‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 13 sur 253 · LES PRÉDÉCESSEURS DE JOHN WYCLYFF · texte numérisé non relu

LES PRÉDÉCESSEURS DE JOHN WYCLYFF

Moyen Age. Les grands dignitaires de l'Église, évoques et abbés, recevaient souvent en iiefs des comtés entiers, et devenaient ainsi d'importants personnages politiques. Les princes, qui avaient un intérêt évident à les tenir sous leur dépendance, avaient, insensiblement, pris l'habitude de nommer aux évêchés et aux abbayes leurs partisans les plus dévoués. Ceux-ci, qui ne recevaient pas toujours les ordres, scandalisaienl souvent les fidèles et diminuaient singulièrement le prestige du clergé, par leurs mœurs séculières ou franchement mauvaises.

Quand la papauté, représentée par l'énergique Grégoire VII, entreprit de réagir contre cet abus, afin de réaliser dans l'Église les réformes que tous les bons esprits jugeaient indispensables, elle se heurta à l'opposition de tous les princes de la chrétienté, menacés dans leurs intérêts matériels. Pour briser cette résistance, Grégoire VII fut amené à consacrer par les faits une conception du pouvoir pontifical, dont on parlait depuis longtemps, mais qui était restée jusquelà dans le domaine des théories. Les théologiens avaient enseigné la supériorité de la puissance spirituelle, ou, comme on disait dans ce temps-là, du glaive spirituel sur le glaive temporel. Mais leur enseignement n'avait pas, dans la pratique, réglé les rapports des papes avec les princes : chacun des deux pouvoirs se considérait comme indépendant de l'autre. Grégoire VII proclama hardiment que les pontifes romains tiennent de Pierre le pouvoir de déposer les rois et les empereurs, quand les circonstances l'exigent, et il délia de leur serment de fidélité les sujets de Fempereur allemand, Henri IV, qui nommait sans scrupules ses favoris aux dignités ecclésiastiques.

Parmi les successeurs de Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII et Grégoire IX se firent remarquer par

leur fermeté dans l'application du principe de la supériorité de la puissance spirituelle. Innocent IV déposa l'empereur Frédéric II, au concile de Lyon, en 1245; plus tard, le royaume de Naples était enlevé à Manfred pour être attribué à Charles d'Anjou. On devine que ces actes d'énergie ne s'accomplirent pas sans de terribles résistances ; les conflits naissaient sans cesse de l'avidité des princes, d'une part, et, d'autre part, de l'impérieuse nécessité où se trouvait la papauté de protéger à la fois son indépendance et la dignité morale du clergé.

Les conflits ne furent nulle part plus nombreux qu'en Angleterre. On connaît assez, pour qu'il soit inutile d'y insister, les longues luttes d'Alexandre III et de Henri II. Le roi fut vaincu, puisqu'il fut obligé, pour conserver son trône, d'aller s'agenouiller sur la tombe de Thomas Becket. Quelques années plus tard, en 1208, le pape Innocent III jetait l'interdit sur l'Angleterre parce que Jean Sans-Terre refusait de ratifier l'élection d'un archevêque de Cantorbéry, et, en 1212, il prononçait contre le roi une sentence de déposition. Jean se soumit; il alla jusqu'à recevoir la couronne en fief de la main du pape, et s'engagea à lui payer un tribut annuel de mille livres '.

Cette fois, le triomphe des principes de Grégoire VU était complet, trop complet peut-être ; la papauté venait de remporter une de ces victoires qui sont suivies de tristes lendemains. Bien que Jean fût un mauvais prince, la nation anglaise vit avec peine l'humiliation de la couronne; les princes de la chrétienté, menacés dans leur indépendance, se montrèrent plus disposés à la résistance. La France de Philippe le Bel lutta ouvertement contre Boniface VIII ; l'Allemagne réussit

i. La livre anglaise vaut à peu près 25 francs.

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