Stow, C hr on i cl e, p
Les contemporains d'Elisabeth et les historiens, jusque dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, l'ont jugée à travers les exploits maritimes de Drake. les succès remportés sur l'Invincible Armada, le bon renom que lui valait la prudente administration de Cécil, et les flatteries des grands artistes, poètes ou savants qui ont vécu à sa cour. Ils lui ont attribué une grande place parmi les souverains anglais. Mais peu à peu, les archives diplomatiques de l'Europe ont livré leurs secrets et les petitesses, les vices de la « reine vierge », que ses ministres et ses ambassadeurs avaient cachés par patriotisme, ont apparu à tous les yeux. Le portrait de la reine dont les éléments sont disséminés dans ces documents officiels, n'est pas attrayant.
Fille d'Anne Boleyn, elle avait hérité de sa mère la passion des bijoux et de la parure, la gourmandise et une insatiable vanité. Les poètes courtisans ont singulièrement exagéré la profondeur de sa culture intellectuelle. Il est bien vrai qu'une des nombreuses femmes de son père, Catherine Parr. qui avait du goût et de l'instruction et lui marquait un intérêt intelligent, avait soigné son éducation. En fait, elle parlait et écrivait convenablement le français et le latin, lisait le grec, avait quelques notions d'italien et d'espagnol. Privée de sa mère, morte sur Téchafaud, Elisabeth fut élevée, dès l'âge de trois ansetdemi, pardesmainsétrangères : aucune affection n'entoura son enfance. A juatorze ans, elle avait éprouvé un attachement inconsidéré pour lord Seymour, frère du protecteur Somerset, son propre oncle, qui était de vingt ans plus âgé qu'elle, et offrit de l'épouser. Cette aventure faillit lui coûter la vie et lui inspira l'horreur du mariage. Depuis lors, rien ne montra qu'elle eût quelque sensibilité.
Elle était naturellement fausse et tortueuse; les lon-