‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 8 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nomination d'une commission chargée d'étudier l'organisation définitive du Musée. — Plans irréalisables de Viollet-le-Duc. — Installation provisoire des collections au Trocadéro. — Bépartition des locaux disponibles du palais entre les Beaux-Arts et l'Instruction publique. — Commission du Musée d'Ethnographie. — Kapport au Ministre et vote des crédits par la Commission du budget. — Constitution définitive du Musée.

Le Musée d'Ethnographie gagnait tous les jours dans les esprits : on en comprenait de mieux en mieux le rôle à la fois scientifique et économique et nous eûmes bientôt des alliés aussi sûrs, des défenseurs aussi ardents dans le monde de la politique que dans le monde de la science. MM. Jules Ferry, Georges Perrin, Henri Martin, Brisson, Thulié^ etc., soutenaient notre entreprise avec le même dévouement que MM. H. Milne Edwards, YioUet-le-Duc ou Maunoir, et ils prirent tous une part active aux travaux de la commission organisée vers la fin de l'Exposition* pour étudier l'organisation définitive du musée (18 octobre 1878). Cette commission tint séance une première fois le vendredi 25 octobre sous la présidence de M. Bardoux, qui n'avait point cessé de témoigner la plus grande sympathie à l'institution nouvelle. Après une allocution du ministre, montrant l'urgence de la création d'un muséum ethnographique que devaient enrichir les nombreuses séries d'objets promis par lus nations étrangères présentes au Champ-de- Mars, M. de Watteville lut un projet préparé par ses soins et dont l'examen fut renvoyé à deux sous-commissions chargées d'examiner, l'une la question du local et l'autre la question budgétaire. La première de ces sous-commissions se réunit tout aussitôt pour étudier les questions qui lui étaient soumises et après une longue délibération, dont le procès-

1) Voy. Documents, pièce no LXXX.

verbal n'a pas été conservé, elle aboutit aux conclusions formulées dans le rapport de E. Viollet-le-Duc imprimé ci-après *.

Une deuxième séance eut lieu à l'Exposition le dimanche 27 octobre. La commission visita la salle des Missions scientifiques au Champ de Mars et divers locaux des sections étrangères contenant les principales choses offertes à l'Etat pour le nouveau muséum.

Une troisième fois on se réunit le mercredi 30 octobre ; je donnai lecture d'un rapport sur la visite de la commission à l'Exposition universelle, M. Viollet-le-Duc communiqua le résultat de ses études sur le local à affecter au futur musée et Ton renvoya au 13 novembre la discussion du projet de budget provisoire, établi par la seconde sous-commission ^

Il n'y eut plus d'autre séance ; le devis estimatif des travaux de toute nature à exécuter pour la conservation d'une partie du Palais du Champ de Mars, destinée à loger le musée dans les projets de Viollet-le-Duc, entraînait, suivant l'estimation de M. Hardy, une dépense de deux millions environ^, devant laquelle on dut reculer.

D'autre part les changements introduits dans la composition

1) Voy. Documents, pièce no LXXXI.

2) Voici les chiffres auxquels on s'était arrêté :

1 directeur Mémoire

1 bibliolhécaire id.

1 secrétaire agent-complable 3,500 fr,

1 commis 1,500

1 chef des collections scientiflques 3,500

1 sous-chef id. ... Mémoire pour la l'e année

1 chef d'atelier . 2,000

1 brigadier 1,500

5 gardiens (3 pour la 1" année) 3,600

Jetons de présence pour les démonstrateurs * (100 fr. par

démonstration) 10,000

Acquisitions et frais de transport Mémoire

Achat de vitrines id.

Total approximatif 25,600 fr,

') Le grand succès des conférences du Muséum provisoire avait engagé à en maintenir l'usage dans le Musée définitif en les rétribuant; c'était un véritable enseignement que l'on constituait ainsi à côté des collections. •

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du personnel administratif du ministère, en février 1879, venaient tout remettre en question.

Heureusement le ministre qui arrivait aux affaires, M. Jules Ferry, avait été membre actif de la commission du musée, auquel il s'intéressait et le nouveau chef de la division du secrétariat était M. Xavier Charmes, qui avait dirigé jusqu'au 15 décembre 1877 le service de l'Exposition au Ministère de l'Instruction publique, et pris, à ce titre d'abord, et ensuite comme chef de cabinet de M. Bardoux, une part fort active aux débuts de notre musée provisoire.

M. Charmes était absolument acquis à l'idée de fonder un grand musée d'ethnographie et il mit aussitôt au service de cette création toute son habileté administrative, toute son intelligente activité. Ne pouvant obtenir aucune partie des palais du Champ de Mars voués à la destruction, il concentra ses efforts sur le Trocadéro, que chacun désirait conserver et utiliser, et après d'interminables pourparlers avec l'Hôtel de Ville et les Finances, il obtint le décret du 13 octobre 1879 S qui affectait « exclusivement aux divers services du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux- Arts » le palais du Trocadéro et ses dépendances.

M. Landrin n'avait pas attendu le décret pour prendre possession. Chargé à titre officieux d'assurer provisoirement la conservation des collections étrangères données à la France à la suite de l'Exposition de 1878, M. Landrin, qui avait mis beaucoup de zèle à rassembler, pour M. de Watteville, ces dons plus ou moins exotiques, les avait peu à peu accumulés dans l'aile de l'est du palais, dite aile de Paris. Il avait utilisé les cloisons, demeurées en place, de l'Exposition rétrospective, pour faire des deux côtés de l'axe de la galerie tournante des espèces de chambres, entre lesquelles on distribuait les objets dans un ordre géographique^ au fur et à mesure qu'ils étaient apportés du Champ de Mars ou de la rue Surcouf.

Le décret du 13 octobre à peine paru, l'administration des Beaux-Arts, représentée par la Commission des monuments historiques, vint réclamer sa part des galeries à utiliser.

1) Voy. Documents, pièce n° LXXXII.

f)fi LES (II-, 1(11 NES

Pour pouvoir remonter tout entiers^ suivant les projets de Viollet-le-Duc, des portails ou des jubés, moulés sur les originaux, il ne fallait rien moins que ces galeries, où justement l'ethnographie se trouvait installée. Médiocrement larges, il est vrai, elles étaient relativement élevées, éclairées par le haut d'un jour favorable, et leur courbe, tout en se prêtant bien à des installations pittoresques, facilitait l'isolement perspectif des îaçades monumentales. De vastes parois pouvaient d'ailleurs recevoir des plâtres de très grandes dimensions, mais de relief médiocre^ comme sont la plupart des spécimens d'une galerie d'architecture et de sculpture comparées. M. Antonin Proust et ses collègues demandèrent donc et obtinrent sans trop de peine les locaux où s'étalait déjà le futur musée d'ethnographie, tandis qu'un arrêté du 24 novembre attribuait à cet établissement la propriété définitive des étages centraux du palais ^

Il fallut, une fois encore, heureusement la dernière, déménager les collections et c'est par euphémisme que je déclare ici que cette opération, dont je reconnais sans difficulté la convenance, et qui aurait dû se faire à l'amiable, ne fut pas conduite par Dusommerard, qui en était chargé, avec tous les égards que méritaient d'importantes collections appartenant à l'Etat. Des équipes de marins, mandées de Cherbourg, enlevèrent en quelques heures tout ce qui se trouvait amassé dansTa/Ze de Paris, et ces milliers de choses, portions de vitrines, panneaux garnis ou non, mannequins, objets de toute sorte, furent entassés dans le plus pittoresque désordre, en deux salles du premier étage, où j'ai mis de longs mois plus tard à débrouiller leur inextricable emmêlement.

L'arrêté du 24 novembre, qui assurait au musée ainsi déménagé un asile que personne ne pourrait plus lui disputer, avait été pris, sur la demande d'une commission d'organisation créée par M. Jules Ferry le 30 octobre précédent, sur la proposition de M. Xavier Charmes ^ Cette commission se composait de l'amiral

1) Voy. Documents, pièce n» LXXXIV.

2) Voy. Docummls, pièce n" LXXXIII.

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Paris, président; H. Milne Edwards, vice-président; Broca, Charton, Maunoir, G. Périn et de Quatrefages, membres, Hamy et Landrin, secrétaires. Elle n'a eu qu'un petit nombre de réunions, dans lesquelles elle a principalement étudié les modes de classement proposées à différentes époques pour le Musée d'Ethnographie et adopté les dispositions de l'article 2 de l'arrêté du 3 novembre 1877 qui avait imposé au Muséum des Missions un ordre géographique, tout en laissant certaines latitudes aux futurs conservateurs.

M. Charmes demanda en décembre un rapport sur l'état des collections que je fus chargé de rédiger et qui fut présenté au ministre le 26 janvier 1880. C'est ce travail, placé sous les yeux de la commission du budget, qui clôt la longue série des rapports relatifs à la création du Musée d'Ethnographie de Paris*.

Un projet de loi, annexé au procès-verbal de la séance de la Chambre des députés du 29 juin 1880, vint fixer le modeste budget du nouvel établissement % dont un arrêté du 19 juillet suivant nomma le personnel '.

Dernier venu de tous les musées de même ordre que possèdent la plupart des grandes villes de l'Europe, le Musée d'Ethnographie du Trocadéro avait fort à faire pour conquérir^ au milieu de ses émules, une place en rapport avec l'importance de la capitale, où il se trouvait institué. Il a fallu dix ans d'efforts continus pour arriver à ce résultat, que l'Exposition de 1889 a définitivement consacré. Les collections américaines, en particulier, sont maintenant parmi les plus riches du monde^ et c'est à les faire bien connaître que sera destiné le deuxième volume du Recueil spécial que j'inaugure aujourd'hui.

1) Voy. Documents, pièce n" LXXXV.

2) Ibid., pièce n» LXXXVI.

3)Ibid., pièce n» LXXXVII.

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