‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 209 sur 253 · Cal. of State papcrs, Venetian, t. VII, n · texte numérisé non relu

Cal. of State papcrs, Venetian, t. VII, n

L'archevêque Heath et Thirlby furent déposés, le 5 juillet; Morgan (St-David) et Tuberville (Exeter), à la fin du mois de juillet ; Bourne (Bath Wells) et Poole (Peterborough), en octobre ^.

Tunstall, évêquedeDurham, âgé de quatre-vingt-cinq ans, jouissait d'une grande autorité. « Il vint lentement de son diocèse pour dire à la reine ce qu'il pensait des affaires. Il lui montra des documents de la main du roi Henri contre les hérésies maintenant reçues et spécialement en ce qui concerne les sacrements, la priant du moins de respecter le testament de son père si elle ne se conformait pas aux décrets de l'Eglise 2. » Ce prélat n'aimait pas la papauté mais il déclara qu'il lui était impossible, en conscience, de consentir à la démolition des autels, à la mutilation des églises de son diocèse pas plus qu'il ne pouvait devenir un sacramentaire et approuver la nouvelle doctrine sur l'Eucharistie. Déposé au commencement d'octobre, il mourut six semaines après.

Quinze prélats avaient été déposés pour avoir refusé le serment : on ne sait rien de Stanley, évêque de Sodor et Man, si ce n'est qu'il conserva son siège jusqu'à sa mort, arrivée en 1570. Un seul des évêques de la reine Marie, Kitchin, se sépara de ses collègues. Au commencement de juillet, il se mit à faire prêter le serment à son clergé. C'était une manière indirecte et peu honorable de se rallier au gouvernement qui ne l'obligea pas à jurer lui-même.

Beaucoup d'Anglais admiraient le courage des évêques; l'ambassadeur espagnol, Quadra, les soutenait de tout son pouvoir. Un certain nombre d'avocats connus mettaient en doute la légalité des procédures suivies

\. Cal. of State papers, Venetian. t. VII, n° 82; Cal., Spanish, t. I, n08 39, /*:;; Machyn, t. I, pp. 900, 21 i. 2. Cal. of State papers, Spanish, t. il. n • :>i.

à leur égard, parce qu'on leur appliquait des lois ecclésiastiques, qu'eux, les représentants autorisés de FÉglise, n'avaient pas acceptées. Les avocats avaient raison : les actes de suprématie et d'uniformité étaient des lois révolutionnaires, parce qu'il leur manquait, sans parler de l'assentiment du pape dont il n'était plus question, l'approbation de l'assemblée du clergé.

Le gouvernement résolut, pour surveiller efficacement l'application des deux lois, d'envoyer des visiteurs royaux dans tout le pays. Le royaume fut divisé en six grandes sections. Une commission composée des gouverneurs des comtés assistés de nobles, d'avocats et de deux théologiens choisis parmi les réformés fut chargée d'inspecter les diocèses dans chacune de ces grandes sections*. Les grands seigneurs se désintéressèrent de ce travail qui fut accompli par les théologiens et les hommes de loi. Les pouvoirs des commissaires étaient très étendus : ils devaient visiter toutes les églises et tous les établissements ecclésiastiques, s'enquérir de la vie du clergé et des fidèles. Leur principal rôle, toutefois, consistait à faire prêter le serment de suprématie et à obliger tout le monde à accepter le Book of common prayer, qu'on devait tenir « pour conforme à la vraie parole de Dieu et en harmonie avec la doctrine de la primitive Eglise ». Ils étaient autorisés à punir de la révocation, de la prison et de lourdes amendes tous ceux qui refusaient d'accepter la nouvelle religion. On accordait des pensions aux prêtres qui démissionnaient; les partisans des réformés obtenaient l'autorisation de prêcher. L'application de ces lois révolutionnaires devait se faire en forme ecclésiastique, dans les synodes du clergé. La commission supérieure, siégeant à Londres, recevait les appels.

1. Cal. of State paper, Domestic, p. 145, n° 70. Voirie nom des commissaires.

Les commissaires, après chaque visite, laissaient des articles et ordonnances assez semblables à ceux qui avaient été donnés aux visiteurs d'Edouard VI, en 1547. Ils posaient en outre, aux ecclésiastiques et aux marguilliers, cinquante-six questions. Beaucoup de ces articles, questions et ordonnances renouvelaient simplement les prescriptions d'Henri VIII et de son fils, contre les images et les cérémonies. Mais il y avait des ordonnances nouvelles et intéressantes. Ainsi aucun prêtre ne pouvait se marier sans l'approbation de son évêque, de deux juges de paix et des parents de la jeune fille ; les évêques avaient besoin de la permission du métropolitain et de la commission supérieure ; les doyens et chefs de collèges, de celle des visiteurs. Tous les ecclésiastiques devaient porter l'habit traditionnel en usage la dernière année d'Edouard VI, c'est-à-dire la soutane, le manteau et le bonnet carré. Aucun écrit ne devait être publié sans approbation, et toute discussion religieuse demeurait interdite. Les visiteurs devaient éloigner des cures les prêtres ignorants et recueillir des témoignages sur les persécutions souffertes par les réformés, sous le règne de Marie.

Les prescriptions concernant les églises étaient nombreuses et précises. Chaque Anglais devait fréquenter assidûment l'église de sa paroisse : des surveillants le dénonçaient, s'il y manquait. Une fois à l'église, il devait s'abstenir de lire un livre de piété pour s'occuper uniquement de l'office, s'agenouiller pour la prière, se découvrir quand on prononçait le nom de Jésus. Le plain-chant était très encouragé. Les ordonnances ne proscrivaient pas la musique, à condition que les paroles del'ollice fussent toujours intelligibles. Les commissaires emportaient un inventaire de tous les ornemenls et des livres liturgiques, après avoir

veillé à la destruction des châsses, peintures et images, même dans les habitations privées. Les curés et les marguilliers devaient faire démolir les autels et installer, à leur place, une table qu'ils pouvaient transporter, au moment de la communion, dans n'importe quelle partie du sanctuaire. Le pain d'autel devait avoir la forme d'une hostie plus épaisse que celle en usage dans l'Église catholique. Un paragraphe spécial, très habilement rédigé et intitulé : « Avis aux hommes simples trompés par des gens mal intentionnés », s'efforçait de prouver que la couronne en promulguant des lois ecclésiastiques et en les appliquant contre la volonté des chefs actuels de l'Eglise d'Angleterre, ne faisait rien de nouveau. Par là, Cécil reconnaissait lui-même le caractère révolutionnaire de sa procédure.

Les commissaires se mirent à l'œuvre dès le mois de juillet. Un ancien exilé, Sandys, visita, avec un avocat et un noble, la province du nord1. Beaucoup d'églises tombaient en ruine et d'autres n'avaient pas de curés : Les marguilliers se plaignirent de plusieurs membres du clergé qui n'acceptaient pas les changements ordonnés dans le culte. A Doncaster, les images subsistaient encore de même que les autels de la cathédrale d'York, à l'exception du principal. Le clergé paroissial du diocèse d'York avait été convoqué pour prêter le serment; un quart des prêtres s'abstinrent de paraître. La proportion fut plus grande dans les diocèses de Chester et de Carlisle, moindre dans celui de Durham.

Le chapitre d'York fit une opposition très énergique de même que celui de Durham où huit prébendes, huit chanoines et un maître d'école refusèrent le serment « parce que l'évêque de Rome doit avoir la

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