‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 164 sur 253 · CHANGEMENTS DANS LE CLERGÉ ET L'ÉPISCOPAT · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS LE CLERGÉ ET L'ÉPISCOPAT

plus élevée dans le diocèse de Bath et Wells, 09 sur 390. Elle est forte à Norwich où 335 prêtres sur 1.120, environ, furent interdits. La proportion grandit encore à Londres qui, sur 700 prêtres, vit, pendant la durée du règne, 250 radiations ou démissions forcées. Le diocèse d'Ely semble avoir été gravement atteint, malheureusement les registres sont incomplets. C'étaient surtout le clergé des cathédrales et les chanoines qui avaient profité de la permission de se marier.

Pendant ce temps, les évêques rétablissaient l'ancienne liturgie. Le 14 janvier, le lord maire et les conseillers municipaux assistèrent, dans l'église de St-Paul, à la procession qui précéda la grand'messe, comme au temps d'Henri VIII. Le 18 mars, dimanche des Rameaux, on distribua les palmes ; le clergé et les fidèles adorèrent la croix, le vendredi saint. On dressa un splendide reposoir. Les textes de l'Écriture sainte qui avaient été inscrits avec les armes d'Angleterre aux jubés disparurent, avant la solennité de Pâques, de la plupart des églises de Londres.

L'assemblée du clergé se réunit à St-Paul, le 5 avril. Elle décida qu'une grande discussion théologique sur la messe aurait lieu à Oxford entre les commissaires du clergé et les trois évêques, Cranmer, Ridley, Latimer. Ces derniers avaient trouvé à la Tour une prison facile. Ils avaient la liberté de se promener dans les jardins; Cranmer et Ridley prenaient leurs repas à la table du gouverneur. Les trois prisonniers furent conduits à Oxford et mis en présence des trente-trois commissaires du clergé auxquels on avait adjoint des représentants des deux universités.

Le débat commença le 16 avril, dans l'église de Sainte-Marie, en présence d'une foule très considérable. Le président, Weston, demanda aux trois évêques d'accepter les articles souscrits par le clergé : 1° Le propre

corps et le propre sang du Christ sont présents dans l'Eucharistie; 2° après la consécration, il ne reste sur l'autel aucune autre substance en dehors du propre corps et du propre sang du Christ ; 3° la messe est le sacrifice offert par l'Eglise pour les vivants et les morts.

Les prisonniers refusèrent de signer cette déclaration. Cranmer exposa son sentiment avec une précision qui n'a jamais été dépassée par les théologiens de son parti ' :

« Le vrai corps du Christ est réellement présent, ditil, en ceux qui le reçoivent, mais il y est présent spirituellement. On le reçoit spirituellement : le Christ est présent parla grâce et l'efficacité de sa passion. Je nie qu'il soit présent dans le pain ou que son corps organique soit dans le pain. Le Christ a donné, dans le pain, le corps qui est né et a été crucifié, mais il Fa donné en figure, se servant d'un langage figuré. Si nous laissons de côté la figure, ce n'est pas formellement son corps qu'il a donné. Il a donné sa mort, sa passion, et, en donnant le pain, le sacrement de sa passion. Il a pris et donné sa chair véritable, naturelle, organique, celle qui a souffert; et cependant, il nous nourrit spirituellement et cette chair est reçue spirituellement, car il a pris et donné non n'importe quelle substance mais la substance précise du pain comme un sacrement ou signe et il a fait cela figurativement, par analogie, en figure, comme disent les Pères, changeant l'appellation et désignant le pain du nom de sa chair. Nous recevons dans la bouche le sacrement, mais la réalité et la matière du sacrement nous les recevons par la foi, intérieurement, nous mangeons le corps du Christ; extérieurement, nous mangeons le sacrement. »

Page 1