‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 197 sur 253 · LA NOUVELLE HEINE ET LE NOUVEAU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE HEINE ET LE NOUVEAU GOUVERNEMENT

gués épreuves de sa jeunesse ne firent qu'accentuer ces fâcheuses dispositions. Traitée, pendant vingt ans, comme une fille illégitime, entourée d'espions, elle prit Thabitude de tromper tout le monde.

Elle mentait effrontément aux princes qui sollicitaient sa main, jouant, jusqu'aux approches de la vieillesse, la comédie des fiançailles avec un plaisir d'autant plus vif qu'elle recherchait les présents. Elle donna successivement des espérances au roi de Suède, à Philippe II, à l'archiduc Charles, au roi de France Charles IX et à ses frères les ducs d'Anjou et d'Alençon : Ce dernier était hideux ; cependant, elle le berna de promesses pendant douze ans. Elle jouait avec l'amour dont elle faisait une arme politique.

La reine bernait les princes étrangers et leurs ambassadeurs ; ce qui n'était pas nouveau, puisque la perfidie était le principal ressort de la politique à cette époque. Elle prenait plaisir à mystifier ses propres ministres, à les tromper les uns par les autres. Dans les affaires de l'Etat, l'égoïsme et une parcimonie sordide restent deux de ses défauts les plus accusés. Elle refusait des vivres et des munitions à ses marins victorieux, paralysait leurs efforts et regardait à acheter des médicaments destinés aux blessés. Les ministres, tristes, découragés ou dans une demi-disgrâce, se taisaient et la nation, ignorante de toutes ces laideurs, admirait celte sage économie qui était, en réalité, une avarice criminelle.

Elisabeth mentait, en matière de religion, comme en tout le reste. Au commencement de son règne, elle se montrait catholique ou protestante, suivant que le prince qui recherchait sa main appartenait à l'une ou à l'autre de ces religions. Luthérienne sous Edouard VI, elle assistait à la messe, se confessait et communiait pendant que sa sœur occupa le trône. Au fond,

354 RETOUR AUX DOCTRhNES LUTHÉRIENNES.

elle était sceptique et païenne. Après la séparation définitive, accomplie par la bulle qui l'excommuniait, en 1570, Elisabeth ne se donna plus la peine de tromper ses contemporains en matière religieuse. Elle traitait ses évêques de « drôles » et manifestait à leur égard un mépris que la plupart d'entre eux méritaient largement. « C'est moi qui vous ai fait, disait-elle a l'un d'eux, et pardieu! je vous défroquerai s'il me plaît! » Chaque changement d'évêque lui était une occasion de s'approprier une partie des biens du siège épiscopal ; elle laissait les évêchés vacants aussi longtemps que possible afin d'en percevoir les revenus tout à son aise.

La nouvelle reine n'avait pas hérité des grâces charmantes qui avaient fait le succès de sa mère. Elle était passionnée d'amusements et ces amusements étaient souvent peu distingués. Elle manquait gravement de tenue. On la vit cracher sur un courtisan dont l'habit ne lui plaisait pas, en gifler un autre et chatouiller le cou de son favori, Leicester, en lui conférant le titre de comte. Elle se mettait dans des colères terribles et jurait comme un grenadier. Comme elle était intelligente et recherchait ardemment la popularité, il est arrivé que quelques-uns de ces défauts l'aidèrent à devenir l'idole du peuple J .

La nouvelle reine, qui avait 25 ans, organisa très vite son gouvernement avec l'aide de Cécil, déjà secrétaire sous le règne précédent, et qui allait prendre pour de longues années, une situation prépondérante. 11 s'était rallié à la religion de Marie2 et accepta sans effort apparent celle delà nouvelle souveraine. Celle-ci laissa au conseil privé huit membres qui y avaient été introduits

t. J. R. Ghf.f.n, A sJiort history of the English peopleet Bateson, Social England, cités par Veslot, Lectures anglaises, Paris, 1905, p. il à 31. 3. Tttlir, Rei&u of Edward and Mary, t. Il, p.

par sa sœur. Parmi eux se trouvaient le comte de Shrewsbury et le duc de Norfolk. Ce dernier s'étail largement enrichi des dépouilles monastiques, avait pas^é au schisme sous Henri VIII, mais, comme beaucoup de membres de la vieille noblesse, restait plus ou moins ouvertement fidèle à l'ancienne foi. Un nombre à peu près égal de représentants de toutes les nuances des doctrines nouvelles entrèrent au conseil afin d'y balancer et, bientôt, d'y annihiler l'influence de leurs collègues catholiques. Le conseil se divisa en cinq comités; le grand sceau fut enlevé à l'archevêque Heath et donné à Sir Nicolas Bacon, le père du philosophe.

Le gouvernement avait à conclure la paix avec la France. Une clause du traité de Cateau-Cambrésis sauvait l'honneur de l'Angleterre, en imposant au roi très chrétien l'obligation de payer 500.000 écus dans huit années, s'il ne préférait rendre Calais. Marie avait laissé une dette de 200.000 livres. Les banquiers flamands consentirent à faire quelques avances, et la refonte des monnaies, qui occasionna au public une perte de 1.000.000 de livres, procura quelques ressources au trésor. Mais la question religieuse était plus importante que tout le reste.

2. — Premiers indices d'une réaction luthérienne et calviniste.

Les deux partis religieux surveillaient la jeune reine. L'ambassadeur vénitien, Priuli, écrivait1 le 27 novembre 1558 : «... la reine, même avant la mort de sa sœur, avait marqué son intention de ne faire aucun nouveau changement dans les affaires de la religion ; le deuxième jour après sa proclamation, elle publia un édit annon-

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