I. Statutes of thc rcalm, 26, Henry Y1IL chap. xi, pp
LOHGANISATION DU SCHISME. 121
lui demander ni bref, ni permission d'aucune sorte, de maintenir la cause du roi et en particulier toutes les lois portées contre la papauté qu'ils proclamaient ne venir ni de Dieu ni de la tradition. L'épiscopat acceptait la doctrine de Luther dont l'influence se manifestait ainsi dans son sein pour la première fois.
Le 1er juin, une lettre du vicaire général ordonnait aux évêques d'expliquer eux-mêmes et de faire expliquer par leurs prêtres, les dimanches et fêtes, le nouveau titre royal. Le nom du pape devait être effacé de tous les livres liturgiques. Deux jours après, une circulaire interdisait durant un an de prêcher sur le purgatoire, le culte des saints, les miracles, les pèlerinages, le célibat des prêtres. Tous les prédicateurs devaient faire au moins un sermon contre l'autorité du Saint-Siège, prier pour toute l'Église catholique et pour l'Église catholique d'Angleterre.
Le 9 juin, Cromwell ordonnait aux juges de paix d'envoyer des rapports au Conseil sur la conduite des évêques et du clergé sous peine de sévères punitions. Les évêques durent déposer à la chancellerie les sermons prêches sur les sujets imposés. Le roi fit expédier ces documents aux princes allemands pour les convaincre de ses bonnes intentions. Enfin, on ajouta au s erment des prêtres à leurs évêques la promesse de renoncer pour toujours au pape et de prêcher contre lui.
Ainsi fut complété l'édifice delà suprématie royale, la main-mise de l'État sur l'Église et l'avilissement de l'épiscopat.
Le roi avait triomphé de la résistance du parlement et du clergé, mais l'opinion publique, depuis le jour de son mariage avec Anne Boleyn, n'était pas en sa faveur; la correspondance de l'ambassadeur d'Espagne en donne des preuves nombreuses. Henri VIII avait fait ordonner aux prédicateurs de substituer le nom
d'Anne à celui de Catherine dans la prière pour le roi et la reine. Le dimanche de Pâques, 13 avril, le prieur des Augustins { qui prêchait à Saint-Paul, appela sur la nouvelle épouse les bénédictions du ciel. Un grand tumulte se produisit parmi les fidèles, qui sortirent presque tous de l'église en signe de protestation. Le dimanche suivant, il fallut un message sévère du roi, pour imposer silence au peuple. Des scènes du même genre se passèrent dans la plupart des églises de campagne et, durant plusieurs mois, dans bien des paroisses, on ne tint aucun compte des ordres royaux prescrivant des prières pour Anne. L'envoyé vénitien Capello écrivait, le 3 juin 1535 : « Le roi est très impopulaire et une rébellion pourrait facilement éclater quelque jour et causer une grande confusion1. »
La nouvelle reine avait éprouvé une profonde mortification, le 31 mai 1533, en se rendant en grande pompe à Westminster : les négociants du Steelyard, un des quartiers commerçants de Londres, avaient reçu du lord-maire l'ordre d'élever un arc de triomphe. Ils s'exécutèrent, mais placèrent au sommet du monument les'armes de Catherine, au-dessous, celles d'Henri et, à la dernière place, l'écusson d'Anne. Deux mois après, une nombreuse Hotte allemande, qui apportait des marchandises aux négociants de Steelyard, jeta l'ancre devant Greenwich, où résidait la nouvelle reine. Les capitaines invitèrent l'ambassadeur d'Espagne à un grand dîner à bord de leurs navires. A son arrivée, les vaisseaux arborèrent le pavillon espagnol, et le ileuve retentit des acclamations en l'honneur de Chappuys. Anne supplia le roi de punir l'insolence de ces blasterlings (négociants de la Hanse). Mais la flotte de ces étrangers étant très bien équipée, la cour
i. Lettert and papersy Henry Ylll. t. VII, n° 391. I, Cal* of State papere% Venetian* t. V,n° • •'».
ne protesta pas et se retira à Windsor, où la clameur des marchands ne pouvait parvenir.
A la môme époque, Catherine recevait partout des marques d'attachement et de fidélité. Chappuys raconte que, au cours d'un voyage qu'elle fit, en juillet 1533, la population se pressait tout le long du parcours, l'acclamait bruyamment malgré son escorte, criant très haut qu'elle serait toujours la reine. Le même accueil était réservé à la princesse Marie; Anne Boleyn constatait avec dépit que l'épouse légitime avait été reçue dans les villages « comme si elle avait éto Dieu lui-même descendu des cieux ».
Catherine, transportée d'une résidence à une autre, était entourée d'espions. Deux de ses plus fidèles chapelains furent mis à la Tour. Craignant d'être empoisonnée, elle ne mangeait que des aliments cuits dans sa chambre. Elle était, en fait, prisonnière.
L'opposition de la masse du peuple anglais au divorce et au schisme fut personnifiée, entre les années 1528 et 1534, par Elisabeth Barton, « la sainte fille du Kent ». Née probablement en 1506, elle était, en 1525, servante de ferme à Aldington, comté de Kent, chez Thomas Coble, régisseur des domaines de Warham, archevêque de Cantorbéry. Atteinte, à cette époque, d'une grave maladie nerveuse qui dégénéra en manie religieuse, elle eut des visions. Richard Master, son curé, en fit part à l'archevêque Warham, qui délégua deux moines, Bocking et Hadley, pour faire une enquête. Bocking l'engagea à entrer au couvent du Saint-Sépulcre à Cantorbéry1. Elle suivit ce conseil mais retournait parfois à Aldington et les gens venaient en pèlerinage à une chapelle voisine où elle se rendait. Elisabeth Barton y avait des extases du-
l. Letters and papers, Henry VIII, t. VI, nos 1419 et 1445, détails curieux de Chappuys sur Elisabeth Barton.
rant lesquelles elle s'élevait en termes très forts contre les hérésies du temps et le divorce du roi. La popularité de la « sainte fille » fut bientôt très grande. De graves historiens assurent qu'il y avait beaucoup de supercherie dans toute cette affaire ].
Une enquête fut décidée et Cranmer chargé de la conduire. En septembre 1533. la « sainte fille » était enfermée dans une prison de Londres ; un certain nombre de curés, de religieux et de gentilshommes partagèrent son infortune. On saisit leurs papiers, puis Cromwell eut recours à tous les moyens pour connaître les déclarations exactes d'Elisabeth Barton et les noms des personnes qui s'en étaient occupées. Quand la liste parut, elle causa beaucoup d'effroi. On y trouvait les noms de Thomas More, de Fisher, de la marquise d'Exeter, des comtesses de Derby et de Salisbury, de lord et de lady Hussey. Catherine et safille étaient accusées d'avoir eu des relations avec Elisabeth. Mais la reine protesta avec énergie et Cromwell fut obligé de reconnaître plus tard qu'il n'avait rien trouvé contre elle ou contre la princesse Marie.
Les interrogatoires avaient prouvé que la pauvre fille et ses amis n'étaient pas bien dangereux. Elisabeth Barton fut conduite, le 23 novembre 1533. au pied de Saint Paul's Cross, puis contrainte de lire une confession et d'entendre un sermon condamnant ses visions; après quoi, elle fut ramenée en prison. Plusieurs de ses partisans furent rendus à la liberté, moyennant une caution. Cromwell se réserva de terrifier ceux qui étaient sur la liste des suspects en les laissant dans la crainte d'être envoyés à la Tour.
En janvier 1534, le parlement manifesta quelques
1. Voir James Gaiudnfr, Hislory of thc Chv.rch, p. 143, et l'article Elisabeth Barton dans le Dictionary of, national biography. Nous ne pouvons approfondir celte question» d'ailleurs d'une importance secondaire.
velléités de rejeter le projet de loi qui attribuait la succession royale à la fille d'Anne Boleyn. Aussitôt le roi et ses ministres, pour bâillonner l'opposition, feignirent de croire à une conspiration et forgèrent contre Elisabeth Barton et ses partisans une accusation de haute trahison. Les noms des personnes incriminées furent tenus secrets — More et Fisher seuls apprirent par Cromwell qu'ils étaient parmi les accusés. Quiconque avait encouragé la sainte fille de Kent trembla pour sa sécurité et se plia aux désirs du roi et l'acte de succession fut adopté par les députés. Elisabeth Barton, condamnée à mort avec Bocking, Master, Dering, Risch, Risby, ces trois derniers religieux franciscains, Gold, curé d'Aldmory, Adeson, chapelain de Fisher, Abel, chapelain de Catherine, et Thivaytes, fut exécutée le 20 avril 1524. Ce jourlà, Henri VIII versa le premier sang des discordes religieuses. Nous verrons bientôt de nobles victimes gagner, sans conteste, la couronne du martyre à Newgate et à Tyburn.