‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 16 sur 116 · RÉP0K8B A QUELQUES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

RÉP0K8B A QUELQUES OBJECTIONS

lébrait sont celles qui étaient comprises dans Tenceinte à laquelle ce roi a attaché son nom. C'est la tradition conservée par Varron dans un texte qui contredit celui de Labeo (1).

Tel paraît être le raisonnement de M. Jordan, autant du moins qu'il est possible de s'en rendre compte (2).

Mais il se trompe pour n'avoir pas vu que ce mot de montani^ appliqué à tous les habitants de la ville de Servi us , n'a pu l'être que par une extension et une déviation du sens primitif (3). La ville du Septimontium s'était accrue du Quirinal et du Viminal, qui ne formaient pas un mont , mais une colline (collis). Quelle que soit la raison de cette distinction, elle est très nette. Elle ressort du texte emprunté par Varron aux livres pontificaux dans le passage relatif aux Argées (4). Le nom de montani convient donc fort mal aux habitants de ce quartier, qui devraient plutôt s'appeler collini. C'est ainsi, du reste, que l'on désigne les Salii du Quirinal (Salii Collini) , par opposition à ceux du Palatin (5). Toutefois , comme on avait pris l'habitude , au temps du Septimontium , de distinguer entre les pagani et les montani , comme d'autre part le mot pagani fut toujours d'un emploi légitime pour désigner la population suburbaine de la Rome nouvelle, ce mot entraîna l'autre, et l'on continua d'appeler montani tous les habitants de la ville, y compris même les collini. Mais le terme propre pour désigner les quartiers urbains , ce fut vici, Quintus Cicero écrit à son frère : « Habeto rationem urbis totius, collegiorum omnium, pagorum, vicinitatum (6). » Les vicinitates avaient été organisées par Servius en corporations religieuses qui avaient leurs fêtes dites compitalia , répondant aux paganalia ou fête des pagi (7). Cependant , rien n'avait pu faire oublier la fête qui se célébrait le onze décembre sur les sept sommets du Septimontium. Ce jour-là c'était l'ancienne ville qui reparaissait au milieu de la nouvelle. C'étaient les vrais montani dont l'association se reformait au milieu de ceux qui avaient usurpé leur nom.

Notre raisonnement n'est juste qu'autant que le point de départ en est assuré. Et le point de départ c'est toujours la description du Septimontium , d'après Antistius Labeo. Il reste donc à

(3) V. Momms., C. /. L, I, 802.

(4) L L., V, 51. — V. Becker, AUerth,, I, p. 563.

(5) Marqaardt, Staatsverw,, lll, pA{]. Momms., Hist. rom*, trad. Alex.,!, p. 74.

(6) De petit, cons., 8.

(1) Denys, IV, 14, 15. '

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examiner s*il est vrai qu'on puisse opposer à la tradition rappor» tée par cet érudit , une autre d'égale valeur émanant de Varron.

Ce passage de Varron est le même que nous avons plusieurs fois déjà mis à contribution (1), et qui jette ilne si vive lumière sur la topographie de Rome et son hiâtoire. Mais pris dans son ensemble, il offre d'assez grandes obscurités. Il débute par la phrase citée plus haut : « Ubi nuncest Roma Septimontium nominatum ab tôt montibus quos postèa urbs mûris cômprehendit. » Puis vient rénumération des montagnes en question : « E quis Capitolium dictum , etc. » Ce sont , à première vue , le Capitole, l'Avehtin, le Caelius, TEsquilin, le Viminal, le Quirinal, le Palatin. Mais Varron* lui-même dit des Esquilles qu'elles formaient deux niontagnès appelées de leur ancien nom, dans les livres sacrés, Oppius et Cispius (2). Le compte des sept montagnes est donc dépassé. A plus forte raison, si l'on ajoute le Germains et la Velia , que Varron nomme après le Palatin. Comment d'ailleurs oublier que l'opposition entre les montes et les colles n'est accusée nulle part plus fortement que dans ce texte de Varron ? Et l'on voudrait conclure de ce même texte que les colles^ c'est-à-dire le Quirinal et le Viminal, faisaient partie du Septimontium ! La vérité, c'est que Varron n'apprend rien sur ce sujet. Le souvenir du Septimontium lui revient au moment de passer en revue les hauteurs dont l'ensemble constitue la ville , mais il sort bientôt de son esprit pour faire place à d'autres pensées. A mesure qu'on avance dans la lecture du passage, oh rémarque qu'il est question de toute autre chose , des quatre régions de Servius et de la distribution des sanctuaires des Argées. Quant à la fête du Septimontium, il n'en est pas dit un mot. Le seul témoignag0 ancien est celui de Labeo , si formel et si précis qu'il n'est pas possible de le mettre en doute.

Ce n'est pas que Varron se fasse du Septimontium une idée exacte. La seule phrase du commencement, — si toutefois noue la comprenons bien, — montre qu'il n'en est rien. Pour lui, les sept montagnes ce sont bien celles qui ont été encloses dans l'enceinte de Servius. (3). C'est une indication qu'il jette en passant , sans aller au fond^ et sans la soumettre à un contrôle qui lui aurait fait toucher du doigt son erreur. Mais il parle , s^ms y faire attention, comme le vulgaire ; il est dupe d'une illusion par-

(3) Cf. LydvLêf Frag. d'après Beeker, AUerth., 1, p. 123, n. 176.

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tagée de tous. Il s*est produit là un phénomène singulier , et qui explique plus d'une notion fausse que l'on rencontre chez les historiens anciens. Ce nom de ville aux Sept Collines, éblouissant et sonore , était resté dans la mémoire et dans l'imagination des Romains , et, encore qu'il fût toujours possible, grâce à la fête du Septimontium, de remonter au sens véritable, il avait fini par s'appliquer à la Rome de la république et à celle des empereurs y comme il s'appliqua plus tard à la Rome pontificale. Le vers si <ïonnu de Virgile (1) rend bien le sentiment public sur ce sujet, et cette sorte de superstition qui s'attachait à ce nom prédestiné. L'extension donnée au terme de monlani aidait à la confusion, sans compter que , sur les sept montagnes , il y eu avait quatre qui formaient les sommets ou les contre-forts des trois autres et que le temps ou les travaux dos hommes avaient amené le nivelage des moins importantes (2), Ainsi , tandis tjile leur nombre restait fixe, la liste se modifiait à mesure que la ville s'étendait. Mais combien, parmi ceux qui répétaient ce nom avec une fierté patriotique, se rappelaient la réalité assez humble qu'il avait jadis exprimée ?

Cette confusion d'idées est une des causes qui ont le plus contribué à fausser l'histoire des agrandissements de Rome. Strabon raconte que d'abord on fortifia le Capitole , le Palatin et le Quirinal. Ancus Marcius ajouta à ces hauteurs le Cselius et TAventin, et enfin Servius TuUius compléta la ville en y rattachant l'Esqui*» lin et le Viminal (3). La version de Denys est à peu près la même. Romulus , outre le Palatin , fortifie TAventin et le Capitole (4), puis , après l'incorporation des Sabinsde Tatius, le. Qui. rinal et le Caelius (5). Restent, comme dans Strabon, le Viminal et l'Esquilin, qui sont annexés par Servius (6). Tite-Live dit de ce dernier plus exactement qu'il ajouta à la ville le Quirinal et le Viminal, et qu'il agrandit les. Esquilles (7), mais; plus haut il fait du Capitole la citadelle de la Rome de Romulus (8). 11 e^t à peine

(1) Gewg., Il, 535. :&fi., VI, 783.

(2) Le Germaius ne se distingue pas aujourd'hui do Palatin. Le Fagotai fOppius et le Cispius ne se remarquent guèi^ sur le plateau de l'Esquilin. La Velia forme une éminence médiocre vers Tare de Titus.

(4) Il . 37.

nécessaire maintenant de montrer la vanité de ces fables, L' Aventin était encore extérieur au pomerium du temps des empereurs (l). La citadelle (ira;, Capitolium) fut d'abord établie sur le plateau du Quirinal , dans le voisinage du temple de Flore (2). Elle ne fut transportée sur le mont Tarpéien qu'après que la construction de Vagger de Servius eut permis ce déplacement on couvrant ce côté de Rome, le plus abordable à Tennemi (3). La dédicace du temple de Jupiter Capitolin n'est même pas antérieure à la fondation de la république (4). Pas plus que TAventin , le Capitole ne faisait partie des quatre régions urbaines de Servius (5). A plus forte raison était-il étranger à la Rome du Septimontium et à celle de Romulus. Il se peut qu'il y ait eu sur cette colline, dès la plus haute antiquité^ des chapelles expiatoires ouvertes aux condamnés, et justifiant la tradition de l'asile (6). II n'est même pas imposssibla qu'on en ait de bonne heure' fortifié un point. Mais c'est tout. Quant au Quirinal, il suffit de jeter les yeux sur une carte pour se convaincre qu'il n'a

. pas pu être annexé indépendamment du Viminal. Il n'a pas été annexé non plus avant l'Esquilin , dont les trois sommets sont comptés au nombre des hauteurs du Septimontium.

Il est temps de conclure. L'annexion du Quirinal et du Viminal, opérée dans la dernière période de la royauté, n'a été pour rien dans le système des trois tribus qui était formé depuis longtemps et qui même se trouvait déjà en pleine dissolution quand cette annexion s'accomplit. Par conséquent, s'il y a eu sur ces deux collines un établissement de Sabins, ces Sabins ne peuvent , en aucune façon , être identifiés avec la tribu des Tities.

U en est de même de ceux qui auraient occupé le Capitole.

Quant à savoir si cet établissement a vraiment existé et d'où

(t) Jusque sous Claude. Aul. Geli., XIII, 14.

(2) Varr., £, !.. V. 158. Cf. Mart., V, 22.

(3) Sur la faiblesse de la posilion du Quirinal , v. Btrabon , V, III, 7. Denys , IX, 68. Cic. , de Rep,, II , 6. ^ Les travaux entrepris sur le mont Tarpéien sont attribués à la même dynastie qui a annexé le Quirinal et Ta garanti par Vagger de Servius. Ce sont deux faits qui se correspondent. T. L., I, 38, 55. Denys, 111,69; IV, 59. Cic, De Rep,, II,20«24. — Tacite, plus logique que les autres historiens, fait sa part à Servius dans l'œuvre de la construction du Capitole (i/ù^, III, 72). — D'après Pline, c'est Tarquin le Superbe , auquel on £<it honneur le plus souvent de ce dernier travail, qui a construit aussi Vagger du Quirinal (ff. iV., III, 9, édit. Detlefsen).

(4) T. L.. II, 8. Denys, III, 69; V, 35. Plut., PttW., 15. Tac, l. c.

(5) V. Varron, L, L., V, 46-55. Jordan, Topogr., I, 1, p. 280, 281.

(6) Daremberg et Saglio , art. Asyle.

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