MARIAGE DE LA REINE ET RÉVOLTE DE WYATT
de onze années. Dès le 29 octobre, en présence de l'ambassadeur impérial et d'une de ses dames d'honneur, devant le saint sacrement exposé dans sa chapelle privée, elle avait promis de devenir la femme du prince espagnol.
Gardiner était opposé à ce mariage, mais son opposition fut annulée par Paget, son rival en influence dans le conseil. Celui-ci était le représentant des nobles enrichis des dépouilles des monastères, qui, voyant venir la réaction religieuse, ne cherchaient qu'à conserver leurs biens volés en flattant la souveraine. Le chancelier, impuissant à empêcher une union jugée mauvaise, et qui fut signée le 12 janvier 1554, rédigea, du moins, les clauses du contrat de façon à sauvegarder l'indépendance de l'Angleterre 4. Les époux se conféraientmutuellement lestitres de leurs royaumes respectifs. Mais chaque État devaitêtre gouverné séparément suivant ses lois. Les charges publiques ne pouvaient être données en Angleterre qu'à des Anglais. Si un enfant naissait de leur union, il hériterait des domaines de sa mère et, du chef de son père, d'une partie des provinces flamandes. Philippe, s'il n'avait pas de postérité de Marie, n'avait aucun droit au trône d'Angleterre. Il devait aider sa femme dans l'administration de ses Etats. L'Angleterre ne ferait pas la guerre à laFrance.
Ce mariage était très avantageux à l'empereur. L'Angleterre et la France, unies depuis la paix de 1550, avaient bravé les menaces de Charles-Quint. Ce dernier était à ce moment en guerre avec notre pays et il était forcé que l'Angleterre lui fût plus favorable qu'à nous. Le gouvernement français fut très alarmé ; la reine lui fit parvenir les assurances les plus sincères de son désir de vivre en paix avec lui. La France demeura inquiète