LES PREDECESSEURS DE JOHN WYCLYFF
à arracher à la papauté le contrôle et l'approbation des élections impériales.
Ces conflits provoquaient dans toute l'Europe d'ardentes discussions dont le résultat fut la négation de quelques-uns des droits du Saint-Siège. Les légistes, amis ou ministres des princes, trouvèrent des alliés précieux dans les universités les plus célèbres de ce temps et parmi les dignitaires ecclésiastiques.
Guillaume d'Occam, frère mineur, né dans le comté de Surrey et disciple, à Oxford, de Duns Scot, prit ouvertement la défense de Philippe le Bel et de Louis de Bavière, dans leur lutte contre le Saint-Siège. Dans un de ses ouvrages, dialogue entre un soldat et un clerc, il réfute la prétention de Boniface VIII à la supériorité des papes sur les rois, puis il se demande — question singulièrement hardie — si la primauté du Saint-Siège a été vraiment instituée par Jésus-Christ.
Quelques années avant la mort de Guillaume d'Occam, arrivée vers 1347, un de ses amis, Marsile de Padoue, composa un ouvrage dont le titre suffirait à indiquer les tendances. Il soutenait, dans « Le défenseur de la paix contre la juridiction usurpée du souverain pontife », que l'Église n'a pas le droit de condamner à une peine temporelle, que ï'évêque de Rome n'est pas le chef des autres évoques parce que tous les apôtres étaient égaux en puissance ; que les princes ont le droit de donner des bénéfices ecclésiastiques, et de se servir du superflu des revenus qu'ils produisent. Ces théories desavants gagnaient peu à peu le peuple anglais ; nous en avons la preuve dans la « Vision de Pierre le laboureur », poème allégorique composé vers 1360, probablement par un clerc, très lu et très goûté du menu peuple et des paysans. L'auteur, qui s'attaque à toutes les classes de la société, en veut particulièrement au pape et aux prêtres. 11 reproche à l'Eglise la simonie
et l'orgueil. Il se plaint que des étrangers possèdent trop de bénéfices en Angleterre et renouvelle à ce sujet les critiques formulées un siècle auparavant, par un évêque fort vénéré, Robert Grossetête. Il blâme enfin l'avarice des ecclésiastiques et ce qu'il appelle « la rapacité » des envoyés du Saint-Siège chargés de recueillir le denier de Saint-Pierre.
La propagation de telles idées parmi ce peuple du Moyen Age, si peu respectueux, par tempérament, des choses de l'Église, avait déjà ébranlé l'influence pontificale en Angleterre quand parut un homme qui. par son talent, son habileté et son activité, donna plus de cohésion, et, parla, plus de force, aux opinions éparses, dans les écrits des personnages que nous avons nommés et dont quelques-uns furent ses maîtres ou ses amis.