ELISABETH, LES PAPES ET LES PRINCES CHRÉTIENS
France, qui dominait l'Ecosse par une alliance royale, présentait Marie Stuart comme héritière légitime de la couronne d'Angleterre, par cette raison qu'une arrière-petite-fille d'Henri VII avait plus de droits que la fille illégitime d'Anne Boleyn et d'Henri VIII. Le roi d'Espagne, par haine et par crainte de la France, était obligé de faire taire son ardent prosélytisme religieux et de protéger une reine qui travaillait à détruire dans son royaume la religion catholique. Alors, comme aujourd'hui, c'étaient les intérêts matériels qui, dans les conseils des chefs d'États, dominaient et réglaient les questions religieuses de la plus haute gravité.
A son tour le Saint-Siège était directement engagé dans cette affaire. Les ministres français pressaient le pape de déclarer Elisabeth inapte à régner en raison de sa naissance illégitime, pendant que le roi d'Espagne faisait demander au Saint-Siège si on lui accorderait la dispense d'épouser la reine d'Angleterre, sa belle-sœur. Ce fut l'influence espagnole qui l'emporta à Rome.
Le gouvernement d'Elisabeth sentait que l'alliance de Philippe lui était absolument nécessaire, parce que lui seul pouvait empêcher le pape de provoquer une formidable révolte en Angleterre, par le seul fait de prononcer contre elle des censures publiques. Aussi, les ministres anglais, qui continuaient de recevoir une pension secrète de Philippe II, furent-ils très aimables à l'égard de l'Espagne. Quant au pape, Elisabeth se chargeait de le tromper par des protestations feintes jusqu'au moment où il ne serait plus nécessaire de le ménager. En décembre 1558, le conseil, sans rappeler l'ambassadeur anglais auprès du Saint-Siège, refusait de l'accréditer de nouveau. Quand les ministres furent assurés que le parlement
était disposé à les suivre dans leur politique antipapale, ils lui écrivirent que sa présence à Rome n'était plus nécessaire. Lorsque les députés eurent voté les actes de suprématie et d'uniformité, Philippe fit entendre des représentations amicales à Londres, mais il continua de plaider, à Rome, la cause d'Elisabeth. Paul IV mourut avant d'avoir pris des mesures de rigueur contre elle.
Le cardinal de Médicis, élu à sa place, prit le nom de Pie IV. Dans les premiers jours de mai 1560, il adressa à Elisabeth « reine illustre et très chère fille » un bref où il l'assurait de sa paternelle affection et l'engageait à revenir dans le sein de l'Eglise romaine. Le même message contenait une invitation à envoyer des délégués au concile général qui allait reprendre à Trente ses travaux interrompus depuis de longues années. Le porteur du bref papal était Parpaglia, abbé de Saint-Solutor, à Turin, et ancien page du cardinal Pôle.
Quand la nouvelle de sa venue parvint en Angleterre, Elisabeth se déclara enchantée, assura qu'elle était aussi catholique que les plus catholiques de ses sujets et promit d'accueillir cordialement l'abbé. Un mois après, la reine disait exactement le contraire au même ambassadeur espagnol, l'évèque mondain, Quadra, diplomate remarquable, beaucoup plus dévoué à Philippe qu'à l'Église. Quadra était nettement opposé à la mission de Parpaglia, parce que son maître craignait quelque acte d'hostilité contre Elisabeth de la part du nonce. Noailles, envoyé de François II, pressait Quadra d'insister en faveur de Parpaglia, Philippe n'ayant pas le droit, disait-il, défavoriser l'hérésie. L'espagnol répliquait que l'intérêt de l'Église exigeait lVloignement du nonce.
Ce dernier attendait, aux Pays-Bas, un sauf-conduit qui ne vint point. Il fut rappelé en octobre. C'était un
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grand succès diplomatique pour Elisabeth : en obéissant aux désirs du roi d'Espagne elle s'était assuré son appui pour une nouvelle période ; en môme temps elle avait évité l'effervescence très dangereuse que la présence d'un représentant du pape aurait causée en Angleterre.
Un autre nonce, Martinengo, arriva aux Pays-Bas en avril 1561. Comme son prédécesseur, il ne put pénétrer en Angleterre et transmettre à Elisabeth l'invitation de se faire représenter à Trente. Cependant la mission qui lui était confiée causa beaucoup d'émoi en Angleterre.
Comme toujours, Elisabeth chercha à gagner du temps par des mensonges effrontés. Elle commença par déclarer qu'elle respecterait les décisions des Pères réunis à Trente. Quelques jours après, elle disait à l'ambassadeur d'Espagne qu'elle était assez disposée à envoyer ses évêques au concile, si celui-ci devait être libre, et s'ils devaient y être reçus au même titre que les autres prélats catholiques. La reine continua de négocier avec les ambassadeurs de France et d'Espagne jusqu'à la fin d'avril. A ce moment, de nouveaux évêques, tous de tendances très antipapales, avaient été nommés à la place de leurs prédécesseurs, déposés et emprisonnés. Il n'était plus nécessaire de mentir puisque Tépiscopat était tout entier dévoué aux doctrines réformées.
La cour se retira à Greenwich, afin, disait-on, d'épargner au nonce qu'on y recevrait les désagréments d'un séjour à Londres. Mais le 1er mai 1561, le conseil décida que l'envoyé papal ne serait pas reçu dans le royaume et que l'Angleterre ne serait pas représentée à Trente. La venue d'un nonce était, d'après les ministres, contraire aux lois du royaume et pouvait, dans les circonstances présentes, fomenter des troubles. Le
gouvernement anglais accueillerait toujours avec joie l'idée d'un concile général, mais celui qui allait reprendre ses travaux à Trente paraissait plus propre à créer des discordes, puisqu'il était la continuation d'une assemblée convoquée sans l'assentiment de la reine qui, d'ailleurs, n'approuvait pas ses méthodes de travail. Le pape avait agi d'une manière plus amicale à l'égard d'Elisabeth et il avait fait preuve d'une grande loyauté. Pendant les négociations au sujet de la mission Martinengo. il avait ordonné à un autre de ses envoyés chargé d'encourager les catholiques d'Irlande, de ne créer aucun ennui au gouvernement anglais. L'échec de Martinengo contribua à détacher l'Angleterre des pays catholiques du continent et à mettre un terme à la bienveillance du Saint-Siège à l'égard d'Elisabeth. Dans les années qui suivirent, le concile fut vivement pressé de lancer l'excommunication contre la souveraine anglaise. L'empereur Ferdinand empêcha la proposition d'aboutir. Un bruit étrange prit naissance au moment de la mission Parpaglia. Le pape, disait-on. était prêt à autoriser le Book of common prayer, c'est-à-dire toute la liturgie anglicane, si Elisabeth consentait à le recevoir muni de l'approbation du Saint-Siège. Ce bruit ne repose sur aucune preuve écrite, mais, à partir de 1571, tous les historiens en parlent. Les protestants affirment la réalité de l'ouverture faite au nom du pape. Les catholiques romains la nient avec énergie.
4. — L'assemblée du clergé et le parlement de 1563; les XXXIX articles de religion.
L'assemblée du clergé ' de la province du sud qui se réunit le 13 janvier et se sépara le 10 avril 1563 eut