PREMIERE SENTENCE DU PAPE
mission de valet ou d'huissier et se sont comportés
ec une audace qui, à Rome, leur eût été fatale. J'ai mis, de mon côté, un extrême bon vouloir, au contraire du roi d'Angleterre. Vous le devriez tenir pour ennemi et vous retourner contre lui avec le Saint-Siège. »
L'acte accompli par Bonner était une dérogation très grave aux lois de l'Eglise. Ces sortes d'appel étaient rigoureusement interdits comme destructifs de toute discipline ecclésiastique. Les conciles œcuméniques étant des événements très rares, c'était un véritable défi à l'autorité pontificale qu'un recours à une assemblée qui pouvait ne pas avoir lieu du vivant des partis.
Le roi de France, outré de l'affront fait à son hôte, eut une violente dispute avec les envoyés anglais 4. «Votre roi, déclara-t-il à Gardiner, se croit un homme sage, mais il n'est qu'un sot. Il travaille dans l'intérêt de Catherine ; car il avoue par cet appel connaître la sentence du 11 juillet et n'en faire nul cas. Qu'il apprenne que, si sa conduite lui vaut l'excommunication, j'ai déclaré et je déclare ne point vouloir l'assister contre le pape. »
François, d'accord avec ses principaux ministres, promit de retirer son appui à Henri, si on lui abandonnait Calais. L'ambassadeur d'Espagne éluda de nouveau la question. Devant ce refus, les ministres pensèrent que la France ne gagnerait rien à mettre fin à l'alliance anglaise. 11 ne fut plus question du divorce; Clément repoussa comme illégal l'appel du roi et remonta le 11 novembre sur la galère qui l'avait amené.
Une rupture définitive entre Londres et Rome menaçait d'entraîner la France dans une crise si redoutable que Jean du Bellay, évêque de Paris, fut autorisé à tenter un dernier effort de conciliation.
I. British muséum, Arundel man. 152, r. 191, et Du Bellay, mémoire
cité, !'. 60.
L'évêque de Paris partit en toute hâte. Il emportait de longues instructions qui nous sont parvenues * ; elles lui prescrivaient de justifier François Ier des accusations d'avoir rompu l'alliance, de protester contre la conduite des envoyés anglais. Du Bellay gardait son entière liberté dans la conduite des négociations en vue d'une réconciliation de l'Angleterre avec Rome. Le 15 décembre, près de Calais, il croisa l'ambassadeur Dinteville qui accourait en poste avertir la cour de France de la situation religieuse de l'Angleterre. Elle était désespérée; le parlement se préparait à rendre définitive la rupture avec Rome; Henri était en rébellion ouverte contre le Saint-Siège.
Du Bellay connaissait admirablement la cour anglaise et, en particulier, Henri VIII. Quand celui-ci voulut répéter les accusations graves2, qu'en termes très peu parlementaires il avait lancées, en présence de ses courtisans, contre François Ier, l'évêque l'arrêta net en le menaçant d'une guerre immédiate. Le roi promit au négociateur français de rester dans l'obédience de Rome si le pape annulait, avant Pâques, la sentence du 11 juillet, et confirmait sa nouvelle union. Si ces conditions n'étaient pas remplies au bout de neuf semaines, le schisme serait officiellement proclamé. Dans l'intervalle, Henri promettait de ne rien entreprendre contre le Saint-Siège.
Cette base d'accommodement laissait bien peu d'espoir, mais Du Bellay pensait que, les pourparlers renoués, Henri ferait des concessions plus sérieuses. 11 quitta Londres et traversa toute la France pour aller prendre les ordres de la cour à Pied-de-Pappe, près
i. Do Bellay, Mémoire citèy — et Letters and papers, Henry VIII, t. VI, ii" i:,t-2.
-\ Bibl. nationale, man. Dupuis, 33, f. 19, Castillon à Du Bellay, et