N» XLIII
Paris, 11 janvier 1833.
Monsieur le Ministre, Je prends la liberté d'appeler votre attention sur un projet d'établissement scientifique, dont votre esprit élevé saisira tout d'abord l'importance, et dont la fondation honorerait le gouvernement du Roi.
M. Lamare-Picquot, de retour, en 1830, d'un voyage dans les
Le signataire a attendu une solution que les agitations politiques, puis le choléra, ont fait ajourner. A la suite des émeutes des 5 et 6 juin il a quitté Paris pour rétablir sa santé devenue mauvaise. Il y trouve, au ministère, en rentrant, M. Guizot, dans les attributions duquel sont placées les sciences, etc. Il sollicite une audience qui lui est accordée pour le 21, mais, le 20, il est informé qu'il ait à s'adresser au chef du cabinet. Il craint de nouveaux retards et prie M. Kératry d'intervenir. Sa situation, « qui est le résultat d'un long dévouement pour la science depuis plus de sept ans », est devenue difficile, et ses moyens sont (( absorbés », soit par ses voyages, soit par son séjour prolonge' à Paris.
« En avril 1831, un agent me fit des propositions pour la Prusse, MM. Cuvier, Jomard et Rémusat, auxquels j'en fis part alors, me dirent que je devais me considérer comme engagé avec l'administration. » Nouvelles propositions en mai 1832 du général russe Tcheffkine, agissant au nom de son gouvernement, é"-alement repoussées. « J'ose croire que le ministre du roi saura apprécier tant de sacrifices de ma part. »
2'' Pétition adressée le 7 janvier 1833 à Guizot, presque identique à la précédente. « A mon retour à Paris, en juin 1830, le baron Cuvier, prenant en considération les services qu'il pensait que je venais de rendre aux sciences zoologiques, archéologiques et ethnographiques..., m'offrit sa puissante protection, etc. » — Nous y trouvons seulement à mentionner le rôle actif joué par Lamare-Picquot dans la répression de l'émeute des 5 et 6 juin « où, fortuitement, j'ai été appelé par mes principes, à combattre, comme le prouve la pièce ci-jointe, l'anarchie pendant trente heures sans faire partie d'aucune légion. » Il se recommande, en terminant, de M. Le Carpentier, de Honfieur.
3» Lettre au ministre en date du 13 janvier, accompagnant l'envoi d'une lettre de recommandation du député Félix Bodin, datée du 11, et reproduite ci-après.
4° Lettre à Jomard, datée de Vienne, en Autriche, le 25 septembre 1838.
Lamare-Picquot, inspiré par le baron de Hammer, y a transporté ses objets; il y a trouvé la concurrence de la collection Hiigel. Rien ne se décide et, pour provoquer une solution, il s'est déterminé à une vente publique, annoncée pour
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Indes orientales et l'Afrique méridionale, entra en communication avec l'Académie des Sciences, celle des Belles-Lettres, les Sociétés Asiatique et de Géographie, et leur déclara que son but, en rentrant dans sa patrie, était de faire hommage aux musées du Roi, des monumens précieux et tout nouveaux pour la France, qu'il y apportait, ne demandant qu'à rentrer dans ses frais.
L'illustre Cuvier prit le plus vif intérêt à cette proposition. Quatre rapports favorables furent faits par les corps savans désignés ci-dessus ; puis un rapport fut rédigé par M. Abel Rémusat, au nom d'une commission spéciale, nommée par M. d'Argout et présidée par M. Cuvier.
L'irruption du choléra détourna l'administration de cet objet.
Une ordonnance royale du 30 mars 1828 a décidé la création d'un Musée ethnographique à Paris. Une vaste science, qui ne
le 26 juillet, mais qui n'a pas encore eu lieu. Le marquis de Saint-Aulaire est venu visiter son cabinet et a engagé Lamare-Picquot à renouer des négociations avec le gouvernement français. Il prie Jomard d'intervenir auprès du ministre Salvandy. Des achats heureux, à Londres, ont encore ajouté à l'importance de la collection.
Nous retrouvons plus tard Lamare-Picquot mentionné dans un rapport sur le concours fondé par le duc d'Orléans, en faveur du navigateur ou du voyageur dont les travaux géographiques auront procuré la découverte la plus utile à l'agriculture, à l'industrie ou à l'humanité. Lamare-Picquot avait rapporté et fait éclore à Bourbon des œufs de vers à soie du Bengale. (Bull. Soc. géogr., 2e sér., t. XV, p. 236. 1841.) En 1847 il estde retour d'une mission scientifique en Amérique d'où il a apporté, entre autres choses, h psoralea esculenta {picquotiane) elïapios tuberosa, plantes farineuses alimentaires qu'il s'efforce de propager en Europe. Il obtient de l'Agriculture une autre mission qui se prolonge jusqu'en novembre 1848. On ne parle plus de lui après l'échec de la picquotiane. (Cf. Lamare-Picquot, Mémoire présenté à la Société nationale et centrale d'Agriculture sur la culture et V acclimation en France du psoralea esculenta {picquotiane) et sur sa végétation aux prairies du territoire de Vlowa [Amérique septentrionale), suivi de quelques réflexions concernant cette plante. Paris, PiUoy, s. d., br. in-8 de 7 p.). — Cf. Moniteur du 22 mars 1849; Comptes Rend. Acad. se, t. XXVI, p. 326, 13 mars 1848 ; t. XXVIII, 11 juin 1849. — Rapport sur un mémoire de M. Lamare-Picquot, relatif aux résultats scientifiques de son dernier voyage dans l'Amérique septentrionale et à l'introduction en France de deux plantes alimentaires, la psoralea esculenta et /'apios tuberosa. Commissaires : MM. Cordier, Payen, Charles Gaudichaud. (Séance du 11 juin 1849.)
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fait que de naître, recevrait un puissant secours d'une telle fondation. Vous savez, Monsieur le minisire, que plusieurs capitales de l'Europe, et notamment La Haye, possèdent de curieuses collections de ce genre. Notre Musée égyptien, et même nos belles collections d'antiquités, seraient, à vrai dire, des annexes à un grand ensemble d'exhibitions ethnographiques, où les curieux monumens, offerts par M. Lamare-Picquot, représenteraient une des plus antiques civilisations du globe.
.Je sais bien, Monsieur le ministre, qu'un grand obstacle à l'accomplissement d'un tel projet, est la dépense qu'il nécessiterait, mais je suis bien sur également que cet obstacle est le seul et qu'il sera levé s'il ne dépend que de vous.
Recevez, Monsieur le ministre, l'assurance de ma haute considération.
Félix Bodin,
Député'.