N°LX
2e DIVISIO.N MINISTÈRE DE LINSTRUCïION PUBLIQUE
!»■• Bureau. Pans, le 8 octobre 1838.
NOTE POUR M. LE MINISTRE
M. Jomard, dans une note^ que j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux, en rappelant à votre attention le projet d'établissement d'un Musée ethnographique auprès du département des plans, estampes et cartes géographiques de la Bibliothèque royale, vous propose. Monsieur le ministre, d'acquérir une série de collections qu'il indique et dont le prix s'élèverait à 80 ou
1) Je n'ai point retrouvé l'original de cette note, écrite probablement à la suite de la démarche faite auprès de Jomard par Lamare-Picquot, le 28 septembre 1838, mais je rencontre, annexée à la pièce ci-dessus, la copie d'une lettre de Toulouzan avec lequel nous avons vu Jomard en correspondance dès 1831, Cette lettre est relative à la collection sino-japonaise de M. Giniez, que Garcin de Tassy était venu récemment visiter. « Il l'a trouvée bien supérieure à ce qu'il croyait, dit Toulouzan ; elle occupe deux immenses salles, et encore y a-l-il encombrement. Il a été convenu que je donnerai un sommaire du catalogue à M. de Tassy pour vous être remis; ce sommaire sera fini sous peu de jours (*) et il suffira pour vous donner une idée juste de l'importance de cette belle collection. D'ailleurs, M. de Tassy l'ayant vu lui-raème, pourra vous renseigner exactement. Ce dernier m'a dit que vous désiriez savoir en gros à quelle somme M. Giniez porte sa collection, je puis vous dirg^u'à 100,000 francs elle ne serait pas payée sa valeur. Outre la suite du petit au grand, de la chaumière au palais, qui a le mérite rare de faire apparaître, en quelque sorte,
(*) J'eu ai suus les yeux uu eienaplaire autograpliié (E. H.).
90 mille francs. Il ajoute que sept grandes armoires suffiraient et que leur confection coûterait 3,000 francs environ. Du reste l'emplacement existe^ les employés actuels seraient chargés de ce surcroît de travail, sans qu'aucune augmentation de personnel fût nécessaire.
L'acquisition des collections proposées doit être ajournée, selon mon avis, Monsieur le ministre. Mais il existe dans les étages supérieurs de la Bibliothèque royale un assez grand nombre d'objets d'arts, qui s'y trouvent sans destination et qui pourraient former le noyau d'une collection ethnographique; c'est dans ce sens que je vous propose, Monsieur le ministre, d'écrire à M. Jomard, en l'invitant en même temps à examiner si, pour l'année 1839 au moins, il ne serait pas possible de trouver
à nos yeux, l'état social des Chinois et des Japonais, il y a dans cette collection un grand nonabre d'objets précieux et tout à fait inédits.
« M. de Tassy, continue l'auteur de la lettre, m'a dit que peut-être certains de ces objets, principalement dans les vernis laqués, ne vous paraîtraient pas nécessaires dans la collection ethnographique que vous voulez former; d'autant, ajoute-t-il, que ces objets sont précisément d'une grande valeur. Là dessus, je dois vous dire d'abord qu'il n'y a pas deux objets semblables. M. Giniez a cherché à remplir tous les vides et à compléter chaque article, cette suite est un des plus grands mérites de la collection, mais si c'est la considération du prix qui vous retient, il sera facile à M. Giniez de se défaire très avantageusement des articles que vous ne voudrez pas, car s'il avait voulu vendre en détail, il aurait retiré plus que ce qu'il demande de la totalité. Mais M. Giniez n'est pas marchand dans cette affaire; il veut rentrer dans ses débours et avoir la satisfaction que sa collection reste à son pays. Il est intéressé dans une des premières maisons de Batavia, qui continue d'acheter pour son compte tout ce qui peut enrichir de plus en plus sa collection. C'est une passion qu'il a ; il la satisfait à grands frais, pensant être utile à son pays. Du reste il laissera toute latitude sur le mode de payement et sur les échéances pourvu qu'il ait des garanties; il est disposé à prendre avec vous les engagemens qu'il vous plaira. Il se chargera encore de faire rendre les objets à Paris et de les déballer lui-même ; car c'est un homme unique pour ces sortes de soins, et c'est étonnant de voir comment tant d'objets précieux et fragiles ont pu être si bien conservés.
« Il importe, termine Toulouzan, que vous preniez une détermination. Le prince Demidof est entré en négociation ; la ville de Toulouse fait des démarches : à Marseille aussi on parait disposé à prendre des arrangemens. M. Giniez n'est pas pressé; il se débarrassera même à regret de sa collection ; mais pourtant il se fait vieux et il tient à savoir si vous pouvez mener cette affaire à sa fin.»
DF MUSÉE d'ethnographie 219
les 3,000 francs nécessaires, soit sur les 117,000 francs, dont se compose le crédit du matériel de la Bibliothèque, soit sur les 150.000 francs pour lesquels est compris le département des estampes et des cartes dans l'annuité extraordinaire portée au
budget de l'exercice indiqué.
F. Ravaisson.