MARIAGE DE LA REINE ET REVOLTE DE WYATT
Marie lui envoya des émissaires manifestantsa surprise de ce qu'un sujet s'opposait au mariage de sa souveraine et offrant de faire discuter la question par des délégués. Wyatt répondit qu'il ne se fiait pas à la parole royale et réclama préalablement qu'on lui livrât la Tour, la reine et quatre membres du conseil.
Le 1er février, Marie monta à cheval et se rendit à l'Hôtel de ville. Dans un discours très remarquable, elle fit appel à la loyauté de ses sujets déclarant que son mariage avait reçu l'approbation du conseil et qu'elle abandonnerait son projet si le parlement ne l'approuvait à son tour. Dans les jours suivants, Wyatt, accompagné de l'ex-évêque Ponet et de plusieurs autres réformés de marque, s'empara de différents quartiers de la capitale. Son armée était tout près du château royal. La reine, qui fit preuve, pendant ces journées, d'un courage personnel très grand, refusa de se retirera Windsor. Wyatt fut battu et pris le 7 février.
C'était Courtenay qui avait tenu les fils de tous ces soulèvements. Ils ne devaient éclater que le jour des Rameaux, 18 mars, mais le secret avait été mal gardé et les conspirateurs agirent trop vite et sans ensemble. Le jeune Courtenay qui, on s'en souvient, devait sa liberté à la reine, avait espéré l'épouser. Désappointé, il avait prêté l'oreille à des conseillers intéressés qui lui promettaient la main d'Elisabeth. En réalité, cette conspiration avait un caractère nettement religieux, sous un prétexte politique, Wyatt avait comparu devant le conseil, sous Henri VIII, pour avoir détruit, pendant la nuit, les vitraux d'une église. A un de ses partisans qui l'exhortait, au début de sa lutte contre la reine Marie, à restaurer la religion d'Edouard VI, il avait répondu ' : « Vous ne devez pas tant parler de
i. Cité par Gairdser, History, p. 330.
religion, car cela nous enlèverait la sympathie de beaucoup ; vous devez vous révolter seulement parce que nous sommes envahis par des étrangers. Cependant je puis vous dire, en confidence, comme à un ami, que notre seul but est de restaurer la parole de Dieu. »
Wyatt et ses partisans soulevaient l'opinion publique contre les étrangers en répandant partout le bruit que des masses d'Espagnols envahissaient l'Angleterre pour réduire les Anglais en esclavage, les envoyer aux galères ou aux mines. Ces mensonges, que les précautions prises par Gardiner dans le contrat de mariage, suffisaient à confondre, servaient de prétexte extérieur et public à la rébellion.
L'ambassadeur impérial insista vivement auprès de la reine afin que le châtiment des rebelles fût sévère. Cent quatorze condamnations furent prononcées à Londres par deux tribunaux. Soixante exécutions 1 eurent lieu dans l'espace de quelques jours. Lady Jane Grey, une des premières, fut décapitée, le 12 février, en vertu de la sentence portée au mois de novembre. Elle était innocente, ayant été poussée vers le trône, contre sa volonté. Marie, qui l'avait sauvée une première fois, dut suivre l'avis du conseil ; son mari avait été exécuté le matin du même jour, et le tour de son père, le duc de Suffolk, vint le 23. Wyatt fut décapité, le 11 avril, à Tower Ilill, dans l'enceinte de la Tour.
La reine ne fut pas sans pitié2 : il y avait dans les prisons de Londres plus de 400 rebelles dont la culpabilité n'était pas douteuse. Elle les fit amener le 22 février dans la cour de Westminster ; ils s'agenouillèrent devant la souveraine et reçurent leur pardon. Wyatt, avant de mourir, avait confessé que le plan des con-