‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 51 sur 253 · Gee and Hardy, Documents..., n · texte numérisé non relu

Gee and Hardy, Documents..., n

dale, Frith, Barnes, etc. La Supplication était un acte d'accusation contre le clergé. Les députés demandaient qu'on enlevât aux ecclésiastiques le droit, dont ils jouissaient depuis plusieurs siècles, de faire, réunis en assemblée, des lois spirituelles, sans l'assentiment du roi. Ils réclamaient de nouveau la réforme des tribunaux ecclésiastiques, à laquelle le parlement et la Convocation avaient déjà travaillé durant la session précédente. D'après eux, il fallait abolir un certain nombre de fêtes, restreindre les procès pour hérésie, supprimer le casuel et les dons faits à l'Église dans certaines circonstances. Ce document ne contenait pas d'accusations générales ; le seul point que visaient ses auteurs était l'abolition du pouvoir législatif exercé par l'Église.

La Supplication fut communiquée, le 12 avril, à l'archevêque de Cantorbéry; le roi le priait d'y faire une prompte réponse. Celle-ci, rédigée par Gardiner, était lue, dès le 15, devant les ecclésiastiques de la Chambre Haute, qui l'approuvèrent à l'unanimité. Le 19, le clergé inférieur y donnait à son tour un complet assentiment. Cette défense était digne et modérée '. Gardiner avait répondu d'un mot aux critiques de détail, en disant que les Communes étaient mal informées sur beaucoup des faits faussement qualifiés d'abus, et il s'était attaché uniquement à défendre le pouvoir législatif de l'Eglise. « Les évoques ne peuvent pas. disaitil, soumettre l'exercice de leur charge essentiellement spirituelle au bon plaisir du roi *. Et comme la Supplication avait prétendu qu'il était inadmissible que la loi spirituelle d'unévêque pût atteindre la personne royale. Fauteur protestait, au nom du passé, du respect de l'Eglise pourla suprême autorité civile. 11 terminait en suppliant Henri de les délivrer de la jalousie du parlement.

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Le roi ne daigna pas répondre au clergé; il transmit aux Communes la lettre de Gardiner, en ajoutant : « Nous pensons que cette réponse vous satisfera à peine; car elle nous semble très insuffisante. » C'était encourager les députés à redoubler d'ardeur. Les ecclésiastiques étaient en même temps invités à présenter une réponse plus complète. Henri marquait son déplaisir au rédacteur du premier document — qu'il avait jusque-là traité en ami. — Gardiner s'honora en envoyant à son souverain une réponse digne et ironique.

Le clergé inférieur discutait la nouvelle demande du roi, lorsque le duc de Norfolk informa l'évêque de Londres que son maître demandait, avant toutes choses, un subside. Une députation fut envoyée à la cour pour exposer que l'Église, appauvrie par l'énorme don consenti l'année précédente, était incapable d'un nouvel effort. Elle fut mal reçue.

Des bruits sinistres circulaient dans le public et ébranlèrent la fermeté du clergé, qui essaya, une fois de plus, de sauver un peu de ses droits en proposant des concessions exorbitantes. Après deux jours de discussion, tout en affirmant le droit de l'Église de faire des lois, il offrit, de lui-même, pour l'avenir, de ne pas publier de décrets sans le consentement royal, en exceptant toutefois les matières concernant la foi, les mœurs, le for intérieur de la conscience; et, pour le passé, d'amender les canons ou constitutions qui seraient reconnues contraires aux lois du royaume.

On discutait encore, lorsque le 10 mai, un envoyé du palais vint proposer brutalement, à l'acceptation du clergé, trois articles très précis :

1° A l'avenir, aucune loi ou constitution ne pourra être faite, promulguée ou exécutée sans l'autorisation royale ;

2° Toutes les constitutions existantes seront sujettes à revision au gré du roi ; elles devront être examinées par une commission de seize membres du parlement et de seize ecclésiastiques, tous choisis par le roi. On abolira celles qui seront jugées contraires à la prérogative de l'autorité civile ou à la commodité des sujets;

3° Les constitutions qui auront survécu à cet examen continueront d'être appliquées avec l'approbation du roi.

Le clergé inférieur reçut cet ultimatum à la chapelle Sainte-Catherine, et le clergé supérieur à celle de Saint-Dunstan, lieux ordinaires de leurs séances. La consternation était d'autant plus grande, que Fisher, qui avait été, Tannée précédente, l'âme des deux assemblées, avait quitté Londres, après avoir été l'objet d'une mystérieuse tentative d'empoisonnement, où l'on avait cru voir la main d'un familier de la cour, Henri ne prenant plus la peine de dissimuler son irritation contre le vaillant évêque.

Le 11, Henri fitappeler 12 députés et le président des Communes. Il avait découvert, après vingt-trois ans de règne, que les évoques n'étaient qu'à moitié ses sujets. Ne faisaient-ils pas, au jour de leur consécration, un serment au pape qui annulait leur serment à la couronne? Les deux serments n'étaient pas incompatibles et, si quelqu'un était fondé à se plaindre, c'était plutôt Rome, puisque le nouvel évêque promettait de ne rien recevoir du Saint-Siège qui pût être injurieux pour son souverain.

La journée du 12 fut employée à des pourparlers. Le trouble était dans tous les esprits. La peste qui ravageait Londres communiquait un caractère sinistre à la lutte entre le roi et le clergé. Le 13, on apprit que la Convocation devait se séparer au plus tard le 15, à cause des ravages de l'épidémie. Aupa-

ravant, Henri exigeait une réponse. Ce môme jour, le clergé inférieur repoussa les deux premiers articles du projet royal, par dix-huit voix contre huit qui proposèrent une rédaction nouvelle. A la Chambre Haute, trois évêques acceptèrent, sans condition, l'ultimatum : Stokesley, Standish et Longland. Clerk, évêque de Bath, vota contre; puis, après de longues et obscures discussions, le clergé supérieur s'arrêta à un compromis, qui n'avait même pas le mérite de sauvegarder efficacement sa dignité. Les évêques offrirent une soumission personnelle au roi seul. C'est ainsi qu'ils acceptèrent l'article 1er, en considération de la singulière sagesse du prince ; que chacun s'engagea, par l'article 2, à soumettre personnellement ses constitutions au prince seul, à qui ils confiaient le soin de défendre les immunités de l'Église, et qu'ils suppliaient, dans le dernier article, de ratifier leurs décrets.

Le clergé inférieur accepta, le même jour, avec de légers amendements, la capitulation, au bas de laquelle les évêques venaient d'apposer leur signature. Le 16 mai, l'archevêque de Cantorbéry, accompagné des évêques de Lincoln, de Saint-Asaph, et des chefs de l'opposition, Clerk, les abbés ou prieurs de St-Albans, Bury, High-Waltham, Merton, porta au palais l'acte célèbre * connu dans l'histoire sous le nom de Soumission du clergé. Le roi se promenait dans ses jardins. Norfolk lut le document qui constatait la disparition du clergé en tant que grand corps indépendant et Henri y apposa sa signature.

Dès le 13 mai, Chappuys mandait à son souverain * : « Le clergé sera réduit aune condition inférieure à celle des cordonniers, qui ont le pouvoir de s'assembler et de faire leurs statuts. »

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