‹ Les origines du Musée d'Ethnographie: Histoire et documentsChapitre 8 sur 111 · LK3 ORIGINES · texte numérisé non relu

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Le voyageur fait successivement appel à l'Académie des inscriptions et belles lettres, à la Société asiatique, à la Société de géographie, et les rapporteurs des commissions, que ces trois compagnies ont chargé d'examiner le cabinet Lamare-Picquot, sont unanimes à en célébrer la richesse, à en proclamer l'intérêt*.

Abel Rémusat et Eug. Burnouf terminent leurs rapports en faisant des vœux pour qu'on établisse à Paris un musée spécial, dont la collection Lamare-Picquot pourra devenir le noyau, et Jomard, fort de l'appui de ces deux grandes autorités scientifiques, va solliciter, une fois de plus, cette fois avec un succès relatif, l'intervention des pouvoirs publics. Les raisons qu'il invoque, lourdement exposées dans une longue lettre en date du 14 août 1831, ont néanmoins frappé le ministre, et M. d'Argout, qui n'ignore point ce qui se passe au Louvre et entrevoit dans l'avenir de fâcheuses compétitions administratives, veut pouvoir s'appuyer sur une consultation émanée des savants les plus indiscutés.

Il écrit à Cuvier, qui est alors en France l'arbitre de toutes les questions scientifiques. Le grand naturaliste, qui dès 1818 s'est montré bien disposé pour les projets issus des offres de vente du consul Thédenat, entre dans les vues du ministre. Ils composent ensemble une Commission où les deux rapporteurs de l'Académie et de la Société asiatique constituent d'avance avec Cuvier lui-même et Jomard, l'auteur de la lettre, une majorité décidée à proposer nne solution favorable. Kératry etDuparquet, choisis par le ministre, sont bienveillants, mais Letronne, président du Conservatoire de la Bibliothèque, et par là même plus intéressé qu'aucun autre à prendre une part active aux travaux de la Commission, s'est dérobé, sous le prétexte d'une tournée d'inspection*, et il n'est pas trop malaisé de pressentir dès lors une opposition très décidée des administrateurs de la rue Richelieu contre les empiétements de leur collègue, le Conservateur du cinquième département, dit dépôt de géographie. L'un d'entre

1) Voy. Documents, pièces n°» XX], XXII, XX lit.

2) Voy. Documents, pièces n°" XXV1I-XXXII, XXXV, XXXVI.

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eux, Champollion-Figeac, qui a pris une certaine part à la fondation du Musée de Marine au Louvre, écrit même le 10 mai au ministre une lettre confidentielle, pour lui faire observer que « l'auteur de ce beau projet et de tant d'autres » s'est bien gardé de dire que le musée dont il propose la création « est établi, commencé et en voie de s'accroître journellement » '.

D'Argout passe outre, la Commission se constitue, délibère, nomme son rapporteur, et le 1 er novembre 1831, M. Abel Rémusat fait accepter à ses collègues les conclusions suivantes à l'unanimité :

1° Il sera établi à Paris un dépôt ethnographique où seront réunis les objets qui pourraient éclairer l'histoire de l'homme physique et de l'homme moral;

2° Ce dépôt sera placé à la Bibliothèque du Roi;

3° Les objets qui sont de nature à en faire partie et qui se trouvent actuellement dispersés dans divers établissements publics de Paris seront, de concert avec les administrateurs de ces établissements, réunis et transportés à la Bibliothèque du Roi*.

En d'autres termes la Commission demande qu'on supprime, au profit du département de Jomard à la Bibliothèque royale, toute autre collection ethnographique officielle existant à Paris, et par suite la petite salle d'ethnographie sise au-dessus du Cabinet des médailles; la galerie B III du Muséum d'Histoire naturelle, dont Cuvier, qui l'a créée, semble avoir fait son deuil ; enfin et surtout, l'annexe du Musée naval, que l'on ne nomme point expressément dans le rapport, mais contre laquelle semblent surtout dirigés les efforts de la Commission.

On dresse, en même temps, un tableau des dépenses, on étudie la question du local, on établit la liste des collections à acquérir 3 ; mais il faudra soumettre tout l'ensemble des propositions formulées à la Commission du budget de 1832 et le ministère est aux prises avec une opposition puissante, qui a mis en tète de son

1) Voy. Documents, pièces n°» XXXIII et XXIV.

2) Voy. Documents, pièce n« XXXVII.

3) Voy. Documents, pièce n° XXXVIII.

programme la diminution des dépenses 1 . On attendra avant de prendre un parti définitif.

On redoute d'ailleurs à l'Instruction publique des résistances insurmontables de la part de la Marine et de la Maison du Roi dont le projet tend à dépouiller les établissements au profit du département de M. Jomard. Le chef de division, chargé plus spécialement d'étudier l'affaire, Hippolyte Royer-Collard, est sourdement hostile. S'il accepte en principe la création proposée, c'est à la condition de n'attribuer au nouveau dépôt que les objets existant déjà dans le cabinet des Antiques, « sauf à y réunir ceux qu on pourra se procurer par la suite ».

C'est un simple virement qu'il propose, d'un département à un autre, pour l'ancien Musée Barthélémy, et à cette occasion, il attaque l'existence même, comme département, du dépôt de géographie, qui lui paraît devoir rentrer danS celui des livres « dont les cartes n'auraient jamais dû être séparées »*. Le ministre ajourne toute décision, et l'hiver se passe, au milieu des luttes parlementaires soulevées par la liste civile, le budget, etc. Sur ces entrefaites le choléra éclate à Paris; le ministre d'Argout, atteint par le mal, est obligé de résigner ses fonctions (30 avril). Cuvier et Rémusat, le président et le rapporteur de la Commission du Musée d'ethnographie, succombent coup sur coup (13 mai, 2 juin).

Pendant ce temps la Vendée est soulevée, l'émeute gronde derrière le cercueil du général Lamarque (S et 6 juin) et tout le monde, Jomard lui-même, se recueille, en attendant la pacification des esprits. Mais le calme est à peine rétabli que Lamare- Picquot redouble ses demandes auprès du ministre, sous l'autorité duquel est désormais placée l'administration de l'Instruction publique '. Il se fait recommander à Guizot par des personnalités politiques, comme Félix Bodin et Le Carpentier, tandis que Tinfatigable Jomard recommence ses tentatives, à l'appui

1) Le budget de 1832 fut, du reste, en diminution de 79 millions sur celui de

2) Voy. Documents, pièce n<> XXXIX.

3) Voy. Documents, pièce n<> XLII.

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desquelles il offre sa collection privée « pour être jointe au noyau existant dans notre grande Bibliothèque royale, ou moment où l'on réaliserait le vœu de l'ordonnance » qui lui tient tant à cœur 1 .

Mais le conservateur du Musée de Marine, s'agite de son côté, et, après avoir longtemps conservé une attitude expectantc, devient agresseur à son tour. Le comte de Rigny, ministre de la Marine et des Colonies, formule sur la demande de Zédé, auprès de son collègue de l'Instruction publique, diverses réclamations qui ont pour résultat de faire passer au Louvre 84 objets d'ethnographie du Muséum d'Histoire naturelle (14 mai 1833)' et provoquent entre la Bibliothèque et le cabinet du ministre un échange de notes et d'explications, à la suite desquelles le Conservatoire est enfin saisi officiellement des propositions de la Commission de 1831 (20 avril 1833) 3 .

Letronne, qui se réservait du vivant de Cuvier et d'Âbel Rémusat, intervient vigoureusement pour défendre la Bibliothèque contre un double péril. Les revendications de la Marine sont peu importantes en elles-mêmes, mais elles pourraient en susciter d'autres qui seraient beaucoup plus graves. Quant au projet Jomard, il est inapplicable à la Bibliothèque; il faudrait pour qu'il put aboutir, un local étendu, un personnel, un matériel relativement considérables, que l'établissement n'est point on état de fournir, et le Conservatoire, suivant l'impulsion qui lui estdonnée par son directeur, se prononce pour la négative, tout en reconnaissant en principe l'utilité de l'établissement qu'il désire voir créer ailleurs.

La délibération est prise à r unanimité % moins une voix, celle de Jomard et la cause de ce dernier est dès lors définitivement perdue*.

En vain, sollicité une fois de plus par Lamare-Picquot qui continue à chercher le placement de sa collection, adressera-t-il à

1) Voy. Documents, pièce n<> XLIV.

2) Voy. Documents, pièces n°» XLU et XLUI.

3) Voy. Documents, pièces n°» XLV et suiv.

4) Voy. Documents, pièce n° LVIII.

Salvandy et à M. Félix Ravaisson de nouvelles requêtes (octobre 1838); l'ordonnance qu'il obtiendra en faveur du département des cartes géographiques, plans et collections ethnographiques (11 mars 1839) ne sera jamais appliquée 1 .

En vain après la célèbre lettre que lui écrit Siebold' sur les collections ethnographiques (1843) s'adresse-t-il de nouveau au ministre, en lui faisant tenir la brochure qui contient sa réponse au savant japoniste (1848) \ Naudet, consulté par Salvandy, se montre aussi intraitable que Letronne auquel il a succédé, et le projet d'un dépôt ethnographique à la Bibliothèque royale est à tout jamais enterré \

Cependant l'œuvre de Zédé, continuée parLebasetMorel-Fatio, se développe à son aise dans le second étage du Louvre, en partie inoccupé 6 .

La Recherche (1837), la Bonite (1838), Y Astrolabe et la Zélée (1843) ont rapporté de leurs voyages d'importantes collections exotiques, que le ministre de la Marine dépose au Musée naval. Le ministre du Commerce y envoie les collections recueillies en Chine par M. de Lagrenée (1843), l'administration des Musées royaux y place, en attendant la formation d'une petite galerie spéciale, les Collections d'archéologie américaine provenant de La tour- Al lard, de Séguin et de Franck.

Le roi Louis-Philippe fait remettre diverses pièces remarquables qu'il a reçues du négus d'Abyssinie (1842) et plus tard les curieux objets d'Océanie que lui ont présentés les missionnaires apostoliques Pompallier et Douare, et parmi lesquels on remarque le casse-tête de Tupaea, le grand chef de Touaranga.

Le célèbre antiquaire Scandinave Rafn, le capitaine Collet, qui a si complètement étudié les Marquises, le lieutenant-général Ru-

1) Voy. Documents, pièces n«« LX et suiv.

2) Voy. Documents, pièce n« LXVIÏ.

3) Voy. Documents, pièce no LXVIII.

4) Voy. Documents, pièces n<» LXIX et LXXI.

5) Cf. L. Morel-Fatio, Notice des collections du Musée de Marine exposées dans les galeries du Musée impérial du Louvre. Paris, de Mourgue, lbô2. 1 vol. in- 12. Introduction, p. xii-xiv.

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migny, etc., enrichissent rétablissement de leurs dons et bientôt il ne suffit plus de quelques vitrines pour contenir tout cet intéressant ensemble. Jeanron, puis Nieuwerkerke,*en composent une subdivision séparée. Une grande salle contiguë au Musée naval cl y faisant suite dans le pavillon de Beauvais est disposée pour recevoir le Musée ethnographique ; quelques mois suffisent pour l'installer et le 1 er août 1850,1a collection réorganisée est livrée à la curiosité publique 1 . A peine ouvert, le Musée nouveau s'enrichit de quelques précieux envois de Garcin de Tassy, d'Angrand, de M. Schœlcher, etc., et lorsque l'administration des Finances vient en faire l'inventaire avec Morel-Fatio, qui en est devenu le conservateur, elle peut constater la présence de 2,760 objets, presque tous d'une réelle valeur 1 .

1) L. Morel-Falio, loc. cit.

2) Le seul inventaire général du Musée de Marine qui ait été dressé par les soins de l'administration des Finances a été terminé le 31 décembre 1856. A cette date le Musée contenait 3,786 objets, dont 1,026 dans la section, navale et 2,760 dans la section ethnographique. Cette dernière section, classée dans l'ordre géographique, se décomposait en douze sous-sections, de la manière suivante :

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