‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 54 sur 253 · LE COURONNEMENT D'ANNE BOLEYN. <J · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT D'ANNE BOLEYN. <J

réponse : « Faites ces menaces à des courtisans ; quant à nous, nous savons très bien qu'on peut aller au ciel par eau aussi bien que par terre. »

Cranmer était en mission diplomatique à Mantoue, quand un envoyé anglais lui apporta, dans les derniers jours de 1532, Tordre de rentrer en Angleterre. En acceptant, sans l'avoir désiré, assure-t-on, l'archevêché de Cantorbéry, il se trouvait à la merci du roi. Quelques personnes de la cour savaient qu'il venait justement de se marier une seconde fois ; à la première velléité de résistance, il serait facile de le faire déposer et de lui appliquer les peines prévues par les lois de l'Église. Ces résistances n'étaient pas à craindre : Cranmer avait une intelligence vive et souple, mais toute sa vie mettra en évidence son peu de courage et son manque de caractère. Les bulles furent demandées pour lui. Chappuys supplia Charles-Quint de s'y opposer. Il ne fut pas écouté. Cranmer, pendant un séjour à la cour impériale, avait parlé de Catherine en termes sympathiques; on lui en était reconnaissant. Le nonce de Londres, savamment circonvenu, n envoya pas de mauvais renseignements. Clément VII, à qui Henri faisait dire, à cette époque, par un de ses ministres et par les envoyés français à Bologne, qu'il accepterait de défendre sa cause devant deux cardinaux, dans une ville neutre, redouta probablement un conflit. Quoi qu'il en soit, Cranmer fut préconisé dans le consistoire du 21 février. Peu de jours après, ses bulles étaient remises aux envoyés anglais, non sans quelques chicanes peu dignes, relativement aux droits de chancellerie dont Henri lui-même avait fait les avances.

Cranmer fut sacré à la fin de mars. Il déclara par écrit que le serment d'obéissance, exigé de lui par le pape, était une simple formalité qui ne pouvait res-

treindre en rien sa liberté. Au contraire, il accentua le sens et la portée du serment au roi. Le 11 avril, le nouvel archevêque suppliait très humblement Henri de lui permettre d'examiner son mariage. Le 23 mai il le déclara nul *, non sans avoir prié Cromwell de ne pas ébruiter la procédure, parce qu'il aurait été mal à son aise, si la reine, déclarée contumace, s'était présentée à son tribunal.

Le 28, le primat fit une enquête secrète dans son palais de Lambeth sur la validité du mariage d'Anne et de Henri, célébré clandestinement le 25 janvier précédent, on ne sait ni dans quel endroit ni par qui. Bien entendu, il le déclara valide. La situation entre les deux époux était exactement la même que dans la précédente union, Henri ayant eu des relations illégitimes et publiques avec la sœur de sa nouvelle femme. Il était impossible de se moquer de la loi et de la justice avec plus de désinvolture.

Le samedi 12 avril, la favorite parut pour la première fois dans tout l'appareil de la royauté. Les trompettes sonnèrent quand elle se rendit à la messe ; la duchesse de Richmond, fille de Norfolk, portait sa traîne; les dames de la cour suivaient. Après l'office, Henri alla d'un courtisan à l'autre, les invitant à offrir leurs hommages à la nouvelle reine qu'on appelait familièrement « Nan Bullen ». Il lui avait donné 25.000 francs de revenu pris sur l'évèché de Durham.

Le couronnement de la favorite eut lieu le Ie' juin, quelques évoques, hostiles au divorce, y assistèrent cependant. L'indignation dans le bas clergé dura plus longtemps. Beaucoup de curés blâmèrent ce mariage en chaire, Cranmer dut interdire la prédication pendant

1. Rymik. Fcedera, t. VI, pari. II, p. 18-2, donne le texte de la sentence.

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