‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 167 sur 253 · LA RÉCONCILIATION DU ROYAUME A ROME · texte numérisé non relu

LA RÉCONCILIATION DU ROYAUME A ROME

voyer un légat à la nouvelle reine. L'homme était tout désigné. Le cardinal Pôle avait passé vingt ans en exil pour avoir défendu l'autorité du Saint-Siège et la légitimité de Marie. Il se trouvait, à la mort d'Edouard VI, dans un couvent sur le bord du lac de Garde. Le pape lui envoya les pouvoirs de légat auprès de la reine d'Angleterre, du roi de France et de l'empereur. Pôle, qui écrivait beaucoup et longuement, entra en communication avec Marie par une longue lettre du 13 août f.

Un envoyé du pape se trouvait à Bruxelles. Il expédia secrètement à Londres son secrétaire, Commendone, qui réussit à voir la reine, s'assura de ses excellentes intentions. A son retour, il visita Pôle dans son monastère et s'en alla en toute hâte rendre compte de sa mission au souverain pontife. Commendone pensait que la paix publique n'était pas encore assez assurée en Angleterre pour qu'il fût sage d'envoyer, à ce moment, le légat. Le consistoire qui se tint, le 15 septembre 1553, se rangea à l'avis du jeune secrétaire et Pôle reçut Tordre de retarder son départ.

Le cardinal en éprouva une vive déception ; il ne chercha pas à la dissimuler à sa cousine qui lui répondit par une lettre très aimable où elle disait 2: « Quant à l'obéissance que je dois à l'Eglise catholique et apostolique, le porteur de cette lettre expliquera mon chagrin que je ne puisse entièrement prouver la sincérité de mes intentions. Dès que je pourrai faire connaître ma volonté, je vous en informerai avanttous.Monespoir est que la prochaine session du parlement abrogera tous les statuts qui ont amené tant de malheurs sur le royaume, et que j'obtiendrai le pardon de mes péchés. »

Elle avait demandé au pape l'autorisation d'être cou-

i. Cal. of State papers, Venetian. t. V, n° 7GG, voir aussi nos 776 et 777. Les lettres de Pôle sont très nombreuses pendant les années 1553-l5oi. 2. Ib id., n°807.

ronnée avant la réconciliation du royaume, la permission, pour Gardiner, d'accomplir la cérémonie et, pour les prêtres, d'administrer les sacrements. A la fin de septembre, le pape permit au légat de se mettre en route. Mais cela ne faisait pas les affaires de Charles- Quint. Pôle était toujours un candidat possible à la main de la reine qu'il ne manquerait pas, en outre, de pousser à une réconciliation immédiate avec Rome. Or l'empereur voulait, avant toutes choses, conclure le mariage projeté entre son fils et Marie. Quand Pôle arriva à Dillingen, sur les terres impériales, un messager de Charles-Quint l'arrêta net en lui déclarant qu'il était inutile d'aller plus loin. L'empereur fit tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher les communications entre Pôle et son pays natal. La reine ellemême, gagnée par Renard, l'ambassadeur espagnol auprès d'elle, représentait à son cousin, en octobre, que sa venue serait prématurée, qu'il était plus difficile de rétablir la papauté que la vraie religion, que le parlement n'avait pas fait tout ce qu'elle attendait de lui. Elle lui promettait d'essayer de se débarrasser du titre de « chef suprême de l'Eglise d'Angleterre ». Quelques jours après * Marie envoyait à son cousin une lettre en italien, très affectueuse, en le priant de soumettre au pape une liste de douze candidats à l'épiscopat.

En décembre 1553, l'empereur invita le cardinal à venir le rejoindre à Bruxelles. La mission de ce dernier lui enjoignait de rétablir la paix entre la France et Charles-Quint. Celui-ci lui répondit que Henri 11 était seul responsable de la guerre et l'engagea à se rendre à la cour de France où il fut retenu inutilement jusqu'en avril. Pôle revint alors à Bruxelles un peu malgré l'empereur qui désirait son rappel. L'Angleterre lui restait

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