‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 59 sur 253 · Première sentence du pape et intervention de · texte numérisé non relu

Première sentence du pape et intervention de

la France.

A Rome, Clément VII, depuis qu'il avait révoqué les pouvoirs exorbitants de Campeggio, en juillet 1530, avait vécu dans de cruelles angoisses. Sa triste situation est un argument frappant en faveur de la nécessité de l'indépendance matérielle et morale de la papauté. D'une part, il ne pouvait à aucun prix céder au caprice de Henri VIII et consacrer une violation si flagrante des lois ecclésiastiques et civiles. Charles-Quint, neveu de Catherine, dont les armées lavaient une fois déjà chassé de Rome parce qu'il avait fait montre d'indépendance, le pressait rudement de prononcer la sentence souveraine. D'autre part, Henri VIII se déclarait prêt à faire un schisme si la décision du pape, qui ne pouvait que lui être contraire, était promulguée. François Ier, étroitement uni à l'Angleterre, menaçait officiellement daller à Rome bien accompagné si des censures étaient

prononcées contre « son bon frère ». Les cardinaux de Grammont et de Tournon avaient remis, en janvier 1533, à Clément VII, alors à Bologne, une note signée à Amiens, le 13 novembre précédent, où nous lisons l : (( Les ambassadeurs devront déclarer que les deux rois sont si étroitement unis que les intérêts des deux sont les mêmes et que si le pape les pousse à entreprendre quelque chose contre lui, il peut en résulter de grands dommages. »

Le pape épuisa tous les moyens de conciliation et tout l'arsenal des mesures dilatoires, espérant que la Providence et le temps aplaniraient les difficultés du présent. Le 5 janvier 1531, à la requête de Catherine, il avait défendu à Henri de se marier avant que l'affaire du divorce n'eût reçu une solution, sous peine de voir déclarer illégitimes les enfants à naître de ce mariage. Le 25 janvier de l'année suivante, l'ambassadeur impérial lui arracha un nouveau bref enjoignant à Henri de reprendre sa femme légitime. Le roi, par ses envoyés à Rome, avec l'appui de la France, avait réussi à retarder pendant deux années la sentence papale en ergotant au sujet de l'admission devant le tribunal d'un représentant officieux, sans mandat défini. La question elle-même n'avait pas encore été abordée. Pendant tout ce temps, Henri prodiguait au Saint-Siège les assurances de ses bonnes dispositions.

Clément VII apprit, vers le commencement de mai 1533, que la loi contre les appels à Rome avait reçu l'approbation du parlement et du clergé. Il se plaignit vivement d'avoir été trompé par Henri et par François Ier qui l'avait assuré que son allié respecterai! l'autorité du Saint-Siège. Le 31, un courrier apporta la nouvelle que Cranmer avait proclamé le mariage

i. Letters andpapers, Henry vill. t. V, n° i '•'.'••

PREMIÈRE SENTENCE DU PAPE. loi

d'Henri avec Catherine nul et de nul effet, dès le début. Cette usurpation manifeste des pouvoirs réservés au Saint-Siège en montrant, môme aux cardinaux amis de l'Angleterre, le lamentable échec du système des concessions et de l'indulgence, irrita vivement le pontife. 11 chercha aussitôt à détacher François 1er du roi d'Angleterre en lui promettant Calais s'il consentait à s'unir à Charles-Quint pour exécuter les décrets qu'il se proposait de porter contre Henri VIII. Le comte de Cyfuentes ' , ambassadeur d'Espagne auprès du V atican, à qui fut confié ce projet, se borna à répondre que la question était des plus importantes et refusa de prendre aucun engagement. La maison d'Autriche tenait beaucoup à ce que Calais restât aux mains des Anglais.

D'autres propositions papales n'eurent pas un meilleur sort. Clément se décida alors à se passer de l'empereur. Le 11 juillet, à la suite de plusieurs réunions de cardinaux, il promulgua, en plein consistoire, une sentence annulant la procédure de l'archevêque de Cantorbéry, déclarant que Henri, Anne et Cranmer avaient encouru les peines dont il les avait menacés dans ses brefs précédents. Il leur ordonnait, sous peine d'excommunication, de défaire dans l'espace de trois semaines, tout ce qui avait été accompli illégalement.

La sentence du pape fut connue à Londres, le 28 juillet. Henri éprouva, pendant quelques jours, un profond découragement : la nation était contre lui et l'amitié de François Ier s'était refroidie après le vote de la loi contre les appels à Rome. Cromwell et ses amis relevèrent son courage, après quelques jours de complet désarroi. Puisque l'alliance française perdait de son efficacité, un agent secret fut envoyé en Allemagne avec mission de conclure un traité avec l'élec-

1. Bristish Muséum, add. man. 28585, f. 309, Relation de Carias de Ro?na.

teur de Saxe, le landgrave de Hesse et les autres princes de la ligue de Smalkalde.

Mais François Ier avait un grand intérêt à ne pas rompre avec son voisin tout en se conciliant les bonnes grâces de Clément sur qui il comptait pour entrer en possession du Milanais. Il devait rencontrer le pontife à Marseille au mois d'octobre ; il se donna pour tâche de réconcilier l'Angleterre avec le Saint-Siège. Tout alla bien dans les premières entrevues; le pape, vivement pressé par François, avait consenti quelques concessions importantes. La cause du divorce serait instruite de nouveau à Avignon par des légats spéciaux, à la seule condition que le roi reconnaîtrait l'autorité du Saint-Siège et promettrait de se soumettre à la sentence définitive. Quand on pria l'envoyé anglais, Févêque Gardiner, de montrer les pleins pouvoirs qu'il disait l'autoriser à accepter ce compromis, il déclara froidement avoir menti et refusa sa signature. Un courrier spécial fut expédié le 24 octobre à Londres pour solliciter les pouvoirs nécessaires à la conclusion du compromis imaginé par François Ier.

La réponse arriva à Marseille le 6 novembre : elle était négative et se terminait par ces mots « en appeler, si besoin est, à un concile général ' ». Le lendemain le futur évêque Bonner pénétra inopinément chez le pape et se mit à lui lire l'appel de son maître. Il fut promptement interrompu par le pontife qui apprécia durement l'acte du roi d'Angleterre et se plaignit vivement à François Ier, arrivé sur ces entrefaites, du manque d'égards dont il était victime 2 : « Etant votre hôte, dit-il, je laisse introduire chacun sans exiger l'observation du cérémonial en usage à Rome. Se fiant là-dessus, ces docteurs ont pénétré chez moi sans per-

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