‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 109 sur 253 · Ibid., chap. xn, pp · texte numérisé non relu

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des terres ou des fonds destinés à entretenir un ou plusieurs prêtres à charge de célébrer un nombre déterminé de messes pour le fondateur et sa famille. Les « chanteries », fondations destinées à faire célébrer dans certaines chapelles des grandes églises des messes pour les défunts, eurent le même sort. C'étaient plus de 2.700 fondations dont les dépouilles allèrent au trésor royal, presque sans résistance de la part des fondateurs ou des titulaires.

Le roi ayant obtenu son subside et les restes des biens ecclésiastiques prorogea le parlement après lui avoir adressé un vrai sermon. Au clergé, il reprochait ses divisions doctrinales; aux laïques, la manière peu respectueuse dont ils parlaient des évoques et des prêtres.

Ce dernier grief faisait probablement allusion à une nouvelle attaque dirigée contre Cranmer dont sir John Gostwick, trésorier du roi pour les annates et les dixièmes, avait attaqué, en plein parlement, la prédication à Sandwich et à Cantorbéry. Si nous en croyons Morice, secrétaire de l'archevêque, Henri ordonna au trésorier de faire des excuses à Cranmer, s'il ne voulait pas encourir son déplaisir.

A quelque temps de là, le primat fut sauvé une troisième fois par son souverain. Norfolk et d'autres membres du conseil demandèrent la permission d'enfermer Cranmer à la Tour avant d'examiner les charges d'hérésie portées contre lui. Henry y consentit: mais il remit à l'archevêque une bague que celui-ci devait montrer aux membres du conseil comme un signe qu'il en appelait au roi, s'ils tentaient de l'emprisonner. Le lendemain, après avoir fait attendre longtemps le primat, les ministres lui ordonnèrent en effet de se rendre tout d'abord à la Tour. Cranmer en appela au roi devant qui il se rendit aussitôt avec ses accu-

sateurs qui reçurent une forte réprimande pour avoir traité l'archevêque avec si peu de respect.

Les six articles, dont la rigueur avait pourtant été adoucie par la loi de 1544, firent encore plusieurs victimes parmi les novateurs à tendances luthériennes, dans Tannée 1546. Un fameux prédicateur, nommé Crôme, qui avait prêché, le dimanche de la Passion, un sermon jugé dangereux, fut contraint de se rétracter. Latimer fut mis en prison avec quatre autres personnes. C'étaient Lascelles qui devait être bientôt brûlé, Cardmaker, curé de Saint-Bride, et un moine écossais. Ces deux derniers, saisis de frayeur, se rétractèrent : enfin, le sort du quatrième, un certain Huick, est inconnu.

Une femme, Anne Askew *, montra une admirable fermeté. Arrêtée une première fois pour avoir nié la doctrine traditionnelle de l'Eucharistie, elle exerça terriblement la patience de l'évêque de Londres qui finit par la mettre en liberté. Envoyée de nouveau en prison, Gardiner l'examina longuement; le conseil lui consacra deux journées. Le 18 juin, des commissaires royaux l'accusèrent d'être tombée dans l'hérésie de Zwingle, en même temps que Shaxton, ex-évêque de Salisbury, un certain Nicolas White, et John Hodlom tailleur.

Condamnée à être brûlée ainsi que ses trois compagnons, elle resta inflexible pendant que ceux-ci se rétractaient pour sauver leur vie. Le chancelier Wriothesley et sir Kich s'étaient rendus à la Tour et avaient eu recours à tous les moyens afin de l'amener à désavouer ses erreurs. Ils employèrent les tortures et en particulier le chevalet qu'ils manœuvrèrent de leurs mains. Rien n'y fit. Le 16 juillet 1546 elle fut brûlée à Smithfield avec John Lascelles. un prêtre nommé

l. Wriotiiesley, Chronicle, pp. 155, 160; Strype, Ecclesiastical mémoriais, t. I, p. 598; Niciiols, Narratives, p. 303.

Hemsley et un tailleur de Colchester. Avant que le bourreau n'allumât le bûcher, Shaxton avait été forcé de prononcer le sermon d'usage.

Peu de jours avant cette tragédie, le 7 juillet, une proclamation royale avait ordonné aux citoyens de Londres de remettre aux évêques ou au lord maire tous les Nouveaux Testaments de Tyndale et de Coverdale, tous les ouvrages de Fritli, Wyclyff, Joye Roy, Basil, Baie, Barnes, Turner et autres hérétiques. On en fit un gigantesque feu devant Saint-Paul.

Pendant qu'Henri VIII pourchassait avec un égal acharnement les luthériens et les catholiques respectueux de l'autorité du Saint-Siège, le concile général, si longtemps désiré par la chrétienté, se réunissait enfin à Trente. Quand l'auguste assemblée inaugura ses travaux, le 13 décembre 1545, Pôle était un des trois légats chargés de la présider. Les princes protestants delà ligue de Smalcade redoutaient le concile. Le 2 février 1546, leurs représentants prièrent Henri VIII de déclarer publiquement qu'il ne reconnaissait pas l'autorité de l'assemblée; plus tard, ils essayèrent de l'amener à former avec eux une ligue de défense. Le roi accueillit leurs ouvertures, les pria d'envoyer, avec leurs délégués, les noms d'une douzaine de théologiens réputés avec qui il désirait conférer. Les choses en restèrent là. Une fois de plus, il ne sortit rien de pratique de ces négociations et le roi laissa les réformes allemands se battre seuls avec l'empereur.

Au commencement de l'année 1547, Cranmer avait presque réussi à persuader au souverain d'interdire un certain nombre de cérémonies anciennes : la sonnerie des cloches, la nuit de la Fête des morts, l'usage de voiler les images pendant le carême et celui de découvrir la croix, le dimanche des Rameaux, ainsi que la génuflexion devant le crucifix, le vendredi saint. La

lettre royale, écrite par Cranmer et proscrivant ces coutumes, était prête quand, au dernier moment, Henri refusa de la signer. Gardiner, alors en mission diplomatique, l'avait averti que toute innovation en matière religieuse pourrait faire échouer les négociations qu'il conduisait et laisser l'Angleterre sans un appui sur le continent.

Le roi, corpulent et apoplectique, était depuis longtemps menacé d'une fin soudaine. Il mourut le 28 janvier 1547. Le chancelier annonça en pleurant sa mort aux députés qui pleurèrent aussi.

Henri VIII, vieilli, est entièrement différent du jeune prince de vingt ans dont les ambassadeurs à la cour d'Angleterre vantaient à l'envi la grâce, l'intelligence et les talents les plus variés. Il laisse à qui étudie de près les dernières années de son règne l'impression d'un monstre d'égoïsme, de cruauté et de luxure; on constate à chaque instant qu'il était grossier, vindicatif et très menteur; la reconnaissance, la pitié et le remords lui étaient également inconnus. Il a envoyé au dernier supplice, avec une joie qu'il ne chercha pas à dissimuler, Fisher, le fidèle conseiller de son père et le sien, More, le confident intime de sa jeunesse, Cromwell qui lui avait sacrifié sa conscience et sa dignité d'homme. Rien n'égale la brutalité de sa conduite à l'égard de ses filles, Marie et Elisabeth; de ses femmes, Catherine, Anne de Clèves; de la jeune Catherine Howard; d'Anne Boleyn, surtout, qu'il avait longtemps aimée.

Ces défauts faisaient de Henri VIII un vrai chef révolutionnaire dont l'activité ne fut jamais paralysée par aucun scrupule. Son œuvre a un double aspect. Il a chassé de l'Angleterre la papauté et l'Eglise catholique après avoir brisé l'indépendance du clergé et supprimé tous les instituts monastiques. Les immenses

dépouilles des monastères et des fondations pieuses servirent surtout à créer une aristocratie nouvelle ainsi qu'une classe moyenne de fonctionnaires et de bourgeois. Les possesseurs de ces fortunes fondées sur des spoliations et des confiscations arbitraires assurèrent le succès de la révolution qui les avait enrichis.

C'était là le côté négatif de l'œuvre de Henri VIII, celui qui consistait à renverser l'organisation religieuse et sociale des siècles précédents ; sur ce point, les efforts du roi ont abouti à un triomphe complet. Au contraire, le travail de réorganisation religieuse, qui devait produire, vingt-cinq ans après, l'Église anglicane des xxxix Articles de religion, était à peine ébauché. Cranmer, Barlow, Latimer et leurs amis à tendances luthériennes avaient semé les doctrines hérétiques mais discrètement et en se cachant, Henri VIII ayant imposé jusqu'à sa mort par les moyens que l'on connaît la foi catholique dans son intégrité, moins l'autorité du pape. Cet attachement aux doctrines catholiques est un des côtés les plus déconcertants de ce monarque qui, à bien des points de vue, reste énigmatique. On ne peut l'expliquer que par les besoins de sa politique continentale, car à l'intérieur du royaume, il pouvait imposer toutes ses fantaisies à un peuple terrifié.

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