Paris (et selon toute apparence pour la Bibliothèque du Roi) une collection d'objets ethnographiques, c'est-à-dire, rapportés par les voyageurs qui

1) Nicolas TouloLizan, le correspondant auquel Jomard adressait cette lettre, était professeur d'histoire et de géographie au collège royal de Marseille, Il avait pris la part la plus large dans la publication de la Statistique des Bouchesdu-Rhône, véritable monument (4 vol. in-4°) élevé sous la direction du comte de Villeneuve, préfet du département (1821). On lui devait, en outre, un grand nombre de mémoires et d'articles sur des questions d'archéologie et d'histoire locales, d'économie rurale, etc. Né à OUioules le 6 mars 1781, il avait alors cinquante ans-, il est mort à Marseille le 27 mai 1840.

M. Paul Armand, secrétaire-général de la Société de géographie de Marseille, qui me transmet ces renseignements, n'a pu rien me dire de spécial sur les relations de Toulouzan avec Jomard. « Le fils de Toulouzan, m'écrit-il, chef de division à la préfecture, notre collègue à la Société de géographie, est mort le 28 octobre 1888. Sa bibliothèque a été dispersée au feu des enchères et avec

elle a probablement disparu la correspondance du savant. »

explorent les pays peu connus et propres à faire connaître l'industrie et les arts des habitans même les moins civilisés. Depuis longtemps on se plaint de ce que les instrumens et les ustensiles de cette nature sont dispersés après le retour des voyageurs et souvent anéantis, faute de dépôt spécial pour les recueillir et les conserver. La plupart sont exportés à l'étranger et vont enrichir les musées ethnographiques de Gôltingue, Pétersbourg et autres villes de l'Europe. S'il en reste à Paris qui échappent à cette destinée, ils sont épars et sans utilité. La plupart vont s'enterrer dans d'ignobles boutiques. C'est ainsi que l'histoire des races humaines qu'il est déjà temps d'écrire, perd des matériaux précieux.

Je voudrais contribuer à faire sortir ces curieux objets des maisons de bric-à-brac où ils vont s'engloutir et surtout les enlever aux collections étrangères,

Aidez-moi, Monsieur, dans ce dessein qui intéresse la gloire nationale. Toute la côte nord de l'Afrique vient commercer avec Marseille. On doit y transporter à tout moment des objets curieux et instrumens des arts, poids et mesures, objets servant aux jeux et récréations, au culte et aux superstitions, au travail des métaux, à l'économie domestique, à la chasse ou à la pêche, des tissus variés, des instrumens de musique et mille autres qui font connaître l'état de la civilisation ou le degré de barbarie tels que les armes offensives et défensives et les instrumens aratoires.

Une série complète de tous ces objets méthodiquement classés formerait un des musées les plus instructifs de la capitale.

La pensée en a été exprimée dans l'ordonnance qui a fondé à la grande Bibliothèque nationale un dépôt spécial des productions géographiques et des produits des voyages scientifiques.

L^établissement renferme déjà un certain nombre d'objets de ce genre. Je me borne, Monsieur, à signaler à votre zèle patriotique ce court aperçu et à vous demander des renseignemens sur les ressources que pourrait offrir la ville de Marseille.

JOMARD

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