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BIBLIOTHÈQUE ROYALE
Paris, le 11 avril 1833.
Le directeur-président du Conservatoire de la Bibliothèque royale. Monsieur le ministre,
Dans une précédente lettre, vous m'avez annoncé que M. le ministre de la Marine vous avait écrit pour réclamer certains objets, relatifs à l'ethnographie, qu'avant la Révolution le ministre de la Marine avait fait déposer, faute de place, à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève et au Musée d'Histoire naturelle. Maintenant que, de concert avec la liste civile, il réunit au Louvre un Musée naval et ethnographique, il désire ravoir ces objets dispersés.,
Par votre dernière lettre, en date du 11 courant, vous m'annoncez que les administrateurs du Musée d'Histoire naturelle déclarent avoir fait remettre à la Bibliothèque royale tous les objets de ce genre qu'ils possédaient et comme ceux que contenait la Bibliothèque de Sainte-Geneviève ont également passé dans la bibliothèque royale ; il s'ensuit que c'est en définitive à cet établissement seul que s'adresse la réclamation de M. le ministre de la Marine.
Il résulte des recherches que j'ai faites à ce sujet :
1° Que parmi les curiosités et antiques, provenant de laBibliothÎ3que Sainte-Geneviève, déposés à la Bibliothèque nationale, en ventôse an V, il y a une vingtaine d'objets ethnofjraphiques^ qui peuvent avoir l'origine dont parle M. le ministre de la Marine.
2° Que les objets de même genre, remis par le Musée d'Histoire naturelle, en thermidor et fructidor an Y (il y a trente-six et non pas six ans)^ sont au nombre d'environ une centaine.
Ce serait donc environ cent vingt objets qu'il faudrait que la bibliothèque restituât au ministre de la Marine, si son droit de propriété était bien établi.
On peut faire à ce sujet plus d'une observation.
D'abord, c'est au Ministère de la Marine à prouver que les objets ethnographiques., qui de la Bibliothèque Sainte-Geneviève et du Musée d'Histoire naturelle, ont passé dans notre bibliothèque, provenaient réellement de dépôts qu'il avait faits. Tous bien certainement n'en provenaient pas, quelques-uns peuvent y être entrés à d'autres titres. C'est donc un départ à faire.
En second lieu, ce départ étant fait, il faut prouver que les objets ont été mis à Sainte-Geneviève, à titre de dépôt, faute de place, et non à titre de don pur et simple ; auquel cas ce ministère n'aurait rien à réclamer.
En troisième lieu, dans l'hypothèse du simple dépôt, il y aura à examiner si le décret qui ordonne la translation de ces objets à la Bibliothèque royale, n'a pas annulé toute réserve antérieure de propriété, et n'a pas entendu donner à ces objets le caractère de don, car la bibliothèque ne reçoit rien à titre de dépôt. Tout ce qui y entre devient propriété publique.
Telles sont les recherches à faire et les difficultés à résoudre, que la demande de M. le ministre de la Marine paraît nécessiter. Je les soumets à votre sagesse, Monsieur le ministre, d'après le vœu du Conservatoire, afin que sa garantie soit parfaitement à couvert, si la remise des objets en question était exigée.
Je suis, avec respect. Monsieur le ministre, votre très humble
et très obéissant serviteur.
Letronne.
DU MUSÉE d'ethnographie 205