‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 193 sur 253 · IIaiigrave, State thaïes, t. I, p · texte numérisé non relu

IIaiigrave, State thaïes, t. I, p

brisant l'équilibre des forces continentales, les avait tournées contre l'Angleterre. Ce même mariage enleva à la reine les sympathies de l'austère Paul IV, de l'homme en qui sa foi ardente lui faisait vénérer le représentant de Jésus-Christ, en même temps qu'il donnait à l'opposition des hérétiques anglais un semblant de patriotisme. Enfin cet époux espagnol, froid, prudent, n'ayant rien de son âme passionnée, ne l'aimait pas et ne pouvait pas avoir de l'influence surles Anglais. Ce malheureux mariage, beaucoup plus que les cruautés à l'égard des hérétiques, explique les calamités et l'échec final du règne. Une autre cause fut peut-être plus décisive encore. La reine, en restituant noblement à leurs légitimes propriétaires les biens ecclésiastiques que la couronne n'avait pas encore aliénés, avait donné un exemple qui inquiétait grandement les acquéreurs de ces biens, c'est-à-dire presque tous les membres de son conseil, les courtisans, les hauts fonctionnaires, les gentilshommes des provinces, dont la fortune venait de cette source impure. Tous ces pillards qui formaient le personnel gouvernemental avaient le plus grand intérêt à voir échouer les efforts de la reine; ils la soutinrent mollement. Marie manquait de cette sagesse ou de cette habileté qui porte les chefs d'Etat, dépourvus des convictions ardentes dont elle vivait, à chercher, non pas la justice intégrale, mais seulement le redressement des torts, dans la mesure où l'état social le permet. La reine, profondément honnête et droite, ne s'aperçut pas qu'elle vivait au milieu d'une société dépourvue de scrupules moraux. A toutes ces causes d'infériorité, il faut ajouter que la souveraine, peu versée dans l'art de gouverner et facilement crédule, resla un peu livrée à elle-même après la mort de Gardiner, qui était un homme d'État de premier ordre, et que ni lleath ni Pôle ne remplacèrent.

JUGEMENTS DES HISTORIENS SUR LA REINE MARIE. '>i(J

Les documents officiels nous rendent sympathique la reine dans sa vie privée. Les longues épreuves de sa jeunesse lui avaient donné une singulière force de volonté, une grande hauteur de vues et une fierté qui l'empêcha toujours de s'abaisser à essayer de gagner la faveur du peuple. A sa mort, elle fonda cinq collèges et des bourses, à Oxford et à Cambridge, en faveur des étudiants pauvres. En véritable espagnole, elle aimait le luxe et les bijoux et voulait être entourée d'une cour somptueuse. Ses domestiques et ses femmes lui étaient dévoués jusqu'à l'enthousiasme.

Mais le trait le plus caractéristique de la reine Marie a été la sincérité de ses convictions religieuses. Pendant vingt ans de sa vie, elle a bravé la colère de son père et de son frère pour y rester fidèle. Montée sur le trône, die n'y éprouvait qu'une joie, celle de ramener ses compatriotes à leur vieille foi. Le British Muséum conserve i un de ses livres de piété. Il est très défraîchi et tout taché par les larmes de la pauvre femme aux pages qui contiennent la prière pour le retour des hérétiques ii l'unité catholique.

■d. Manuscrit Sloane, 1583, f. 15.

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