SI LES PLÉBÉIENS FAISAIENT PARTIE DES CURIES
institution purement urbaine. C'est le trait essentiel qui les distingue des classes et des tribus locales. Tandis que, par les divisions serviennes, Rome était, pour ainsi dire, sortie d'elle-même, de manière à se rencontrer sur un terrain commun avec la population conquise, par les curies elle était restée enfermée dans sa constitution communale particulière. S*il en est ainsi, on ne voit pas àquel titre la plèbedudehorsauraitfaitpartie des curies, car elle avait ses districts administratifs, sespa^i, qui remontent jusqu'aux premiers jours de l'histoire romaine, et suffirent jusqu'en 259 u. c. = 495, où ils donnèrent naissance aux tribus rustiques (1).
On suppose quelquefois que cette plèbe fut introduite dans les curies plus tard, mais on ne peut dire ni quand ni pourquoi. L'opinion la plus commune place cet événement en l'an 513 u. c. = 241, lors de la réforme des comices centuriates. Cette réforme se serait étendue aussi aux curies qui auraient été portées à trentecinq, de manière à correspondre aux trente-cinq tribus et à comprendre ainsi l'ensemble des citoyens romains (2). Malheureusement les textes sur lesquels s'appuie cette hypothèse n'ont qu'une valeur médiocre, et l'hypothèse elle-même est sujette à d'insurmontables difficultés. M. Mommsen n'a pas eu de peine à le montrer (3). D'un autre côté, on ne peut oublier qu'à cette époque toute vie politique s'était retirée des curies et de leurs comices. Depuis longtemps l'action législative avait passé tout entière dans les comices centuriates, pour émigrer de là dans les tributes. En ce qui concerne les élections , les comices curiates conservaient encore le vote de la loi de imperio. Ils le conservèrent jusqu'à la fin de la république , dans les conditions que l'on connaît (4). A la vérité on ignore depuis quand cette fiction des trente licteurs s'introduisit dans la constitution romaine (5). Mais il n'importe. On voit assez que cet acte n'a jamais été qu'une formalité, car il n'y a guère d'exemple que les curies aient essayé de s'y soustraire. La cause en est peut-être qu'on reculait devant une mesure extrême et qui ne pouvait aboutirli un résultat décisif. Si , en efi'et , le magistrat élu par les centuries ne pouvait prendre possession de sa magistrature sans la ratification des
(2) Y. Ambrosch, De locis nonnullis qui ad curiat romanas pertinent, Breslau, 1846.
(3) Rom. Forsch,, I, p. 141-141. Marquardt , Staatsverw. , III, p. 191, n. 5.
(4) De kg, agr., II, 12. V. Willems, Droit public, p. 157.
(5) Voir sur ce point, Rubino, Uniersuch, uber Eôm. Verfassung , p. 381, n. 2 et Momms., Bôm, Forsch,^ II, p. 407, etc.
patres (1), il n'en était pas de même de celui à qui les curies avaient refusé Vimperium, Il lui restait la potestas avec les droits qu'elle impliquait , et ainsi la situation créée par le vote négatif des curies était difficile pour lui et dangereuse pour TEtat , mais ne conduisait pas forcement à une abdication. Les curies n'étaient donc plus, au cinquième siècle de Rome, que des corporations religieuses locales, et, bien qu'elles aient subsisté encore durant des siècles avec ce caractère, il est probable que le droit de participer à leurs fêtes, aux Fornacalia ou aux Fordicalia(2),ne devait pas être d'un très haut prix pour les membres de la tribu Oufentina ou Arniensis , pour les habitants de quelque canton reculé du pays des Volsques ou des Sabins. Parmi les droits religieux que conférait la participation aux curies, il y en avait un seul qui touchait à la politique : c'était l'élection du grand curion. Mais on peut croire que cette élection fut, en même temps que celle du ^rand pontife, transportée aux comices tributes (3). Ce serait une preuve que la majorité de la plèbe ne votait pas dans les comices curiates, car, autrement, dans quel intérêt aurait-on dépouillé ces comices d'un droit qui leur revenait tout naturellement?
La question se pose tout autrement si l'on ne considère que la plèbe de la ville. On remarquera d'abord que dans tous les textes invoqués par M. Mommsen, il n'est question que de celle-là. Qu'il s'agisse de la période de la fondation , où la domination de Rome n'allait pas au delà de ses murs , du transfert des vaincus par Tullus Hostilius ou Ancus Marcius (4) , des réjouissances publiques coïncidant avec la fête des Fornacalia , il n'y a pas un mot qui s'applique à la population du dehors. Réduite à ces proportions , l'admission des plébéiens dans les curies iVoflfrait pour le patriciat aucun des dangers signalés plus haut. Non seulement ces plébéiens étaient moins nombreux, mais leur soumission était plus facile. Tandis que ceux de la campagne , propriétaires fon* ciers pour la plupart, les uns de naissance libre, les autres affranchis par la conquête , puisaient dans leur origine ou dans leur condition des sentiments de juste fierté, la plèbe urbaine, composée de prolétaires, vouée aux professions industrielles (5) que le pré-
(1) Cic, pro. PlanCf 8.
(2) V. Marquardt, Staatsverw. , III. p. 190-192.
(3) V. Momms. , Bôm, Forsch,, I, p. 158, n. 47.
(4) Ceux qui furent installés sur TAventin ne furent pas inscrits dans les curies, puisque TAventin était en dehors du territoire urbain. MaisOenys n'y regarde pas de si près.
(5) V. Plut., Numa, 17.