LE COURONNEMENT D'ANNE BOLEYN
uni4 année. Lui-même (Hait si impopulaire qu'il faillit plusieurs l'ois rire éeharpé. Le 31 mai, Anne était allée solennellement à Westminster. Dinteville, ambassadeur de France, précédait, aux côtés de Granmer,le carrosse de la nouvelle reine. Quelques négociants français, en résidence à Londres, ouvraient le cortège. Aucun gentilhomme de notre pays n'avait voulu prendre part à ces fêtes. Dans les rues que traversait le cortège, les gens, muets d'étonnement, ne se découvraient même pas: Chappuys écrivit à son maître : « Tout le monde est étonné, cela semble un rêve et même ceux qui prennent part à ces fêtes ne savent s'ils doivent rire ou pleurer. »
Un incident caractéristique était arrivé quelques jours auparavant : Georges Brown, prieur des frères augustins, prêchant le jour de Pâques, pria pour Anne en qualité de reine; l'assistance presque entière protesta en quittant l'église. Les marchands n'osaient plus entretenir de relations commerciales avec les Flandres, par crainte que Charles-Quint ne fit la guerre à l'Angleterre. Le nouveau ménage ne jouit pas longtemps de son triomphe : au mois d'août, Anne fit des reproches au roi au sujet de ses assiduités auprès d'une de ses dames de compagnie. Il lui répondit rudement qu'elle n'avait qu'à fermer les yeux comme avaient fait « d'autres qui valaient mieux qu'elle ».
Le 9 avril, une commission, dont Norfolk avait accepté la présidence, avait notifié à Catherine que son mariage étant invalidé, elle devait renoncer à son titre de reine. Llle reçut l'ordre de se retirer à Ampthill avec le titre princesse de Galles. Avant la fin de l'année, sa fille Marie âgée de dix-huit ans lui fut enlevée et dut se rendre à Hatfield auprès de la fille d'Anne, la future Elisabeth. On lui interdit de prendre le nom de princesse. Après son départ, sa mère lui fit parvenir
une lettre touchante de résignation chrétienne f.
Marie persistait à se dire princesse; son père se flatta d'obtenir lui-même le renoncement espéré. Le 10 janvier 1534, il se rendit à Hatfield. Anne, qui craignait que le roi ne se laissât attendrir par sa jeune et charmante fille, réussit à empêcher que la princesse ne parût devant lui. Des messagers lui transmirent les désirs et les ordres de son père sans arriver à vaincre son énergie. Henri était en selle, dans la cour, et se préparait à partir, après avoir refusé plusieurs fois à sa fille la permission de venir lui baiser la main, quand il aperçut Marie, à genoux, les mains jointes, sur une terrasse du palais. Le cœur du père se réveilla un instant; il inclina la tête et salua du chapeau. « Lors, écrit Chappuys, tous ceuls qui là assistaient qui devant ne ousoient houlser leur testes pour la regarder, réjouiz et animés de ce que le Roy avoit fait, la saluèrent très révérentement avec signification de bonne volonté et compassion2. »
Le 17 mars, aussitôt que les bulles de Cranmer furent arrivées en Angleterre, la Convocation de la province de Cantorbéry 3 dut examiner, par ordre du roi, la question du divorce. Beaucoup d'ecclésiastiques qu'on savait favorables à Catherine avaient été priés de ne pas siéger en personne et de donner leur procuration à certains de leurs collègues, partisans du roi. Quand Stokesley, évêque de Londres, ouvrit la séance, quelqu'un fit remarquer que l'affaire étant en cours devant le pape, le clergé n'avait pas de droit de s'en occuper. Le président produisit un bref papal, vieux de trois ans et qu'il savait avoir été annulé depuis.
î. Letton andpapers, Henry VIII,t. VI, n° 391. -2. ////'/.. d° 119, Chappuys à Charles-Quint, 17 janvier 1534. 3. Kymkk, Fœdcra, t. VI, part. II, p. 179, donne, le texte accepté par l'assemblée.