III. — La formation du Sénat
La, formation du Sénat des trois cents a été présentée par les historiens avec des variantes dont le tableau , souvent reproduit (3) , doit rêtre ici , une fois de plus , pour l'intelligence des observations qui suivront.
Suivant Tite-Live , Romulus créa cent sénateurs (4). Ce nombre était encore le même pendant l'interrègne qui suivit la mort du premier roi de Rome (5). L'entrée des Sabins dans la cité ne fut donc pas l'occasion d'un accroissement du Sénat. Mais Tullus Hostilius augmenta le Sénat à la s^ite de l'annexion des Albains (6). Bien que Tite-Live ne donne point le nombre de ces nouveaux membres , il est clair que , dans son esprit , ce nombre est de cent. En eflFet, Tarquin l'Ancien augmenta encore le Sénat de cent membres , qui furent les sénateurs des familles nouvelles (patres minorum gentium) (7), et quand, plus tard, Brutus combla les vides faits dans l'assemblée par la cruauté du dernier roi , ce fut pour la reporter à son effectif normal de trois cents membres (8). Le nombre trois cents était donc celui que le Sénat avait atteint après l'introduction des cent sénateurs de Tarquin. Il comptait donc auparavant deux cents membres, et, puisque Romulus en avait créé cent, la deuxième centaine avait dû être formée par les sénateurs albains de la création de Tullus Hostilius.
(2) Y. Bouché- Leclercq, Let pontifes de V ancienne tLaim^ p. 7.
(3) Belot, Cheval, rom,, I, p. 117-123. Willems, Sénat, I, p. 19-21, etc. (4)1,8.
Denys ne difitëre de Tite-Live que sur un point. L'élévation du nombre des sénateurs de cent à deux cents est due à Tintroduc- •tion des Sabins dans la cité (1). Mais aucun Albain n'entre dans lie Sénat (2).
Cicéron , qui ne fait pas œuvre d'historien et qui est dispensé d'entrer dans le détail , ramène la question à des éléments plus simples. Il ne signale que deux moments dans la formation du Sénat. Institué par Romulus (3), il est doublé par Tarquin l'Ancien qui y fait entrer les sénateurs des familles nouvelles (4). 11 n'y a pas de chiffres dans ces deux textes , mais le calcul de Cicéron se laisse entrevoir facilement. Le Sénat compte trois cents membres après Tarquin l'Ancien , car partout il arrive à ce nombre, qui est définitif, après l'introduction des familles nouvelles. Tarquin l'Ancien avait donc trouvé le Sénat composé de cent cinquante membres, avant d'y ajouter cent cinquante autres. Quant à la formation du Sénat de cent cinquante membres, Cicéron laisse entendre qu'il s'était recruté des Romains de Romulus et des Sa bins de Tatius (5). Or , il y a un système , adopté par Plutarque (6) et rapporté par Denys (7) , d'après lequel Romulus aurait ajouté à ses cent sénateurs cinquante Sabins. C'est le même que suit Cicéron.
Pour être complet , il faui mentionner encore l'opinion de Tacite qui attribue la création des sénateurs des familles nouvelles à Brutus (8). Plutarque se contredit. Tandis que dans la vie de Numa (9), il suit la version de Cicéron, dans la vie de Romulus, il se conforme à celle de Denys (10). Quant aux autres écrivains qui ont touché cette question , leur témoignage n'a pas la même valeur, et d'ailleurs ils se rattachent tous plus ou moins à un des systèmes qu'on vient d'exposer (il).
Si l'on compare ces systèmes entre eux , on ne tarde pas à remarquer certains points fixes au milieu des diversités de détail.
(1) II, 47. - Cf. II, 12; III, 67; V, 13.
(2) Denys parle de sénateurs nommés par Servius ; mais il s'agit simplement d'en remplacer qui sont décédés (IV, 42).
(3) D^Atfp., II, 8. :
(ô) 8 : « Gum Tatio in reglum consilium delegerat principes. » (6)Afttma, 2.
(8)inn., XI, 25.
(11) V. Willems, i. c, et Becker, iWerJh., II. I, p. 341-346.