PREFACE XXIX
rives « le Rhin lleiive allemand et non frontière d'Allemagne », voilà son plan.
Qnoi d'étonnant que son ambition grossisse après i8i5? Les souffles de la victoire emportent ses scrupules d'équité. Il faut lire dans l'Esprit du temps présent, le quatrième volume écrit en 1H19. Soulevé par l'Impérialisme nouveau, par l'idée « invisible et sainte » de la Deutschheit vivante et agissante, le patriote enivré réclame beaucoup plus qu'une Allemagne unie à jamais sous le sceptre d'un Empereur. Il lui faut des issues pour déverser sur le monde le trop plein de sa population. Les pays barbarcsques, l'Egypte, la Syrie, l'Asie Mineure s'ouvrent à elle. Il y faut envoyer des flottes, des armées, mais aussi des multitudes de colons. Croisade moderne de la Sain te- Alliance des nations germaniques, qui rendront l'Afrique et l'Asie à une chrétienté allemande d'esprit et de sang.
Dira-ton que la Sainte-Alliance comprendra aussi les peuples hors d'Allemagne, et associés à sa besogne de colonisation chrétienne? Il faut regarder croître l'orgueil allemand avec la prospérité économique. ()uarantc ans d'attente, pendant lesquelles l'Allemagne a pansé les blessures de l'invasion et de la victoire, ne font que l'exaspérer. Quand Arndt écrit son Pro populo germa Jiico^ en i854, il résume l'expérience d'un demi-siècle écoulé en afflrmant que les Allemands « peuple élu de la lutte intellectuelle », ont aussi le « courage brutal » qui assure la domination. Ils ont les qualités techniques du bon colon, du commerçant excellent, du navigateur audacieux. Ils ont une ténacité égale à celle des Anglo-
Saxons et qui « extirpe du sol par le travail » les Latins dégénérés. « Extirper du sol » les peuples rivaux et s'en glorifier comme d'une vertu, voilà la revendication oii en est venu, après cinquante ans, le doctrinaire qui protestait qu'il fallait à chaque peuple sa place au soleil.
Avant cette éviction déflnitive, on jette hors de leur domaine traditionnel les peuples qui se trouvent, par hasard, dans la « sphère d'action » militaire de la Prusse. Gela est curieux à étudier, en pleine période de décadence prussienne, chez Jahn, l'organisateur des Sociétés de gymnastique prussiennes, qui écrivit, en 1808, le livre Das deutsche Volkstum. Il déplore, lui aussi, la grande faute historique par laquelle en sont venues aux mains la Prusse et l'Autriche. Pas de parole plus sage que celle de Josepii II, disant en 1770, pour annoncer la réconciliation : « Pour l'Autriche, il n'y a plus de Silésie. » On verra enlni l'unité du peuple morcelé cpii a été « la nation à l'état de devenir éternel ». Vn monarque puissant en établira la capitale à l'endroit où plonge la racine principale du germanisme. Cette capitale ne peut être Vienne. Merveilleuse réponse aux intentions conciliantes de Joseph II. Toute l'Autriche, selon Jahn, des(!cnd îi la dérive vers le Has- Danube. L'Istrie, la Dalmalie, la Bosnie, la Serbie, la Bulgarie, la Bessarabie, la Valarhie, la Moldavie, voilà les terres où elle tend. Sa capitale nalurellc est Belgrade et Sendin. Le centre vrai du germanisme est quelque part Bur l'Elbe, sur les territoires (pie Fn'déric II voulut transformer en canq) fortifié. C'est k ini-chcmin entre Genève et Memel, entre Dunkerque