ATTITUDE DE LA REINE DANS LA QUESTION RELIGIEUSE
politique. Le 5 octobre 1559, un mariage devait avoir lieu dans la chapelle royale. Par ordre de la reine, on plaça sur l'autel un crucifix et deux chandelles allumées. L'émotion fut si considérable à la cour qu'on lit disparaître crucifix et chandelles. Ils furent remis en place, le samedi 7, et le dimanche suivant, le prêtre revêtit la chasuble et les autres vêtements sacerdotaux de la messe latine. Ces ornements avaient été admis par l'acte d'uniformité, mais, en fait, les commissaires chargés d'appliquer la loi les avaient laissé brûler par la populace et les réformés avancés comptaient bien les bannir pour toujours. La foule s'assembla, menaçante, autour du palais; des prêtres et des laïques protestèrent contre ce qui se passait à la chapelle royale : Parker prit une part prépondérante dans l'organisation de ces protestations. On demanda à la reine de faire enlever le crucifix. Elle parut y consentir, puis, finalement, décida qu'il resterait en place. Il y resta jusqu'à la fin de l'année. Des motifs indépendants de toute doctrine religieuse avaient dicté sa conduite : un prétendant catholique, l'archiduc Charles d'Autriche, était à l'horizon, Elisabeth ne voulait par le décourager en faisant figure d'hérétique ; de plus, elle ne tenait pas à rendre les réformés toutpuissants en penchant complètement de leur côté.
En janvier 1560, trois des nouveaux évêques furent désignés pour officier dans la chapelle royale devant le crucifix et les chandelles et revêtus de chapes. L'un d'eux, Cox, récemment nommé évêque d'Ely, s'excusa d'une manière assez piteuse : des membres du clergé envoyèrent à la reine une protestation qui avait été composée par Parker et Jewel. Les évêques et les chefs des réformés sollicitèrent l'avis des protestants du continent. Ceux-ci répondirent que ces ornements ne pouvaient être considérés comme une chose indifférente
et qu'on ne pouvait les employer. Il semblait que les croix et les autels allaient être rétablis, les évêques et leurs amis révoqués. Un débat eut lieu le 5 février entre plusieurs prélats et ecclésiastiques démarque, en présence de laïques délégués par le conseil4. A la surprise générale, Parker et Cox parurent disposés à se soumettre à l'autorité de la reine pendant que Grindal et Jewel continuèrent de demander l'enlèvement des crucifix. Puis, la question s'élargit : on demanda si « l'image du Christ crucifié entouré de sainte Marie et de saint Jean devait être placée comme jusqu'ici dans une partie en évidence de l'Église ».
Tout se termina par un compromis, conseillé par les luthériens. On ne s'occupa plus de la chapelle royale : le docteurBill, doyen de Westminster, y prêcha devant la reine ; la croix, les deux chandelles allumées étaient sur la table ornée à la façon d'un autel2. Mais les jubés, les statues de Jésus entouré de la Vierge et de saint Jean disparurent ou furent transformés : « La deuxième année de la reine Elisabeth, tous les jubés furent détruits à Londres et des sentences écrites à leur place3. »
Les commissions métropolitaines ayant achevé leur œuvre, la reine fit accomplir ces changements par lettres royales du 10 octobre 1561. Elles ordonnaient de réparer les églises dévastées par les réformés sectaires, d'y inscrire les dix commandements, de veiller
1. Robinson, Zurich Lctters, t. I, p. V2} Sandys to Peter Martyr, l*r avril 4560.