POLITIQUE OCCIDENTALE ALLEMANDE
a) Gomment il aurait ^allu traiter la France en iSyi.
Toutes les acquisitions de la France dans la région frontière occidentale de l'Allemagne d'autrefois, ont entraîné toujours de nouvelles exigences et ont servi même souvent de prétexte à de nouveaux coups de main : l'histoire des trois derniers siècles suffit à le prouver. (Cédant le pas au simple caprice, la question de droit fut de plus en plus reléguée à l'arrière-plan, au point qu'on en vint même à ne plus y chercher un prétexte. La France voulait tout bonnement le Rhin pour frontière; à peine l'eutelle obtenu, que déjà cela ne lui suffit plus. Elle voulut en outre l'Allemagne occidentale, et les armées françaises submergèrent le continent. Tel fut l'aboutissement de cette politique fondée, à ce que l'on prétendait, sur le bon droit, mais qui, — et c'était inévitable, — perdit tout sens de la mesure. Sans doute si la France devait nous rendre aujourd'hui tout ce que jadis elle arracha à notre pays, sa puissance territoriale en serait sensiblement diminuée Mais la chose une fois faite, la paix
serait assurée : car la France aurait alors perdu toutes ses positions d'olFensive qui nous mettent en danger; elle devrait renoncer désormais à la frontière du Rhin.
Longtem2)S la France n'a été qu'un enfant gûté : traitons-la maintenant avec sévérité, rabattons son orgueil; cette humiliation serait précisément jjour elle un bienfait; elle reconnaîtrait ses intérêts véritables qui sont en Orient et en Afrique. Sa force, son besoin d'activité extérieure trouveraient là-bas seulement un véritable déploiement. Elle n'en retirerait que bénéfice et gloire, et cela ne saurait que profiter à l'ensemble de la civilisation
3oO LES ORIGINES DU PANGERMANISME
Ce serait une bonne œuvre que de la contra indie. Ov, on lui a laissé une si grande étendue des territoires en question, qu'elle sera toujours tentée de reconstituer la partie qu'on vient d'en séparer; et tant que durera cette tentation nous aurons toujours à craindre que la France, so trouvant à elle seule trop faible, appuie, le cas échéant, ses projets sur des combinaisons européennes, Il faut s'attendre à ce que la diplomatie française trouve tôt ou tard l'occasion de travailler avec succès dans cette voie. Il y aura donc là un élément de troubles pour toute la politique euroi)éenne. Pas la moindre apparence de paix assurée.
IS'e croyez pas qu'une telle diminution du territoire français, telle que je l'entends ici, eût éveillé les prétentions d'autres puissances. Pourquoi ou olfot cola aurait-il stimulé leur jalousie, du moment (jue rAllemngne no serait pas devenue une puissance agressive, et quo los territoires enlevés à la France n'auraient pas renforcé notre puissance? II no s'agit ]>as de cola; je conçois la chose tout autrement. On aurait on 2)remior liou rendu à la Belgique ceux de ces territoii*es qui lui ont un jour appartenu. Aucune puissance n'aurait i)u s'y opposer: mais la Helgiquo, délivrée du cauchemar do cotte ceinture de fortifications françaises qui l'entouraient, aurait pu jouir désormais d'une toute autre sécurité, que ne le lui permet sa sittiation aoluoUo. La Lorraine ensuite serait devenue un Ltal indépendant, et je no vois vraiuuMil pas pourquoi il n'en scruit pas de même do la Francho-C.omté et do la Savoie. Il sv serait Hm-uh' aloi's une fi^dt-ration do petits Ltals ({tiaucuno puissance n'aurait (!uo à irdouter. MiiiM cotte fédération s'apituierait on fait sur l'Allemagne : la frontière allemande occidentale jouirait ainsi d'uneséourité nouv<*lle,ot une grande sim|ilifiealion dans rorganisalion militaire de cotte région serait alors ptts- Nihle. Ce »ont deux ehones entièrement dépeiKhintes l'une
CONSTANTIN lUANTZ 3oi
de l'autre : à cette condition seulement l'organisation militaire de l'Allemagne occidentale pourrait peu à peu se transformer en un système de milices. Ce sera impossible tant que nous aurons en face de nous une puissance centralisée telle que la France, et tant que, par là même, nous devrons craindre sans cesse de nouvelles agressions. Il faudrait donc ici transformer foncièrement les choses, et enlever à la France toutes ses positions agressives. Et ceci n'eût été possible qu'en créant de petits
Etats, qui sur la frontière occidentale de l'Allemagne auraient constitué une fédération.
Parmi les provinces que l'on aurait dû séparer de la France, la Lorraine eût été sans aucun doute après l'Alsace d'une importance immédiate pour nous. Nous en
avons en effet revendiqué une partie Mais j'en appelle
à votre propre sentiment : l'impression produite n'auraitelle pas été toute autre, si nous avions exigé la Lorraine entièi'e, notamment en invoquant la reconstitution de notre ancien droit, plutôt que d'en prendre une partie, ne nous appuyant point sur un droit réel, mais bien sur notre caprice personnel, prenant ainsi ce qui nous agrée? Telle partie de la Lorraine, dit- on chez nous, doit appartenir à l'AUeiuagne , telle autre à la France : mais c'est là une distinction arbitraire et momentanée, que l'on voudra modifier dès la première occasion. De part et d'autre cette pensée serait naturelle. On déchire ainsi le pays lorrain; alors qu'il pourrait former un tout viable. Dans les circonstances actuelles, Metz en serait la capitale naturelle, car elle est de beaucoup la ville principale du pays; e.le fut toujours une ville importante; la publication de la bulle d'or l'avait rendue célèbre. Si donc le duché de Lorraine était gouverné par Metz, cela indiquerait, de la manière la plus précise, la dépendance du duché vis-à-vis de l'Allemagne. Tout se serait fait sans
3o2 LES ORIGINES DU PANGERMANISME
peine et aurait reposé sur d'anciens principes. Mais ces considérations étaient loin d'une politique qui, de prime abord, repoussa les di-oits que lui donnait l'histoire. Cette politique ne peut s'appuyer que sur des points de vue stratégiques et commerciaux, car elle est avant tout une politique de lorce. Il est d'autant plus surprenant que l'on ait renoncé à la place de Belfort si importante jxjur la défense de l'Alsace, et qui toujours fit partie de l'Alsace. On ne me fera pas croire que la revendication de la Lorraine entière eût prolongé la guerre jusqu'à l'infini. La force de résistance de la France était brisée. Nous aurions eu la Lorraine, si nous l'avions voulue ; mais nous ne l'avons pas voulue. Et nous n'avons assurément pas cru que cette possession nous sei*ait une gêne plutôt qu'un avantage. D'après le point de vue de Gotha ceci est d'ailleurs jiarfaitement exact. La Lorraine, vu sa population Avelche ne saurait être qu'un élément gênant, car le nouvel empire doit être pur quant à sa composition. Les Polonais de Prusse ne répondent pas à cette théorie, mais ils sont précisément des Prussiens, et comme la Prusse compte tout bonnement pour allemande, les Polonais prussiens .sont tout bonnement des Allemands. Par contre, les Welches de Lorraine resteront toujours des Welches! Nous connaissons déjà cette contradiction. Aussi n'avons-nous pris que Metz qui, pour des raisons stratégiques, nous est indispensable, et d<mt la population, comme c«^lle de la région environnanle, doit passer [lour allemande, puisque le nouvel empire allemand ne doit rlvr. |nMi|>h' (|ue d'/MliMnaiids. Mn v{]\\[, la consLilulion de ri'Impire ilit en toules h'ttres qu'elle se destine au bien du peuple uUcmand. (le qui vit sous cette coiiHlitutioii doit donc être allemand, ou, sinon, par lu conHiitution même il est assimile au peuple allemand.
CONSTANTIN FRANTZ 3o3
Je ne veux pas germaniser la plus petite partie de la population lorraine, pas plus que je ne veux qu'on la qualifie d'allemande. Mais je veux que le pays entre, dans la Confédération allemande, tandis que ses habitants y resteront aussi welclies que bon leur semblera. Il ne me vient pas à l'esprit de prendre les Welches de Lorraine pour des Allemands; ils ne l'ont jamais été, même du temps où la Lorraine appartenait à l'emiiire. Ils sont précisément des Lorrains, et ne doivent pas passer pour autre chose. Je ne veux pas que l'on suive une politique de conquête, mais bien une politique de libération : ces provinces, que nous enlèverons à la France, nous n'en ferons pas des provinces allemandes, nous leur rendrons leur indépendance. Et c'est bien là en eflet un acte de libération, car c'est la force qui autrefois soumit ces pays à la domination française. La centralisation française étouffa 2>artout, au cours des siècles, le goût de l'indépendance, si bien que les Welches de Lorraine se considèi'ent aujourd'hui comme des Français, car ils n'ont pas même l'idée qu'ils ^lourraient être gouvernés autrement que par lee dépêches qu'ils reçoivent de Paris. Mais il est temps encore de modifier tout ceci. Reconstituons le duché de Lori^ine; qu'il soit dirigé par un prince indépendant : bientôt les habitants se sentiront Lorrains, et ne regretterons pas le moins du monde la souveraineté de Paris. La vieille maison de Lorraine vit encore en Autriche; il serait donc inutile de fonder une nouvelle dynastie.
La reconstitution du duché de Lorraine sous son ancienne maison s'accorderait mieux que toute autre chose avec la reconstitution de l'Allemagne ; ce serait le signe véritable du relèvement de l'Allemagne. Si la fédération des siècles passées existait encore la Lorraine en ferait partie sans difficulté. Le pays accepterait des devoirs envers elle ; les principales forteresses seraient considé-
3o4 LES OUK.IXES DU PANGERMANISAIE
rées comme forteresses de la fédération, mais au lioint (le vue des aüaires intérieures le pays se gouvernerait lui-même. Sa dépendance vis-à-vis de l'Etat ne signifierait pas que par sa nationalité il est devenu allemand, mais hien plutôt qu'il trouve dans la i'édcration germanique la protection et la garantie de son indépendance. Notre système actuel ne nous permet de songer à rien de tout cela : car il est fondé sur la centralisation et l'uniformité, qui exclut toute indépendance réelle de chacun des membres.
A ceci se rattachent des questions relatives au territoire occidental, telles que l'avenir de la Hollande, de la Belgique et de la Suisse. Depuis longtemps sans doute ces pays ne font déjà plus partie de l'Allemagne ; ils ont toutefois ])our elle une importance toute spéciale, et s'ils ont fait jadis partie de l'empire, ils ont trouvé plus tard en l'Allemagne une précieuse protectrice de leur indépendance. Je crois d'ailleurs que l'Allemagne aurait un intérêt réel à attirer le i)lus j)ossible ces i)ays dans la ligne allemande, de façon à ce qu'on les considère comme faisant partie de la confédération. Mais comment cela serait-il possible? Les maximes de centralisatitm d'aujourd'hui ont bien plutôt pour eilet d'écarter de nous cti8 pays. Ils se sentent menacés dans leur existence même, bien plus encore (ju'ils n'avaient à i'e(h)uter la France. De là cette sympathie pour la France (jui M'est mnnife.stée dans la dernière guerre. (l'est un fait auHHÏ vrai que regrettable et qui nous invite à ri-lléchir. Il faudra nous rendre compte comment ces i)ays »loi vent Atre Intiit'H. Oela touche de très près à la <]uesti(>n de Lorraine.
S'il y avait un diichi', niellons un royaume (h' Lorraini*. (jui Çdl un meml)re <le la (lonledt'ration g«M'maniqu«, ce serait ou même temps une garantie importtinte
CONSTANTIN l'UA.NT/ 3o5
pour les États voisins en question. On aurait moins à craindre que la France ne tente un coup de main, sans avoir pour cela à redouter quelque violence de la part de l'Allemagne. La reconstitution d'une Lorraine indépendante prouverait d'une façon formelle que des petits Etats subsisteront; or, la politique de i86() semblait se proposer d'amener la ruine de ces petits Ktats, et c'est depuis que la Hollande, la Belgique et la Suisse se sentent menacées. Elles n'avaient auparavant rien à redouter que le voisinage dangereux d'une France centralisée; mais en iHSq s'est constituée une Italie centralisée; s'il s'y joint enfin une Allemagne centralisée, il semble bien (|ae leur avenir soit compromis.
... Il faudrait, — et cela serait d'une, importance capitale, — que cette Lorraine devînt le centre d'une culture particulière. Au point de vue de la langue, la popu lation welche de ce pays est sans doute unie à la Finance; cependant s(^s mœurs et ses institutions la rattachaient jadis bien plutôt à l'Allemagne. Il en reste encore des traces : car le tout ne constitue nullement un type purement français. La Lorraine redeviendrait donc ce qu'elle était avant que la France l'eut conquise, c'est-à-dire un |)ays de transition. Elle serait une transition entre la France et l'Allemagne, tout comme la Belgique. Et je crois essentiel qu'elle soit française quant à la langue et à la forme, allemande quant à la substance...
L'existence d'une telle province de transition est en réalité si ancienne qu'elle remonte au fameux traité de \'erdun, d'après lequel tout le pays compris entre le Uhin, l'Escaut, la .Saône et le Bhone servait d'intermédiaire entre l'Allemagne et la France... On se le disputa sans cesse... La Franco en absorba la plus grande partie. S'il faut maintenant faire un retour au mieux, sauvons et reconstituons cet Etat dans la mesure où il n'a pas
3o6 LES ORIGINES DU PANGERMANISME
encore succombé entièrement à l'influence française. Et la Lorraine serait précisément la région qui conviendrait le mieux à l'Allemagne tant par sa proximité que par son importance.
Das neue Deutschland (l'Allemagne nouvelle^ p. 377 86.
b) La question d'Alsace- Lorraine.
Il conviendrait, il me semble, de réunir l'Alsace et le duché de Bade en un i^oyaume d'Alémanie, mais dont Strasbourg alors serait la capitale. Une telle situation ne tarderait i)as à contenter pleinement les Alsaciens. De plus, cela aurait pour conséquence im2)ortante de donner à l'Etat de lîade, qui dans les circonstances présentes montre si peu de vitalité, une réelle consistance et de la fermeté. Quant aux populations, qui par nature déjà sont poussées l'une vers l'autre, il est clair que, de part et d'autir, elles se conviennent parfaitement.
En ce qui c<mcerne le territoire lorrain, je serais d'avis d'ailleurs que l'on ne nommAt plus cette terre d'einjùre du nom de « Lorraine »; car cela évoque facilement l'idée qu'à la pit)chaine occasion toute la Lorraine restée encore française pourrait être reveniliquée. Dont; ce nom seul fait naître ici des velléités guerrières. La parcelle de Ijorraine cédée h l'AlU^nagne devrait donc porter un noui particulier; le mieux serait <ju'elle s'ap])clàt le grand-duché de Metz. Car, non seulement la ville de Metz est d'importance capîlJile pour c(dte |>roviu(e m<*me, mais c'est d'elle avant tout (jue tlépend i)our l'Allemagne toute l'importance aussi du territoire. C'est de l'cx^'upation de Met/ (]ue dat(>nt les ])rcmiers empiétements de la l''raiire, et c'est parc«? que l'empereur (iliurles (J^uînl ne sut jms reconquérir (tclte plact^ «[ue coin-
CONSTANTIN FRANTZ Soj
raença à s'établir sur la rive gauche du Rhin la suprématie de la France. De plus, comparée au reste de la Lorraine, c'est encore Metz qui se trouve le plus souvent mêlée à l'histoire de l'Allemagne. C'avait été au moyen Age une puissante ville d'empire, la seconde partie de la Bulle (Vor y fut même publiée et il n'y a pas jusqu'aux Xibelungen où Metz ne soit déjà citée comme une ville allemande. Il va de soi qu'un grand- duché de Metz devrait avoir aussi son propre souverain, et je pense qu'à cet cfï'et, il y aurait lieu d'envisager la maison de Nassau ; d'autant plus que par là s'ouvrirait la perspective de pouvoir réunir encore au nouveau grand-duché, le Luxembourg. Ce petit pays se trouve depuis i8r>() dans une situation anormale et précaire. Sans appartenir au nouvel Empire d'Allemagne, il continue néanmoins à l'aire partie de son union douanière. Son entente politique avec la Hollande, avec laquelle il n'a plus aucun rapport depuis le s(»ulèveraent de la Helgique en i83o, apparaît aujourd'hui vraiment contre nature; et si cette entente, après tout, a i)u persister tant que dura l'ancienne (Confédération germanique, il n'en est plus de même maintenant. Il est en quelque sorte injurieux pour l'Allemagne que le Luxembourg, qui a été le berceau d'une dynastie impériale, ne puisse plus lui appartenir, tandis que, d'autre part, ce petit pays n'est plus d'aucune valeur pour la Hollande et lui est même presque uwv gêne. Il avait été question de le céder à la France après i8(>(>; raison de plus pour le céder maintenant à un grand-duc de la maison de Nassau à qui du reste il reviendrait par héritage, si dans les Pays-Bas la branche mAle s'éteignait. Le Luxembourg et Metz iraient très bien ensemble, et ainsi le nouveau grand -duché formerait un territoire d'assez grande importance.
La politique mondiale, t. II, p. 4^, 49-
J08 LES OUIGIXES 1)1' PANGERMANISME
CI Les relations de la France et de V Allemagne après le règlement de la question d'Alsace-Lorraine.
Il faudrait considérer quo, par suite d'un tel remaniement, il pourrait s'établir aussitôt entre la France et l'Allemagne dés relations plus amicales. Le fait que les prétondues Terres d'Empire sont régies aujourd'hui, nominalement il est vrai, par rEm])iro, mais de fait bien plutôt par la Prusse, ne peut être d'aucune garantie pour la France, attendu qu'elle a pour voisin immédiat un l'Hat que, il'aprôs son histoire, l'on peut incontestablement qualifîer de puissance conquérante, comme de son temps du reste Mirabeau déjà nommait la Prusse. A coup sûr il on serait autrement si la Prusse, au lieu de cela, se trouvait avoir j)our voisins immédiats deux petits Ktats inolfensifs, car l'on sait bien que pour les Français les mots de « Prussiens » et « Allomaïuls » ne signiüont pas la même chos<».
(Certes, notre situation militaire à la frontière française se ti-ouverait (pichjuc |»«'u allaiblio do ce ipic la surveillance exercée aujourd'hui directement ])ar la Prusse reviendrait tout d'abord à un petit royaume cX à un grand-duché. Mais, selon moi, il n'y a pas lieu pour l'Alhunagno do s on inquiéter. Actuollomont elle est sans conlrodit le j»arti le plus fort ; non soiiloiuont elle connervera cette supériorité, mais celle-ci ne fera que grandir encore, car la population de l'Fuipiro d'.MIcuiagno (|ui, déjà, com|»to près do H millions de plus i|ue colle do la Fnincc, ne oettHO do »'uccroîtiT dans dos proportions infiniment plus fortes (|uo ehe/ cette dernière. De plus, le peuple allonuind, pris dans son onsomblo, est physiiiuoinent plus résistant <{ue le ptMipIo lVan«;ais, et cos
deux particularités, au cas où une guerre nouvelle viendrait à éclater, ne seraient pas sans importance.
La France ferait donc bien d'y réfléchir sérieusement et d'abandonner une fois pour toutes ses idées de revanches, car parler de revanclie en de telles circonstances équivaut pour la France à jouer avec le feu.
La politique mondiale, t. 11, p. 5o.
lO. POLITIQUE D1-: L ALLEMAGNE SUR SA 1 IlONTIERE DE LEST
ai De la nécessité iVune hégémonie autrichienne dans les Balkans pour la création d'une grande Fédération germanique dont l'Allemagne serait le rentre.
Si nous considérons les temps modernes, nous sommes frappés do la facilité avec laquelle l'Autriche, à l'occasion de la guene de C>rimée, aurait pu acquérir la Roumanie tout entière. Elle lui fut en quelque sorte oll'erle par les puissances de louest, à condition qu'elle voulût bien céder Milan en retour. Si à cette époque, le prince Schwarzenberg avait été encore au pouvoir, les choses à coup sftr ne se seraient pas passées ainsi, car il eut très certainement j)ossédé l'énergie et la fermeté nécessaires à une telle enlrei)rise; mais Tune et l'autre manquaient alors et l'Autriche, au lieu d'exploiter cette situation favorable, se borna à cette demi-mesure, pourtant très coûteuse, d'occuper, pendant un certain temps, militairement la Roumanie. Ainsi, non seulement la guerre de Crimée ne lui fut d'aucun profit, mais elle lui causa par la suite le plus grand préjudice, car le fait qu'au Congrès de Paris, la Roumanie fût constituée en un Etat national
3lO LES ORIGINES DU PANGERMANISME
indéjjendant devait inévitablement soulever les po2)ulations roumaines jusqu'alors si paisibles de la Transylvanie.
Ce n'est pas tout ; bientôt après, à la gimnde satisfaction de la Russie, l'Autriche devait encore payer de la guerre austro-italienne le plaisir d'avoir pendant un certain temps occupé la Roumanie. Il lui fallut alors céder Milan, sans obtenir en retour la moindre compensation, et peu de temps après, Venise elle-même lui échappait. Si, pendant la guerre de (]rimée, l'Autriche avait pu établir sa domination ou tout au moins son protectorat sur les lîrincipautés danubiennes, la Russie dès lors aurait été exclue des pays balkaniques. La marche ultérieure de la question d'Orient s'en fût trouvée totalement modifiée, pour le profit de l'Europe occidentale tout entière. Quant à l'Autriche, si un grand avenir doit lui être encore réservé, c'est une question vitale pour elle d'assurer sa suprématie sur le cours inférieur et plus spécialement sur les bouches du Danube. Il lui faut prendre pied solidement dans la région du Pont. Pour cela, il est vrai, il n'y a guère dautre moyen que d'acquérir la Bessarabie, et, afin que les relations de ce pays avec la (lalicie fussent assurées, il faudrait y joindre encore la Pudolie.
A 8up]>OHer que ce résultat soit réellement atteint, et que, d'autre part, il existe une grande Fédératicm germanique, l'Allemagne, par l'intermédiaire de l'Autriche, se trouverait réunie aux pays du Has- Danube. D'autre part, la Prusse négocierait une union avec la Pologne et la liitliuanie à laquelle adht'rerait 1res eei'Iainement la liivonie. (le serait donc une formidable expansion de la (xnifédération vers l'Orient. Bien entendu, il n'en résulterait pas un ensemble national ; il n'en résulterait d'ailleurs pa.s un l'Uat. Ce seriiit une b'édération, composée il est vrai d'éb^inentH diUérenth, et qui ne [>our-
CONSTANTIN FRANTZ 3l I
ruit se maintenir qu'en accordant à chaque unité nationale le jeu nécessaire à son dévelopiiement.
Toute idée de centralisation et d'uniformité en serait délibérément exclue. Et cela pourrait se réaliser d'autant plus facilement que du côté de l'ouest la Hollande, la Belgique et la Suisse adhéreraient à cette Fédération. L'Empire actuel au contraire rebuteiviit bien plutôt ces })ays et rendrait une telle union tout à fait impossible.
Dans la brochure que j'ai publiée au printemps de 1848, et où je m'opposais au projet émis alors d'un nouvel impérialisme allemand, j'avais, au sujet de toutes ces éventualités, conclu en ces termes :
« 11 s'agit bien plutôt de créer une Fédération de territoires qui, de par delà l'Escaut s'étendrait jusqu'au delà (le la Dwina et des montagnes de Suisse jusqu'aux régions (lu Pont. Certes, c'est là quelque chose d'infiniment plus grand que ne le serait une Allemagne nationale et centralisée, à laquelle il manquerait vers l'est et l'ouest son comi^lément naturel et qui détruirait violemment ce qui existe, entraverait l'évolution multiple de la vie allemande et serait en contradiction avec la mission mondiale de notre nation. L'Allemagne, sedi*essant au milieu des peuples, n'est pas comme la France destinée à s'isoler et à se centraliser ; elle est appelée à faciliter l'unité des peuples et à représenter cette unité par un grand organisme fédératif. »
La politique mondiale, t. II, p. 67, 68 ss.
bi De l'ai>eiiglement obstiné de certains Allemands devant la gravité de la question prusso- polonaise.
Du jour où je me mis à étudier de près les questions politiques, il m'apparut très clairement que, pour la Prusse, la question de Pologne était de première impor-
3ia LES ORIGINES DU PANGERMANISME
tance et pouvait même devenir, selon les circonstances, une question vitale. Durant toute une génération, je n'ai cessé de revenir constamment sur ce point. Mais à quoi cela avançait-il vis-à-vis de gens qui volontairement ignorent les faits les plus incontestables, et qui même l'ont exprès de se boucher les yeux, sans doute afin de ne pas voir sur la carte combien toute la partie orientale de la Prusse ne lait qu'un avec la Pologne. C.ontre cet aveuglement obstiné, que les historiens de Gotha ont précisément érigé en système, il n'y a rien à faire. Très certainement des faits nouveaux devront tout d'abord se pi-oduire, pour que ces gens changent d'avis, et alors ils reconnaîtront, mais un peu tard, de quoi en réalité il s'agissait.
La politique mondiale^ t. II, p. 54.
Cl Le péril russe.
Depuis que. pour acquérir une parcelh'. de la Poiiu'ranic suédoise, Frédéric-Guillaume I s'est allié à l'Empire Husse, l'amitié de la Russie n'a cessé de traverser toute la politique |M'Ussienne comme un (il conducteur, dette façon d'entrer en co(jiietterie avec l'esjjrit moscovite, auquel il faudrait bien plutAt montrer les dents, est tout Kiinpl(>nient la limite «le l'histoire de IMmissc. ()uelque cJHis«; de russe a passe ainsi dans le génie prussien et un mal infini en est résulté pour l'AlIeningne t<mt entière. Mai« la Prusse voulait aloi's protéger ces derrières, et tnndÎM (]ue de son côté elle renonçait h toute activité dans lo nord-eHt de l'I'lurope, et obtenait par là le droit de pourHuivrc en Allemagne de nouvelles acquisitions, la IluNsie en proli(:iil |MMir s'él«'n<lre loujoni's plus avant dans lii ilirrclion lie l'ouest. i'it il n'en lui ainsi i|tie |)arce
CONSTANTIN FUANT/ 3l3
que la politique conquérante de la Prusse en Allemagne avait créé une rivalité permanente avec l'Autriche. Nous assistàmesalorsàce spectacle édifiant de deux Jurandes puissances germaniques qui, au lieu de s'unir pour repousser l?i barbarie asiatique, comme on aurait pu s'y attendre de la part des Marches du Nord allemandes et des Marches de l'Est autrichiennes, cherchèrent bien plutôt à s'évincer mutuellement à Saint-Pétersbourg, et ne firent par là, en définitive, que de servir de piédestal à la grandeur de la Russie.
Et ceci en réalité n'avait été possible que parce que d'un côté toute l'Allemagne occidentale était sous la domination française, tandis que de l'autre la Prusse recevait satisfaction par le traité de Tilsitt, et l'Autriche par la paix de Vienne. Mais qu'il ait fallu recourir à lalUissie pour secouer à nouveau le joug de la France c'est ce qui jette, même sur les guerres pourtant si glorieuses de l'Indépendance, une ombre noire, et c'est ce qui permit par la suite à la Russie, de s'avancer jusque sur la Prosna, c'est-à-dire à trois journées de marche à peine de Breslau, la deuxième ville de la monarchie prussienne. (Iràce à cette situation la Russie, pendant l'automne de i85o, put même intervenir comme arbitre entre la Prusse et l'Autriche. Que pouvait bien signifier ce rôle d'arbitre entre les deux grandes puissances germaniques ? Vn protectorat effectif sur l'Allemagne entière en résulta tout naturellement dans les années suivantes; seule, l'expédition de Louis-Napoléon en Crimée mit fin à ce protectorat; l'Allemagne elle-même n'y est pour rien. Pourtant à quels résultats immenses cette guerre de Crimée n'eùt-elle pas conduit, si les deux grandes puissances germaniques s'étaient jointes aux puissances de l'ouest! Tout cet épouvantail de la question d'Orient, contre lequel la diplomatie européenne a depuis si longtemjjs exercé toute son habileté aurait revêtu par là sa forme
3l4 LES ORIGINES DU PANGERMANISME
véritable: car ce qui en fait IVcueil principal, c'est précisément la Russie. Donc la question d'Orient devient implicitement bien plutôt une question russe. Celle-ci pouvait alors être réglée à fond.
L'Autriche n'aurait eu qu'à s'avancer dans la direction de Kiew, tandis que la Prusse aurait fait irruption en Pologne et en Lithuanie, et d'un seul coup la Russie eût été repoussée par delà le Dniester et par delà la Dwina. Il eût suffi d'insister pour qu'elle cédât la Finlande ellemême et elle se serait vue aussi refoulée jusque dans les limites qu'elle possédait avant le premier partage de la Pologne. — Il est probable qu'une telle occasion ne se représentera jamais. Par là, la Fédération des peuples d'Occident se fût trouvée elfectivement fondée; l'Eui-ope occidentale seule aurait été chargée du règlement des affaires orientales et la Russie serait restée désormais attachée à sa mission spéciliquement asiatique. Cette idée d'une Fédération des peuples d'Occident n'est donc pas une chimère, puisqu'à cette époque déjà elle aurait pu se réaliser. Il .se peut (jue, ])Our une dipomatie abîmée tout entière dans sa })olitique de grande puissance, cette idée ait été trop vaste encore, trop vaste surtout pour la iK)litique de Vienne, nettement transcendante pour la jM>litique de Herlin. Car il faut reconnaître que toute initiative politique manquait alors au minislcre Man- Irulfel ; très certainement il eût été incapable <le faire un effet en vue d'une «'utreprise liai'die. Kl raurail-il pli (ju'il se fût heurté à l'inllueiKe de la Cainerilla, sorte de gouvernement occulte et rival auquel se joignit encore tout le parti soi-disant conservateur. A n'en pas douter, une rupture avec les belles tradititm de l'amitié rnsso-pruHsieiiiit' Norait apparue comme un suici<le. La très sainte Russie ne passait-elle pas aux yeux des Tories de la Prusse jiour l'asile véritable des intérêts soi-disant conservateurH? N'allaient ils pas même jusqu'à en faire le
CONSTANTIN FRANTZ 3l5
pivot du germanisme chrétien, et pour eux le tzar Nicolas ne s'était-il pas montré un père pour la Prusse? C'est du moins ce qu'ils donnèrent à entendre dans leur organe particulier.
Donc finissons-en avec tous ces discours sur la très sainte Russie, finissons-en une fois pour toutes avec l'amitié russe. Car, ce qui est sftr, c'est que notre ennemi liéréditaire sur les frontières de l'est peut devenir un jour infiniment plus dangereux que ne l'a jamais été sur nos frontières de l'ouest notre autre ennemi héréditaire. Kt comme elle a déjà été néfaste, l'influence de cet ennemi ! Si la paix eui-opéenne, survenue après i8i5, n'a été en réalité qu'une paix armée, c'est en Russie qu'il faut avant tout en rechercher la cause première. S'étant par sa domination en Pologne enfoncée comme un coin entre la Prusse et l'Autriche, elle pouvait d'autant plus facilement entretenir ainsi la rivalité de ces deux puissances, et par là, elle s'était mise à même de pouvoir, selon les circonstances, se jeter de ce point soit sur l'une, soit sur l'autre. C'est pourquoi la Prusse et l'Autriche ont di\ continuellement se tenir sur leurs gardes. D'autre part, l'Allemagne tout entière devait être prête contre la France, car la France ayant gardé l'Alsace, persistait à convoiter le Rhin.
Api'ès la double défaite de Napoléon, il eût été tout naturel qu'en i8i5 la France cédât l'Alsace. Il suffisait de prétexter un règlement général de l'Europe pour qu'il n'y eût rien là d'humiliant pour la France ; mais on se heurta précisément à l'influence de la Russie qui éprouvait une satisfaction évidente à ce que l'Allemagne et la France se tinssent respectivement en échec.
D'où alors cette paix armée. Dès i85o, nous aurions pu il est vrai, réj)arer nos dommages dans le Haut-Rhin, si la Prusse avait voulu alors s'allier avec l'Autriche ; maintenant nous avons en réalité reconquis l'Alsace,
3l6 LES OUIOIXES DU PANGERMANISME
mais dans des circonstances toutes did'érentes de ce qui aurait pu se passer on i8i5.
On n'a fait par là qu'attiser en France les désirs d'une revanche, si bien que la paix armée s'est changée depuis lors en un pied de guerre permanent. Et cela fut funeste au point de i>ermettre à la Russie, depuis Pierre le Grand, de s'ingérer dans les all'aires de l'Europe occidentale : de là provient, par la suite naturelle des événements, l'état de chose actuel en luirope. C'est p)urquoi notre seul espoir de sortir de cette situation est de cliasser avant tout la Russie de Pologne et de Lithuanie et de la refouler par delà la Dwina. C'est là mon ceteriiin c'enseo, je n'en démordrai pas.
Que la Pologne soit momenttinément encore la partie la plus attaquable du colosse russe, et qu'à plus d'un égard elle apparaisse même comme une ])laie béante, il n'y a pas là de quoi nous rassurer. Userait au pouvoir de la Russie de fermer cette plaie ; car les Polonais sont déjà à ce point asservis, qu'il suffirait à la Russie de restaurer aujourd'liui son royaume de Pologne et de lui <lonner une constitution nationale, avec un vice- roi à la tête, pour gagner, provisoirement du moins, les Polonais. Qu'elle les somme seulement de se jetei* sur la (ialii*ie, sur la Posnanie et sur la Prusse orientale ])our agrandir de ces pays leur petit royaume, et le fanatisme national polonais alors fera des i)rodiges ; mais si en arrière se dressait eneor«' l'armée russe tout entièr(\ l'existence «le la Prusse s'en li'(mverail cjtniproniise. \'oilà le vrai danger. Certes, il se peut que e«' «langer n'apparaisse jusipi'iei à rii«»ri/.«>n politiipi«* «|u«' comme un petit p«iint noir visible seulement à la longue-vue. Mais un jour peut venir où eo petit point noir grossira rapidement Jusipi'à f«>rmer un nuage, «]ui, lui, v«>il«M*a l'hori/on p«>litiqu«' t«)nl «'nti«'r. N'«* «h'vons-vons pas prc'*venir un t<'l «langer'.'
CONSTANTIN IllANTZ SlJ
Je maintiens que la Prusse n'est devenue la continuatrice de l'ancien ordre teutonique et celle aussi des Chevaliers de Livonie que pour agir avec le glaive, là où tout autre moyen ne saurait réussir. Il ne serait pas nécessaire pour cela de créer artiliciellement un casu-t belli; le casus belli se trouverait de lui-même, et même il serait prêt depuis longtemps, car la domination russe en Pologne a perdu tous ses droits depuis que ce pays, que la Russie, sur la foi des traités, n'aurait dû posséder (pie comme un royaume autonome, a été incorporé à l'Empire moscovite. Mais il est manifeste que seule une guerre de grand style [»ourrait mener ici à un succès certain. Car il apparaît clairement (et pour avancer cela, il n'est j)as besoin d'être stratège), que la Prusse n'aurait qu'à marcher avec trois grandes armées à la fois sur ^'arsovic, sur Yilna et sur Riga, puis à occuper tout l'ensemble des pays pour forcer la Russie à lui céder ces territoires.
La politique mondiale, t. Il, [>. 55, ss.
d) De r habileté diplomatique de la Russie.
Rien ne montre avec autant d'évidence que la dernière guerre franco-allemande tout l'avantage que la Russie, à la longue, peut retirer des antagonismes européens. La Russie n'avait qu'à faire avancer 200.000 hommes sur la frontière de Prusse pour qu'une grande partie de l'armée prussienne fût immobilisée dans les provinces orientales, et très certainement alors les résultats de la guerre eussent été bien moindres. Mais pourquoi la Russie aurait-elle fait un elfort, puisqu'elle n'avait qu'à se baisser })our recueillir des avantages?
Si la guei're franco-allemande était restée de part et
3l8 LES ORIGINES DU PANGERMANISME
d'autre sans résultat, les deux parties n'en eussent pas moins subi un afFaiblissement considérable. Mais si la France avait été victorieuse, il aurait fallu que l'Allemagne s'appuyât plus fortement encore sur la Russie, ce qui aujourd'hui au conti-aire est le cas de la France, qui recherche son alliance et se jette littéralement à son cou. C'est là, à n'en pas douter, la chose la plus folle, car la France, qui pendant si lougtemj^s a marché en tête de la civilisation, perd ainsi la puissance morale qu'elle s'était acquise alors et ne tend pai' là, au contraire, qu'à s'asservir.
Mais quelle imix>rtancc cela peut-il bien avoir pour la Russie que la France se tienne sur la défensive ? N'estelle pas sûre de jwuvoir compter pour l'instant déjà et sans doute pour longtemps encore sur l'alliance française? Ceci n'est-il pas liautement significatif? Les deux seules entreprises dirigées contre la Russie ne sont-elles pas parties justement de la France? Il est clair que c'est précisément de ce virement politique qu'est né le danger qui maintenant nous menace directement du coté de la Russie; et je dis en outre que si de nouveau un changement venait à se produire dans les circonstances actuelles, le danger n'en persisterait pas moins et ne ferait même que grandir jusqu'à devenir menaçant pour l'EurojKî (H'cidentale tout entière.
La Politique nllemnnde de iuK^ejilr, \. I, p. t)^.
V La itiluation pérUlciisr de VAllemagne en face d'une alliance franco-russe.
I)cdn>iteetde gauche des dangers nous menacent et
CONSTANTIxV FRANTZ 3l(j
nous sommes pris comme entre des tenailles ouvertes, qui pourraient bien à tout instant se refermer.
Que signifient alors ces innombrables monuments commémoratifs, ces anniversaires de victoires qui se répètent à rinfini, sinon que nous croyons être parvenus d'un seul coup à une situation aussi sûre que glorieuse et eminente? Mais en est-il vraiment ainsi? Je dirai bien plutôt que la partie n'est qu'à moitié gagnée et ce n'est que lorsque nous aurons résisté victorieusement aux l'oi*ces alliées de la France et de la Russie que l'avenir de l'Allemagne se trouvera assuré. Cette épreuve, où il faudra donner la mesure de nos forces, ne nous sera pas épargnées; et elle ]>eut même venir nous surprendre, comme le voleur dans la nuit. Des intrigues diplomatiques ne l'écartei'ont pas, et pas davantage non plus l'augmentation incessante des armements, car les armements et les forces des adversaires, et en particulier ceux de la Russie, s'accroissent dans des proportions égales, et cette explosion, selon toute prévision liumaine, devra, en définitive, se produire avant la fin du siècle. Plus elle sera différée, plus elle sera terrible.
Envisager d'un regard ferme cette catastrophe inévitable et nous familiariser d'avance avec la pensée des eflbrts immenses et des douloureux sacrifices qu'elle nous imix)sera, voilà la condition indispensable pour que nous puissions espérer sortir victorieux d'une lutte gigantesque qui, sans aucun doute, se posera ix)ur le nouvel empire comme une question de vie ou de mort. Malheur à nous si, au lieu d'envisager constamment cette épreuve (iminente nous en détournons notre regard afin de pouvoir nous abandonner avec d'autant plus d'insouciance à notre ivresse du triomphe. Encore une fois, la partie n'est qu'à moitié gagnée, et qui sait si cette moitié n'a pas été la plus petite. Combien dilléi*ente de la lutte avec la
France sera la lutte avec les forces alliées de la France et (le la Russie ! En France, nos troupes pénétrèrent dans un pays extrêmement cultivé ; elles trouvèrent là de bons cantonnements et ne manquèrent jamais de rien, ou, si quelque chose venait à faire défaut, il était facile alors de l'expédier par chemin de fer. Il n'y avait pas non plus à fournir de marches longues et pénibles, et le théâtre de la guerre n'était ni par trop vaste, ni par trop éloigné de nous. En Russie, au contraire, ce seraient des marches infiniment plus longues, dans un pays inculte, pauvre, rude, impraticable. Que de privations auraient à supporter nos hommes, que de maux de toutes sortes! Et si la guerre en France n'a duré après tout que quelques mois, la Russie, elle, pourrait soutenir la guerre bien plus longtemps avant de se voir contrainte à la paix.
La Politique nlleniande de rfH'enir. I. I,p. 74» 7^ et sij.
( I Des droits de l'Allemagne sur les prosnnces russes de In linlti(jue.
Qui oserait nier le fait, qu'à cette époque (i), la Russie nous est réellement venue en aide, ce pourquoi d'ailleurs elle rev«Mi(li([uu cl linaleinentoblinl une récompense excessive. Mais si la Jlussic a pu être considérée à un certain point de vue comme notre amie héréditaire^ je prétends que cette amie est pour nous dix fois plus dangereuse que la nation qui fut Jusqu'ici notre ennemie héréditaire, c'est-à-dire : la France. Depuis (|uc cclh^-cia perdu Strasbourg et Met/, elle ne peut plus, à (>llo soûle, nous faire
Il DniiH Ion ((iirrri'H lie üoiililioii coiilr«' In Frniicr i(-M>Iiitioiiiialre cl pliih tard contre Niipoluoii.
CONSTANTIN' FRANTZ i'Jl
grand mal. Si la prise de possession de Metz a été la base initiale de la prépondérance française, dont nous prîmes l)lus tard si fortement ombrage, la prise de possession de Strasbourg- avait assuré définitivement sa situation prédominante. De ces circonstances seules naquit cette inimitié héréditaire ; elle ne découlait pas de la nature des choses.
Aussi un compromis pacifique avec la France, voire même une entente avec elle sont, à vrai dire, toujours possibles. Açec la Russie, an contraire, il faut considérer Vune et Vautre éventualités comme totalement impossibles. Quels sont, à l'égard de l'Allemagne, les véritables sentiments de cet ami héréditaire? Gela apparaît avec assez de clarté, dej)uis des années déjà, sous les traits les moins équivoques. Si du moins, à défaut de sentiments amicaux, la Russie n'entretenait pas, envers notre pays, des intentions nettement hostiles, d'où viendraient donc à ])résent ces recours à la violence pour étouffer le germanisme et pour opprimer notre Eglise dans ses jirovinces baltiques? Et si vraiment, d'autre part, elle attachait quelque prix à l'amitié de l'Allemagne, elle devrait se dire à elle-même quo nous pourrions interpréter ses agissements comme une provocation. Mais il semble bien que cette considération ne lui vienne pas du tout à l'esprit. Se targuant de l'inviolable supériorité de ses forces, elle croit pouvoir ne tenir aucun compte de nos sentiments. Et nous ! Nous ne faisons que la fortifier dans cette confiance, en assistant, indifférents, à tout ce qui se passe dans les provinces baltiques. L'on dit que cela ne peut nous toucher en rien, puisque c'est pour la Russie une affaire purement intérieure et à laquelle nous ne pourrions nous mêler sans l'irriter. Et voilà pourquoi nous irions renier notre propre sang et abandonner nos coreligionnaires! Schiller ne dit-il pas : « Indigue est le peuple qui ne sacrifie pas tout à son honneur. » Et la fondation
ni I.ES ORIGINES DU PAN<;EUM A.MSME
de nos anciennes colonies sur la Dwina n'évoque-t-elle pas de glorieux faits d'armes allemands qui devraient être toujours présents à notre mémoire? Car ce fut tout de même une chose surprenante, cette poignée de chevaliers, accompagnés de quelques gens, qui ont pu, partant tout d'abord de Brème, soumettre à leur domination une terre si lointaine et si vaste. Quel génie audacieux et vaillant a dû animer ces hommes ! Et ils ne se sont pas bornés à soumettre ce pays, ils y ont établi une civilisation allemande dont les racines se montrèrent si puissantes que cinq cents ans de domination étrangère, polonaise, suédoise et russe ne parvinrent pas à effacer l'empreinte extérieure qu'ils lui avaient imposée, (iombien vivant était encore à la fin du siècle précédent le commerce intellectuel de ce i)ays des chevaliers porte-glaives avec le territoire prussien de l'Ordre teutonique, et pur là, avec l'Allemagne en général, c'est ce (ju'attestent des faits digntrs d«; remar(|ue ni.
Il sembht donc bien que l'on ait considéré alors les [)rovinces baltiques soumises à la domination russe comme étant toujours une déjx'ndance inlcllortuelle de l'Allemagne.
(^)ne signifie donc cet essor que l'on prêt«* à l'esprit allemand depuis iH-j), si, d'autre part, son hori/on s'est rétréci au point qu'il ait jugé ce pays trop éloigné (h' lui, et H'il s'est montré en ()uti*e assez pusillaninu* pour ne
I i'.'rni lA «pio Hrrdcr iivnit (•«>iuinciir(5 sn catTiôrc cl l'inlrrrl iloiil il Hi< pril phis lard pour !«■ pays pni.ssini d«) l'Ordre tfiiloiiiipic l'iiiiila à Iradiiiro les chaiils populaires lettons. — Il avait r\é tout d'ahord professeur eu <'.ourlaude, puis à Hijjjfa, où il retourna à plusifiirs reprises.
l'IiisieurH <eu\ res ili- Kaut pariireut à Ili^'ii <'t la earrièr(^ de Hippel, écrivain de KiWiiKsIter^', se déroula tout euliérR en (.iMirlaudu.
CONSTANTIN FUANTZ 323
plus oser se souvenir des Allemands de la Baltique? Ceci est d'autant plus frappant qu'il ne s'agit pas là d'une simple affaire d'honneur. Des conséquences pratiques en découlent, qui sont d'importance capitale; car c'est manifestement au maintien dans les provinces baltiques de la culture et de la conscience germaniques, ainsi que de leur influence pré^jondérante qu'est due la situation importante acquise par les Allemands de ces provinces dans tout l'empire russe, et grüce à laquelle ils purent exercer et exercèrent en réalité pendant longtemps une action considérable sur la politique de ce pays. Or, c'est précisément cette influence allemande, qui, opposée à la soif de conquêtes innée au nationalisme russe, avait été l'élément modérateur et avait oftert pour ainsi dire certaines garanties, afin que la force agressive de ce nationalisme ne se tournât pas contre l'Allemagne elle-même. Cette garantie maintenant n'existe plus et cette même rage de russification qui voudrait pour l'instant extirper radicalement l'élément germano-balte, fera que sous peu les Allemands seront écartés, autant qu'il est possible, de toutes les fonctions influentes et remplacés par des Russes pur sang. Même dans les emplois subalternes, même dans la vie civile, on ne veut plus les tolérer, si bien que les colonies agricoles allemandes, elles aussi, se sentent dès maintenant atteintes dans les droits qui leur furent concédés, voire môme dans leur propriété. Des centaines de milliers d'Allemands vivent sous cette menace ; tout cela doit il donc nous laisser indifférents ? — Et quels fruits cette politique réaliste, pour laquelle l'honneur et la conscience semblent n'avoir plus de signification, dès qu'il pourrait en résulter quelques désagréments, nous a-t-elle déjà rapportés et nous rajiportera-t-elle encore? L'àme russe, consciente de sa dignité, a le sentiment que dans une circonstance identique elle n'assisterait pas impassible à l'écrasement de son Eglise et de sa Nationalité.
3a4 ïKs ouKiiNES nu pangermanisme
Elle a déjà pour des motifs analogues soutenu de grandes guerres. A parler franchement, elle ne peut que nous raéxnùser pour la délicatesse pleine d'égards avec laquelle nous imposons silence à notre juste courroux et voit là uniquement une preuve certaine de notre crainte.
La conséquence immédiate en est que la Russie, dans ses mesui*es de réjjression, se montre de plus en plus intransigeante et se sent par là plus disposée encore à concevoir une grande guerre olïensive, à laquelle elle se prépare d'ailleurs avec d'autant plus d'énergie.
Qu'indique donc au juste l'établissement d'un port de guerre à Liban? A coup sûr une base navale à cet endroit pourrait soutenir très efficacement une attaque contre le territoire prussien de l'Ordre teutonique. C'est à ce même but que visent encore les récentes fortifications intérieures à proximité de la frontière prussienne ; et c'est pour cette raison que les forteresses de Pologne sont continuellement renforcées, que des troupes toujours ]>lus nombreuses sont massées en premier." ligne et que sont c(mstruites sans cesse de nouvelles voies stratégiques.
N'existe-t-il pas déjà dans de tels préparatifs une guerre latente, et est-il donc indilVérent que la Russie se mette aussi en état de pouvoir passer, lorsque l'occasion sera favoriiblo et avec une énergie d'autant plus grande, de cette guerre latente à une guerre ouverte?
Si, a pliisi<Mirs reprises déjà, le prince de Risiuarck a jugé à propos <le rafraîiiiir d'une douche dcau froide «es tètes chaudes de Français, alors qu'ils déclaraient par trop haut considérer le traité de Francfort comme une simple trêve (|u'il faudrait rompre à la procIiaii)eoc(*asion, ce n'avaient été là pourlaiil(pie<l(>H paroles arrogantes; et de quoi ne purle-t-on pas et ne se vante-on pas on Fi-ance? I..e gouvernement français Ini nit'inc: n'a ponr ainsi dire rien fait qui, en soi, ait nui à nos intérêts ou blessé notre honneur. Quelle dilfercncc avec la Russie, où il ne s'agit
CONSTANTIN l'KANT/ 3a5
pas seulement de mots, mais de faits, et de laits combien éloquents ! Et si de plus on considère combien la pi^sse russe est soumise à l'influence gouvernementale, son attitude hostile prend alors pour nous une tout autre signification que les agaceries des feuilles françaises, pour lattitude desquelles le gouvernement français ne peut être rendu responsable. Alors, pourquoi celui-là seul devrait-il être calmé par une douche d'eau froide ? Je serais même d'avis que ce traitement par l'eau froide pourrait nous être, à nous, extrêmement salutaire; et n'est-il pas d'ailleurs une découverte allemande? — Si on a dit que les Français sont comme hypnotisés, au point de ne plus pouvoir détourner leurs regards île l'Alsace et de la Lorraine, et qu'ils sont parvenus ainsi à un tel degré d'abrutissement et de crédulité qu'ils livreraient sans aucun .scrupule tout l'Orient à la Russie, pourvu que leur revanche par là fut assurée, je demande alors à mon tour si nous nous trouvons, nous, dans une situation l)eaucoup meilleure? Sur quoi fixons-nous donc nos regards, sinon sur nos grandes victoires de 1870-71? Et si par hasard les résultats acquis par ces victoires venaient à nous être de nouveau contestés, c'est encore vers la France que nous regarderions et beaucoup moins vers la Russie. C'est exactement le contraire de ce qui devrait (Hre. Cependant, si tout dernièrement quelques voix néanmoins se sont élevées pour nous dire de fixer nos regards sur le point d'où menaçait le seul vrai danger il y a là un heureux indice que nous nous réveillons de notre état léthargique ; mais comme ces paroles émanaient de militaires, il est tout naturel qu'au [H'emier plan de leurs considérations se placent les éventualités d'une guerre russo-allemande. — A dire vrai, s'il ne s'agit que ilu coté strictement pratique et pour ainsi dire tangible de la question, une issue heureuse de la guerre amènerait-elle une solution ? Bien au contraire,
3a6 LES ORIGINES DU PAXdERMAMSME
des devoirs de tout autre ordre nous incomberaient aussitôt, qui intéresseraient la sécurité de l'avenir.
Il va de soi qu'il n'y a pas lieu d'aller au cœur même de la question, ni de mesurer toute l'étendue de ses rapports ; car ce qui est à résoudre ici, c'est bien dans toute l'acception du mot, un problème. Mais de cela, il semble que même les hautes sphères de la diplomatie ne se fassent pas la moindre idée ; et que pourrait-on bien attendre en elFet de notre public de politiciens cliez lequel ne régnent partout sur ce point que les opinions les plus superficielles, souvent même des opinions dangereuses. Je dis, et je tâcherai de prouver, qu'à cela se rattache toute la question de la situation mondiale de l'Allemagne et de sa mission dans le inonde, (^'est qu'il ne peut en être autrement, tant que la Russie, dont la puissance occupe un sixième du globe ne s'ailîrme ]>as. ostensiblement comme un pays, tel que IWllemagne par exemple et les autres pays de l'Eui-ope occidentale, mais comme un continent ; ce qui fait que, s'ajipuyant sur cette base colossale, il lui était possible de se développer de plus en plus comme puissance mondiale. Alors, si nous avons affaire à un continent, combien insignilianles nous ]»araitront en comparaison nos querelhîs avec lu France, c'est-à-dire avec un pays, un territoire national comme l'est l'Allemagne ? Du reste pendant des .siècles, la politi<|ue européenne n'a été qu'une politique de territoires nati(maux, et graduellement on s'est à (•<' point imbu dt; ses maximes et ses idées, qu'elle domine maintenant la conscience politique générale.
Mhïh (|ue cet hori/on est borné, si l'on songe (]ue, pai' la suite, les clio.ses se sont modiiiées tic i'açon si frappante, que cette |)oiitiqucdc territoires nationaux, suivie jusqu'alors, devait néc<*ssairenjent et insensiblement se muer en une politicpie mondiale! — (iCtle transformation Hi radicale et de portée si grande, ]K)ur (]ui sait voir,
CONSTANTIN 1-RANTZ JtiJ
a déjà commencé à se manifester, et dans sa progression continue, elle ne tardera pas à être décisive pour l'évolution ultérieure du monde. Notre salutdépend donc, comme aussi notre perte, de la question de savoir si nous persistons à nous mouvoir dans le cercle étroit de la politique nationale. Si délicate et si critique que puisse être la situation à laquelle, par la suite naturelle des choses, nous soyons parvenus à l'égard de la Russie, il est presque heureux que, justement vis-à-vis de celte puissance mondiale, nous ayons vu clairement qu'il nous fallait nous élever jusqu'au point de vue de la politique mondiale ; et (•est de ce point de vue seul que l'on pourra vraiment comprendre la situation mondiale de l'Allemagne et sa politique mondiale.
La Politique allemande de Vavenir, t. 1, p. 78 et ss.
g) Danger pour la Prusse du voisinage de la Russie en Pologne et en Lithuanie.
Si la Prusse orientale venait à être perdue, tout le corps de l'Etat prussien se trouverait coupé de sa base. O serait une blessure incurable. Je prétends même que si la Russie parvenait à conquérir seulement le petit coin de pays situé à droite de Tembouchure de Niémen, ce serait déjà le commencement de la lin. A dater de là, la Russie dominerait le Kurishe Hall' et la voie de Königsberg lui serait ainsi ouverte. Pour le surplus, ce ne serait qu'une question de temps, et ce temps pourrait bien être très court; non-seulement la Prusse orientale, mais la Prusse occidentale pourraient alors être prises d'un seul coup, car la situation de la Russie serait bien trop favorable pour l'ollensive, tandis que jusqu'à présent, laj^etite
3a8 I.ES ORIGINES DU PANdEIOIAMSME
parcelle de terre sur le bas Niémen oll'rirait un obstacle encore très considérable. Or, si un jour la Russie étendait sa domination sur la Vistule inférieure, la maîtrise de toute la Baltique lui reviendrait inlailliblement, car la A istule est justement de beaucoup le i)lus imjjortant des neuves qui se jettent dans cette mer. En outre, elle j)osséderaitles ports de Pillau et de Memel, auxquels s'ajouterait le port de guerre de Liban, qui aujourd'hui déjà menace la moitié orientale de la côtebaltique prussienne. Quels points d'appui pour une maîtrise de la mer! Sur terre aussi, la pression russe serait alors irrésistible; c'est à peine si l'Oder inférieur pourrait ollVir encore quelque protection.
Seraient-ce là des songes d'une imagination exaltée? Tant que la Russie possédera la Pologne et la Lithuanie, il est dans la nature des choses qu'elle aspire à la possession des bouches du Niémen et de la Yistule, sans les- ([uelles sa domination en Pologne resterait incomplète et toujours précaire et, à certains points de vue, plutôt une source d'embarras qu'un réel accroissement de puissance. Sa volonté de maintenir sa position dans celte région et ses ellorts continuels pour s'y consolider, n'auraient, somme toute, aucun sens réel, si elle ne gaiilait l'arrière-pensée de conquérir ])lus tard le littoral (pii en dépen<l. Que lûinigsberg soit pour elle un j)oint de mire, la guerre de Sei)l-Ans l'a bien montré, lorsque lu tzarine Elizabeth s'y est fait rendre hommage et n'coiin.-dtiT pour rciue. ( A>inn)c ils doivent la convoitei* plus ard<*muienl encore depuis (|ue, possédant lu Courhuidc, ils se trouvent immédiatement à lu frontière! Ils ont en alors loules facilités pour ac(|uérir une connaissance appprofondie du pays. Ils avaient déjà été en PruH8e occiilentale au temps de Stanislas Leczinsky, qu'iU enfermèrent ù Duntzig. Kt des armées russes n'avnient-elles pas déjà par<'ouni la luajj'uie partie »le
CONSTANTIN' FUANTZ 829
l'Etat prussien, ainsi qu'une j^^rande partie du reste de l'Allemag-ne, et n'avaient-elles pu y faire des études stratégiques, tandis que les nôtres n'avaient encore jamais eu semblable occasion en Russie.
La Politique allemande de r avenir, p. 126-127.
Il) Projet de réunion à la Prusse orientale des territoires russes du Niémen inférieur.
Revenons... aux alJ'aires strictement prussiennes [et] suj)posons donc le grand combat mené à bonne fin, une modification partielle des provinces de l'Est serait alors également indiquée. Ainsi, à mon avis, tout le territoire gagné sur le Niémen moyen devrait être réuni à la Prusse orientale, et, par là seulement, serait constitué un ensemble géographique naturel, pour lequel Königsberg s'imposerait, tout naturellement aussi, comme capitale, (^ette i^rovince deviendrait alors de beaucouj) la plus étendue des provinces prussiennes et, à certains égards aussi, la plus importante de toutes. Qu'importe que beaucoup de populations étrangères soient englobées du même coup? Nous avons déjà là-bas un grand nombre de Masoures et de Lithuaniens qui sont cependant de bons Prussiens. Il serait chimérique de vouloir traiter ce pays comme une i)rovince purement allemande. Mais, en ce qui concerne les nouvelles portions de territoire, elles ne sont nullement habitées par de vrais Polonais. Le long de la rive gauche du Niémen jusqu'à Gi-cdno vivait autrefois la tribu lithuanienne des Jaszwingiens qui ne s'assimila aux Polonais que peu à peu par la suite. Malgré cela, ce territoire n'a jamais fait partie de la Pologne proprement dite, mais du grand-duché de Lithuanie, et il n'a jamais joué aucun rôle dans l'histoire polonaise. Il eu
33o LES ORIGINES DU PANGERMAMSMK
est tout autrement de la région de Posen et de Gneseu qui fut le berceau des institutions politiques de la Pologne, ce qui explique d'ailleurs que la civilisation polonaise ait, précisément là, de si profondes racines. La rive droite du Niémen ne fut jamais non plus habitée par de véritables Polonais. Et, en cette contrée, l'élément lithuanien s'est maintenu en partie jusqu'à nos jours ; tandis que, d'autre part, un grand nombre de sujets de la Prusse orientale y ont acquis des biens et y ont même immigré.
En tenant compte de tout cela, il est permis d'esi)éi"er avec confiance que ces territoires se rangeraient sans grande difficulté sous la domination prussienne, qui leur apporterîdt du reste aussitôt une administration i>lus humaine et i>lus remplie de sollicitude ainsi qu'une justice meilleure. Si, comme nous lavons dit, ils font partie par leur situation géographique de la Prusse orientale. les Masoures et les liilhuaniens de celte province l't)rmeiJiient avec eux un lien ethnique et linguistique, (^uant à la ville de Königsberg, môme prise en soi, elle jmurrait aspirer à un plus grand avenir. Hicn située déjà au point tle vue du commerce, elle ollrirait un lieu tout à fait approprié à des entreprises manul'juturières de toutes sortes et, pai' là, exercerait une action stimulante sur toute la province, dont le sol, en grande jMirli»^ peu fertile, ne laisse pas entrevoii* un grand essor pour l'agricultui-e et rend en. conséquence tr^s désirable rudjonctioii d'un développement industriel.
Im /'nlififftir nUemandc de l'arcnir, p. \'ij-\'iH.