Cal. 0/ State papers, Domestic, p
juridiction dans ce royaume ». Les commissaires dirent, dans leur rapport, que le changement de religion avait été accepté de tous à l'exception d'une petite minorité. Évidemment, pour ne pas créer de troubles, ils s'étaient montrés très bienveillants et n'avaient pas sévi contre tous ceux qui ne s'étaient pas conformés à leurs ordres, puisque 316 ecclésiastiques sur un total de 1.130 à peu près, appartenant à la province du nord, n'ayant pas paru, 60 seulement ont été certainement révoqués. Que sont devenus les 256 autres?
Les comptes rendus des visiteurs pour la province du sud n'ont pas tous été conservés. A la cathédrale de Saint-Paul les commissaires firent détruire les images, les autels et les croix et, comme c'étaient des réformés avancés, ils interdirent les chapes, la tonsure et les amicts. Pendant trois semaines, Londres vit s'allumer des feux de joie, faits de chemins de croix, de statues, de peintures, de vêtements sacerdotaux, de chapes et autres ornements légalement autorisés par l'acte d'uniformité. Comme dans le nord, les commissaires rencontrèrent surtout de la résistance auprès des chapitres des cathédrales.
Les universités d'Oxford et de Cambridge { reçurent aussi les visiteurs qui,' dans chacune d'elles, révoquèrent sept ou huit supérieurs de collège.
Il reste beaucoup d'incertitude en ce qui concerne les résultats généraux de cette enquête officielle. Camden, l'historien d'Elisabeth, affirme que sur 9.400 prêtres, chiffre approximatif, 200 environ furent révoqués de leurs fonctions2. Parmi eux. il compte quinze évêques, six abbés, douze doyens, douze archi-
i. Cal. of State papers, Domestic, p. 131, n° :>3.
2. Rymf.r, Fœdera, t. VI, part. IV, p. 9î et p. loi - V, donne une longue liste d'ecclésiastiques nommés à des bénéfice! à la place de prêtres révoques.
diacres, quinze supérieurs de collèges, cinquante prébendes et quatre-vingts membres du clergé paroissial. On remarquera que l'élite intellectuelle du clergé fut plus gravement atteinte. Elle avait montré, par conséquent, plus de courage moral. D'autres historiens admette] il que 400 prêtres ont été révoqués pendant les six premières années du règne d'Elisabeth. De plus, il se produisit un grand nombre de démissions. La reine s'empressa de saisir le temporel des évoques déposés, les prêtres se retirèrent souvent dans des familles riches. Les plus combatifs d'entre eux passèrent sur le continent.
Les commissions royales clôturèrent leurs travaux à la fin d'octobre 1559. Elles laissaient à la commission supérieure ecclésiastique le soin d'achever leur œuvre. Ce comité, destiné à un brillant avenir, avait été nommé le 14 juillet 1559. 11 avait, pour membres, Parker Grindal, Bill, aumônier de la reine, huit hommes de loi et huit laïques. Cox, évêque d'Ely, en fit partie deux mois après. Cet organe central devait exercer le droit de contrôle, au nom de la couronne, faire exécuter les actes de suprématie et d'uniformité, obliger les fidèles à fréquenter l'église, rétablir dans leurs fonctions les prêtres révoqués sous le dernier règne pour cause de mariage ou d'hérésie et, enfin, s'occuper de tous les délits ecclésiastiques.
La commission supérieure fut bientôt appelée à intervenir contre les catholiques qui repoussaient le nouveau culte comme hérétique et contre les réformés d'extrême gauche qui le trouvaient « papiste ». Les historiens de ce dernier parti ont été sévères à l'égard des chefs des exilés. Ils auraient pu, disent-ils, obtenir une réforme plus complète que celle qui avait été formulée dans le Book ofcommon prayer. Mais, comme ils avaient lutté pour ce livre dans les premières années de Marie, ils
ne voulurent pas l'abandonner et se bornèrent à expliquer leur attitude à leurs amis de Genève. Cependant l'autorisation officielle de porter certains ornements tels que des chapes, les gênait beaucoup. Sandyset Jewel consultèrent ' Pierre Martyr et Bullinger qui leur conseillèrent de tolérer ces « restes du papisme » afin de ne pas s'exposer à être destitués et à laisser ainsi le champ libre aux fauteurs de superstitions romaines.
Quelques-uns de ces exilés avaient rapporté un psautier anglais imité de celui de Marot et Beza. Le 4 avril 1559, ils se mirent à chanter dans un office funèbre, le Notre Père, en vers anglais, et la mode s'en répandit très rapidement. En décembre, des gens de Londres qui visitaient Exeter, envahirent la cathédrale et chantèrent à l'office du dimanche matin des psaumes versifiés. Le chapitre protesta, mais les étrangers chassèrent les chanoines de leurs stalles. On porta l'affaire devant la commission supérieure qui décida en faveur des psaumes mis en vers. Dès ce moment, on re-marqua une grande variété dans les détails du culte ; la commission de Londres était déjà dans l'impossibilité, devenue si manifeste de nos jours, de maintenir l'unité de culte.
Pendant la durée du travail des commissions, la juridiction épiscopale avait été suspendue et les sièges épiscopaux, à l'exception de deux, étaient tous vacants par suite de la déposition de leurs titulaires. Parker avait été élu, le 1er août 1559, par le chapitre de Cantorbéry. Le gouvernement prit d'abord le temps de piller les biens du siège, sous le prétexte d'échanges de terres. Il le fit avec un tel sans-gêne que l'archevêque élu protesta. Le 9 septembre, un ordre de la reine désigna six évoques pour confirmer l'élection de Parker
l. Robinsok, Zurich letters,t. [f, pp. 30 et 43.
et procéder à son sacre. Le conseil espérait que les trois évèques non encore déposés, Tunstall, Bourne et Poole, se joindraient à Kitchin, Barlow et Scory; ces deux derniers avaient été chassés de leur siège par la reine Marie. Mais les trois évêques se laissèrent déposer. La situation devenait embarrassante : l'Ordinal anglais n'ayant pas été sanctionné, à la suite d'un oubli involontaire, par l'acte d'uniformité, n'avait pas de valeur légale. On ne savait où trouver l'archevêque et les quatre évêques nécessaires à la consécration du primat. Un décret du 6 décembre remplaça les trois évêques déposés par Miles Coverdale, John Baie, évêques d'Exeter et d'Ossory sous Edouard VI. et un prélat sans diocèse, Hodgkin. Ces prélats confirmèrent, le 9 décembre, l'élection de Parker et le consacrèrent le 17. Kitchin et Baie ne parurent pas à cette dernière cérémonie.
Le sacre de Parker a fait couler des flots d'encre depuis trois cents ans. Fut-il valide? Oui, disent les historiens officiels de l'Église anglicane. Non, répondent beaucoup d'écrivains catholiques.
Les premiers font remarquer que Barlow, Scory, Hodgkin et Coverdale ont laissé, dans le registre de l'archevêque, un compte rendu précis de la cérémonie de la confirmation et de celle de la consécration. Ils ajoutent que les lettres royales, qui donnaient aux évêques le pouvoir de sacrer Parker, contenaient une clause qui, d'ordre de la reine, suppléait toute irrégularité légale pouvant naître des circonstances extraordinaires dans lesquelles on se trouvait. Les évêques suivirent à la lettre l'Ordinal d'Edouard VI, et prononcèrent la formule qui accompagne l'imposition des mains.
Les écrivains catholiques, contemporains des faits,
Marshall, Harding, Dorman, soutinrent que la consécration n'était pas valide. D'abord le pape n'y était intervenu en rien. Parmi les évoques consécrateurs, disaient-ils, aucun n'était à la tête d'un diocèse, au moment du sacre. Quelques-uns de ces écrivains affirment que celui qui eut le principal rôle, Barlow, n'avait jamais reçu l'onction épiscopale autrement que dans une sorte de mascarade qui avait eu lieu dans une auberge 4. Cette histoire n'est pas prouvée et elle tire probablement son origine de ce fait bien connu que Barlow ne croyait ni à l'épiscopat ni à la prêtrise. D'autres font remarquer que Parker n'a pas été sacré validement parce qu'il n'a pas touché les vases sacrés et que la formule qui accompagne cette action a été omise. 11 était notoire que Coverdale n'admettait pas plus que Barlow l'existence de l'épiscopat dans l'Eglise du Christ. Ces deux hommes ont-ils pu avoir l'intention de faire un évêque? Quel prélat se croirait, en sûreté de conscience, vraiment sacré, s'il l'avait été par de tels évêques?
La consécration de Parker est le point de départ de toute la question de la validité des ordres anglicans. On se souvient que Léon XIII a clos la controverse, qui s'était renouvelée et durait depuis plusieurs années, en se prononçant contre la validité des ordinations dans l'Eglise anglicane2.