‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 140 sur 253 · HOOPER, FONDATEUR DES SECTES DISSIDENTES · texte numérisé non relu

HOOPER, FONDATEUR DES SECTES DISSIDENTES

dans tous les diocèses, les autres l'obtenaient des évoques. Tous gravitaient autour de Cranmer et de Ridley. Ces hommes faisaient à l'Angleterre une réput.i tion détestable sur le continent. En France, les sujets d'Edouard VI étaient couramment traités d'hérétiques, surtout après qu'on eut vu au Havre et à Paris plusieurs vaisseaux chargés de peintures et de statues arrachées aux églises anglaises. L'ambassadeur d'Edouard VI auprès de l'empereur se plaignait officiellement que sa patrie fût traitée d'hérétique. D'ailleurs dans l'année 1551, la situation générale du pays était très mauvaise. Il était envahi par une grave épidémie, le pillage des biens ecclésiastiques continuait: la vie devenait de plus en plus chère et le gouvernement altérait les monnaies au point que la valeur intrinsèque du shilling ne dépassait pas cinquante centimes.

Les évoques dont la juridiction était détruite ne parvenaient pas à donner un peu de décence au culte. « Il y a, écrit un contemporain \ des cures de quarante et cinquante livres qui appartiennent à des laïques. Ils donnent cinq ou six livres à un curé qui n'y vient jamais. » Bucer écrivait à Calvin2 le jour de Pentecôte 1850 : « La plupart des paroisses sont vendues à la noblesse ; très peu ont des pasteurs qualifiés pour remplir leurs fonctions. Il y a de prétendus évangélistes qui ont trois ou quatre paroisses et n'en desservent aucune. Ils nomment des remplaçants à bon marché qui ne savent pas lire et sont papistes dans l'âme. Dans beaucoup de paroisses, la noblesse préfère les anciens religieux, ignorants et incapables, afin d'éviter le paiement de leurs pensions annuelles. Il y a des églises

i. Strype, Eccles ias tirai memorialê, t.iv, p. -2;;. -2. RoBiNSON, Original Lrt ter s, 1. 1, p. .Vi7.

où il n'a pas été fait de sermons depuis plusieurs années. »

En effet, le clergé paroissial ne demandait pas la permission de prêcher ; l'immense majorité en étant incapable. Cette ignorance était due surtout à la décadence des universités qui, privées des ressources fournies autrefois par les monastères, ne pouvaient plus former de clercs. Un des prédicateurs luthériens, prêchant, le 13 décembre 1550, à Saint-Paul, en faveur de l'université de Cambridge, s'exprimait dans les termes suivants ^ :

« La réforme de la religion aurait dû venir en aide à la pauvreté et au savoir. Elle a entraîné les universités dans la décadence. La réforme n'a enrichi que des particuliers. Abbayes, collèges, chapelles particulières, tout a disparu, mais au profit des seuls particuliers. Le roi défunt a fondé un nouveau collège à Cambridge et a laissé quelques autres bonnes œuvres. Mais depuis que vous êtes devenus les dispensateurs de sa libéralité, sur deux cents élèves en théologie qu'il y avait, il n'en reste aucun; maisons et habitants, jeunes étudiants et vieux docteurs, tout a disparu. De cent autres étudiants d'une catégorie différente qui avaient des bénéfices ou de riches amis et vivaient dans des hôtels ou des auberges, il n'en reste rien, si ce n'est un petit nombre qui se sont glissés dans les collèges pour s'emparer des bénéfices de pauvres diables. Les quelques étudiants qui sont encore dans les collèges ne peuvent poursuivre leurs études par manque d'émulation et de secours. Ils lisent et étudient tout le jour depuis quatre heures du matin. Leur lunch se compose d'un morceau de bœuf dr cinq sous pour quatre, avec du bouillon, du sel, et d'un plat composé de farine

i. Di\o\, History, t. in. p. m*.

Page 1