LA QUESTION DU RHIN SOUS LOUIS- IMIILIPPE (l84o
Enfin, comme les essais de révolution intérieure et les nombreux attentats contre la personne du roi avaient échoué, le ministre Thiers réussit à pi*éparei' une guerre contre l'étranger ; grAce à la sagesse du roi elle ne put éclater; pourtant cet incident provoijua chez les nations voisines, et surtout en Allemagne, une vive agitation. Malgi'é la sagesse du roi, les nuinil'estidions belli(iueuses devenaient en Fi-ance ])lus bruyantes que jamais, cl des hommes «les partis les plus divers y pirnaicnl pari. Le « National », les j»rolétair«'s v\ les boulcvardiers à i'opulcnte chevelure n'étaienl jibis seuls à irvendicpicr la rive gauche «lu Hhin : un ministre méuic, d'honorables jmirs, dcH «léputés ullra-conKervateurs criaient sur le même ton. Par contre on entendait bien dire aussi que \i' tem|iN n't'tait plus où l'on pouvaii songer à d(*s con- «juéleH en facétie tout«- Ihlurop«' en armes; nniis pas une voix ne s'éleva jxmr mellic m doute le bien-ron<ic et la moralit«'« «le la <«»n«nn't«', l'ai'lxuit en l<'ran«e on
HELMUTH VON MOJ/rKE l55
acceptait comme une idée courante et loi-t naturelle le droit à la rive gauche du Rhin et le principe du Rhin frontière naturelle.
Quoique la paix se maintienne tout d'abord, la jeune génération est élevée dans l'idée qu'elle a un droit sacré sur le Rhin et la mission il'en faire, à la première occasion, la frontière de la France. « La fi*ontière du Rhin doit devenir une réalité », tel est le pi'ogmmme pour l'avenir. Nous croyons avoir suffisamment montré dans les développements historiques précédents que la France n'a pas le moindre titre légitime à la frontière du Rhin. Mais nous savons aussi fort bien que tout ce qu'on peut dire aux Français à ce sujet est prêché dans le désert. Ils ne veulent rien entendre. Plus les témoignages de l'histoire et de la nature, plus les principes de la raison et de la morale parlent conti'e eux, moins ils veulent les écouter.
Ainsi, la seule question est de .savoir si l'Allemagne est et restera assez puissante pour re|X)usser par la force, en toute circonstance, les prétentions illégitimes de la France. Il est vraiment lamentable qu'aj)rès un voisinage de deux mille ans, après tant de coups échangés de part et d'autre, nous n'ayons pas encore pu amener les Français à comprendre leur véritable situation vis-à-vis de nous. L'étude de l'histoire lleurit en France comme chez nous, mille voies sont ouvertes à l'intelligence, et pourtant la passion aveugle domine à tel point les Français qu'ils s'enfoncent à dessein dans une illusion mensongère et dédaignent de voir la vérité, même la plus éclatante.
Us méprisent l'examen réfléchi, la raison, la justice et l'équité qui sont de mise entre deux si anciens et si puissants voisins, et que nous sommes toujours prêts à mettre en pratique. La force seule doit décider ; aussitôt que leur avis dillère du notice ils mettent la main à l'épée.
l5t) I.KS OlUGINKS DU PANGERMANISME
L'histoire d'hier et celle de demain disparaissent devant la passion du moment. Ils font fi des menaces de l'avenir comme des expériences du passé. Au mépris de tout, ils tondent sur l'objet de leur convoitise ; peu leur importe aux dépens de qui.
Il est toujours triste de voir, après tant d'expériences, au siècle de la raison, reparaître la sombre menace des instincts brutaux et barbares et le rèjj^ne de la force sUipide, même lorsque nous somnves en mesure de repousser la violence par la violence. Mais qui vous garantit qu'une fois ou l'autre nous n'aurons pas un moment de faiblesse, que nous ne nous égarerons pas dans des conflits de politique intérieure ou extérieure, dans lesquels s'endormiront notre vigilance et notre force? N'aurons-nous pas alors tout à craindre d'une puissance voisine pour laquelle il n'est pas d'autre droit ([ue la violence, et qui ne rougit point d'avouer ouvertement qu'<dle guette, comme au temps des luttes corps à corps, le premier instant de faiblesse, de désunion ou de défaillance pour nous prendre une fois de plus en traître?
fhid., t. II, p. U23.