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ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

RAPPORT

SUR LES COLLECTIONS d'oBJETS RELATIFS A l' ARCHÉOLOGIE ET AUX RELIGIONS DE l'iNDE

Rapportées par M, Lamare-Picquot.

L'Académie nous a chargés, MM. E. Quatremère, Lajard et moi, de prendre connaissance de ceux d'entre les objets rapportés de l'Inde par M. Lamare-Picquot, qui peuvent avoir de rintérêt pour Farchéolog-ie, l'histoire des religions orientales et l'ethnographie. Je vais avoir l'honneur de lui rendre compte de l'examen auquel nous nous sommes livrés pour remplir ses intentions.

Après un premier voyage au Bengale et à la côte de Coromandel, entrepris de 1821 à 1823, pour des alFaires commerciales, M. Lamare-Picquot s'est rendu de nouveau dans l'Hindoustan, en 1826, avec l'intention de rassembler les productions naturelles de cette contrée si riche et si intéressante à étudier pour les botanistes et les zoologistes. Dans le Bengale, Dacca. Krishnagara, les comptoirs européens, sur la rivière d'Hougli,

Calcutta, Serampour, Ghandernag-or, Tchinsura, les bords du Gang'o, les îles qui sont situées à rembouchure de ce fleuve; dans le Coromandel, Madras, Pondichéry, Karikal, furent les principaux points sur lesquels il dirigea ses recherches en histoire naturelle. Les résultats qu'il en tira, la collection qu elles ont produite, ont fixé l'attention de l'Académie des Sciences. Nous n'avions point à nous en occuper directement*. Toutefois, nous avons vu avec plaisir que le voyageur n'avait pas négligé un soin qui, dans l'intérêt de l'histoire des sciences naturelles, devrait être présent à la pensée de tous les voyageurs et naturalistes, appelés à explorer les régions plus ou moins civilisées de l'Asie : celui de recueillir les noms par lesquels les indigènes désignent les êtres naturels dans leurs langues, soit vulgaires, soit savantes. Il faudrait surtout, et c'est ce qui a été demandé pour augmenter Futilité de ces renseignemens additionnels, il faudrait que les noms fussent écrits avec les caractères originaux, et, autant que cela serait possible, de la main même d'un naturel instruit. Cette précaution, si elle eût été prise habituellement dans les voyages scientifiques, eût contribué aux progrès des arts et de l'industrie, en fournissant des synonymies importantes et facilitant le recours aux traités de médecine, de technologie et d'agriculture, composés par les indigènes, où nous aimerions à puiser la connaissance des propriétés et des usages qu'une longue expérience a fait découvrir aux peuples orientaux.

Mais vos commissaires avaient surtout à faire la revue des antiquités, statues, figurines, bas-reliefs, modèles de temples, peintures, ustensiles et instrumens qui peuvent servir à éclaircir quelques points des usages religieux ou civils des Hindous.

1. L'Académie des sciences, à la date du 9 mai 1831, a entendu la lecture d'un « rapport sur les collections ramassées dans les Indes-Orientales et au Cap de Bonne-Espérance, par M. Lamare-Picquot », signé de GeolTroy Saint- Hilaire, Duméril et baron Cuvier, rapporteur.

Nous nous bornerons à mentionner ce rapport, exclusivement consacré à des matières d'histoire naturelle et que l'on trouvera réuni dans une même brochure in-4°, par M. Lamare-Picquot, avec celui que nous reproduisons ci-dessus et deux autres communiqués à la Société asiatique, et transcrits plus loin sous les n"^ XXII et XXIV, note 2. (E. H.)

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M. Lamare-Picquot, par un zèle louable, n'a négligé aucune occasion d'étendre à des sujets d'archéologie l'attention qu'il avait principalement vouée aux produits naturels du sol de l'Hindoustan. C'est à Calcutta et dans les environs qu'il a trouvé le plus grand nombre des objets qui se rapportent au culte des Brahmanes, Ceux qui tiennent à la religion bouddhique proviennent originairement du pays des Barmans, d'où ils ont été enlevés par suite de la guerre que les Anglais ont portée en 1825 dans cette contrée. Quelques autres ont été trouvés dans les îles du Gange, et quoique le nombre de ces derniers soit peu considérable, ce ne sont pas les moins singuliers de ceux qu'a rassemblés le voyageur.

M. Lamare-Picquot partage en deux classes les morceaux qui composent sa collection, suivant qu'ils appartiennent à la religion de Brahma ou à celle de Bouddha. Nous suivrons aussi cette division, en y ajoutant une troisième classe pour les objets relatifs aux usages, aux coutumes, aux procédés des arts, lesquels sont plus particulièrement du ressort de l'ethnographie.

Les représentations des divinités brahmaniques sont au nombre d'une cinquantaine environ. Ce sont, en diverses matières, en terre cuite, en marbre, en bronze, des figurines ou des bas-reliefs offrant Brahma, Vishnoit, Shiva et sa femme Parvati, Krishna et sa femme Radha, Garesa, Bala-Rama ou Yishnou enfant, Djagannâtha (Jagrenat), Dharmadeva ou le dieu de la loi sous la forme d'un bœuf, Doiirga, la femme de Shiva, Kali, ou la même divinité femelle, avec les redoutables attributs, qui la caractérisent comme déesse de la mort ou avec ceux de Djagaddhâtri, ou protectrice de l'univers, ou dans son triomphe sur Mahichaasoura , le mauvais génie qui l'avait attaquée en prenant la figure d'uu buffle. Plusieurs peintures en carton, exécutées par des peintres hindous, représentent divers sujets mythologiques. Une grande natte offre le combat de Rama contre Ravana, tyran de l'île de Lanka, sujet pris du Ramayana ou du Bagavata Pourana.

Outre les figures des divinités, M. Lamare-Picquot a réussi à se procurer des vases, des lampes, des réchauds et d'autres instru-

mens dont les Hindous font usage dans les pratiques de leur culte, ou qui leur servent pour les différentes circonstances de leur vie domestique. Il a rapporté trois ou quatre Berchocath ; ce terme vulgaire désigne des sculptures en bois représentant une sorte de tourelle à plusieurs étages, percée à jour et enrichie d'ornemens et de peintures variées^ lesquelles sont portées dans les cérémonies funéraires que les Hindous font en l'honneur de leurs parens, et placées ensuite auprès d'une pagode sur les bords du Gange ou de quelque étang consacré*. H a fait aussi exécuter, en plâtre, des modèles exacts de diverses formes de temples brahmaniques, en imitant le plus soigneusement possible le style indien; soit pour la forme générale, soit pour la distribution des ornemens et des couleurs. Une sorte de fétiche trouvé dans une île du Gange, et qui représente une tête surmontée d'une mitre, grossièrement modelée et coloriée d'une manière non moins grossière, peut être regardée comme un spécimen curieux de l'état de barbarie où les arts d'imitation sont restés long-temps dans les parties orientales de l'Inde et notamment au Bengale.

Les figures qui se rapportent au culte de Bouddha, moins nombreuses et moins variées, si l'on a égard aux sujets qu'elles représealent, méritent plus d'attention par leur dimension, les matières dont elles sont faites et la contrée d'où elles ont été rapportées. Nous avons déjà dit que le voyageur n'avait pas luimême dirigé ses courses dans le pays des Barmans, mais qu'il avait été attentif à profiter d'une circonstance heureuse, celle à laquelle on doit la possession d'une multitude d'objets de culte et de livres religieux, produits du pillage que l'armée indobritannique a fait dans les provinces de l'Inde au delà du Gange en 1826, et qui se sont répandus en grande quantité dans les

1) J'ai de sérieuses raisons de croire que l'un, au moins, des encombrants Berchocath de Lamare-Picquot, et quelques-uns de ses moulages de modèles de pagodes, sont restés entre les mains de Jomard, et se voient dans sa collection au Musée Berthoud, à Douai. Ce sont les seules pièces que j'aie retrouvées jusqu'ici de la grande collection asiatique de Lamare-Picquot.

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possessions anglaises, d'oij plusieurs ont été apportées à Londres et même à Paris. La collection de M. Lamare-Picqu ot contient au moins trente statues de Gaouatama^ , en terre cuite, en bois, en cuivre, en marbre, en albâtre, la plupart offrant encore des traces de dorure, variant entre un et trois pieds six pouces de proportion. Ce personnage est constamment représenté à l'état de divinisation, assis dans la posture de l'extase, la tête surmontée du tubercule caractéristique et les cheveux annelés^ à moitié nu et la main droite pendante, tel qu'on le voit figuré sur les planches de Pallas (Samuel, Hist. nachr., u. s. w., t. II, pi. II, fig. 1), et de M. Hodgson {Tranmct. of theR. Asiat. Society, t. II, pi. II, tig. a et 2). Les statues qui se répètent les unes les autres, sauf les différences de matière et de dimension, et qui sont aussi semblables à celle que possède la Société Asiatique de Paris, montrent la constance des Bouddhistes dans leur attachement aux types qu'ils ont adoptés. Deux seulement portent des inscriptions, l'une en barman et l'autre en bengali. Des figurines en bronze ou en plomb appartiennent à d'autres divinités, saints ou agents secondaires. Nous avons distingué un petit groupe que le voyageur regarde comme plus rare que les autres, et qui représente huit divinités assistant à la naissance de Shakia. Nous avons vu aussi avec intérêt un assez grand bas-relief en terre cuite, d'un travail barman, qui doit avoir servi de couronnement à la porte d'un temple et dans lequel deux lions peints de couleur rouge et dans l'attitude du repos, et séparés par une Jtige d'ananas, , composent un ensemble qui rappelle des monumens religieux célèbres de l'Asie occidentale.

Nous passons à une classe d'objets qui n'ont pas un rapport immédiat aux idées religieuses. Au premier rang nous devons placer des figures représentant des personnages Hindous des deux sexes, des hautes et des basses castes, dans le costume qui leur appartient. Les corps sont en terre cuite et les vêtemens en

1) Le texte imprimé porte Gaonatuma. C'est évidemment une faute typographique. Le Bouddha birman est désigné dans les travaux spéciaux dont il a été l'objet sous le nom de Gaitfnma. Cf. Bigandet, The life of the Gautama Piuddha. {Journ. of the Ind. Archipel.) — Etc. (E. H.)

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étoffes réelles. Le but qu'on s'est proposé est de rendre plus exactement qu'on ne le pourrait, à l'aide des meilleures figures, l'habillement, le teint, les traits du visage et toute la constitution physique des diverses classes d'Hindous. On y a réussi d'une manière qui rend ces figures très intéressantes à étudier sous le point de vue des races humaines. Plusieurs sont exécutées avec une rare perfection, et pourtant sont l'ouvrage des Hindous de Kishnagore', qui, depuis quinze ans seulement, se sont mis à exécuter ce genre de travail.

Après ces figures, il faudrait énumérerles produits de l'industrie des Hindous, tels que poterie, ustensiles de ménage, armes, instrumens de musique, étoffes, meubles ; mais le détail nous entraînerait trop loin et répondrait mal à l'intention de l'Académie. Il suffira de dire que l'étude de ces différens objets pourrait jeter beaucoup de jour sur l'histoire des usages et des habitudes de plusieurs nations orientales : car le voyageur a réuni des matériaux du même genre, quoiqu'en nombre moins considérable, pour la Chine, le Thibet et le pays des Cafres.

Les détails qui précèdent, quelque succincts qu'ils soient, suffiront peut-être pour donner à l'Académie une idée des collections de M. Lamare-Picquot. Dans ce cas, la mission qu'elle a bien voulu nous confier serait remplie et nous n'aurions aucune conclusion à prendre à la suite d'un rapport purement descriptif.

La Compagnie serait en état d'apprécier le degré d'intérêt et le genre particulier d'utilité qui peut résulter pour les connaissances qu'elle cultive de l'étude directe des objets qui composent ces collections. Il est certain qu'on y peut puiser immédiatement un genre d'instruction que ne présentent pas toujours les meilleures relations des voyageurs. Il y a aussi un point de vue qu'il nous sera permis d'indiquer. L'inspection de certains objets tenant aux cultes ou aux coutumes nationales peut souvent servir à faire mieux entendre le texte des auteurs qui contiennent des

1) Krishnagar (Bengale). — Cf. E.-T. Hamy, Études ethnographiques et archéologiques sur l'Exposition coloniale et indienne de Londres. {Rev. d'Ethnogr., t. Vf, p. 188, etc.) (E. H.)

allusions détournées et quelquefois difficiles à saisir, quand on ne connaît que par les descriptions, les choses auxquelles ces allusions s'appliquent. C'est, entre plusieurs autres, une des raisons qui doivent faire désirer qu'on s'occupe enfin d'établir à Paris, ce qui existe à Pétersbourg et dans plusieurs villes savantes de l'Allemagne, un musée ethnographique où puissent être réunis tous les objets, de quelque nature qu'ils soient, qui peuvent servir à jeter du jour sur les usages, les habitudes, les procédés des arts, des nations du globe où la civilisation européenne n'a pas encore étouffé les restes des civilisations indigènes. Un des motifs qui ont engagé M. Lamare-Picquot à commencer sa collection, c'est que, durant son séjour à Paris, il n'avait vu dans nos musées aucun des objets d'antiquité qui l'avaient frappé à son premier voyage en Orient. Il existe pourtant beaucoup de matériaux de cette espèce dans différentes collections ; mais ils ne forment pas d'ensemble et ne sont nullement disposés pour l'étude. C'est une lacune qui existe encore dans nos établissemens scientifiques. Il y a^ chez M. Lamare- Picquot, beaucoup d'objets qui pourraient aider à la combler.

Nous avons l'honneur de proposer à l'Académie de remercier M. Lamare-Picquot de la communication qu'il lui a faite; de lui exprimer l'intérêt qu'inspirent les efforts qu'il a tentés pour accroître les connaissances relatives aux religions et aux usages de l'Inde, et de l'inviter, dans le cas où il visiterait de nouveau les mêmes contrées, à continuer des recherches qui peuvent amener d'utiles résultats.

Signé : Quatremère ; Félix Lajard ; Abel Rémusat,

Rapporteur.

L'Académie adopte les conclusions de ce rapport.

Certifié conforme :

Le Secrétaire perpétuel,

Dacier.

8 avril 1831.

N» XXII SOCIÉTÉ ASL\TIOUE

RAPPORT

FAIT AU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE SUR LA COLLECTION d'aNTIQUITÉS INDIENNES

De M. Lamare-Picquot.

Vous avez chargé une commission formée de MM. J. Mohl, Slahl et de moi^, de vous faire un rapport sur la collection d'antiquités indiennes rapportées récemment par M. Lamare-Picquot. Je viens, au nom de cette commission, vous exposer les résultats de l'examen auquel elle s'est livrée.

La collection de M. Lamare-Picquot se compose d'un nombre considérable d'objets relatifs aux deux religions les plus célèbres de l'Asie Orientale, le brahmanisme et le bouddhisme ; d'ustensiles et de meubles divers destinés aux usages religieux et domestiques chez les Hindous, enfin d'une série de staluetles représentant des individus appartenant aux castes diverses qui habitent le Bengale. M. Lamare-Picquot, que plusieurs voyages dans l'Inde avaient familiarisé avec les usages de ce pays, fut frappé, pendant son séjour en France, en 1825, de l'absence d'un dépôt scientifique où se trouvassent réunis les monumens religieux des Hindous et les objets de tout genre propres à jeter du jour sur leurs coutumes et le caractère de leur civilisation. Il conçut, dès lors, le plan d'un nouveau voyage en Orient, dans le but de rassembler au Bengale et à la côte. de Coromandel tout ce qui lui paraîtrait de nature à satisfaire la curiosité qu'excitent, depuis plusieurs années, sur le continent, les usages religieux et domestiques des peuples de l'Inde. C'est à cette heureuse idée et au zèle avec lequel M. Lamare-Picquot Ta mise à exécution que l'on doit la réunion d'un très g-rand nombre d'objets dont l'ensemble éclaire d'une vive lumière les habitudes religieuses,

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les coutumes et en général la civilisation des peuples de l'Hindoustan.

De fréquens voyages et un séjour prolongé dans le Bengale et à la côte de Coromandel, avaient fourni à M. Lamare-Picquot l'occasion d'assister aux principales cérémonies du culte brahmanique. Il s'attacha à recueillir les images des divinités que les Hindous exposent dans les grandes solennités religieuses, et qu'ils détruisent après qu'elles ont reçu leurs hommages. La réunion de ces divinités comprend plus de trente tableaux sur toile, sur bois, ou en terre cuite, représentant la triade indienne, Shiva couvert des cendres du Vibhoùti, plusieurs formes de Dourgâ, telles que KàHkâ et Djagaddhâtri, Vichnou et ses diverses incarnations, entre autres Krichna a.Yec Râd/iâ, Râma^ Balarâma^ plusieurs figures de Ganesha et de Dharmadeva, le dieu de la justice, spécialement adoré sous la forme d'un bœuf : la colleclion de M. Lamare-Picquot compte plusieurs Dharmadeva, parmi lesquels il en est un d'une vérité remarquable. Un nombre égal de statues en marbre, en terre cuite et en bois, reproduisent avec une grande exactitude ces mêmes dieux, et particulièrement le symbole mystérieux du Lingam sous des formes diverses. Mais de toutes les images des divinités indiennes, les plus frappantes, comme les plus variées, sont les petites figurines de bronze au nombre d'environ quarante, dont plusieurs se recommandent par leur antiquité. Les plus communes sont, comme on doit s'y attendre, celles de Ganesha et du Lingam. Indra y figure monté sur un éléphant richement orné; Krichna, Balarâma, Agtii, Pavana y sont répétés plusieurs fois; enfin, nous avons surtout remarqué un groupe de Narasinha avec sa Shakti ou son énergie femelle, qui est d^un très beau travail.

Au nombre des monumens religieux, il faut compter quatre pièces de bois hautes de plus de sept pieds, que l'on nomme au Bengale Berchokath ou bois dos funérailles. Ces espèces d'obélisques, à plusieurs étages, sont élevés par la piété filiale au souvenir d'un père ou d'un parent chéri. On les présente à la famille du défunt réunie dans un banquet funèbre; un brahmane les consacre et ils sont placés en terre auprès du Gange ou d'un

étang. Ils doivent rester debout pendant une année, temps supposé nécessaire pour que l'àme puisse parvenir au séjour des bienheureux. Le monument est soutenu par une divinité d'un ordre inférieur appelée Dotton (Devalâ?); deux éléphans ou deux tigres, entre lesquels est quelquefois sculptée une tète d'homme, supportent le second étage au milieu duquel est placé le taureau à bosse, image de Mrt/'m«f/cya; au-dessous s'élève la forme d'un temple, emblème du Kailàsa ou paradis de Shiva. M. Lamare-Picquot a, en même temps, cherché à se procurer quelques divinités adorées spécialementpar les castes inférieures. De ce nombre est la tète grossièrement sculptée d'un dieu révéré par les bûcherons qui le regardent comme leur protecteur contre les attaques des tigres. Elle a été trouvée dans les îles boisées des Sunderbunds. Ce n'est pas la pièce la moins curieuse de la collection, et il faut savoir gré à M. Lamare-Picquot de n'avoir pas négligé cette divinité rustique pour les représentations plus brillantes et plus connues du culte des Brahmanes. Elle peut donner une idée des dieux des castes presque sauvages, dont les usages et les mœurs échappent trop souvent aux observations des voyageurs.

La réunion des vases et objets de tout genre, employés dans les sacrifices et dans les cérémonies religieuses des Brahmanes, forme une des parties les plus variées de la collection de M. Lamare-Picquot. On y remarque les vases de formes diverses qu'ils emploient pour leurs ablutions dans le Gange et dans les étangs consacrés, tels que les Kamandalou pour puiser l'eau, d'autres vases en terre pour le culte, dont plusieurs rappellent le Yoni et sont consacrés à Vkhion, des Sh^ouva ou cuillères pour verser le beurre clarifié , avec des manches surmontés du serpent Shecha; des boites à parfums en cuivre ciselées avec soin ; des cassolettes également en cuivre pour brûler le camphre devant les statues des dieux; enfin, des lampes de toutes grandeurs en cuivre et en terre. Plus de vingt modèles en plâtre et en brique reproduisent les temples les plus célèbres du Bengale et de la côte de Coromandel; divers objets de l'adoration populaire, tels que le Limjam et Krichna, sont placés sous des Mandapas ou

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petits temples en cuivre d'un travail curieux. Toutes ces pièces très nombreuses, et qui presque toutes sont fort bien conservées, ont le mérite de donner des notions précieuses sur les cérémonies des Brahmanes, et, en voyant ces lampes, ces vases, ces boîtes à parfum, on peut se faire de la nature et des détails de ces cérémonies une idée bien plus exacte qu'enlisant les descriptions minutieuses des voyageurs.

La partie de la collection de M. Lamare-Picquot qui est relative au culte de Bouddha, quoique moins variée peut-être, n'offre pas moins d'intérêt; elle se compose de plus de cinquante statues de grandeurs et de matières diverses. La plus belle n'a pas moins de trois pieds et demi de haut. Les statues sont en marbre, en albâtre, en bois de tek doré ou recouvert d'un vernis noir. Une seule est de cuivre, et il y a lieu de croire qu'elle représente ou un personnage de la triade bouddhique, ou quelque Bodhisattva, car la richesse des ornemens dont elle est chargée contraste avec la simplicité des autres Bouddha. Plus de vingt-cinq statues en pierre et en bois doré ou argenté et un nombre égal de figurines en cuivre reproduisent le même personnage divin, assis dans l'attitude d'une méditation profonde; il en est une qui représente le dieu les mains jointes dans la position appelée Kritândjali. Parmi les pièces en cuivre nous avons remarqué deux morceaux fort intéressans et tout à fait neufs ; l'un représente la naissance de Shâkija entouré de huit divinités gardiennes des huit points du monde, et l'autre Bouddha assis sous l'arbre Shâla, dont le feuillage est artistcment figuré. Deux morceaux non moins curieux et très anciens passent pour l'image de Mahàmài/â, la mère de Shâkya. Quoique le temps ait fait disparaître les signes distinctifs auxquels on pourrait reconnaître cette divinité, on peut, avec certitude, la rattacher au culte de Bouddha. C'est aussi à cette religion qu'il faut rapporter le bas-relief représentant l'animal fabuleux nommé Rankos^ que les Tibétains et les Barmans révèrent comme le protecteur des temples de Bouddha. Ce bas-relief, sculpté avec soin, représente deux de ces animaux ailés enlacés dans les feuilles d'un ananas dont le fruit les sépare.

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