DIETRICH VON BÜLOW
rester telle quelle. Le roi Frédéric régna uniquement selon son bon plaisir et n'en fit qu'à sa tête, tant que sa façon de régner resta originale. Cette méthode avait une conséquence excellente : l'unité dans le gouvernement. Dans sa façon de gouverner tout était d'une pièce. Tout était systématique et cohérent, car l'esprit de suite était un ti'ait dominant de son caractère. Il ne se repentait jamais d'une erreur dont il s'était aperçu et cela, à mon avis, en vertu d'une très grande sagesse politique, car l'hésitation au sujet des mesures à prendre enlève tout prestige au gouvei'nement et l'étrange spectacle des projets que l'on fait et défait tour à tour, loin d'être une jireuve de sagesse, ruine les forces de l'Etat.
Comme des esprits éminents ne sont pas de si bonnes canalisations (selon l'expression que j'ai adoptée i)lus haut) que des hommes très moyens, et comme ce« es2)rits s'immiscent volontiers dans les affaires et y ajoutent volontiers du leur, Frédéric II n'aimait pas à en avoir autour de lui et ce n'était pas ces intelligences d'élite qu'il appelait aux fonctions de l'Etat. Si cela était arrivé de temps en teinps, il ne faudrait voir là que des exceptions qui démontreraient que même les caractères les plus conséquents ne le sont pas toujours.
Au cours de ses premières années il choisissait de ces esprits supérieurs comme compagnons de ses divertissements. Mais un tel choix le dégoûta bientôt, car il aurait voulu se distinguer en toutes choses, ce qui n'était guère possible en pareille compagnie. Voilà pourquoi il se contenta en fin de compte de rester en correspondance avec des hommes de génie et se choisit des compagnons de l'espèce moyenne. Il est digne d'intérêt, en tout cas, de faire remarquer que, comme il parlait avec une abondance extraordinaire, il ne pouvait apiîrendre à connaître les gens auxquels il ne laissait pas dire un mot.
Comme, en général, il ne choisissait que des hommes
médiocres comme instruments de ses volontés et qu'encore il ne les laissait que rarement juger et agir par euxmêmes^ on comprendra bien facilement qu'il ne forma et ne laissa derrière lui aucune pépinière d'hommes d'Etat hardis capables de concevoir et d'exécuter les projets les plus gigantesques. Comme, en outre, ce monarque luimême n'était pas un génie excentrique et qu'il ne sentait son âme tourmentée d'aucune ambition démesurée et d'aucun désir sublime de changer La face du monde, il pouvait encore moins imprimer à sa monarchie un caractère intellectuel qui n'était pas le sien. En conséquence, il laissa après sa mort un Etat qui mérita d'être aimé par ses voisins plus que cela n'arrive d'habitude, car, en vertu de son caractère, cette monarchie ne pouvait que protéger les autres et non leur nuire et, en ne menaçant l'indépendance d'aucun Etat allemand, elle assurait la liberté de tous. ^
Blick auf zukünftige Begebenheiten.
Ibid. p. ioo-io5.