‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 139 sur 253 · Hooper. fondateur des sectes dissidentes · texte numérisé non relu

Hooper. fondateur des sectes dissidentes

Le plus singulier parmi ces singuliers évêques et le seul intéressant à cause de son évidente sincérité est John Hooper. Fils unique d'un riche négociant, il avait étudié à Oxford et était entré dans un ordre religieux. A la dispersion des monastères, il quitta sa robe et vécut à la cour où il se mit à lire attentivement les ouvrages de Zwingle. Obligé de quitter l'Angleterre après la publication des six articles de Henri VIII, il se réfugia à Zurich où les calvinistes opprimaient les catholiques. Rentré dans sa patrie, il devint le chef d'un groupe, peu nombreux mais enthousiaste, de réformateurs d'extrême gauche qui voulaient débarrasser le culte et la liturgie de toute pompe et le réduire à une absolue austérité. Il était plus calviniste que Ridley lui-même. A son retour en Angleterre, Somerset en avait fait son chapelain et il avait pris une part active à la déposition de Tévêque de Londres, Bonner. Latimer ayant fini par fatiguer et blesser l'auditoire de la cour, Hooper, plus rude encore que lui, le remplaça pour les sermons du carême 1550. Il en profita pour attaquer vivement le nouvel Ordinal, encore trop romain à ses yeux.

Le gouvernement lui oifrit l'évêché de Gloucester, Hooper refusa parce qu'il considérait comme impie le serment de l'élu au roi. Il ne pouvait pas davantage accepter les ornements de l'épiscopat parce qu'ils remontaient à Aaron. La tonsure lui déplaisait aussi, mais comme le nouvel Ordinal n'en avait pas fait mention, le conseil n'insista pas sur ce point .

Les ministres discutèrent longuement avec lui, le 15 mai, et Hooper consentit à être évoque, à condition qu'on ne l'obligerait pas à prêter le serment. Ilaccep-

HOOPER, FONDATEUR DES SECTES DISSIDENTES. 2fi9

tail de porter un rocliet blanc quand il siégerail à la chambre des Lords. Des lettres patentes du '> juillet le

nommèrent au siège de Gloucester. Cependant laqueslion du serment n'était pas légalement Iranchée. Hooper démontra avec tant de chaleur au jeune roi l'illégalité d'en appeler par serment aux saints et à Dieu lui-même qu'Edouard VI supprima de sa propre main l'appel au témoignage des saints. Warwick écrivit à Cranmer de ne pas exiger le serment de l'élu. Le primat, qui ne voulait pas s'exposera se voir appliquer plus tard les statuts de Prœmunîre, en consacrant un évêque en dehors des formes légales, demanda un document plus officiel. Le 3 août, une lettre signée de six membres du conseil vint couvrir sa responsabilité. Ce fut au tour de Ridley, qui devait être un des consécrateurs, de se récuser.

On continua de discuter longuement sur ce cas singulier. Le conseil prescrivit à Hooper de s'abstenir de prêcher et de faire des conférences, après l'avoir consigné dans sa maison. Il n'en fit rien, ne garda pas les arrêts et livra à l'impression un livre destiné à répandre ses idées. Le conseil le confia à Cranmer qui avoua ne pouvoir rien en tirer. Hooper fut envoyé à Fleet street parce que, « persévérant dans son obstination, il s'efforçait d'établir des lois obligatoires sorties de sa propre tète ». Le régime de la prison changea son état d'esprit. 11 écrivit à Cranmer qu'il cédait pour le bien de l'Eglise, reconnaissant aux enfants de Dieu la liberté dans les choses purement extérieures. Hooper se soumettait au jugement du primat, tout en gardant son opinion. Cranmer, Ridley et Ponet le sacrèrent le 8 mars 1551. Le nouvel évêque donna au roi tous les biens de son évêché.

Cette attitude a valu à Hooper le nom de « père des non-conformistes de l'Eglise d'Angleterre ». A ce mo-

ment les non-conformistes ne cherchaient pas à se séparer de leurs coreligionnaires. C'étaient des ministres qui différaient de la masse de leurs collègues sur l'organisation du culte et le sacrement de l'Ordre. Le peuple ne participait pas à ce mouvement. Hooper ne voulait accepter aucune cérémonie qui ne fût autorisée par le Nouveau Testament. Ses opinions rencontraient peu de sympathie parmi les théologiens; elles étaient partagées par le polonais John à Lasco et un petit nombre de ses amis. Plus tard, les non-conformistes rejetèrent tout gouvernement ecclésiastique et nièrent l'existence de l'épiscopat. Ils se séparèrent alors de l'Église d'Angleterre et furent appelés du nom de « dissidents ».

Hooper commença une visite générale de son diocèse. Il ordonnait à son clergé de souscrire à cinquante articles de religion et posait d'innombrables questions dont quelques-unes très inquisitoriales '. Parmi les constatations qu'il fit au cours de cette enquête, celle-ci est à noter : sur trois cents prêtres, cent soixante furent incapables de réciter les dix commandements; trente et un ne purent dire de quelle partie de la Bible ils sont tirés; quarante ne surent pas où se trouve le Pater; trente et un n'en connaissaient pas l'auteur.

Cet incident révélait une situation lamentable qui, au dire des étrangers, s'étendait à toute l'Angleterre. Le royaume était envahi par des ministres allemands et suisses qui se tenaient dans les grands centres, Londres, Oxford et Cambridge, où ils obtenaient les postes lucratifs2. Des prédicateurs ambulants propageaient dans tout le pays la révolution religieuse. Les plus célèbres d'enlre eux, Latimer, Lever, Bradford, Kiiox. recevaient du conseil la permission de prêcher

i, Hooper, Later Writings, p. 150.

± Wilkins, Concilia, t. IV, i». <^.

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