CHANGEMENTS DANS LE CLERGÉ ET LÉPISCOPAT
Les arguments de Cranmer et Ridley. Latimerâgé de 80 ans avait refusé de discuter, furent déclarés erronés et les trois évoques notés d'hérésie. L'assistance, incapable de suivre une argumentation sur des matières aussi spéciales, ne fut sans doute pas plus convaincue qu'elle ne l'avait été par le grand débat institué à Oxford, et dans des circonstances analogues, du temps de Pierre Martyr. Les commissaires rendirent compte de leur mission, le 27 avril, et l'assemblée fut dissoute.
Il y avait, dans les prisons de Londres, à Fleet street, à Marshalsea, à Newgate, tout un lot de prédicateurs luthériens et calvinistes qui avaient été en grande faveur sous Edouard VI. Les plus remarquables étaient Hooper, Ferrar, Coverdale, évêques déposés, R. Taylor, John Philpot, John Bradford, Edouard Crome et John Rogers. Pendant le grand débat d'Oxford, le bruit se repandit parmi eux qu'ils allaient également être conduits à Oxford ou à Cambridge afin d'y soutenir une discussion. Ils prirent prétexte de ce bruit pour concerter — ce qui prouve que leur détention n'était pas très sévère — une déclaration signée de tous. Elle parut le 8 mai. Les prédicateurs de la révolution refusaient de prendre part à un débat sur les doctrines religieuses, excepté devant la reine avec son conseil ou les deux chambres du parlement. Ils offraient de discuter par écrit, déclarant admettre l'autorité de l'Eglise, la justification par la foi seule, les trois symboles. Tous repoussaient la liturgie latine, le purgatoire, la transsubstantiation, l'adoration de l'Eucharistie, le célibat des prêtres. En même temps ils se disaient les loyaux sujets de la reine, répudiant toute intention de révolte.
Ces hommes formaient, à plus juste titre que Cranmer et Latimer, qui avaient condamné les anabaptistes ou approuvé leur exécution, le groupe des réformés anglais. Ils repoussaient Tépithète d'hérétiques et
s'intitulaient jusqu'alors « catholiques non papistes ». A partir de l'année 1554, ils se laissèrent appeler protestants, d'un mot d'origine allemande et luthérienne qui devint l'opposé de « catholique1 ».
Au mois de septembre, l'évêque de Londres, Bonner, fit une visite générale de son diocèse. Elle fut très sévère et le questionnaire comptait 126 articles. L'évêque s'inquiétait, dans le détail, de la vie publique et privée de son clergé. Il demandait notamment à chaque prêtre s'il avait été marié, s'il « avait été ordonné schismatiquement, contrairement à l'ancien ordinal et à la coutume de l'Eglise catholique ». Les questions sur le matériel de l'église étaient extrêmement précises. Avait-on un calice, des missels latins, une pierre sacrée et les nappes d'autel indispensables ? Plusieurs paroisses déclarèrent qu'elles n'avaient eu ni le temps ni les moyens de se procurer tout le mobilier requis. L'évêque dut renvoyer au 1er novembre l'exécution de ses ordonnances. Cette visite valut à l'énergique prélat la haine implacable autant qu'injuste de John Baie appelé déjà l'homme « à la bouche pleine d'injures » dont nous aurons bientôt l'occasion de parler plus longuement 2.