‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 19 sur 116 · I. — La constitution des trois tribus. Les tribuns · texte numérisé non relu

I. — La constitution des trois tribus. Les tribuns

Détournons nos regards des événements qui sont censés avoir amené le rapprochement des trois tribus, et essayons de considérer ces tribus .en elles-mêmes , dans leurs rapports et dans leur constitution intérieure.

Ce qu'on en sait est peu de chose; mais il n'y a rien qui témoigne d'un groupement successif ou d'une indépendance réciproque. Elles étaient placées chacune sous l'autorité d'un magistrat appelé tribun (I). Malheureusement les textes qui le font connaître sont peu nombreux et encore moins explicites, de sorte qu'il n'est pas facile de définir la nature de ses pouvoirs et d'en établir l'origine. L'analogie avec les curions serait un guide insuffisant ou trompeur, car, d'une part, on n'a aucune donnée certaine sur le mode de nomination de ces dignitaires (2), et de l'autre ils nous apparaissent confines dans des fonctions purement religieuses , tandis que les tribuns se présentent avec un caractère tout différent.

(1) Denys, II, 7. Plut., Romul, 20. Oig., I, II, 2, 20.

(2) Wiilems., Droit public, p. 36 , n. 2. ^ Cf. Marquardt, Staatsverv), , III , p. 189.

LA CONSTTTTJTrON DES TROIS TRIBUS. 3.'^

On s'est fondé sur la parenté incontestable de ces deux mots : tribunus^ tribunal (1), pour voir dans les tribuns des juges dont les pouvoirs auraient été absorbés par les progrès de la centralisation, à une époque si reculée que le souvenir de cette révolution se serait perdu (2). Mais il y a moyen, semble-t-il , d'expliquer ce rapport sans recourir à une conjecture aussi hasardée. Le mot tribunal, désignant le lieu élevé d'où le magistrat rend la justice (3), rappelle sans aucun doute une juridiction tribunitienne ; mais ce doit être celle dos tribuns de la légion qui ont toujours rempli l'olflce de juges dans les camps (4) ; et si, des camps, ce mot a été transporté dans la vie civile , c'est une analogie qui étonnera à Rome moins que partout ailleurs. Dans ce sons, il est permis de dire que les premiers tribuns étaient des juges, car ils étaient avant tout des chefs militaires. C'est là, en effet , de tous leurs attributs le seul mentionné par les historiens. C'est le seul aussi qui soit demeuré inséparable de leur titre à travers les significations diverses qu'il a revêtues (5). Varron remonte sans effort des tribuns légionnaires de son temps à ceux que les Hymnes, les. Tities, les Luceres déléguaient au commandement de l'armée patricienne (6) ; et le même Varron fait dériver miles de mille , parce que la légion se composait de trois mille hommes , dont chaque tribu fournissait mille (7). Mais faut-il conclure de ce double renseignement que les trois tribus figuraient dans la légion comme corps distincts ? Ce serait tenir peu de compte de ce que Varron nous apprend plus loin des centuries équestres (8). On sait qu'elles empruntaient leurs noms aux trois tribus dont elles représentaient chacune le contingent ; mais c'étaient des corps de parade et des cadres de recrutement et non point des unités tactiques. Si loin que remontent nos recherches, ce n'est

(1) Cf. Valcanus, Vulcanal, Quirinus, Quirinal.

(2) Genz, Das patrie ische Rom,^ p. 103, lOi.

(3) Momms., Staatsr , I, p. 383, 384.

(4) Dig., XLIX, XVI, 12, 2. Polyb.. VI, 37. T. L., XXVIII, 24 : « tribu-

nos jura reddere in principiis sioebant.» In principiis, c'est-à-dire le long de

\di via principalis oU leurs tentes étaient disposées en face de leurs légions respectives. 11 ne s'agit pas du tribunal près du prétoire, où ne prenaient place que le général en cUef , le consul, le préteur. Ce tribunal lui-méoie ne s'appelle ainsi que par analogie.

(5) 11 va sans dire qu'il faut excepter les tribuns de la plèbe.

(6) L I., V, 81 : « Tribuni militum, quod terni tribubus Ramnium, Titlum, Lucerum , olim ad exercitum mittebantur. »

(7) Ibid., 89.

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