‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 72 sur 99 · S2 LES ORIGINES · texte numérisé non relu

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de lear caractère physiog-nomonique et de leur état social : c'est ce que l'on commence à faire chez presque toutes les nations de l'Europe. Il est maintenant peu de voyages où cette étude ne soit recommandée. En Allemagne, en Angleterre, en Russie comme en France, les déterminations géographiques et l'histoire naturelle ne sont plus le seul objet des instructions données aux voyageurs, et Ton y ajoute des questions spéciales sur l'homme et son état physique. L'objet de cette sorte de recherches est désigné par les mots d'Ethnographie et d'Ethnologie. Après tout, n'est-ce pas le but final que l'on doit se proposer dans la description de la terre habitable ? Les relations d'échange que nous avons ouvertes ou que nous voulons ouvrir sur tous les points du globe, la pensée civilisatrice dont l'Europe chrétienne est animée et préoccupée, le plan conçu d'arriver graduellement à la diffusion générale de la civilisation, des lumières, quels que soient la nature, le caractère et la couleur des races ; ces nobles vues, ces desseins si louables, ne reposent-ils pas sur la connaissance approfondie de toutes les différentes peuplades, et de leur état moral et physique ? N'est-ce pas enfin marcher à l'accomplissement de la destinée humaine?

Mais quand on ne porterait pas l'ambition si loin, quand ces projets seraient de pures utopies, n'y a-t-il pas encore là, pour l'esprit et l'intelligence, un noble aliment à notre curiosité ? Le rapprochement complet et la comparaison de tous les points de vue sous lesquels peut être envisagé l'homme actuel, dans tous les climats, ne peuvent manquer d'éclairer l'histoire du passé. Bien des problèmes historiques ne pourront être résolus, ou même abordés, qu'avec la connaissance parfaite de ces anciennes tribus que le temps a peu modifiées, soit sous le rapport de la constitution physique, soit enfin sous l'aspect des usages, des mœurs et des institutions. L'histoire est donc intéressée, comme les sciences philosophiques et les sciences naturelles, au progrès des études ethnographiques.

Dans le principe de ces études, on s'est occupé uniquement des idiomes, et l'on a même classé les différentes races d'après les langues dont elles font usage. Autant de langues et d'idiomes,

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disait-on, autant de groupes de la famille humaine ; on a reconnu, depuis, qu'il était indispensable d'étendre l'acception du terme d'Ethnographie appliqué à cette étude, l'étymologie du mot en faisant d'ailleurs une loi. Nous pensons en avoir donné plus haut une définition suffisante, et nous revenons à l'objet spécial qui fait le sujet principal de cet essai.

Les œuvres de la main de l'homme, attentivement considérées, peuvent souvent nous révéler ce qui a échappé à l'histoire, ou bien n'a pas été conservé par la tradition : je veux dire le but de leur composition, l'objet que leurs auteurs se sont proposé, les moyens même dont ils ont fait usage pour les exécuter. C'est ainsi que par l'étude réfléchie et persévérante des monuments de l'antiquité, on peut deviner les secrets de son architecture. Il est même permis de dire que toute science peut être comprise, appréciée et jugée par ses productions : ce principe^ que je crois général, est surtout applicable à la science ethnographique.

L'histoire a gardé le plus complet silence sur les arts et l'industrie d'une multitude de peuples, et la plupart, d'ailleurs, sont restés dépourvus d'historiens. Un grand nombre de ces nations ont toujours ignoré et ignorent encore l'écriture. Est-ce une raison pour renoncer à les étudier? Je ne le crois pas. Toutes ces peuplades, si peu civilisées, si grossières qu'elles soient, ont su travailler la pierre, le bois ou le métal. Toutes ont eu des outils, des instruments avec lesquels elles ont modifié les formes de la matière, suivant leurs nécessités, leurs goûts» leurs idées. Toutes ont soumis par force ou par adresse les divers êtres vivants de la création, et toutes ont agi sur la nature morte pour l'approprier à leurs besoins. Il est donc naturel et convenable, pour juger de leur aptitude et de leur industrie, de rassembler les objets sortis de leurs mains, et de comparer ces objets entre eux après les avoir disposés avec ordre, au moyen d'une classification scientifique. Bien plus : quantité de ces produits de l'industrie portent le reflet de l'intelligence des hommes dont ils sont l'ouvrage ; ils montrent quelle était chez eux la tournure de l'esprit et des idées, en même temps qu'ils font con-

naître matériellement leur dextérité plus ou moins ingénieuse. L'examen de ces objets peut donc servir au côté moral des études ethnographiques, comme à la connaissance de l'état des arts et de l'industrie. Par exemple, s'il est vrai que les idées religieuses ne sont étrangères à aucun des peuples de la terre, on doit désirer de connaître quelles sont les formes extérieures de leur culte, et par quelles images, par quels symboles de la nature, ils ont représenté la puissance divine.

Les hommes, même peu cultivés, se sont élevés à la considération du nombre et de l'espace ; de là les rudiments plus ou moins grossiers, ou imparfaits, de calcul ou de géométrie élémentaire. Des instruments leur ont servi à compter, peser, mesurer; il importe de les rassembler. Il est plusieurs de ces peuples qui, promenant leurs regards sur la voûte céleste, ont divisé la marche annuelle apparente du soleil, et donné des dénominations aux groupes d'étoiles ; et il en est aussi qui ont donné une forme, un corps à leurs idées sur ce sujet, et qui les ont figurées sur le bois ou sur la pierre. Tous ont possédé des jeux, et ont eu des instruments de musique : rien n'est plus général peut-être que la pratique des fêtes, des jeux, des danses, des cérémoîjies, des chants ; rien de plus universel que l'instinct musical : comme si, partout, l'homme avait besoin de chercher un adoucissement, un dédommagement à ses souffrances physiques et morales î Les instruments de ces jeux sont donc infiniment curieux à étudier, soit qu'ils n'aient eu pour but qu'un pur délassement, soit qu'ils supposent un certain esprit de combinaison ou de calcul numérique. Bien d'autres points, qui ^touchent au moral et à l'intelligence de l'homme, peuvent être connus et compris à l'aide des produits du travail de ses mains, méthodiquement réunis : tel est le double objet des Collections et musées ethnographiques.

Sous un autre aspect encore, et non moins utile, ces collections méritent d'être appréciées. On a des exemples de figures exécutées de la main des natifs, retraçant, comme on l'a dit, les nuances délicates de la physionomie, avec une finesse de travail faite pour surprendre chez des hommes étrangers aux

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arts de l'Europe. Le caractère distinctif des individus s'y reflète pour ainsi dire avec autant de fidélité que 'dans un miroir, et mieux même^ quand ces fig-ures sont de plein relief ou en rondebosse; avec le caractère physique, ces images semblent donner aussi l'expression, l'air du visage : on doit les étudier avec soin pour la connaissance des races.

Les progrès que fait sur le globe la civilisation chrétienne depuis un demi-siècle, par suite des guerres et des. expéditions de toute espèce, ont commencé à modifier profondément l'état social des peuples lointains: les mœurs, les usages, les instruments des arts et les ustensiles, tout jusqu'au langage, va s'altérant chaque jour davantage. Bientôt peut-être il ne sera plus temps de recueillir ces restes d'un passé qui disparaît et s'évanouit sans retour. 11 faut se hâter de rassembler ce qui subsiste encore '.

Une collection comme celle que je viens de définir, pour être utile à l'étude, doit, je le répète, être classée avec méthode et d'après un plan scientifique. Il faut que tous les pays y soient représentés, moins l'Europe civilisée bien entendu, moins aussi les autres contrées de la terre, gouvernées ou colonisées à l'européenne. — Il faut également que la collection renferme des spécimens de toutes les classes d'objets propres à peindre le degré d'avancement et l'état de l'industrie ; de manière que les pièces soient assujetties à une double classification, à la classification par matière et à la classification géographique. On va voir en détail » celle que j'ai cru devoir adopter et que je crois aussi pouvoir recommander comme tout à fait générale, comme susceptible d'admettre les objets de toute nature, rapportés et à rapporter par les voyageurs. La méthode est fondée à la fois sur l'ordre des besoins naturels de l'homme et sur le développement ordinaire des sociétés humaines. En étudiant une telle collection, depuis son commencement jusqu'à sa fin, l'on aurait

1) Voir : Considérations sur l'objet et les avantages d'une collection spéciale, consacrée aux cartes géographiques et aux diverses branches de la géographie. In-8. 1831, pages 18, 63 et suivantes.

2) Voyez ci-après, page 16.

SOUS les yeux un tableau successif et progressif de l'industrie de l'homme, depuis ses besoins les plus impérieux jusqu'aux développements du luxe.

En exposant ce plan de la classification, je dois rappeler que les productions naturelles, que tout ce qui n'est pas travaillé par la main de l'homme, en un mot, la nature brute, sont exclus de la collection, de même que tout ce qui est le produit de nos arts modernes : il n'est question ici que des œuvres de Tindustrie extra-européenne; ajoutons que pour être complète, la collection doit renfermer des dessins ou des modèles partout où les objets manquent, et aussi là où les originaux sont de trop grande dimension, par exemple s'il s'agit des navires, des machines et des appareils divers plus ou moins volumineux.

Si l'on réfléchit à l'essence d'une telle collection, l'on ne s'étonnera pas que le classement par ordre de matières précède l'ordre géographique. L'on possède, en effet, des objets appartenant à toutes les classes et à toutes les espèces ; mais on n'en a point de tous les pays de la terre. La collection sera donc divisée par nature d'objet, et sous-divisée par lieux. Cette double division est propre à prévenir la confusion ; sans elle, la collection pourrait ressembler à un chaos, ou à un magasin d'objets incohérents; inconvénient grave qui, sans doute, a contribué à retarder chez nous la formation d'un vrai musée de cette espèce, bien que l'utilité en soit incontestable'.

Les objets d'art étrangers, s'ils sont disposés dans un ordre méthodique et instructif, ne seront pas examinés sans fruit par les industriels, soit pour certains usages qui pourraient entrer dans notre économie domestique, soit pour les produits qui manquent à nos arts, soit pour la beauté des nuances tirées de certaines substances colorantes, etc. Il existe en Afrique, par exemple, des alliages ou plutôt des plaques longtemps restés inconnus à notre industrie. Je citerai encore un instrument qui a pour objet l'éducation physique, c'est-à-dire la gymnastique;

1) Jomard ajoutait tristemenl en reproduisant ce pHlit mémoire à la veille de sa mon (voir plus loin pièce no LXXV)- « Mais, on ne songe guère à ce Musée DE LA GÉOGRAPHIE ET DES VOYAGES, longtemps cspéré, Vainement attendu. »

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c'est lin arc en fer, d'environ deux mètres de long : la corde est aussi de fer ; c'est une chaîne très forte, et qu'il est extrêmement difficile de tendre et d'écarter de l'arc. Celui qui s'exerce avec cet instrument doit l'ouvrir assez pour laisser passage à la tête, aux bras ou aux jambes, et successivement; mais ce n'est qu'avec un assez grand cfîort musculaire qu'il peut en venir à bout, qu'il peut séparer suffisamment l'arc de la corde et prévenir le danger d'être serré comme dans un étau ; d'autres exercices du même genre se feront sans doute remarquer dans une collection complète.

II. Plan d'une classification ethnographique. Je passe maintenant à une indication un peu moins générale, mais très sommaire encore, des objets de la collection ethnographique, objets propres à faire apprécier le degré de civilisation des nations lointaines et des peuples situés en dehors de la civilisation européenne. On peut diviser en dix classes les pièces de la collection des objets travaillés de la main de l'homme. Ces classes sont les suivantes :

Classe P«. Images représentant la physionomie des indigènes. II. Objets et ustensiles propres à procurer la nourriture.

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