S2 LES ORIGINES
Le ministre a lancé sa proposition, sans y avoir bien réfléchi; il est fort embarrassé pour y répondre, La réalisation de ses projets est, dit-il, subordonnée à des éventualités... qu'il espère voir se présenter assez prochainement. . . et dont il compte avoir l'occasion d'entretenir le pétitionnaire!!!
En voilà pour huit ans encore.
On reparle alors une fois de plus de collections d'ethnographie, à propos de la création imminente du Musée des Antiquités nationales au château de Saint-Germain-en-Laye et Jomard reprend la plume pour recommander sa classification. Ses illusions se sont enfin évanouies ; il envoie en passant un triste adieu à « ce Musée de la géographie et des voyages, longtemps espéré, vainement attendu » '.
C'est son dernier effort, il meurt cinq mois après la publication de sa brochure (23 septembre 1862), et la collection d'antiquités et d'ethnographie, laissée à sa fille, devient, après quelques vicissitudes', la possession de M. S. Henry Berthoud, et de la ville de Douai (23 octobre 1866).
1) Jomard, Classification méthodique des produits de Vindustrie extra-européenne ou objets provenant de voyages lointains, suivie du plan delà classification d'une collection ethnographique complète, fragment lu à la Société d'Ethnographie le 12 avril 1852 (extr. en partie de la Rev. orient, et améric.). Paris, Challamel, 1862, br. in-8 (Voy. Documents, pièce n" LXXV).
2) Le catalogue de la collection Jomard fut imprimé en 1863 [Catalogue des objets d'antiquité et de la collection ethnographique de feu M. Jomard, membre de Vinstitut. Paris, Thunot, 1863, br. in-S). L'introduction de ce catalogue renfermait cette phrase : « Aujourd'hui dans l'impossibilité de conserver cette collection on serait heureux que l'acquisition qui en serait faite pût être un premier pas vers la réalisation de la pensée éminemment utile qui inspirait le savant aux soins duquel on en doit la formation. » La vente projetée n'eut pas lieu, et le legs fait en 1864 par M. Berthoud à la ville de Douai décida M. et M^^Boselli, héritiers de Jomard, à user de la même générosité. Ils se résolurent en 1866 à donner à cette ville la collection Jomard tout entière sous certaines conditions, dans le détail desquelles il n'est pas utile d'entrer ici (Cf. A. Cahier, Essai sur les Musées de Bouai, leurs origines, leurs bienfaiteurs. Douai, Crépin, 1869, br. in-8, p. 31-34). Absorbée dans le musée Berthoud, elle a été remise avec les collections formant ce musée à la ville de Douai, le 29 juin 1872. (Cf. Musée Berthoud. Inauguration du Musée fondé par M. S. Bmry Berthoud, 29 et 30 juin 1872. Discours et Conférence. Douai, Ceret, 1872, br. in-8.)
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L'ulilité, si bien comprise par Barthélémy de Courçay, dos rapprochements entre les choses de l'archéologie et de l'ethnographie, ne tarda pas à se manifester avec bien plus de force que jamais, lorsqu'on se mit à l'étude des collections primitives auxquelles se trouvait en grande partie destiné le nouvel établissement de Saint-Germain-en-Laye. Avec Boucher de Perthes et Lartel, il fallait, à chaque instant emprunter au matériel des sauvages modernes les commentaires des instruments les plus antiques, et l'impérial archéologue, qui s'intéressait si directement aux travaux d'installation du musée, séduit surtout par certaines comparaisons très curieuses que suggérait l'ethnographie néo-calédonienne, demanda un jour à Adrien de Longpérier d'étudier un projet de section ethnographique, pour la magnifique salle de Mars qu'il songeait à restaurera Longpérier voulut faire grand, il demanda un million, et les choses en restèrent là^
On reçut ou Ton acquit, en attendant, à titre d'objets de comparaisons, un certain nombre d'armes et d'ustensiles exotiques que M. Alex. Bertrand, conservateur du musée, a depuis lors envoyés au Trocadéro.
Les collections spéciales offertes à l'État à la suite de l'Exposition universelle de 1867 furent mises dans des magasins, notamment à Saint-Germain etau Muséum d'Histoire naturelle, où je les ai retrouvées depuis, et le Ministère de l'Instruction publique abandonna si complètement tout nouveau projet de musée spécial, qu'à diverses reprises, et notamment en 1874, des collections offertes par des correspondants étrangers ont été versées dans des cabinets de province ^
J'avais été chargé cette année-là, grâce à la bienveillante
1) La deslination du nouveau Musée est fixée dans un rapport du surintendant des Beaux-Arts en date du 14 juin 1863; la Commission d'organisation fut installée le 1" avril 1865, et l'inauguration eut lieu le 12 mai 1867. (Cf. S. Reinach, Description raisonnée du Musée de Saint-Germain-en-Laye. Paris, Didot, 1884, t. I, p. 12 et suiv.)-
2) C'est de de Longpérier lui-même que je tiens ces détails.
3) C'est ainsi que Douai possède les premiers envois faits au Ministère de l'Instruction publique par M. Harmsen, de Sumatra.
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intervention de M. deQuatrefages, d'aller étudier en Danemark, en Suède et en Norvège, l'organisation des musées d'anthropologie. Tout en consacrant une attention plus spéciale aux collections qui étaient le principal objet de mes recherches \ j'avais examiné de très près le magnifique Musée royal ethnographique de Copenhague et rapporté de mon voyage la conviction qu'il ne serait pas bien malaisé d'instituer chez nous quelque chose d'analogue, en combinant toutes les ressources dont on disposait à Paris.
Pour que la chose put réussir, il fallait bien se garder de proposer au gouvernement unQ fondation quelconque, toujours très onéreuse, et qui soulèverait, comme celles de Jomard, des conflits administratifs ou des compétitions personnelles. On avait au Louvre une collection spéciale, déjà fort belle; il fallait, à mon sens, en y joignant toutes les autres séries d'objets existant entre les mains de TÉtat, lui donner une incontestable importance, et le reste viendrait par surcroît. On reprenait d'ailleurs ainsi la tradition de Barthélémy, en juxtaposant de nouveau l'ethnographie et l'archéologie. Il est vrai que le Louvre étant surtout un musée d'art^ on pouvait craindre en y amenant toutl'ensemble des choses ethnographiques appartenant à l'Etat, que les collections utiles à l'histoire de l'art et aux comparaisons d'un intérêt purement esthétique, fassent seules l'objet des attentions d'une administration aussi spéciale que celle de la rue de Yalois. L'exemple du Musée égyptien était fait cependant pour calmer les appréhensions de cette nature; l'ethnographie avait conservé une très large place dans ce magnifique ensemble, sans que les collections artistiques aient jamais cherché à restreindre le développement des séries purement scientifiques. Il pourrait donc en être de même des autres collections exotiques dont le développement me paraissait désirable.
J'allai trouver M. de Chennevières, directeur des Beaux-Arts, et je lui communiquai mes idées. Il voulut bien en reconnaître la justesse, et me promit de s'intéresser à leur réalisation, non sans
1) Les résultats de ces iavestigations particulières sont consignés pour la plupart dans les Chronica eihnica.
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faire observer toutefois que le défaut de place était, à ses yeux, un obstacle majeur à l'agrandissement du Musée d'Ethnographie actuel. Il me rappella les mésaventures du Musée américain ouvert par Longpérier en 1850 dans une salle du rez-de-chaussée, de la cour d'honneur du Louvre, transporté dans un couloir du second étage, redescendant un instant dans une des grandes salles du premier que la dispersion de la collection Campana avait rendue disponible, et déménagée une quatrième fois dans un vestibule où le public ne pouvait plus le voir^ L'administration centrale n'était pour rien dans le délaissement systématique de cette remarquable collection^ mais elle pouvait craindre, de la part du Conservatoire qui l'avait toléré, de très grosses difficultés, si elle venait un jour ou l'autre proposer d'élargir le domaine de l'ethnographie, en y rattachant les antiquités du Nouveau-Monde et de l'Extrême-Orient. M. de Chennevières était dès lors fortement sollicité par quelques-uns de transporter aux Invalides le Musée de Marine avec ses annexes, afin de pouvoir exposer dans les galeries qu'occupent ces collections de nombreux dessins de maîtres demeurés en portefeuille et, par suite, ignorés des artistes et des amateurs...
M. de Chennevières atteignit l'honorariat (27 mai 1878), sans avoir pu rien faire pour le développement du Musée d'Ethnographie, et son successeur, M. Guillaume, s'en désintéressa.
Par bonheur, dans le même temps la direction des Sciences et Lettres au Ministère de l'Instruction publique, après s'être abandonnée à tel point qu'elle déposait en province les objets qui pouvaient lui parvenir % reprenait courage, grâce à des circonstances particulièrement favorables.
Un des voyageurs, envoyés en mission en Amérique par les
1) 11 a fini par venir se fondre dans le Musée du Trocadéro, grâce à l'active intervention de M. Héron de Villefosse, devenu conservateur des Antiques.
2) De novembre 1875 à décembre 1877 cent cinquante objets, envoyés par M. Harmsen, ont été expédiés à Douai par la direction des Sciences et des Lettres. Les pièces postérieurement offertes par M. Harmsen sont restées à Paris, et il en résulte celte situation bizarre que la collection généreusement donnée à lu France par ce savant hollandais est aujourd'hui coupée en deux.
soins de M. Oscar de Walteville, avait expédié, coup sur coup, des centaines d'objets plus ou moins précieux provenant pour la plupart d'anciennes sépultures péruviennes *. De même que Dombey, au dernier siècle, introduisait le premier les antiquités exotiques au Cabinet des médailles avec ses bijoux et ses poteries du Pérou, de même M. Ch. Wiener, en encombrant le Ministère de l'Instruction publique des collections énormes qu'il s'était procurées dans le même pays, vint fournir enfin dans des conditions exceptionnellement heureuses, l'occasion depuis si longtemps attendue des administrateurs et des hommes de science, de fonder dans la capitale un grand musée exotique.
La direction des Sciences et Lettres ne pouvait laisser à l'abandon les volumineux colis que M. Ch. Wiener lui faisait parvenir, pour ainsi dire de mois en mois, à la rue de Grenelle, et M. de Watteville, auquel les avances consenties par le commissaire générarde l'Exposition de 1878* assuraient quelque liberté, se décida, sur les instances du voyageur revenu à Paris en août 1877, à tenter une exposition particulière du Musée péruvien qu'il avait réuni. C'était un moyen d'interroger l'opinion; si la collection intéressait, on pourrait aviser aux moyens de faire plus tard quelque chose de durable.
M. Wiener fut mis en possession de la grande salle qui occupe l'angle N.-E. du premier étage du Palais de llndustrie, et onlui ouvrit, sur les fonds de l'Exposition, un crédit suffisant pour déballer et installer modestement ses envois ^ Aidé de son ami, M. E. Soldi, artiste de beaucoup de talent, qui avait fait une
1) J'ai relevé dans les archives du ministère, la mention de 86 caisses expédiées du Pérou par M. Wiener du 22 septembre 1876 au 3 septembre 1877. Huit de ces caisses renfermaient la colleclion d'anliquilés offerte au gouvernement par M. Quesnel, de Lima.
2) Cf. baron de Watleville, Rapport admiimtratif sur l'exposition spéciale du Ministère de Vlnstruclion publique à l'Exposition universelle de 1878. Paris, Hachette, 1886, br. in-8, p. 23.
3) Le rapport administratif, cité plus haut (p. 37 et 40) accuse au compte de M. Wiener 4,000 fr. d'indemnité, payés du 30 octobre 1877 au 18 mai 1878. Les dépenses totales occasionnées par ce missionnaire tant au Champ de Mars qu'au Palais de flnduslrie se sont élevées à 8,449 fr. 64 cent.
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étude spéciale des applications de la sculpture à l'ethnographie *, il put organiser rapidement des restitutions de grandeur naturelle des monuments les plus célèbres et des types les plus caractéristiques du Pérou et de la Bolivie. M. de Cetner lui donna le concours d'un pinceau alerte et expressif, et bientôt les collections archéologiques du voyageur se trouvaient au milieu d'un décor approprié qui les mettait très habilement en relief.
Les portiques de Huanuco Viejo, le monolithe de Tiahuanaco connu sous le nom de porte du soleil, la fontaine de Concacha, le siège de Villcas-Huaman, le monolithe de Chavin de Huantar, divers fragments d'architecture et de sculpture, et plusieurs modèles de tombeaux étaient reproduits en fac-similé, tandis qu'une suite de grandes toiles peintes représentaient les ruines de Paramonga, Pachacamac, Tarmatambo, etc., etc. Puis c'étaient des sculptures en bois, des objets en métal, vases, ustensiles, bijoux ou statuettes en or, en argent, en cuivre, etc., des céramiques très variées de la côte et de l'intérieur du pays, des tissus de toute espèce en fort grand nombre, des armes, des accessoires funéraires, des momies enfin et une longue suite de crânes des provenances les plus variées ^
Léonce Angrand, ancien consul général et chargé d'affaires de France en divers pays du Nouveau-Monde, avait été le maître de M. Wiener, et la recommandation de ce savant américaniste n'avait pas peu contribué à assurer au jeune débutant l'obtention de la mission scientifique dont on l'avait chargé. Le premier mouvement de Léonce Angrand fut d'imiter MM. Quesnel, Macedo, Droullion, Dibos, etc., qui avaient considérablement augmenté les récoltes de M. Wiener^ et de donner, lui aussi, ce
1) Les crédits ouverts à M. Soldi se sont élevés à 1,153 fr. pour l'exposition provisoire, puis ont atteint 11,970 fr. pour l'exposition Delaporte au Champ de Mars {Ibid., p. 40).
2) Cf. Notice sur le Muséum ethnographique des Missions scientifiques, rédigée par chacun des missionnaires scientifiques- sur les objets qu'il a rapportés. Paris, Palais de l'Industrie, Pavillon N.-E., br. in-8, p. 18-33. — Ch. Wiener, Pérou et Bolivie, récit de voyage suivi d'études archéolog. et ethnographiques, elc. Paris, Hachette, 1880, 1 vol. gr. in-8, 1100 grav. 27 cartes et 18 plans.
qu'il avait conservé des collections de toutes sortes rassemblées pendant vingt années de séjour dans l'Amérique latine. MM. Wiener et Soldi l'entretinrent dans ces généreux projets et il voulut bien faire savoir à M. 0. de Watteville que, dans le cas où le gouvernement organiserait pour les études ethnographiques un établissement spécial, il offrirait, pour contribuer à cette fondation, ses séries tout entières '.
Le directeur des Sciences et Lettres comprit tout de suite le parti qu'il pouvait tirer de semblables dispositions. Quelque précaire que fût à ce moment la situation du cabinet, il rédigea bien vite un rapport pour le ministre, et le Journal officiel du 19 novembre 1877 imprimait à la suite de ce travail un arrêté de M. Joseph Brunet en date du 3 de ce mois, centralisant « tous les objets relatifs à l'ethnographie, provenant de missions, de dons, d'échanges ou d'acquisitions » dans un musée spécial appelé Muséum ethnographique des Missions scientifiques. L'arrêté s'appuyait à la fois sur « le nombre considérable des objets rapportés au ministère par les missions accomplies soit en France soit à l'étranger» et sur « les donations faites par M. Angrand à l'État, représenté par le Ministre de Flnslruction publique » *.
En même temps M. de Watteville, élargissant le cadre de l'exposition déjà presque prête de M. Gh. Wiener, faisait signer un deuxième arrêté (3 novembre 1877 ') instituant une exposition provisoire de la Section américaine du Muséum ethnographique des Missions et lançait un appel à ceux des envoyés de lEtatqui avaient rapporté depuis peu de temps des collections du Nouveau Monde.
M. Edouard André, rentré en novembre 1876 de sa mission en Colombie, Equateur, etc., eut à sa disposition l'une des deux
1) Voy. Documents, pièce n» LXXVI. Il ne faut point oublier que de 1837 à 1855 Léonce Angranr] avait donné au Louvre près de quatre cents objets anciens du Nouveau Monde.
Pour des causes diverses, dans le détail desquelles je n'ai point à entrer ici, le donateur a révoqué sa dernière donation et les collections qu'il avait officiellement promises au Musée, sont allées au comte de Paris, à la ville de Genève, etc •
2) Voy. Documents, pièces n°^ LXXVI et LXXVIL
3) Voy. Documents, pièce n" LXXVIIL
salles contig-uës à celle où M. Wiener s'était établi \ Il y plaça, à côté de nombreuses collections d'ornithologie et de botanique, une reconstitution, faite à l'aide de la photographie, des pictographies indiennes des roches de Pandi, des copies de quelquesunes des idoles de la vallée de Saint- Augustin, près des sources de la Magdalena^, que M. Manuel M. Paz a si complètement étudiées depuis lors, deux personnages habillés de la vallée du Rio Napo, divers objets provenant des sépultures des anciens Indiens de la Guacamaya ou des environs de Cuenca, enfin une collection de ces objets en bois ou calebasse, décorés avec le vernis de Pasto, dont M. José Triana a récemment fait connaître les applications industrielles.
Crevaux, qui venait de débuter brillamment dans une carrière, hélas! si vite interrompue par une mort cruelle, envoya une série d'objets recueillis principalement dans les îles du Salut et chez les Roucouyennes du Haut-Maroni. M. Léon de Cessac avait expédié de Lima quinze caisses renfermant les produits de recherches méthodiquement exécutées dans le grand cimetière d'Ancon; c'étaient principalement des squelettes, des bassins, des crânes humains choisis dans les divers quartiers de la nécropole, des momies d'animaux, chiens, cobayes, ara raitna, etc., des plantes alimentaires, tinctoriales, textiles, etc. , utilisées parles anciens Yuncas, enfin une momie de Santa-Rosa admirablement conservée.
Je fus chargé d'installer dans une troisième salle - toutes ces pièces et d'autres encore provenant des missions en cours d'exécution dans les deux Amériques. M. Pinart avait laissé à ma disposition dans un magasin du Muséum, en vue de l'Exposition universelle, toutes ses collections d'archéologie et d'ethnographie américaines, et je pus y puiser à pleines mains, pour compléter un ensemble où l'Amérique du Nord se trouva ainsi repré-
1) C'est la salle IV du classement actuel des expositions de beaux arts. Les dépenses portées au compte de M. André se sont élevées à 4,039 fr. 60 cent. {Rapp. cit., p. 38).
2) La salle V du classement actuel. J'ai dépensé pour toutes les installations dont je m'étais chargé, tant dans celte salle que dans les vestibules, la modeste somme de 702 fr.
senlée jusqu'à Vancouver, Silka et l'embouchure du Youkon.
Sur ces entrefaites, M. de Ujfalvy, qui venait de l'Asie Centrale, demanda à participer à l'Exposition et apporta ses collections d'archéologie et d'ethnographie qu'il installa tant bien que mal, en quelques jours, sur le grand vestibule. M. Harmant fit tirer des épreuves des précieux estampages du Cambodge, que M. Kern commençait seulement à déchiffrer, et je lui installai deux panneaux d'objets très curieux recueillis chez diverses tribus sauvages du Laos. Nous disposâmes, dans un petit coin demeuré libre, une vitrine contenant les produits des fouilles de M. C. Lansberg en Syrie et nous eûmes ainsi un embryon de musée asiatique.
L'Afrique fut représentée sur un des paliers de l'escalier parles antiquités des Canaries de la collection Verneau, que j'avais fait réparer de mon mieux, et par deux panoplies du Gabon et de rOgooué que j'avais composées pour le Tour du Monde.
Sur l'autre palier, l'Océanie était rappelée par les objets populaires envoyés de Célèbes par le docteur de la Savinière et quelques pièces anciennes et modernes adressées des îles Ha^vaii par M. Ballieu, consul à Honolulu, correspondant du Muséum d'Histoire naturelle.
L'inauguration du Muséum provisoire eut lieu le 23 janvier 4878, sous la présidence de M. Bardoux, Ministre de l'Instruction publique % et pendant six semaines le public se pressa dans les trois salles qui lui étaient ouvertes « heureux de pouvoir étudier tant de richesses nouvelles et d'entendre les conférences des missionnaires expliquant eux-mêmes leurs travaux et leurs découvertes » 3.
Les besoins de l'administration des Beaux-Arts obligèrent d'interrompre en plein succès cette exposition si fréquentée et
1) Les crédits accordés à M. de Ujfalvy s'élevèrent à 1,804 fr. 80 cent.; M. Rivière dépensa 510 fr. à faire tirer les estampages des inscriptions du lac des Merveilles, M. Harmant n'a demandé que 50 fr. pour reproduire les siens [Raipp. cit., p. 39).
2) J'en reproduis plus loin le récit emprunté au Journal officiel du 25 janvier (Voy. Documents, pièce n° LXXIX.)
3) Baron de Watteville, Rapp. cit., p. 27. — Cf. Ibid., p. 82.
les objets qui l'avaient composée furent transportés, à quelques exceptions près *, soit à l'Exposition universelle, soit dans une maison louée rue Surcouf, au Gros-Caillou, par l'administration*.
Le succès, que venait d'obtenir le service des Missions, encourageait d'ailleurs la direction des Sciences et Lettres à poursuivre une œuvre qui avait si heureusement débuté, et M. de Watteville n'hésita pas à donner la plus large place à l'ethnographie dans l'exposition qu'il organisait au Champ de Mars.
Une restitution partielle par M. Soldi^ à l'échelle du dixième, d'une des portes de la citadelle d'Angkôr-Tôm, un cavalier usbeg du Khokand richement équipé de la collection Ujfalvy décoraient l'entrée de la première salle ; venaient ensuite deux énormes pyramides de vases péruviens, l'une tirée en entier de la mission \Viener, l'autre fournie par MM. de Cessac^, l'amiral Serres et le docteur Savatier; plus loin on pouvait voir la fontaine de Concacha moulée cette fois en ciment et montrant sa circulation hydraulique. La perspective de Huanucho Viejo était reproduite sur la muraille du fond ; les autres murs étaient couverts de panoplies et de cartes itinéraires, ou garnis d'armoires, renfermant des choix d'objets provenant des missions André de Cessac, Crevaux, Harmant, Marche, Pinart, Ruffray, Rivière, de Sainte- Marie, de Ujfalvy, Wiener, etc. \
Ainsi disposée, la salle des Missions fut extrêment appréciée des visiteurs, et une fois encore le grand public montra l'intérêt qu'il prenait à ces choses lointaines, qui lui étaient si longtemps demeurées tout à fait étrangères et vers lesquelles le portent de plus en plus les nécessités du moment.
1) Angrand, par exemple, reprit les pièces qu'il avait prêtées; j'ai déjà dit qu'elles ne nous étaient point revenues après sa mort.
2) Voir sur ce dépôt de la rue Surcouf les renseignements consignés dans le rapport administratif (p. 28 et 79). Cette maison qu'on a gardée près de deux ans servit de locaux pour le bureau de l'Exposition après le départ des Champs Élysées, d'entrepôt à l'entrée et à la sortie pour les colis de l'Exposition, enfin de magasin pour les collections non exposées.
3) Cf. Catalogue du Ministère de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, t. II, Mimons et voyages scientifiques, p. 4 et suiVi Paris, 1878, n-12.