‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 10 sur 98 · PREFACE XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE XXVII

que fût l'issue de la lutte. A vrai dire, il escomptait la victoire des Russes et des Autricliieiis. Ce lurent les Turcs qui envahirent la Transylvanie et la Hongrie. Hertzberg n'en pressa pas moins les Turcs victorieux d'accepter la médiation prussienne dans les termes mêmes où il la leur eùtoilerte, s'ils eussent été défaits. H leur demanda de rendre leurs conquêtes et en outre de céder la Moldavie et la Valacliie à l'Autriche, qui, en revanche, rendrait la Galicie à la Pologne. A son tour, la Pologne dédommagerait la Prusse par des cessions de territoire. Hert/berg osa faire ces propositions à la Turquie et lui dire qu'en y accédant elle se ferait de la Prusse une alliée désintéressée pour toujours. C'était être « désintéressé », selon cette diplomatie de maquignons, (|ue d'imposer à la Turquie, par un langage comminatoire, des sacrifices qu'on se ferait payer en nature par les puissances qui en auraient le profit immédiat. Pour la première fois, en 1787, la Turquie put mesurer « le désintéressement » prussien aux Balkans. Si l'on ajoute que pour Dietrich von Biilow le plan n'était complet que le jour où l'Autriche, agrandie aux Balkans et en Bavière, serait à son tour annexée à la Prusse, on conçoit que nous devions le tenir pour l'ancêtre autiientique des pangermanistes actuels.

Aux heures de sa neutralité ombrageuse sous le Consulat, et aux heures pires de la défaite sous l'Empire, la Prusse n'oubliait pas ces rêves. Un Ernst- Moritz Arndt, en 1802, dans Germanien und Europa, et au moment même où il proteste contre « le trompel'œil du vieil équilibre politique européen, obtenu par la force seule », retombe dans la doctrine des

frontières stratégiques et dans celle de la masse militaire. Il refuse, lui aussi, de reconnaître le droit d'exister aux trop petites nations, à celles qui ne peuvent mettre sous les armes au moins Soo.ooo hommes (chiffre énorme pour le temps) et qui n'ont pas au moins i5 millions d'habitants. Aucun équilibre, dit- il, ne les protège, oubliant que leur protection vraie leur devrait venir d'une garantie donnée solidairement par les grandes puissances. Tandis qu'il gémit sur la Pologne, sur la Vénétie, sur l'Helvétie violées tour à tour, c'est aux grandes puissances cpiil prétend assigner des limites. Toutes ont le droit d'arriver jusqu'à la mer, dussent-elles écraser, pour y aboutir, plusieurs petites nationalités. Est- il besoin de dire que, s'il cherche à délimiter les grandes nations, c'est d'abord pour fixer los limites de la France à la Somme, pour supplier l'Angleterre de renoncer à son vaste et abusif empire colonial ? Mais pour l'Allemagne, si malheureusement séparée en deux tronçons, la Prusse et l'Autriclie, toutes les deux morcelées elles-mêmes, il souhaite une refonte qui fera l'unité; il appelle à grands cris un sauveur, « un grand génie tyranniqueet militaire, qui fcraconquôtcK et ruines » (Krobcrend und verderheud) (i). Pour ce doctrinaire dn (h'oil, « la violation la plus criante de la frontières naturelle allemande », c'est l'cxiBlcneo môme de la iloUandc. Une Allemagne allant des Pays-Has j'usipi'aux Alpes et à l'Adriatique, englobant la Suisse, et le H hin avec ses (1<mi\

(i) B. M. Ahndt, Germanien und Hiiropa, 1809, p. ^ai.

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