PERSÉCUTIONS CONTRE LES ÉVÈQUES HENRI CI EN S
Barlow et Ridley pendant le carême de 1547. Il refusa de recevoir les visiteurs royaux, alléguant que le « Livre du roi » était la seule autorité légale jusqu'à la majorité du jeune prince. Le gouvernement le fit interner à la prison de Fleet street, d'où il écrivit à Somerset une série de lettres respectueuses dans la forme, très énergiques dans le fond, contre les dangers de la politique nouvelle et contre le Livre des Homélies. L'homélie sur le salut, de Cranmer, lui déplaisait particulièrement. Il trouvait étrange que dans cette série de douze discours, les auteurs n'eussent pas dit un mot de l'Eucharistie et fait une simple allusion au Baptême. L'évêque ne protestait pas avec moins de raison contre la diffusion officielle de la Paraphrase d'Érasme sur le Nouveau Testament. Ce petit livre, traduit par Udal, père de la comédie anglaise, était une satire religieuse très habile. Erasme, sous couleur de raconter l'histoire de Jésus et des apôtres, faisait mille allusions méchantes à l'état actuel de l'Église.
En janvier 1548, Gardiner fut compris dans l'amnistie votée par le parlement et remis en liberté. Mais on lui fit entendre qu'il devait accepter, comme tout le monde, la visite royale, les ordonnances et le Livre des Homélies. On lui demanda son opinion par écrit. Elle ne plut pas au gouvernement qui le fit garder prisonnier dans sa propre maison. Plusieurs évêques à tendances luthériennes et des membres du conseil essayèrent vainement de l'amener à leurs idées. On lui permit de passer un mois dans son diocèse ; pendant ce temps, il échangea des lettres très vives avec Somerset au sujet de la destruction d'un collège de Cambridge dont il était le supérieur.
Le conseil, qui tenait à ruiner l'iniluence d'un homme aussi considérable, le cita à comparaître devant lui. Malade et affaibli, l'évêque se rendit à Londres, à la
Pentecôte. Les ministres soulevèrent contre lui plusieurs accusations. Ils lui reprochaient, en particulier, d'avoir enfreint les nouvelles ordonnances concernant le rituel et la prédication, d'avoir mis en garde ses diocésains contre les prédicateurs de nouveautés et d'avoir pris, en chaire, la place de ceux-ci pour les empêcher d'éclairer le peuple. L'évêque se défendit énergiquement. Il avait observé les ordonnances concernant les cierges de la Purification, les Cendres, les palmes du jour des Rameaux et l'adoration de la croix le vendredi saint. S'il avait conservé le reposoir, le jeudi saint, c'était parce qu'il aurait cru faire mal en le supprimant.
Le conseil lui ordonna de ne pas prêcher à Londres et d'envoyer au protecteur son opinion par écrit sur les cérémonies. Quelque temps après. Somerset lui fit demander de prêcher un sermon devant le roi, et d'en soumettre préalablement le manuscrit au conseil. Gardiner refusa d'être traité comme un coupable. Après plusieurs conférences avec Somerset et le secrétaire Cécil, il fut enfin convenu que l'évêque prêcherait le 29 juin, fête des saints Pierre et Paul. Quelques jours auparavant, Cécil lui rendit visite et lui demanda de ne parler ni de l'Eucharistie, ni de la messe, ni de la transsubstantiation considérées comme (( matières douteuses ». Somerset lui lit, par lettre, le 28 juin, défense formelle de parler des questions controversées au sujet de l'Eucharistie. L'évêque parla de la présence réelle et de la transsubstantiation qui n'etaient pas encore mises en doute parmi les théologiens. 11 croyait avoir réussi à remplir son devoir sans choquer le gouvernement, quand, le lendemain soir, une compagnie de gens d'armes vint le prendre pour le conduire à la Tour.
Le 18 septembre 1547, on célébra dans toutes les pa-