DIETRICH VON HÜ LOW
qu'un héros. 11 ne semble pas avoir pensé à élever son pays au rang des premières puissances. Il n'était pas insensible à la jouissance d'un repos voluptueux. Il se hâtait de jouir aussitôt qu'il avait acquis. Nulle ardeur infatigable à réaliser les desseins sans limite de la gloire ne venait troubler cette jouissance. C'était plus un homme de talent qu'un homme de génie; et le bon sens d'un épicurien philosophe était plus sa caractéristique que la hauteur d'âme d'un Alexandre.
Ses désirs de conquête étaient fort limités. Il en ressentit seulement un accès dans sa jeunesse lorsqu'il conquit la Silésie. Il se contenta de cette acquisition, les autres guerres furent faites pour la conserver et non pour l'augmenter. Et ce sont des caprices de la fortune qui lui mirent entre les mains ses autres agrandissements, presque sans sa participation. Il soulfrit même par amour du repos que les autres puissances j^rissent à la Pologne un morceau plus important que le sien. Son impatience à finir la guerre de Sept ans fut cause qu'il laissa échapper l'occasion d'affermir considérablement sa domination en Westphalie. 11 ne caressa jamais de projet plus élevé que celui de fonder un Etat moyen et de laisser à sa famille un liéritage un peu plus grand que celui qu'il en avait reçu. Il regardait autour de lui d'un œil trop pénétrant pour pouvoir devenir un héros. Il lui manquait cette illusion de la passion qui entraîne les grandes âmes aux grandes actions. L'utile et non le beau était le mobile de ses actes, et l'éclat de la gloire pâli.ssait devant son froid regard de philosoi)he.
Il conclut en hâte une paix séparée après la conquête de la Silésie, alors qu'il pouvait conquérir encore davantage et peut-être renverser la mai.son d'Autriche, s'il avait poussé les choses à l'extrême. Il aima mieux se hâter de jouir et préféra la certitude d'une possession médiocre, mais sûre, à l'incertituded'unegrandeurà venir. On peut
se demander si Frédéric, avec l'esprit d'Alexandre, ne serait pas devenu le maître de toute rAlleinagne. Mais si son esprit était capable de forger des plans gigantesques, son cœur était trop faible pour vouloir les mettre à exécution.
Si la soif de conquête était loin d'être un trait dominant de son caractère, l'amélioration du peuple dont il était le maître était loin aussi d'être son souci principal. Des projets élevés de législation morale ne sont jamais entrés dans son âme, soit qu'il considéi'îlt comme indigne d'elle les hommes et, en ])articulior, ceux qu'il commandait, soit qu'il estimât qu'il aurait travaillé à l'encontrc de ses vues et particulièrement de sa façon de gouverner.
Conscient de sa supériorité sur ceux qui l'entouraient, il ne leur permettait que d'être les instruments serviles de sa volonté. Cette façon de gouverner était impropre à former d'habiles hommes d'Etat, (^uand un autre pense et veut à notre place, nos facultés de réilexion et de volonté s'assoujussent faute d'exercice. Nous ne ressemblons plus alors qu'à ces conduites d'eau ((ui laissent venir tie la source le lluide fertilisateur sans le purilicr. La comparaison avec un filtre pourrait convenir, si un filtre n'épurait i)as. Des hommes habitués à se laisser façonner d'une manière toute passive ne seront guère aptes à donner eux-mêmes la première impulsion, ainsi qu'un primum mobile (i) actif.
Le roi Frédéric sembh; avoir été d'avis <]ue, dans une monarchie, le inonarcpie doit s'élever ilaulant plus au dcHHUS de se«; serviteurs ]mr la grandeur do son esprit qu'il leur est davantage supériinir en puissance. Il aurait eu raison, à ce ({u'il me sembh*, si la monarchie avait dû
(l) £n laUii dans le texte alleinaiid : piriiiiiT iiii>l>ilc.