‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 45 sur 99 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Pétitions de Lamare-Picquot. — Recommandation du député Bodin. Nouvelle lettre de Jomard en faveur du dépôt ethnographique.

N" XLU

Pans, le 2 février 1832.

A Monsieur le comte d'Argout^ ministre du Commerce et des Travaux publics.

Monsieur le Ministre, J'ai été informé, il y a deux mois environ, par MM. les membres de la Commission ethnographique que, dans un rapport qu'elle venait de mettre sous vos yeux, il avait été question de la collection dont j'ai déjà eu Thonneur de vous entretenir par Tune de mes précédentes*. Sur l'invitation de son président, M. le baron Cuvier, et sur celle du commissaire rapporteur, M. Abel Rémusat, je me suis fait un devoir de me rendre aux observations de ces Messieurs, et de différer toute démarche jusqu'à ce que les affaires de la liste civile et celle du budget fussent terminées. J'ai donc attendu, Monsieur le Ministre, parce que j'ai compris que ces occupations d'une urgente utilité empêchaient de prendre en considération ma spécialité, mais aujourd'hui, Monsieur, que Tune de ces grandes affaires est terminée, que l'autre doit incessamment prendre fin, j'ose me permettre de vous renouveler tout le désir où je suis d'apprendre qu'il y ait une détermination de prise à mon égard.

1) J'ai déjà dit que la première pétition de Lamare-Picquot n'avait pas été retrouvée. Ce passage indique que d'autres pièces encore manquent à la correspondance de ce voyageur avec le ministre. (E. H.)

Veuillez encore me permettre de vous dire, Monsieur le Ministre, combien est grand le sacrifice que je fais de prolonger ainsi mon séjour à Paris, qu'il y a long-temps que j'ai refusé les propositions qui m'ont été faites pour l'étranger, parce que j'ai toujours mis la plus grande importance à ce que ces monumens restassent aux musées des Francs (à part, daignez m'en croire, tout intérêt spécial ou personnel), attendu qu'ils ne possèdent aucun de ces objets rares et précieux, qui en font le sujet, qu'une circonstance heureuse a fait tomber à vil prix entre mes mains et dont je fais jouir le gouvernement, considérant toujours comme un premier devoir de citoyen celui qui fait pour la chose publique. Oui, Monsieur le Ministre, ce serait avec une extrême répugnance, malgré que mes intérêts y gagnassent beaucoup, que je me verrais forcé d'en venir à cette extrémité. Les hautes capacités, les amis des sciences en France, partagent mon inquiétude ; mais j'ose croire, malgré la position difficile oii se trouve momentanément le gouvernement du Roi, que les sommités du pouvoir, amis des sciences et des études sérieuses, ne laisseront point périr les vœux que fit un grand génie pour la science en France.

Napoléon disait un jour au Muséum d'Histoire naturelle : « Je veux que cet endroit soit le lieu le plus attrayant pour les étrangers savans qui seront à Paris. Je veux qu'ils y viennent pour y voir et admirer un peuple dans son amour pour les sciences et pour les arts. Le Muséum d'Histoire naturelle doit être ce que sera aussi le Muséum des tableaux et des statues, ainsi que celui des monumens antiques. Paris doit être la première ville du monde: si Dieu m'accorde une assez longue vie, je veux qu'il devienne la capitale de l'univers par l'ascendant de la science et du pouvoir. » [Méynoires de la duchesse d'Abrantès, t. IV, p. 156.)

Certes, les vues de ce grand homme sont en partie accomplies, quant au Muséum d'Histoire naturelle qui surpasse en richesse ce que l'Europe savante possède en ce genre ; mais. Monsieur le Ministre, il y a beaucoup à faire pour arriver à ce but de perfection, pour les sciences archéologiques et ethnographiques des peuples de l'Asie, en deçà et au-delà du Gange et du Thibet : on

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sait enfin que les musées de Sa Majesté ne possèdent rien en ce genre. Il y a cependant moyen d'y parvenir, Monsieur le Ministre, quand des matériaux précieux sont sous les yeux et à ladispoposition de Votre Excellence, après surtout qu'ils ont été considérés par les premiers corps savans de la capitale, comme les premiers monumens en ce genre que la France ait vus arriver dans son sein par les soins et les recherches dun citoyen non assisté de son gouvernement.

Si je ne craignais d'être indiscret, Monsieur le Ministre, j'oserais vous demander l'insertion au Moniteur du rapport qui vous a été fait par la Commission ethnographique ; la France savante serait véritablement heureuse de cette sollicitude de votre part pour les sciences, et ce document, publié officiellement, vous offrirait ultérieurement vis-à-vis de Sa Majesté et des mandataires à la tribune, les moyens d'arriver au but que vous vous proposez, qui est d'ajouter chaque jour à la gloire du monarque et à celle de la patrie*.

C'est dans cet espoir. Monsieur le Ministre, que je suis "Votre très-obéissant serviteur,

Lamare-Picquot, Hôtel de Rouen, cours du Commerce, n* 2.

1) Une note au crayon indique sur la pièce la réponse à faire au pélitionnaire « dans le sens de la lettre du mois de décembre» (Voir plus haut, n» XLI). Une autre annotation relative au rapport d'Abel Rémusat est ainsi conçue {rapport trop long, on ne pourrait l'imprimer). Il n'a point, en effet, été inséré au Moniteur, comme le demandait Lamare-Picquot, et c'est dans le Bulletin de la SociHé de géographie de Paris pour 1836 que j'ai trouvé le texte inséré plus haut sous le n- XXXVII.

J'ai rencontré dans les archives du Ministère de l'Instruction publique quatre autres pièces émanées de Lamare-Picquot, qu'il suffira d'analyser brièvement :

1' Lettre adressée à Kéralry à la date du 25 novembre 1832. Après avoir rappelé la protection dont l'honorait Cuvier, les rapports consacrés à ses collections par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie des sciences, la Société asiatique et la Société de géographie, la constitution d'une commission spéciale appelée à donner son opinion au comte d'Argout sur la formation d'un Musée ethnographique, le signataire assure qu'il n'a jamais demandé qu'à rentrer « dans le simple remboursement des frais « où ses voyages l'ont entraîné, frais qu'une note détaillée, annexée à la pièce, fait d'ailleurs monter au total de 66,565 francs.

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