Baylè, Dictionnaire historique, au mot Buridan^ noie A
3. Villon, Ballade des Dames du temps jadis, 2* strophe, p. 24.
précis est celui de Robert Gaguin, qui écrivait, comme Villon, au xvi« siècle. Après avoir parlé des débauches auxquelles se livraient les trois princesses épouses des trois fils de Philippe le Bel, il ajoute que ces désordres donnèrent naissance à une tradition injurieuse pour Jeanne de Navarre, femme de Philippe IV. On prétend, dit-il, que cette reine recevait des écoliers dans son lit; et pour effacer toute trace de ce crime, les faisait jeter dans la rivière par la fenêtre de sa chambre. Un seul de ces écoliers, Jean Buridan, échappa par hasard à ce supplice, et ce fut en souvenir du danger qu'il avait couru qu'il publia ce sophisme : a Ne craignez pas de tuer une reine si cela est nécessaire. » Gaguin défend avec raison Jeanne de Navarre de l'accusation qu'on lui imputeit alors ; car, quand cette princesse mourut, en 1304, Buridan venait de naître. Il croit que ces crimes doivent être attribués à trois autres princesses, Marguerite de Bourgogne, femme de Louis le Hutin, Blanche qui avait épousé Charles le Bel et Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long. Elles ont à cet égard des droits égaux^ car toutes trois furent emprisonnées comme coupables d'adultère ; mais c'est sur la mémoire de Jeanne de Bourgogne que la tradition a fait peser cette terrible accusation de luxure suivie d'assassinat. Jeanne de Bourgogne, en effet, déjà décriée par ses débauches, était contemporaine de Buridan, l'hôtel de Nesle lui appartenait, et c'est là qu'elle
passa les huit années de son veuvage '. Elle y mourut en 1329, et ordonna par testament qu'une partie de ce domaine serait vendu et le prix affecté à la construction d'un collège où seraient élevés de pauvres écoliers nés dans le comté de Bourgo-
1. Voici le texte du curieux passage que nous venons d'analyser. Nous le transcrivons d'après l'édition publiée à Paris en 1504 par Jean Petit, car dans la plupart des éditions postérieures on a retranché tout ce qui est relatif au crime dont Jeanne de Bourgogne est accusée : Fuerunt quoque insignibus fœmineis sua fata, Nam vxores fi- Uorum Philippi très adulterxi insimulate sunt, Quainohrem Margàretha Ludouici HuthiniNauarri régis cûniunXf etBlanca CaroU comitis Marchiani vxor régis edicto in castello Gàlîiardirelegate stmt; quarum libido satis in aperto erat, lohanna vero Philippo Pictauiensi nupta postquam apud Dordanum in custodia aliquot diebus fuit, innocens liberata esty et uiro restituta. Hostiarius Margarile adulterii conscius fwrca appensus est. Stupratores autem Philippus et Galterus Dannoy fratres (mentulis exsectis) pelle nudati apud Pontisaram ultimi supplicii pœnas subierunt, Ob hanc impudicitiam insignium mtirlierum natam fabulam reor, quœ de lohanna Philippi Pulchri vxore a rerum imperitis memorari solet, Eam videlicet aliquot scholasticorum concubitu vsam^ eosque {ne pateret scelus) pro» tenus extinxisse et in Sequanam amnem de cubiculi sut fenestra abiecisse. Sed vnum tantum lohannem Bu/ridanum eo pe-^ riculo forte liberatum; et propterea sophisma ab eo editum esse : Reginam interficere nolite timere, bonum est. Fuit siquidemBuridanus lohanna posterior. Quippe qui Philippo Valesio regnum modérante cum liberaliuw, artium nominatissimus prof essor esset muUa et in rationabili et morali philosophia scripsit dum Parisins ecclesiw Fulco prsesidebat, anno Christianœ resurrectionis M.CCCXLVUI, J^ec commeruit prœclara mulier huiusmodo diuicio taxari, Compendium Roberti Gaguini super Francorum gesti«, Parisiis, Jehan Petit, 1504. in-folio; liber VIT, f» LXX.
gne*. Bayle prétend qu'elle leur devait bien cette réparation.
Pendant Temprisonnement du roi Jean^ le régent Charles donna Thôtel de Nesle à son beaufrère (i357j^ sous la condition que si ce prince mourait sans enfant^ l'hôtel reviendrait à la Couronne *. Aussi, voyons-nous Charles Vï le donner en 1380 au duc de Berry, son oncle. Celui-ci, s*y trouvant trop à l'étroit, acheta, en 1 385, sept arpents situés au delà du fossé de Nesle, et qui s'é * tendaient jusqu'à la porte Buci^; il y installa ses écuries, et les réunit au domaine principal par un pont de quatre arches jeté sur le fossé. Du vivan même du duc de Berry, ces écuries furent détruites ; et le terrain qu'elles couvraient, vendu à des particuliers, fut transformé en près et terres labourables. Le duc de Berry n'ayant pas laissé d'enfants, Charles VII put, par lettres patentes du , 24 mai 14-4-6, donner l'hôtel de Nesle à François 1", duc de Bretagne, en considération des services qu'il lui avait renduspendant la guerre contre les Anglais*. Le duc mourut sans postérité, et
1. Crevier, Histoire de YUniversité de Paris, t. IF, p. 280. — R. Gaguin, Compendium super Francorumgestis, f'LXXI. —Malingre, Ântiquitez de Paris, p. 3'21.
2. Piganiol de la Force, Description de Paris, t. VJII, p. 188.
2f. P. de Sainte- Foix, Essais sur Paris, t. I, p. 185.