‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 15 sur 116 · III. — Réponse à quelques objections · texte numérisé non relu

III. — Réponse à quelques objections

Les notions fournies sur les agrandissements de Rome par la fête des Lupercales et celle du Septimontium sont les seules historiques. Pourtant, il y a des objections auxquelles il faut répondre avant de passer outre.

M. Becker voit dans la fôte du Septimontium le dernier vestige d'un passé plus ancien que la ville même de Romulus (2). « Ubi nunc Roma Septimontium nominatum ab tôt montibus quos postea urbs mûris comprehendit. » Ainsi s'exprime Varron, laissant entendre, à ce qu'il semble, que le nom de Septimontium a précédé celui de Rome (3). Quand cela serait , on n'aurait pas encore le droit de rejeter le Septimontium dans une période antérieure à la formation et aux premiers développements dn bourg du Palatin. Car enfin, tout est mystérieux dans ce nom de Rome, dont le sens et l'origine échappent aux modernes comme aux anciens (4). A quel moment ce nom fameux est-il apparu sur les lèvres humaines? Sur quel point du sol a-t-il pris naissance pour s'étendre à tous les quartiers qui se sont ajoutés successivement à la ville des Quirites et pour l'embrasser tout entière ? Ni l'histoire ni la philologie ne le disent clairement. Mais quoi qu'on puisse penser sur ce sujet, Rome n'existe véritablement qu'à partir do Servius, comme Athènes à partir de Thésée. On comprend donc que Varron ait pu dire : « Sur l'emplacement de la Ronie actuelle , était autrefois le Septimontium. » On le comprend d'autant mieux que cette inexactitude n'est pas la seule qu'on puisse lui imputer. Il

(t) IV, 14. . ;

(2) AUerth,, I , p. 126. — Il est suivi par Ampère (HisL rom, à Réme, I, ^ p. 90, etc.). M. Mommsen {Hist. rom. , trad. Alex., I, pT68) et M. de.RofiBÎ « (Fiante icon., p. 12) suivent Niebuhr (Hist. rom,^ trad. Golbéry, I , p. 114),

pour qui la ville du Septimontium est la Rome intermédiaire entre Romulus et Servius Tullius.

(4) V. Schwegl. , Bdm. Gesch., I, p. 419, etc. Jordan, Topogr., I, 1, p. 197, n. 76, et p. 200, avec la note 80. Reinach, Manuel de Philologie, p. 258, n. 3.

RÉPONSB A QUELQUES OBJECTIONS. 25

n'y a pas lieu d'opposer les deux noms de Rome et de Septimori' imm. Septîmontmm n'est pas le nom d'une ville , mais d'une fête. Il désigne, ùon pas les sept hauteurs où la fêle se célébrait, mais la fêle qui se célébrait sur les sept hauteurs. Varron ne rignorait point (1). Aussi, quand il détournait ce mot de son sens véritable , c'était par une corruption dont il ne pouvait manquer de se rendre compte , bien qu'elle fût autorisée par l'usage. Mais l'a-t-il détourné , en effet? Dans quel sens l'a-t-il pris au juste? Que veut-il dire , au fond ? Il paraît difficile de raisonner sur un passage dont le texte est assez mal établi , et dont l'intention, ainsi qu'on lé verra plus loin, demeure obscure (2).

M. Becker invoque encore deux textes de Festus (3) et de Servius (4) , d'où il ressort que le Septimontium a été habité par les Sioules et les Ligures qui en ont été chassés par les montagnards de Réate. Or , l'établissement des Sicules et des Ligures dans le Latium a précédé la fondation de Rome (5). Sans contester cette tradition ni aucune de celles qui s'y rattachent , on se bornera à l'observation suivante. La ville du Septimontium exclut, outre la future région colline , les deux hauteurs de l'Aventin et dii Capitôle. Ce sont les mêmes hauteurs qui, bien que peuplées l'une et l'autre (6) , ont été laissées en dehors de la ville de Servius (7). Cette coïncidence est remarquable. Elle ne permet pas de voir dans le Septimontium autre chose qu'une des phases du développement de Rome. Quel hasard, en effet, si, par deux fois, le Capitole et l'Aventin s'étaient trouvés exclus de deux villes se succédant sur le territoire romain î

M. Jordan signale d'autres difficultés.

S'il est vrai que les noms du Cispius et del'Oppius sont comme celui du CsBlius , et , par rapport aux noms du Palatin , de la Velia , Qtc. , d'origine récente , la fête célébrée sur les hauteurs énumérées par Antistius Labeo ne remonte pas à une antiquité aussi lointaine qu'on se plaît à le supposer (8).

(1) I. L.y VI, 24 : « Oies Septimontium nominatus. » — . Cf. Festus , p. 340 : a Septimontium dies appellalur. » Pliitarque, Quxst. rom.^ 69 : tàv 6à ïewTi- [AouvTiov àyouatv. — Cf. Lydus. d'après Becker , AUerth. , I , p. 123 , n. 176.

(2) V. p. 28. etc.

(4) i?n.,. XI, 317.

(5) Denys , 1 , 9 , et alias.

Cî) Varr., I. L, V, 46-55. V. Jordan, Topogr., I, 1, p. 279-281. (8) Topogr., I, 1, p. 159.

L'objection aurait quelque valeur si les noms de Cispius , d'Oppius et de Caelius n'avaient jamais désigné que des familles plébéiennes. Mais on sait qu'il n'en est rien (1), et ainsi, ces trois hauteurs ayant emprunté leur nom chacune à une gens patricienne qui y était établie , ce fait a pu se produire dans la période la plus reculée de l'histoire de Rome. Quand donc on parle de l'origine récente de ces noms, il faut l'entendre d'une manière toute relative. La tradition place sous le règne de Tullus Hostilius l'arrivée du Tusculan Opiter Oppius (2), et elle fait de Caeles Vibenna tantôt un allié de Romulus , tantôt un compagnon de l'Etrusque Mastarna, le futur roi Servius Tullius (3).

On distinguait encore, au temps de Cicéron, entre les pagani et les montani. Cicéron se glorifiant d'avoir été rappelé d'exil par les vœux unanimes de ses concitoyens , associe à l'expression de sa reconnaissance tous ceux , grands ou petits , dont les efforts ont contribué à son retour : le Sénat , l'ordre équestre, et jusqu'à ces humbles corporations que l'on a bien voulu autoriser , pour que le pauvres gens de la ville eussent eux aussi leurs réunions et leurs simulacres d'assemblées : « NuUum est in hac urbe coUegium, nuUi pagani aut montani (quoniam plebei quoque urbanse majores nostri conventicula et quasi concilia quaedam esse voluerurit) qui non amplissimede salute moa decreverint (4). » Festus cite le passage suivant d'une loi Sulpicia relative à la distribution des eaux : « ...Montani paganive sitis aquam dividunto (5). » La date de la loi n'est pas connue (6).

11 résulte de là que cette distinction avait encore une réalité au dernier siècle de la république. Dès lors, il est évident qu'elle ne se rapporte pas à un état de choses antérieur à Servius et aboli par ce roi. Les pagani , ce sont les habitants des faubourgs extérieurs à la ville de Servius, les habitants du Janicule, de l'Aventin , etc. Les montani , qui leur sont opposés , ne peuvent être que les habitants qui résident à l'intérieur de la même ville. Mais voici une autre conséquence : Montani , Septimontium , ces deux termes sont inséparables. La fê(e du Septimontium est donc une fête de la ville de Servius, et les sept hauteurs où elle se cé-

(1) V. Willems, Sénat, l, p. 57-58, et notre article cité p. 16, n. 4.

(2) Fest., p. 348.

(3) Varr., I. I., V, 46. Paul, Diac, p. 44. Tac, Ànn,, IV, 65. Disc, de Claude , col. 1 , 12-25. Nipperdey , édit. de Tacite.

{^)Pfodomo, 28.

(6) V. Jordan, Tapogr,, 1, 1 . p. 461. Detleféen, BuU. delV Inst., 1861, p. 63.

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